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Métazét

Bonjour et bienvenue !

Le principal but de ce blog est de faire la promotion et le développement d'une démarche sceptique de recherche qui se veut un peu différente de ce que l'on entend communément par scepticisme ou zététique sans pour autant désavouer ces approches dans leurs principes et leurs acquis. Essentiellement, il s'agira ici d'adopter une perspective qui à la fois dépasse et englobe le scepticisme contemporain, le faisant reposer, contrairement à l'habitude et même un peu paradoxalement, sur une attitude épistémologique de confiance dans nos capacités à connaître le réel et dans le témoignage humain. J'entends aussi être constructif et non pas simplement critique, et aborder des domaines traditionnellement négligés par le mouvement sceptique actuel, comme les croyances religieuses, morales, métaphysiques, surnaturelles...
Ainsi, on trouvera ici, entre autres, des réflexions sur l'éthique et les moeurs, des articles concernant l'identité personnelle et la question de la survie, une critique des religions et croyances dogmatiques, pseudo- voire anti-scientifiques, et/ou moralistes, mais aussi une recherche raisonnée d'alternatives.
Pour plus de renseignements sur l'esprit qui anime ce blog.

 
Annonce de recherche d'emploi :
 
 

Je cherche du travail dans la recherche fondamentale ou appliquée (Post-Doc, ATER, ou mieux : poste d'ITARF, voire à moyen-terme : Chargé de Recherche ou Maître de Conférence [sections CNU 17 et/ou 72]), au sein d'une équipe conviviale, et dans un domaine interdisciplinaire en rapport avec l'un au moins des grands domaines suivants :

   

1°) Philosophie de l'esprit et des sciences cognitives.

2°) Epistémologie des croyances religieuses, métaphysiques et surnaturelles.

3°) Ethique normative et des pratiques corporelles, méta-éthique. 

4°) Psychobiologie de l'épistémologie et de l'éthique. 

 

Je suis plus particulièrement intéressé (surtout pour les postes non-titulaires ou en CDD) par des opportunités en France, en Belgique ou dans le Grand Duché du Luxembourg, et situées dans un rayon de ~60 km ou de ~45 min en automobile autour de Nancy (54), Longwy (54), Dijon (21) ou Bertrambois (54). Mais je reste ouvert à toute proposition.

 

Si vous avez quelque chose à me proposer, vous pouvez consulter mon CV en ligne et me contacter par e-mail.


Accès rapides :
Mardi 25 août 2009
Une des théodicées les plus en vogues (et défendue notamment par Plantinga), tente d'expliquer l'existence du mal malgré l'existence de Dieu comme un moindre mal : Dieu tenait à ce que nous soyons libres, or la liberté impliquait que l'on puisse choisir le mal. Dieu ne pouvait donc pas atténuer le mal sans nous rendre esclaves et donc brimer notre liberté. Or un monde "bon" mais sans liberté ne serait pas aussi parfait qu'un monde "mauvais" mais où les êtres sont libres. Par conséquent, Dieu a actualisé ce dernier type de monde, et non le premier.

Cette stratégie, cependant, ne marche pas. J'ai déjà expliqué cela avec mon exemple de Toto. Mais puisque, visiblement, cet argument n'a pas su convaincre certains internautes, je vais essayer d'argumenter ce point autrement.

Le présupposé de cette théodicée semble être qu'il est impossible de pouvoir librement choisir entre le bien et le mal si nous ne pouvons pas causer, par nos actions, des actes bons ou mauvais aux conséquences profondes, durables, voire définitives. D'où la nécessité, non seulement que puisse naître en nous des mauvaises intentions, mais encore qu'elles trouvent moyen de s'actualiser pleinement, et donc que de véritables atrocités (comme l'Holocauste) puissent être commises.

Or, il se trouve que par l'action des forces publiques et les décisions des tribunaux, des criminels sont mis hors d'état de nuire. Cela ne supprime pas nécessairement leurs mauvais penchants, mais cela permet d'éviter que ceux-ci s'expriment, ou du moins qu'ils s'expriment au-delà d'une certaine limite. On peut imaginer sans peine que de telles mesures ont permis, sinon un perfectionnement moral des dits criminels, au moins d'éviter que d'horribles méfaits soient perpétrés.

Toutefois, si une condition, pour que l'on puisse vraiment choisir entre le bien et le mal, est que nous pouvions causer, par nos actions, des actes bons ou mauvais aux conséquences profondes, durables, voire définitives, alors il est manifeste que ces criminels mis hors d'état de nuire ne peuvent plus choisir véritablement entre le bien et le mal. Si cela, c'est-à-dire choisir véritablement entre le bien et le mal, est un bien plus important que le fait que des actes mauvais ne soient pas commis et que des actes bons soient réalisés, alors il vaudrait mieux laisser ces criminels libres, afin qu'ils puissent, en commettant délibérement leurs crimes, réaliser ce bien supérieur.

Le fait qu'un certain nombre de criminels soient cependant hors d'état de nuire montre en tout cas que ce bien supérieur n'est pas réalisé pleinement. Par conséquent, ou bien Dieu a échoué à le réaliser (en ce cas, il n'est pas tout-puissant), ou bien il n'a pas voulu le réaliser (en ce cas il n'est pas bon), ou bien un peu des deux (en ce cas il n'est ni tout-puissant ni bon). Bien sûr, peut-être Dieu n'existe-t-il tout simplement pas...

D'un autre côté... si les criminels n'étaient pas mis hors d'état de nuire, cela ne fonctionnerait pas mieux. En effet, le crime des criminels consiste parfois à empêcher autrui d'actualiser ses intentions. Par exemple, un criminel qui séquestre quelqu'un d'autre, ou lui coupe bras et jambes. Or ce faisant, il contrevient au libre-arbitre de ses victimes, si pouvoir choisir vraiment entre le bien et le mal implique nécessairement que nous puissions poser des actes aux conséquences profondes, durables, voire définitives. On ne s'en sort pas ! La liberté morale des uns ne peut qu'empiéter sur la liberté morale des autres, et donc quid de la responsabilité ?

A la limite, il faudrait que Dieu empêche les maux résultants en une diminution de la liberté morale de quelqu'un. Il y aurait donc un peu moins de liberté morale, mais elle serait équitablement répartie. Tout le monde pourrait causer des maux profonds, durables, voire définitifs, à l'exception des maux qui, limitant la liberté d'action des gens, les empêcheraient de commettre les maux en question ou des biens et donc porterait ainsi atteinte à leur libre-arbitre.

Mais une fois encore, cela n'est pas ce qu'on observe...
Publié dans : Examen Critique des Religions - Par Miky - Communauté : Religions en toute liberté
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Vendredi 24 juillet 2009
Rien à voir avec la zététique, la philosophie, Dieu et la morale... mais comme mon épouse et moi-même avons besoin d'argent pour financer la poursuite de la rénovation de notre maison de campagne, je vends - à contre-coeur car je l'aime beaucoup ! - mon appartement sur Vandoeuvre-les-Nancy. C'est un véritable arrache-coeur, mais il faut bien que je m'y résigne, donc voilà, si vous êtes intéressé ou si vous connaissez quelqu'un qui pourrait être intéressé, vous trouverez un descriptif en cliquant sur le lien suivant :

Publié dans : Divers - Par Miky
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Vendredi 24 juillet 2009
Un texte fondamental de la philosophie. Croyant ou non, on y trouvera de quoi se réconforter sur la mort. La perspective du néant peut en effet guetter le croyant lui-même, qui, à de rares exceptions près, ne saurait être convaincu à 100% (sinon par la seule foi) par l'immortalité de l'âme ou la Résurrection. Eh bien, ce que ce texte dit, entre autres choses, c'est que de toute façon, même s'il n'y a pas d'âme, pas d'immortalité personnelle, pas de Résurrection, il n'y a nul besoin de s'angoisser pour la mort, car le néant, lui non plus, n'existe pas. Attendre la mort avec angoisse, à cause du néant, c'est donc, strictement parlant, s'inquiéter pour... rien !

Épicure à Ménécée, salut.

Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir. Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien vivre.

D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. A cause de quoi les dieux nous envoient les plus grands malheurs, et faveurs : n’ayant affaire en permanence qu’à leurs propres vertus, ils font bonne figure à qui leur ressemble, et ne se sentent aucunement concernés par tout ce qui n’est pas comme eux.

Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.

Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie. Le philosophe, lui, ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès.

S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée. Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.

Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, et si certains des désirs naturels sont contraignants, d’autres ne sont... que naturels. Parmi les désirs contraignants, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse. Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. C’est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non-présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.

Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier, né avec la vie. C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité. Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement.

C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. Provisoirement, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.

Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l’est pas tout ce qui est vain. Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : galette d’orge et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.

Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente — comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes, ou victimes d’une fausse interprétation — mais d’en arriver au stade où l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme.

Au principe de tout cela, comme plus grand bien : la prudence. Or donc, la prudence, d’où sont issues toutes les autres vertus, se révèle en définitive plus précieuse que la philosophie : elle nous enseigne qu’on ne saurait vivre agréablement sans prudence, sans honnêteté et sans justice, ni avec ces trois vertus vivre sans plaisir. Les vertus en effet participent de la même nature que vivre avec plaisir, et vivre avec plaisir en est indissociable.

