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Bonjour et bienvenue !

Le principal but de ce blog est de faire la promotion et le développement d'une démarche sceptique de recherche qui se veut un peu différente de ce que l'on entend communément par scepticisme ou zététique sans pour autant désavouer ces approches dans leurs principes et leurs acquis. Essentiellement, il s'agira ici d'adopter une perspective qui à la fois dépasse et englobe le scepticisme contemporain, le faisant reposer, contrairement à l'habitude et même un peu paradoxalement, sur une attitude épistémologique de confiance dans nos capacités à connaître le réel et dans le témoignage humain. J'entends aussi être constructif et non pas simplement critique, et aborder des domaines traditionnellement négligés par le mouvement sceptique actuel, comme les croyances religieuses, morales, métaphysiques, surnaturelles...
Ainsi, on trouvera ici, entre autres, des réflexions sur l'éthique et les moeurs, des articles concernant l'identité personnelle et la question de la survie, une critique des religions et croyances dogmatiques, pseudo- voire anti-scientifiques, et/ou moralistes, mais aussi une recherche raisonnée d'alternatives.
Pour plus de renseignements sur l'esprit qui anime ce blog.
Jeudi 4 octobre 4 04 /10 /Oct 19:58

La