D’après toi, quel homme surpasse en force celui qui sur les dieux nourrit des convictions conformes à leurs lois ? Qui face à la mort est désormais sans crainte ? Qui a percé à jour le but de la nature, en discernant à la fois comme il est aisé d’obtenir et d’atteindre le « summum » des biens, et comme celui des maux est bref en durée ou en intensité ; s’amusant de ce que certains mettent en scène comme la maîtresse de tous les événements — les uns advenant certes par nécessité, mais d’autres par hasard, d’autres encore par notre initiative —, parce qu’il voit bien que la nécessité n’a de comptes à rendre à personne, que le hasard est versatile, mais que ce qui vient par notre initiative est sans maître, et que c’est chose naturelle si le blâme et son contraire la suivent de près (en ce sens, mieux vaudrait consentir à souscrire au mythe concernant les dieux, que de s’asservir aux lois du destin des physiciens naturalistes : la première option laisse entrevoir un espoir, par des prières, de fléchir les dieux en les honorant, tandis que l’autre affiche une nécessité inflexible).

Qui témoigne, disais-je, de plus de force que l’homme qui ne prend le hasard ni pour un dieu, comme le fait la masse des gens (un dieu ne fait rien de désordonné), ni pour une cause fluctuante (il ne présume pas que le bien ou le mal, artisans de la vie bienheureuse, sont distribués aux hommes par le hasard, mais pense que, pourtant, c’est le hasard qui nourrit les principes de grands biens ou de grands maux) ; l’homme convaincu qu’il est meilleur d’être dépourvu de chance particulière tout en raisonnant bien que d’être chanceux en déraisonnant, l’idéal étant évidemment, en ce qui concerne nos actions, que ce qu’on a jugé « bien » soit entériné par le hasard.

A ces questions, et à toutes celles qui s’y rattachent, réfléchis jour et nuit pour toi-même et pour qui est semblable à toi, et veillant ou rêvant jamais rien ne viendra te troubler gravement : ainsi vivras-tu comme un dieu parmi les humains. Car il n’a rien de commun avec un vivant mortel, l’homme vivant parmi des biens immortels.

 

Publié dans : Pour une Spiritualité Laïque - Par Miky - Communauté : Religions en toute liberté
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Lundi 20 juillet 2009
Publié dans : Epistémologie et Philosophie des Sciences - Par Miky - Communauté : La commune des philosophes
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Lundi 15 juin 2009
Publié dans : Examen Critique des Religions - Par Miky - Communauté : Religions en toute liberté
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Dimanche 31 mai 2009
Publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs - Par Miky
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Jeudi 14 mai 2009
« Le fait que les individus prennent davantage soin de leurs proches parents a pu être une chose utile au cours de l’évolution de notre espèce. Mais il semble plus problématique d’affirmer que cette tendance est intrinsèquement bonne : poussé à son extrême, un tel comportement peut aussi entériner diverses formes d’égoïsme, voire de xénophobie. Préférer en toutes circonstances ses proches parents en vertu d’une sorte d’"impératif génétique" n’est pas toujours défendable, loin s’en faut. Il en est de même s’agissant de l’interdiction de l’inceste : s’il semble exister des tendances innées à la réprobation de l’inceste, sont-elles pour autant justes ou bonnes d’un point de vue éthique ? Bien évidemment, dans certaines situations, l’inceste est condamnable (par exemple lorsqu’il est assorti du viol). Pour autant, l’inceste entre deux individus totalement consentants est-il immoral ? Il s’agit après tout d’une situation dans laquelle personne ne souffre et où il est bien délicat de dire qui est "victime". On pourrait du reste étendre ce raisonnement à d’autres comportements qui semblent universels (quoique de manière polémique), mais dont le caractère moral pose problème : si l’on parvenait à montrer leur enracinement biologique universel, la polygamie, l’agressivité ou la xénophobie seraient-elles pour autant morales ? Loin de pouvoir légitimement s’appuyer sur une hypothétique morale "naturelle", le discours éthique doit au contraire prendre en considération le fait que nous ne vivons plus dans le même environnement que nos lointains ancêtres. »

Jérôme Ravat, Relativismes, universalisme et réalisme en morale. Approches naturalistes (p. 77-89)

Le texte intégral de ce document a été publié en ligne le 18 avril 2008.
Publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs - Par Miky - Communauté : La commune des philosophes
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Vendredi 24 avril 2009

Nous avons dit, vers le début de cet article, qu'il était important de proposer une authentique morale laïque dont le fondement soit détaché de tout parti pris idéologique ou religieux. On remarque, en effet, que notre morale habituelle est contaminée de partis pris de la sorte, qui existent de manière le plus souvent diffuse, implicite et non-réfléchie, et surtout détachés du socle qui leur donnait un fondement, et donc une certaine justification. Je veux parler de la religion judéo-islamo-chrétienne essentiellement.

 

Ces préjugés moraux peuvent être rangés selon trois catégories principales :

 

  1. Le légalisme moral, selon lequel, ne pas respecter, dans chacun de ses actes, une certaine norme (le plus souvent naturelle), est une faute morale en soi. Ce légalisme moral se présente le plus souvent comme un respect de la « loi morale naturelle », mais parfois aussi de la tradition. Le problème de ces avatars du légalisme moral est qu'ils ne sont orientés par aucune valeur, aucune conséquence. Ces lois morales intransigeantes trouvent leur justification ultime, ou bien en elles-mêmes (ce qui est circulaire), ou bien dans leur décret par un hypothétique divin législateur... qui doit être bien sadique pour condamner à l'enfer les auteurs de « crimes et délits sans victime ».

En tout cas, cette justification paraît bien incomplète. Pourquoi une chose serait-elle morale du simple fait qu'il en aurait été décidée ainsi par Dieu ? Certes, on peut supposer que Dieu est assez puissant pour générer des vérités morales, cependant, deux problèmes se posent : il semble que tout puissant Dieu soit-il, il ne puisse pas faire en sorte qu'un acte soit immoral s'il ne fait pas aussi en sorte que cet acte cause réellement du tort à quelqu'un, et qu'un acte soit moral s'il ne fait pas aussi en sorte que cet acte cause réellement un bien à quelqu'un. Par ailleurs, on peut se demander si Dieu institue une loi morale parce qu'elle est bonne, ou si elle bonne parce qu'il l'institue. Dans le premier cas, la loi morale ne tire pas sa valeur morale de Dieu mais d'autre chose. Dans le second cas, elle est arbitraire, semble-t-il. On pourrait objecter que Dieu est bon, et donc que ses décisions ne sont pas arbitraires : s'il a décidé que telle loi morale est bonne, ce n'est pas arbitrairement et sans raison, mais avec sagesse et... bonté. Seulement voilà, quel sens cela a-t-il de dire que Dieu est bon, si la bonté se définie par rapport à Dieu ? On n'exprime là qu'une tautologie. Et en se basant sur quel critère a-t-il pu décider que cette loi morale est bonne, sinon sur le fait qu'elle est déjà bonne (c'est-à-dire indépendamment de toute décision divine) ? Cela revient tout simplement à nier le rôle de Dieu dans la création des vérités morales. Tout au plus, on pourra dire qu'une loi instituée par Dieu est bonne en ce sens qu'on s'expose au courroux divin si on s'aventure à l'enfreindre et qu'au contraire on sera divinement récompensé par notre obéissance servile.

La quasi-nécessité d'une référence fondatrice à un divin législateur rend le légalisme moral difficilement tenable hors contexte de foi. En revanche, il est tout à fait chez lui au sein des trois monothéismes. Tout au plus, dans notre monde au moins partiellement sécularisé, on peut admettre la nécessité de s'entendre sur des codes généraux utiles à l'inter-compréhension des gens, comme par exemple la grammaire. En principe, on ne choisi pas sa langue maternelle, elle nous est imposée. Il en est de même des us et coutumes de notre pays (comme la politesse), que l'on apprend à respecter, quand bien même ils peuvent différer d'un pays à l'autre. Tant que le légalisme en reste à ces ambitions modestes, prescrivant des usages par pragmatisme, en renonçant à leur accorder une valeur morale profonde, en laissant libre cours à la créativité, il reste admissible et utile. Mais s'il se met à dresser une liste d'interdits moraux sévèrement punis, il outrepasse son domaine d'admissibilité et d'utilité.

Une autre tentative de justification de ces lois morales intransigeantes réside, nous l'avons dit, dans ces lois morales elles-mêmes. La circularité évidente que l'on peut objecter de prime abord peut être contournée par une sorte de holisme moral postulant que la valeur morale d'un certain acte ne dépend pas que de sa valeur morale intrinsèque, mais également de l'ensemble des autres actes qui l'environnent, c'est-à-dire des actes que le sujet pose pendant, avant et après l'acte en question ; voire même des actes que d'autres sujets de la même communauté que lui posent. Selon cette perspective, si les actes contre-nature (pour prendre cet exemple) sont immoraux, c'est parce qu'ils dévaluent, en quelque sorte, un certain nombre d'actes semblables, mais conformes à la nature. Un exemple permettra d'y voir plus clair. Supposons que j'ai l'habitude de me masturber tout seul dans ma chambre. Il s'agit là d'un acte sexuel contre-nature visant uniquement la recherche du plaisir, ou d'un apaisement psychophysiologique. Comment être sûr, dès lors, que lorsque je ferai soi-disant l'amour à mon épouse, ce ne sera pas aussi uniquement dans la quête du plaisir ou d'un apaisement psychophysiologique ? Avant de répondre à cette question, il n'est pas inutile de se demander si elle pertinente relativement à la question de la moralité des actes contre-nature. Je pense que non. Le doute qui peut frapper mon épouse quant à la signification de mon acte n'est pas, en soi, un préjudice que je lui fais subir. Il n'altère pas directement et ne vise pas à altérer sa liberté ou sa capacité à agir. Il se peut néanmoins qu'il contribue à l'altérer indirectement. Je renvois donc mes lecteurs à ma discussion, un peu plus loin, de l'ultra-conséquentialisme. Il se peut également qu'il heurte ses sentiments moraux. Sur ce point, je renvois mes lecteurs à ma discussion, ci-après, du relativisme moral et du sentimentalisme. Supposons cependant, pour les besoins de l'argument, que la question est moralement pertinente. Je répondrai que ma parole devrait suffire à rassurer mon épouse. La tenir pour insuffisante, ce serait soit un manque de confiance quant à ma sincérité, soit un manque de confiance quant à mes capacités à discerner le sens que je donne à mes actes, l'intention qui y préside, les motifs et raisons qui en rendent compte. J'ajoute qu'il n'y a strictement aucune raison de tenir un ensemble d'actes similaires comme un tout indissociable devant nécessairement – ou probablement – recevoir la même explication. La masturbation solitaire est un acte qui n'implique que soi-même. Que l'expression ou le renforcement d'une union amoureuse ne fasse pas partie de ses finalités est donc une évidence structurelle. Toute autre est la configuration lorsque l'on fait l'amour à son compagnon de vie. Par conséquent, toutes autres doivent être les conclusions relativement à sa signification... Enfin, remarquons que s'il fallait prendre cet holisme au sérieux, alors pourquoi ne pas décider de n'aller au cinéma qu'en étant accompagné de son conjoint ? En effet, si je vais de temps en temps au cinéma seul, ce sera uniquement pour le plaisir du film. Par conséquent, si j'y vais ensuite avec mon épouse, comment être sûr, dès lors, que ce ne sera pas aussi uniquement pour le plaisir du film ? Avec cet exemple absurde, on voit très clairement que le holisme moral ne tient pas.

 

  1. Le relativisme et le sentimentalisme moraux constituent, à eux deux, la deuxième catégorie de préjugés moraux que nous allons aborder.

Le relativisme moral, n'est pas à proprement parler religieux au sens des trois monothéismes, mais il s'enracine dans un contexte post-religieux, de déliquescence de la religion, et notamment de son légalisme moral, sans toutefois renoncer totalement à son programme liberticide en matière de morale. Pour le relativisme moral, un acte est mauvais s'il est jugé mauvais par une majorité de gens et/ou s'il offense une majorité de gens. Inversement, un acte est bon s'il est jugé bon par une majorité de gens et/ou s'il plait à une majorité de gens. Le relativisme moral (qui s'oppose au réalisme moral) procède à un total renversement copernicien de la cause et de l'effet. C'est comme dire que la tour Eiffel existe parce qu'elle est perceptible par les gens (relativisme ontologique), alors qu'elle est au contraire perceptible par les gens parce qu'elle existe (réalisme ontologique). Son problème principal réside dans le caractère fluctuant (chronologiquement et géographiquement) de ses énoncés. Si la majorité change d'avis, la vérité (morale) change avec elle. La vérité (morale) ne sera pas non plus la même, peut-être, d'un côté ou de l'autre des Pyrénées. Mais un autre écueil du relativisme (moral) est son caractère profondément contre-intuitif, comme si la vérité ou la réalité n'était pas déjà là, à découvrir, mais qu'elle était entièrement construite par les hommes, ainsi assimilés à des sortes de démiurges. Il est impossible, dans le cadre du relativisme (moral), de donner un sens à des énoncés qui semblent pourtant sensés tels que : « la majorité s'est trompée » ou « telle minorité a raison ». En rendant synonymes « croyance commune » et « vérité établie », le relativisme (moral) sème la confusion. S'il fallait tenir compte du jugement et du sentiment d'autrui avant de faire ce que l'on croit juste et bon, on ne ferait rien. En effet, les offenses faites aux sentiments moraux des gens peuvent être virtuellement infinies, et tout action, parole ou pensée peut être potentiellement jugée offensante par quelques personnes. Par exemple, je me sens particulièrement blessé par les propos et la pensée de l'Église catholique concernant la sexualité. Par ailleurs, je suis loin d'être le seul dans ce cas là. Le fait que des personnes puissent croire et rendre culte à un Dieu soi-disant bon et tout-puissant quand je contemple tant de misère autour de moi me répugne également. Dois-je, pour cette raison là, juger les chrétiens d'immoraux ? Que dire également des réactions d'indignation suite à la publication, par Charlie Hebdo, de caricatures du prophète Mahomet ? Faut-il approuver cette condamnation morale, au nom d'une prétendue atteinte illégitime aux sentiments religieux ? Si le nombre de personnes blessées doit entrer dans l'équation morale, alors ce cas est tout à fait exemplaire, une majorité de musulmans – modérés y compris – de tous les pays ayant fustigé les caricatures et leurs auteurs.

Une variante du relativisme moral, à la fois un peu plus raffinée et davantage soluble dans le monothéisme abrahamique, est ce que faute de mieux j'appellerai le sentimentalisme moral. Ce dernier croit en l'existence de sentiments moraux universels qui s'enracineraient profondément dans la nature humaine, et ne dépendraient pas des cultures, des lieux et des époques (ainsi, la réprobation universelle de l'inceste1). D'après le sentimentalisme, ou bien ces sentiments ne sont pas répressibles, ou bien, s'ils le sont, c'est au prix d'un long et pénible processus, ou bien d'un traumatisme violent, et cela nous met toujours en contradiction avec notre nature.

Bien entendu, un sentimentalisme un minimum informé ne peut pas faire l'économie de considérer le fait que plusieurs personnes ne possèdent véritablement aucune prédisposition à avoir des sentiments moraux alignés sur ceux de la majorité de leurs congénères, voire qu'ils ont tendance à nourrir des sentiments moraux qui leur sont frontalement opposés. Ce sentimentalisme informé ne pourra se maintenir que couplé à un essentialisme normatif : puisque ces êtres sont des êtres humains, ils doivent s'aligner sur le comportement normal attendu d'un être humain (et nous voilà ramenés au légalisme moral...).

On trouvera toujours toutes sortes de prétextes à faire valoir pour essentialiser les (quasi-)invariants anthropologiques : des raisons pseudo-démocratiques (l'essence d'un être est ce qui caractérise la plupart des êtres de la même espèce, ou le prototype des êtres de cette espèce), mais surtout des raisons téléo-naturalistes (et nous voilà ramenés à la « loi morale naturelle »...). Certains sentiments moraux génétiquement programmés auraient présenté un sérieux avantage adaptatif à une époque, et c'est pourquoi on les retrouve actuellement chez la plupart des gens. Par exemple, la dégoût de l'inceste aurait permis d'éviter la consanguinité inhérente à l'endogamie.

Seulement voilà, ce qui peut présenter un intérêt, sous un certain aspect, à une certaine époque, peut être inutile voire nuisible sous d'autres aspects ou à une autre époque. Rien ne nous garantit donc que nos lointains descendants conserveront ces caractéristiques génétiques qui, aujourd'hui, par exemple, tendent à nous dégoûter de l'inceste. Prétendre alors que la condamnation morale de l'inceste continuera de faire partie de l'essence de l'être humain dans quelques siècles c'est ni plus ni moins que faire de la métaphysique (voire de la théologie) déconnectée du réel, car dans le monde réel, le sentimentalisme n'échappe pas à un certain relativisme. Le simple fait que des exceptions existent aux prétendus universaux moraux prouve que ces derniers ne sont pas si universels que cela et nous ramène à la question du relativisme.

Mais surtout, cet argument « évolutionniste » néglige le fait qu'être dégoûté de l'inceste n'est pas le seul moyen d'empêcher la consanguinité. Quelqu'un de suffisamment discipliné mentalement pour s'astreindre à des rapports sexuels non-procréatifs lorsque des rapports sexuels procréatifs présenteraient un risque pour une progéniture potentielle pourrait s'adonner à des relations incestueuses sans funestes conséquences. Et cela peut être généralisé à tous les autres sentiments moraux « invariants » que veut essentialiser le sentimentalisme.

Mais admettons qu'il existe une essence éternelle de l'être humain, et que celle-ci comporte, par exemple, un dégoût vis-à-vis de l'inceste, il reste à se demander pourquoi, davantage que dans le cas du relativisme, on serait obligé de s'y conformer personnellement et d'inviter à s'y conformer. Quel est le mal, concrètement, de celui qui n'actualise pas cette essence éternelle de l'être humain ? Quel est le bien, concrètement, de celui qui l'actualise ? En quoi cette essence comporterait-elle un caractère moral ? On pourrait se dire qu'une essence éternelle est forcément morale, au moins dans le sens qu'elle indique toujours une finalité, qu'il est bon, pour un certain être, d'accomplir, et dont il est mauvais, pour cet être, de s'écarter. Cependant, c'est loin d'être évident. Supposons qu'il existe des êtres dont l'essence éternelle soit de torturer sauvagement d'autres êtres. Il va de soi, semble-t-il, qu'il est de loin préférable qu'une telle essence éternelle ne s'actualise pas !...

En fait, le réel problème du sentimentalisme reste son hégémonisme. « Les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux », chantait Georges BRASSENS. Pourquoi diable vouloir imposer – ne serait-ce que sur le plan de la condamnation morale – la norme d'une majorité à la minorité ? Que ceux qui présentent un dégoût manifeste pour, mettons, l'inceste, ne pratiquent pas l'inceste, c'est très bien. Mais pourquoi cela devrait-il dicter la conduite de ceux qui y trouveraient leur compte ? Il est bien plus offensant d'être contraint d'agir contre ses sentiments moraux ou de ne pas pouvoir leur donner libre cours, que de simplement savoir qu'à certains endroits du monde, certaines personnes se livrent, dans l'intimité de leur vie privée, à des actes qui personnellement nous rebuteraient, et que rien ne nous oblige à pratiquer. Certaines personnes mangent des larves d'insectes. Personnellement, cela m'écœurerait. Cela ne veut pas dire que je dois considérer qu'elles agissent mal et que je ne pourrais pas être amis avec elles. A partir du moment où elles ne me forcent pas à en manger, ou qu'elles n'en mangent pas en ma présence, ce qu'elles mettent dans leur assiette les regarde elles seulement. Ainsi, la position morale que je défends ne dit pas que les hétérosexuels monogames et exogames sont des réacs coincés. Dans le monde tel que je le vois, ils pourraient continuer sans problème de mener leur vie comme ils l'entendent, conformément à leurs sentiments moraux, sans être jugés. Mais de grâce, qu'ils ne se permettent pas de juger ceux qui font un autre choix parce que leurs sentiments moraux sont différents.

Ceux qui sont des réacs coincés, ce sont ceux qui ne supportent pas que l'on puisse avoir des sentiments moraux différents des leurs, et surtout que l'on se conduise selon nos propres sentiments moraux, plutôt que selon les leurs. On trouve de tels « réacs coincés » partout. Y compris là où l'on s'attendrait le moins à en trouver, par exemple au sein de la communauté LGBT. Nombreux sont en effet les homosexuels purs et durs (sans mauvais jeu de mots) qui se trouvent fortement contrariés du simple fait que certaines personnes puissent être bisexuels. Pour eux, ce sont forcément des homosexuels qui ne veulent pas s'assumer, ou encore des hétérosexuels qui veulent se donner un genre... Bref, on retrouve le même genre de jugements de valeurs moralisant que l'on peut trouver chez les « cathos de droite ». De nombreux homosexuels seront choqués et blessés d'entendre des hétérosexuels dire que l'homosexualité les dégoûte ou les écœure, et seront prompts à condamner moralement de tels propos. Or, être dégoûté par l'homosexualité est tout à fait admissible éthiquement parlant, à partir du moment où l'on n'en tire pas une condamnation morale générale de l'homosexualité.

Au fond, peut-être que la vérité elle-même, celle de l'existence des homosexuels par exemple, ou plus simplement celle que telle ou telle personne est homosexuelle, n'a pas à être imposée à qui ne supporte pas de l'entendre. Surtout s'il s'agit d'un ami de la dite personne et que cette information pourrait blesser ses sentiments moraux et la conduire à reconsidérer son amitié, alors il vaut mieux se taire ou mentir. Peut-être que dire la vérité à quelqu'un qui veut rester dans le confort de ses croyances n'est ni charitable ni juste. Un fameux proverbe affirme que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. J'ai pendant longtemps été très réticent face au mensonge. Mais puisque parfois la vérité blesse, du simple fait d'être la vérité, alors même qu'il n'y a aucun mal réel à déplorer pour personne, j'ai été amené à changer d'avis. Le libéralisme politique proscrit de faire à autrui quelque chose contre son consentement. On doit peut-être y inclure le fait de dire la vérité à qui ne veut pas l'entendre, selon la perspective d'un libéralisme politique abouti. Bien sûr, le mensonge reste immoral dans bien des cas. Sur nos sentiments envers autrui, sur ce qui peut avoir des conséquences importantes pour lui, qui le concerne au premier chef, il faut demeurer franc, sincère, transparent. Mais tout n'est pas à dire, et notamment ce qui pourrait blesser inutilement ses sentiments moraux. Même si quelqu'un dit souhaiter connaître la vérité, il faut avoir suffisamment de psychologie pour savoir si ce qu'il souhaite est vraiment de la connaître ou simplement de croire qu'il la connaît. S'il dit vouloir connaître la vérité, qu'il l'apprend, et que cela le blesse et détruit l'affection qu'il nourrissait pour quelqu'un d'autre, alors il faut croire qu'il s'illusionnait lui-même : rien, en fait, ne l'intéressait moins que la vérité ; seule comptait pour lui une certitude conforme à ses attentes. L'expérience offre d'autres exemples de vérités qu'il est bon de cacher. Par exemple, à quoi bon troubler les derniers jours de vie d'un malade en lui annonçant qu'il souffre d'une maladie mortelle et incurable ne lui laissant plus qu'un très bref sursis ? Il se peut qu'il manifeste un apparent désir de savoir, mais c'est plutôt un désir de se rassurer. Si on lui dit la vérité, à n'en pas douter, cela le plongera dans un sombre désespoir pour les quelques jours d'existence qu'il lui restera. Un mensonge porteur d'espoir et de force vaut parfois mieux qu'une vérité désespérante, sombre, et à laquelle on ne peut, de toute façon, rien changer.

 

  1. L'ultra-conséquentialisme, est la troisième catégorie de préjugés moraux que je veux à présent aborder. Le terme est un néologisme personnel. Je ne l'ai jamais trouvé ailleurs. Par ce néologisme, je souhaite renvoyer à une catégorie particulière de conséquentialisme qui considère qu'un acte est moralement inacceptable si on peut imaginer un scénario dans lequel cet acte conduirait, au bout d'un temps indéfini pouvant être très long, après une série d'étapes également indéfinie, à des conséquences néfastes. Poussé à l'extrême, cet ultra-conséquentialisme peut aller jusqu'à considérer des conséquences complètement hypothétiques et ineffables d'ordre spirituel ou métaphysique, pour des temps situés post mortem. L'ultra-conséquentialisme est la dernière cartouche du conservatisme moral, après l'échec du légalisme, du relativisme et du sentimentalisme. Il tente de redonner du crédit à ces idéologies en formulant des mises en gardes funestes du genre :

  • en défense du relativisme moral et du sentimentalisme moral : « Si vous commettez l'acte X, vous allez offenser les sentiments de Pierre, qui sous le poids de la colère va vouloir tuer Paul, ce qui va entraîner un conflit armé entre les partisans de Pierre et ceux de Paul, ce qui va mettre fin à l'humanité, etc. » (argument dit « de la pente savonneuse ») ;

  • en défense du légalisme moral : « Si vous commettez l'acte X, vous enfreignez une loi de la Nature instituée par Dieu, ce qui va souiller votre âme / fâcher l'Éternel, et aura pour conséquence, après votre mort, de vous plonger dans les affres du Purgatoire, voire de l'Enfer. » (argument des « vices cachés »).

L'ultra-conséquentialisme est un discours très à la mode chez certains pseudo-intellectuels de gauche (d'obédience « gauche réac », eh oui, cela existe !) qui se sentent très concernés par les blessures infligées à toutes sortes d'entités abstraites comme la pudeur, la dignité humaine, le devoir, l'état, le peuple, etc. ainsi que par les vexations que subissent les sentiments moraux des personnes les plus hostiles au progrès de la liberté (mais bizarrement, ces mêmes pseudo-intellectuels de gauche n'ont que faire des offenses aux sentiments moraux des amis de la liberté...). On trouve une même ligne d'argumentation chez nombre de clercs et laïcs catholiques assez intelligents pour comprendre que l'Église doit adapter son discours traditionnel si elle souhaite qu'il ait quelques résonances dans le monde actuel.

Pourquoi l'ultra-conséquentialisme est-il intenable ?

  • Tout d'abord, il est impossible de maîtriser l'ensemble des conséquences possibles – à plus ou moins long-terme – de chacun de nos actes. Or même l'acte le mieux intentionné, le plus vertueux, et le plus « moral » selon les critères du conservatisme, peut présenter des conséquences désastreuses.

  • L'ultra-conséquentialisme déresponsabilise les gens qui deviennent les pièces d'un jeu de dominos dont les mouvements de chute s'enchaînent et s'amplifient mécaniquement, sans qu'à aucun moment l'une de ces pièces ne puisse manifester le moindre libre-arbitre pour décider de mettre fin à cette chaîne de cause à effet. Si une jeune fille super-ultra-sexy en mini-mini-jupe se fait violer, l'ultra-conséquentialiste conséquent devra en attribuer la responsabilité principale à la jeune fille qui aurait dû se camoufler pour ne pas susciter la convoitise, et non au violeur qui pouvait difficilement contenir ses pulsions face à un stimulus si érogène (le pauvre...).

  • Enfin, en demandant de prendre en compte des risques tout à fait improbables voire purement hypothétiques, l'ultra-conséquentialisme manque de réalisme et de rationalité. Tout peut toujours être imaginé, le pire et le meilleur. On peut imaginer que tel charmant garçon va soudain se transformer en pervers serial-killer du simple fait que je me serai moquer de sa religion. On peut imaginer que l'homosexualité diffuse dans l'atmosphère une onde mystérieuse qui agit comme un excitant belliqueux pour une race inconnue d'extraterrestres hostiles qui vont venir nous envahir, etc. Mais on peut imaginer aussi qu'égrener les chapelets contribue à la perturbation géothermique d'une planète en orbite autour de Proxima du Centaure, ou encore que s'abstenir de pratiquer l'adultère mécontente en fait Dieu, contrairement à ce qu'on a toujours cru... Un sain conséquentialisme doit donc s'appliquer à juger des conséquences les plus probables d'un certain type d'actes, d'après une démarche scientifique rigoureuse, et ne surtout pas sombrer dans une espèce de délire paranoïaque.

Friedrich HAYEK2 a proposé une forme plus élaborée d'ultra-conséquentialisme, en vue de défendre les valeurs traditionnelles. D'après lui, les valeurs, croyances ou concepts dénués de pertinence finissent par disparaître assez rapidement d'eux-mêmes. Si, donc, les valeurs judéo-chrétiennes continuent d'exister aujourd'hui, il y a fort à parier qu'elles renferment un certain fond de vérité. C'est l'histoire qui démontre leur pertinence. Notons tout de suite que l'argument se veut modeste. Il ne s'agit pas d'affirmer, à l'aide de cet argument, que l'ensemble du catéchisme est incontestable, ni d'encourager à une pratique chrétienne stricte. Ensuite, l'argument semble oublier un certain nombre de conditions historiques de maintien et de propagation des valeurs judéo-chrétiennes, comme les Croisades ou l'Inquisition... Actuellement – et c'était peut-être moins vrai du temps de HAYEK – le judéo-christianisme est en perte de vitesse face à la montée de l'Islam. Doit-on dès lors admettre que les lois coraniques renferment un fond de vérité et ne sont pas dénuées d'une certaine pertinence ? Revenons au judéo-christianisme. Actuellement, il connaît un autre déboire à travers la sécularisation progressive de la société. Il ne s'agit pas vraiment d'une rupture, mais d'une sorte de désagrégation progressive. Des valeurs comme la charité chrétienne s'en sortent bien. D'autres, comme la morale sexuelle chrétienne, sont bien mal en point. S'il faut en croire HAYEK, n'est-on pas en train de vivre une disparition de valeurs dénuées de pertinence – au moins relativement à notre monde – tandis que les véritables valeurs pertinentes comme l'amour continuent de se maintenir ? En tout cas, l'argument de HAYEK est dangereux : il peut facilement se retourner contre les conceptions de ceux qui espéraient en tirer profit.

Venons-en finalement à un argument qui me plait beaucoup, vous allez comprendre pourquoi. Cet argument s'appuie sur un phénomène psychologique connu sous le nom de « paradoxe de l'abondance », et que l'on peut résumer par la phrase : « l'interdit créé l'envie ». En effet, on a pu observer que lorsqu'une denrée est rare, elle est généralement activement recherchée. Si elle devient abondante, on note qu'après une courte période durant laquelle on se « jette dessus », on finit rapidement par s'en lasser. Paradoxalement, on en vient à moins la rechercher et la consommer que lorsqu'elle était difficile d'accès. C'est pourquoi, aussi bizarre que cela puisse paraître, le fait de légaliser les drogues aurait certainement pour effet d'en réduire la consommation. L'interdiction créé un besoin de transgression, très grisant. Si l'interdit tombe, le besoin de transgression, toujours présent, doit être trouvé ailleurs. Ainsi, la condamnation morale des actes contre-nature sans victime présenterait plusieurs avantages :

  • elle permettrait de conserver / accroître leur potentiel jouissif ;

  • elle éviterait qu'on ait besoin de rechercher la transgression ailleurs, dans des actes véritablement immoraux voire injustes.

Transgresser les codes et les normes est constitutif du développement de la personnalité. Jouer avec l'est également, et c'est aussi un formidable stimulateur de la créativité. Ce n'est pas par hasard que certains auteurs s'imposent des contraintes d'écriture. Loin de brimer notre liberté, s'imposer des contraintes permet à celle-ci de s'exprimer pleinement, avec inventivité.

Cependant,

  • ces contraintes doivent rester raisonnables, sinon elles étouffent, et ne permettent pas la transgression. Or une condamnation morale sans appel et une désapprobation unanime et profonde peuvent inhiber au contraire toute action, installer une névrose d'angoisse de la transgression, dont les conséquences seront jugées terrifiantes...

  • on a montré, au mieux, qu'il est utile de condamner moralement les actes contre-nature sans victime, non que ces actes sont véritablement condamnable d'un point de vue moral.

 

Contre le légalisme, contre le tandem relativisme – sentimentalisme et contre l'ultra-conséquentialisme, je veux à présent affirmer quelques grands principes qui me paraissent bien plus solides et opérationnels.

 

  1. Contre le légalisme moral, j'affirme le personnalisme moral :

    1. Faire du mal, c'est toujours faire du mal à quelqu'un.

    2. Faire du bien, c'est toujours faire du bien à quelqu'un.

  2. Contre le relativisme et le sentimentalisme moraux, j'affirme le réalisme moral :

    1. Un acte n'est pas mauvais parce qu'on juge qu'il est mauvais ou parce qu'il nous offense, c'est au contraire parce qu'il est mauvais (et ce, indépendamment de notre jugement ou de nos sentiments), qu'on devra le juger mauvais et qu'on pourra en être offensé.

    2. Un acte n'est pas bon parce qu'on juge qu'il est bon ou parce qu'il nous plait, c'est au contraire parce qu'il est bon (et ce, indépendamment de notre jugement ou de nos sentiments), qu'on devra le juger bon et qu'il pourra nous plaire.

  3. Contre l'ultra-conséquentialisme, j'affirme l'éthique des droits, éthique déontologique pour laquelle certains types d'actes sont mauvais par essence : ceux qui sont irrespectueux des droits fondamentaux ; et j'affirme aussi le tandem conséquentialisme de la règle et éthique des vertus, pour lequel il faut prendre pour norme de nos actions les comportements dont une étude scientifique rigoureuse a pu montrer les conséquences bénéfiques en général, ce bénéfice étant un accroissement et/ou un exercice du capital humain.

1En fait, quasi-universelle, car contrairement à l'idée reçue, certaines peuplades l'ont toujours accepté sans problème, et même parmi les civilisations le réprouvant, il s'est toujours trouvé des pratiquants convaincus en nombre non négligeable.

2Hayek, F.A., 1973. Law, Legislation and Liberty. Chicago: University of Chicago Press.

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Jeudi 23 avril 2009
Radio Caraïb Nancy 90.7 : Histoire Lorraine - Aventures partagées

(Emission passée le lundi 20 avril 2009 de 17h à 18h)
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Lundi 20 avril 2009
Un article intéressant d'Yves Bonnardel, publié par l'association Psychothérapie Vigilance : "Pour en finir avec l'idée de nature... et pour reprendre avec l'éthique et la politique".

Extrait :

«La règle « obéir à la nature » est vide de sens. La « respecter » est du même tonneau :
pourquoi respecter ce qui existe, simplement parce que ça existe ? (…)
Les idées reçues se propagent en échappant à tout questionnement critique.
Mais les propositions creuses ou fausses ne deviennent pas vraies à force de répétition.
Elles constituent un danger parce qu’elles offrent une ligne de conduite illusoire
ou erronée face à des problèmes bien réels. Les invocations de la nature
en lieu et place de principes clairs de jugement comptent hélas
parmi les infirmités majeures qui handicapent les mouvements
qui voudraient changer le monde pour quelque chose de mieux»
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Dimanche 19 avril 2009

Une morale laïque fondée sur la raison et l'expérience objective.

 

Mikaël Mugneret

 

 

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Introduction : L'objet du présent article n'est pas de justifier l'existence ou le caractère obligeant d'une morale objective mais, partant du postulat qu'une telle morale existe et qu'elle doit être suivie, il cherche à en déterminer plus précisément le contenu, en essayant autant que possible de s'affranchir de tout présupposé idéologique ou religieux. Plus spécifiquement, ma méthode consiste à partir du comportement réel des gens, et à interroger ce comportement, afin d'en inférer un ensemble de préceptes et de directions à suivre. La morale que je propose est donc en quelque sorte naturaliste, non pas dans le sens qu'elle fait passer un état de fait pour une norme morale (ce qui constituerait un paralogisme naturaliste au sens qu'en donne HUME), ni dans le sens qu'elle considèrerait les finalités (réelles ou apparentes, là n'est pas la question) de la Nature comme conditionnant ce que doit être la morale (c'est ce que propose l'Église catholique, sous la forme d'une morale déontologique basée sur le concept de « loi morale naturelle »), mais dans le sens qu'elle part d'une sorte de « proto-morale » intuitive, implicite et spontanée, que l'on découvre chez tous les hommes (et qui peut être généralisée à tous les êtres doués d'intentions) : « Tout homme est naturellement enclin à agir suivant ce qu'il croit être le mieux pour lui ». Ma démarche ne fait que chercher à raffiner cette « proto-morale » par usage de la raison.

 

Une critique d'autres systèmes moraux prétendant également à l'objectivité et à la rationalité complète cette démarche.

 

 

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Il est important de proposer une authentique morale laïque dont le fondement soit détaché de tout parti pris idéologique ou religieux. Cette morale doit inclure une attitude envers autrui, envers soi-même, envers le monde, envers l'existence. Nous traiterons ici essentiellement des deux premiers points.

 

Tout homme est naturellement enclin à agir suivant ce qu'il croit être le mieux pour lui. Mais pour qu'il agisse vraiment suivant ce qui est vraiment le mieux pour lui, il faut qu'il connaisse ce qui est le mieux pour lui, et qu'il puisse l'accomplir ; c'est-à-dire qu'il sache comment l'accomplir, et enfin qu'il soit apte à l'accomplir. Par conséquent, quel que soit le système de valeurs personnelles auquel il adhère par ailleurs, l'homme a naturellement intérêt à développer son capital humain1 (ou capital personnel), qui est à la fois :

 

  • un capital « sagesse » ou « spirituel » si on veut : connaissance de ce qui est bon pour lui (connaissance du but, de la fin) ;

 

  • un capital intellectuel ou théorique : savoir comment il doit procéder pour l'obtenir (connaissance des moyens) ;

 

  • et un capital pratique : aptitude concrète (mentale, émotionnelle et physique) à réaliser les tâches appropriées à la poursuite de ses objectifs.

 

Paradoxalement, plus qu'un simple moyen en vu d'autre chose, développer son propre capital humain se présente donc comme une fin en soi, un bien. D'où l'importance centrale de l'éducation, à la fois but et moyen de la morale.

 

Ce bien, ce n'est pas le seul bien, mais c'est un des seuls sur lequel on peut tous s'entendre universellement, et il doit donc subordonner toute autre forme de bien non universellement partagé/partageable.

 

L'objet principal de la morale personnelle est donc le développement de son propre capital humain. Il s'ensuit donc que l'objet principal de la morale sociale est le développement du capital humain de chacun.

 

Cette morale du développement du capital humain n'exclue pas une morale de l'exercice du capital humain (à travers par exemple la création d'œuvres) et non du simple accroissement stérile du capital humain. Bien au contraire, l'exercice du capital humain est à la fois le signe tangible de sa présence, et un des meilleurs moyens de son accroissement. Par ailleurs, on serait bien en peine de contribuer au développement du capital humain d'autrui sans exercer son propre capital humain. Par conséquent, ces deux morales ne sont pas à opposer et constituent en fait les deux versants d'une même philosophie, d'inspiration eudémoniste et perfectionniste, qui situe la morale dans la quête du bonheur défini comme l'épanouissement et la réalisation de soi, le développement et l'exercice des vertus.

 

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Il y a toutefois des conditions au développement de ce bien qu'est le capital humain. La réalisation de ces conditions et leur maintien constitue donc un second bien universel, qui est en fait premier en importance, puisqu'il subordonne le plein développement du capital humain. On peut regrouper ces conditions en deux classes :

 

  • les conditions sociales, qui se subdivisent en :

 

  •  
    • conditions économiques (équité, égalité des possibles en matière de capital économique « de base ») ;

 

  •  
    • et conditions biologiques (équité, égalité des possibles en matière de capital santé) ;

 

  • et les conditions libérales ou civiles, qui se subdivisent en :

 

  •  
    • conditions matérielles (absence d'obstacles matériels à la libre circulation des personnes et à leur libre action) ;

 

  •  
    • et conditions politiques (principe de non-nuisance, sécurité et protection des libertés fondamentales de tous les individus) ;

 

Défendre et promouvoir de front ces deux classes de conditions n'est pas tâche aisée. Non pour des raisons techniques, mais plus profondément pour des raisons conceptuelles. L'idéal d'égalité sociale entre souvent en conflit avec l'idéal de liberté en matière économique. Par exemple, le prélèvement de l'impôt qui est un moyen courant de promouvoir l'égalité sociale par le biais d'une redistribution peut être assimilé à un vol, et donc à une atteinte injuste à la propriété légitime d'autrui, au produit de son travail. Inversement, un libéralisme économique non maîtrisé est vecteur d'aggravation des inégalités sociales, dans le cas où les deux contractants (le patron et l'employé potentiel) ne sont pas à force économique égale à la base, ainsi que c'est d'ailleurs souvent le cas (les patrons ont généralement une meilleure situation économique que leurs employés).

 

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Jusqu'à présent, j'ai cherché à définir une morale relativement minimale. Elle se compose essentiellement de deux types d'aspirations :

  • une aspiration à la justice ; civile (respecter et faire respecter les libertés individuelles) et sociale (assurer l'égalité des possibles) ;

  • une aspiration au bien (au sens d'un Télos, c'est-à-dire d'un but, d'un idéal) : un bien objectif (le développement et l'exercice du capital humain), et éventuellement un bien subjectif (dépendant des particularités de chacun, de ses goûts, de ses valeurs propres).

 

A présent, je vais essayer d'étoffer quelque peu cette morale de base. Je lui propose deux extensions distinctes mais complémentaires :

  • l'héroïsme, c'est-à-dire la capacité à se dépasser, à se sacrifier, en vu de promouvoir, soit pour soi-même (du point de vue de la globalité de son existence), soit pour tout un chacun, la justice et le bien ;

  • l'amour, qui est l'établissement et le maintien d'une relation particulière, singulière, inter-subjective, mais pas forcément exclusive ou unique, avec quelques autres personnes (les amis, les amants, la famille, etc.).

 



 

Au-delà de la morale laïque (telle qu'elle vient d'être exposée), il faut donc, nous venons de le suggérer, également encourager l'héroïsme, c'est-à-dire le sens raisonné du sacrifice pour une cause dépassant notre individualité (le développement du capital humain de tout un groupe par exemple). Ce projet s'inscrit dans le cadre d'une « morale laïque étendue ». D'une façon un peu paradoxale, on peut également parler d'héroïsme pour soi-même, lorsque l'on concède à sacrifier partiellement et temporairement son propre capital humain, afin de contribuer à son développement ultérieur durable. C'est en effet dans la globalité d'une vie que doit s'apprécier le développement et l'exercice du capital humain, et non pas seulement sur le court-terme.

Le sacrifice est rationnel (et mérite donc proprement le qualificatif d'acte héroïque), à condition qu'il vaille le coup, et il vaut le coup si le produit de la plus-value en capital humain par la durée de son obtention est supérieur au produit de la moins-value de capital humain induite par le sacrifice, multiplié par la durée de la privation.

Le temps présentant la particularité – au regard de notre existence – de s'écouler du passé vers le futur, il paraît également plus rationnel de privilégier l'avenir sur le passé. Ainsi, entre deux situations exigeant le même sacrifice pour le même gain de capital humain, l'une où le sacrifice se situe après le gain, et l'autre où le sacrifice se situe avant le gain, il semble plus rationnel de préférer la seconde à la première.

 



 

Enfin, l'amour est encore une attitude spécifique différente qui dépasse la simple morale laïque que nous avons exposé. L'amour consiste à se réjouir du bien de la personne aimée, à s'attrister du mal qui peut l'affecter, et à rechercher à établir et conserver avec la personne aimée un lien privilégié, de nature inter-subjective. L'amour consiste à vouloir former avec la personne aimée une sorte d'unité englobante mais respectueuse des individualités. Le véritable amour (Agapè) est également acceptation de l'autre tel qu'il est, pleinement, sans chercher à vouloir le changer à tout prix. Il est possible d'avoir un comportement et des intentions moralement irréprochables mais sans aimer personne. Aimer c'est faire un pas de plus vers l'autre, le reconnaître dans sa singularité, lui dire : « tu comptes pour moi ». On distingue classiquement 3 types d'amour qui peuvent cohabiter dans une certaine mesure chez la même personne, et à l'égard de la même personne :

 

  • Éros, c'est aimer l'autre parce qu'il nous fait du bien, c'est un amour qui se vit sur le mode du manque, de la frustration, de la possession. C'est aimer l'autre comme on aime la soupe ou le chocolat. C'est finalement s'aimer soi-même à travers l'autre.

 

  • Philia, c'est aimer l'autre parce qu'on reconnaît en lui un ensemble de qualités que l'on juge objectivement estimables. C'est aimer l'autre comme on aime une œuvre d'art ou une idée. Plutôt que d'amour, on peut parler d'appréciation ou d'estime.

 

  • Agapè, c'est aimer l'autre pour rien, ou plutôt pour lui-même, indépendamment de ce qu'il fait pour nous ou de ses qualités. C'est l'amour inconditionnel.

 

L'amour, il me semble, est indépendant de l'héroïsme. On peut être héroïque parce qu'on estime que c'est notre devoir, sans pour autant être engagé dans une relation inter-subjective particulière avec les personnes qui bénéficient de notre héroïsme. Inversement, l'amour ne suppose pas de poser des actes héroïques, même s'il recherche le bien de l'être aimé. Cependant, amour et héroïsme peuvent se conjuguer et se marient même très bien.

 



 

Pour en finir avec les "crimes sans victimes" et les "offenses aux sentiments"...

 



 

 

Conclusion : Nous voici parvenu au terme de ce court article, qui s'était donné pour objectif de proposer quelques préceptes généraux d'une morale laïque objective hypothétique dont il reste à discuter l'existence et le caractère obligeant (ainsi que précisé en introduction, cela ne fera pas l'objet du présent article), en partant des intuitions morales les plus générales des êtres intentionnels.

Chemin faisant, nous avons dégagé un certain nombre de préceptes ou de valeurs, que je vais à présent récapituler sous forme de maximes, à la manière de KANT :

 

  1. Respecte personnellement, et fais respecter le droit des personnes à disposer de la plus grande quantité de liberté compatible avec la même quantité de liberté pour tous.

  2. Agis et fais agir de telle manière que chacun parte dans la vie avec les mêmes possibilités de réussite que les autres.

  3. Développe et exerce tes propres compétences, connaissances, expériences, et participe, à la mesure de tes possibilités, au développement et à l'exercice des compétences, connaissances, et expériences d'autrui.

  4. Sache être héroïque et te dépasser, lorsque les circonstances l'exigent, ou lorsque l'enjeu est de taille ; et encourage cette même attitude chez autrui.

  5. N'hésite pas à développer et entretenir des liens privilégiés, fait de tendresse, de respect, et de tolérance, avec tes semblables ; et invite autrui à faire de même.

 

Nous avons également dénié toute immoralité réelle aux « actes immoraux sans victime » comme la masturbation ou l'homosexualité, ainsi qu'aux « offenses aux sentiments moraux », comme dans le fait de caricaturer Mahomet par exemple. A la place, nous avons affirmé que seuls disposent d'une valeur morale les actes qui causent un tort ou un bénéfice à quelqu'un, et qu'un tort ou un bénéfice ne peut pas se réduire à un sentiment / jugement moral d'approbation ou de désapprobation, le risque étant d'aboutir à un totalitarisme moral empêchant toute action. Ce n'est pas parce que l'on juge bien / mal une action ou qu'elle nous plaît / déplaît qu'elle est bonne / mauvaise. C'est au contraire parce qu'elle est bonne / mauvaise (indépendamment de ce qu'on en pense et de ce qu'elle nous suggère émotionnellement) qu'on doit la tenir pour bonne / mauvaise et qu'elle peut éventuellement nous ravir / nous offenser.


1D'après Jacques GENEREUX, Introduction à l'économie, le « capital humain est l'ensemble des aptitudes, talents, qualifications, expériences accumulés par un individu et qui déterminent en partie sa capacité à travailler ou à produire pour lui-même ou pour les autres ».


Publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs - Par Miky - Communauté : La commune des philosophes
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Mardi 3 février 2009

Bonjour à tous mes lecteurs,

Voici le site d'une amie qui m'est chère :

http://hedwigefabry.wordpress.com

 

Hautement recommandable ! (le site... et l'amie ).

Quant à moi : promis, bientôt de nouveaux articles, mais je suis un peu débordé en ce moment. Cependant je travaille sur un projet d'ampleur concernant la morale sexuelle qui devrait satisfaire nos amis catholiques, bien que (vous vous en doutez), j'y défends des vues en partie hétérogènes à leurs positions, et assez radicales dans cette hétérogénéité. Seuls les partisans de la morale commune (ou plus précisément ce que j'appelle la morale sociologique, et qui sont nombreux, par définition) ne devraient pas y trouver leur compte...

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Mercredi 31 décembre 2008


A tous mes lecteurs (et aux autres aussi), je tiens à présenter tous mes meilleurs voeux pour l'année 2009, et à vous souhaiter un bon réveillon. Puisse la santé, l'amour et la réussite vous accompagner tout au long des 12 prochains mois.

Bien sincèrement,

Mikaël
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Mardi 28 octobre 2008

Un petit message informatif sans rapport avec la "métazététique" mais pas sans rapport avec mes activités professionnelles...


Le nouveau site de la MJC de Maxéville est en ligne et en cours de construction. Vous pouvez le visiter à l'adresse URL suivante :

http://www.mjc-maxeville.fr

(non, ce n'est pas moi le webmasteur au cas où la question se poserait...)

Cordialement,
Surbooked Miky...

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Jeudi 2 octobre 2008
... trouvé sur www.moral-politics.com ce coup-ci :

MÉTAZÉT'S SCORE

Your scored -3 on Moral Order and 0 on Moral Rules.


The following categories best match your score (multiple responses are possible):

  1. System: Liberalism, Socialism
  2. Ideology: Capital Democratism, Social Democratism
  3. Party: Democratic Party
  4. Presidents: John F Kennedy
  5. 04' Election: John Kerry
  6. 08' Election: Barrack Obama


Of the 484,846 respondents (5,828 on Facebook):

  1. 9% are close to you.
  2. 42% are more conservative.
  3. 6% are more liberal.
  4. 16% are more socialist.
  5. 19% are more authoritarian.
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Vendredi 22 août 2008

... je publierai ma déclaration d'intention, comme ça on pourra discuter sur du concret (à l'adresse de Ziboum, Yves...).

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Lundi 4 août 2008

Depuis deux ans et demi qu'on en parle et un an et demi qu'on le prépare, le jour J de notre mariage est enfin arrivé ! Tout ne s'est pas toujours déroulé comme prévu mais l'émotion (*), les bulles (de champagne... et de savon !) et les retrouvailles ou rencontres étaient au rendez-vous... avec le soleil en prime (et là on a eu peur que les caprices de la météo ne soient pas de notre côté, mais finalement tout a été au poil, avec un climat chaud juste ce qu'il fallait, sans lourdeur...).


Ça fait quand même bizarre comme tout ça est passé très vite, surtout au regard du temps de préparation qu'on a consacré et de l'investissement personnel et affectif qu'on y a mis...


Voici une première photo très représentative de cette journée inoubliable lors de laquelle nous avons, par ailleurs, eu la chance de faire un brin de causette avec Pierre Perret qui nous a offert et dédicacé un livre de cuisine dont il est l'auteur.


Mikaël


(*) Pour moi, c'était surtout à la mairie, au moment où la représentante du maire nous a lu très solennellement le code civil, nous a fait un petit historique des événements déjà célébrés dans ces lieux, et nous a fait signer les registres, à nous deux, et à nos témoins.

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Mercredi 2 juillet 2008

Métaphysique et théologie :


L'athéisme n'est qu'une option négative qui se définie par rapport à une philosophie, le théisme, qu'il rejette. Au-delà de ça, les athées peuvent être très divers...


Je préfère donc dire que je suis naturaliste, car le naturalisme, lui, est une option positive. Il s'agit d'affirmer que la Nature et ce qu’elle contient existent et qu’ils sont la seule réalité existante. Mon adhésion au naturalisme est surtout épistémologique : peut-être existe-t-il autre chose que la Nature (pour ma part j'en suis intimement convaincu), mais la seule chose que l'on peut connaître avec certitude et objectivité est la Nature. On peut donc dire que je suis un « naturaliste agnostique ».


Par Nature, il ne faut pas entendre uniquement la matière brute. Le naturalisme n’est pas le matérialisme. Les lois de la Nature ne sont pas à proprement parler matérielles, pas plus que les champs de force, l'énergie, etc. Par ailleurs, on peut admettre que l'organisation de la matière entraine l'émergence de nouvelles propriétés non réductibles à celles présentes dans les éléments de départ pris isolément. Le tout, en quelque sorte, est supérieur à la somme de ses parties.


On peut donc être naturaliste et croire - c'est mon cas - en l'existence d'un libre-arbitre métaphysique, d'une morale objective inscrite dans la Nature, voire ne pas être totalement fermé à l’idée d’un « moi » absolu, etc.


La notion d'émergence, lorsqu'on la prend en son sens le plus fort, ontologique, a quelque chose de déstabilisant pour l'esprit. Comment une propriété entièrement nouvelle peut-elle apparaître comme ça du pur néant, en n'ayant pas déjà été présente, en puissance, dans les éléments de base ?


Je suis conscient de cette difficulté. C'est pourquoi je soutiens que les plus hautes facultés de l'esprit sont déjà présentes, à l'état latent, au sein de la Nature, peut-être même au sein des particules matérielles les plus fondamentales (mais là je ne m’avancerai pas trop). L'organisation de la matière joue en quelque sorte le rôle d'une clef ou si l'on préfère d'un révélateur : elle permet à ce qui existe déjà éternellement de s'exprimer dans la temporalité. Là, j'avoue que je lorgne sérieusement vers le panthéisme, je ne m'en cache pas. Le panthéisme est en quelque sorte le chaînon manquant entre le naturalisme pur et dur et le déisme. Il reste malgré tout naturaliste, dans la mesure où c'est une philosophie moniste et qu’il rejette la notion d'interventions surnaturelles dans l'ordre naturel des choses.


On peut donc dire aussi que je suis un « naturaliste déiste ». Mais alors pourquoi est-ce que je dis que je suis athée ? Parce que je prends ce terme selon son sens étymologique d'opposition au théisme. Je ne crois guère, en effet, en un Dieu transcendant et personnel, créateur du monde ; et je crois encore moins que ce Dieu, s'il existe, soit à la fois bon et puissant (et a fortiori infiniment bon et tout-puissant). Je ne le crois pas, car je constate chaque jour à quel point le mal et la souffrance dominent dans le monde. Je ne peux pas adorer un Dieu – c'est viscéral – qui laisse mourir dans la souffrance la plus abjecte des enfants innocents dans les mains de monstres comme Dutroux... alors qu'il pourrait les sauver de cet enfer...


Au final, mon naturalisme apparaît assez modéré, car essentiellement épistémologique.


On pourrait se dire que ce que j’appelle la Nature, étant donnée la définition que j’en donne, n’est qu’un nom « politiquement correct » pour désigner ce que d’autres appellent Dieu.


Mon concept de Nature peut être, en effet, utilement comparé à celui de Dieu. Il lui ressemble un peu, sauf que :


  • Je récuse tout anthropomorphisme : il s'agit d'un principe d'existence et d'unité, non d'un être particulier, personnel et doué de bonté à qui on adresserait des prières et qui pourrrait ou voudrait y répondre. Il n'a pas de plan pour l'homme qui n'est qu'un être parmi d'autres. Il ne transgresse pas les lois de la Nature en faisant des miracles, car ça contredirait sa propre essence.

  • Il ne créé pas les êtres ex nihilo. Ceux-ci sont des affections de sa substance. Il n'y a pas de séparation ontologique entre la Nature et les êtres qui la composent. Si vous voulez une image, c'est comme l'homme et les cellules de son corps.


Donc en deux mots, je dis non à l'anthropomorphisme et au dualisme.


Spiritualité et fondements de l’éthique :


Voici comment je vois les choses pour ma part, selon ma vision naturaliste :

  • il y a notre conscience individuelle, à laquelle on tient beaucoup (enfin chacun tient beaucoup à la sienne)

  • mais il y a aussi la conscience en tant que phénomène générique, qui peut être instanciée par divers êtres particuliers, de même qu'il existe le bleu générique, qui est instancié par tous les objets bleus


Lorsque l'on meurt, notre conscience individuelle disparaît en tant que conscience individuelle, mais cela ne veut pas dire (bien entendu) que le phénomène « conscience » disparaît de tout l'univers, puisque d'autres personnes continuent d'exister !


Or ces autres consciences, je maintiens, en tant que naturaliste, qu'elles ne diffèrent pas absolument entre elles et qu’elles ne différent pas absolument de la mienne. Bien sûr, on a l'impression du contraire, parce que notre corps nous interdit d'être en contact direct avec les autres consciences individuelles. Mais cette distinction est relative et non pas absolue. Inconsciemment ou consciemment on fait donc un peu ce genre de raisonnement :

  • j'expérimente mon corps et celui d'autrui de la même manière : par conséquent, matériellement, mon corps et celui d'autrui ne diffèrent pas fondamentalement ;

  • or j'expérimente mon âme et celle d'autrui différemment : mon âme est pleine de sensations de joie, de peine, de douleur, etc. tandis que celle d'autrui ne me fait pas tous ces effets, par conséquent, spirituellement, mon âme et celle d'autrui diffèrent fondamentalement ; et par conséquent, nos âmes sont également ontologiquement distinctes de nos corps.

C'est donc à un dualisme entre l'âme et le corps et même à un pluralisme entre toutes les âmes auquel on est conduit par ce genre d'expérience.


Cette théorie, d'après moi, est fausse, mal fondée en tout cas, et surtout cause de beaucoup de souffrances car on va s'attacher, que dis-je, se cramponner à notre petit moi individuel en croyant qu'il est pour lui-même ce qu'il y a de plus précieux au monde...


La voie spirituelle que je propose, consiste au contraire à prendre conscience du caractère relatif de notre égo, et de s'identifier à la conscience générique dont il n'est qu'une individualisation provisoire.


La meilleure image que j'ai trouvé pour faire comprendre cela est la suivante : tout se passe comme s'il n'y avait absolument qu'une seule personne consciente qui existe, mais dont l'esprit est très dissocié, à l'image (puissance mille !) de ces patients dont on a sectionné les deux hémisphères cérébraux pour soigner des formes particulièrement sévères d'épilepsie. Dans certaines conditions expérimentales, tout se passe comme si leur conscience... se dédoublait littéralement !... au mépris de ce que l'on croit savoir sur notre âme et sa prétendue unicité...


La mort n'est donc rien pour nous, pas parce qu'après elle nous existerions plus. Certes, Pierre, Paul, Jacques, n’existeront plus, car il y aura destruction de la conscience individuelle. La mort n’est cependant rien pour nous – un « nous » absolu, le même pour tous ! – parce qu'elle est un phénomène qui ne touche que très localement la conscience entendue comme phénomène générique, et qui vit constamment et depuis plusieurs millénaires des milliards d’existences simultanées et dissociées les unes des autres.


Nous existerons donc plus tard, parce que nous avons déjà existé avant, et que nous existons déjà ailleurs...


Le « salut », sachant cela, consiste donc à œuvrer, dès maintenant, pour plus de justice et d'amour dans le monde, et peut-être, qui sait, atteindre une sorte de Point Oméga qui correspondra à une parfaite réunification de tous ces bouts de conscience que sont nos consciences individuelles en une seule conscience quasi-« divine ».


Moralement, cette pensée fonde particulièrement bien l'éthique, je trouve. Car en effet, on comprend dès lors que le mal que l'on fait aux autres, c'est quelque part à nous-même que nous le faisons, puisque, d'un point de vue absolu, nous sommes les autres et les autres sont nous.


Le point de vue développé ici ne m'est pas personnel, d'autres naturalistes le partagent, par exemple Thomas W. Clark, Death, Nothingness and Subjectivity


Je ne vous cacherai pas qu'on trouve à peu près la même spiritualité, tant dans le naturalisme, que dans le bouddhisme.


Ceci est la spiritualité « de base » que je professe et que j'essaye de vivre. Mais comme je ne suis pas un naturaliste intégriste, je n'exclue pas l'éventualité d'avoir une âme immortelle, mais alors ça sera plutôt de manière thomiste que cartésienne que je l'envisagerai, car s'il y a bien un point où je dois admettre que l'Église catholique a été lucide, c'est d'avoir pris au sérieux l'anthropologie de St Thomas d'Aquin, plutôt que le cartésianisme de l'époque moderne. St Thomas d'Aquin, lorsqu'il parle de la personne humaine, au fond, est quelque peu « panthéiste ». Je m'explique : l'âme est le principe premier de la vie corporelle, dont elle est inséparable et co-dépendante. Elle est la forme et le corps est la matière. Cela rejoint la façon panthéiste (ou disons panenthéiste) d'envisager les rapports entre « Dieu » (ou la Nature « naturante ») et les êtres naturels (la Nature « naturée »).

Publié dans : Pour une Spiritualité Laïque - Par Miky - Communauté : Religions en toute liberté
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Jeudi 19 juin 2008
Comme je suis un peu surbooké en ce moment, je ne trouve guère que le temps de publier des conneries. Toutes mes excuses donc pour cette nouvelle exploration du thème inépuisable "Dieu est Humour et l'Eglise encore plus". Vous pensiez qu'avec tous ses dogmes poussiereux et sa morale castratrice l'Eglise catholique était ridicule, mais vous aviez encore un petit doute ? Heureusement, la nouvelle lubie du Diocèse de Besançon devrait finir de le dissiper :

http://www.dailymotion.com/video/x5qt70_pretresacademyintro_webcam

Reprendre à son compte un des symboles les plus représentatifs de l'abrutissement des masses, il fallait oser, mais quelque part, peut-être est-ce une façon pour l'Eglise de se présenter sous son vrai jour en concurrençant ses vrais adversaires, sur le marché du divertissement et du prêt-à-pensé ?... ;-)

Merci à Matthieu de m'avoir fait découvrir ce qui sera sans conteste l'événement culturel majeur de ce siècle !

Je jubile d'impatience que l'Eglise sorte des images Panini du collège des cardinaux, ou fasse des versions Pokémons évolutifs de sa hiérarchie...
Publié dans : Divers - Par Miky
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Jeudi 5 juin 2008

Après le rock chrétien, l'Eglise catholique se met à l'humour pour évangéliser les foules : c'est grave docteur ? 

http://www.fr.vocation.com/content-nyl.htm


Marx n'avait donc pas tout à fait tort : la religion n'est pas exactement l'opium du peuple, mais c'est quand même le médicament de l'âme... ;)

Publié dans : Divers - Par Miky - Communauté : L'Avis des Eclectiques
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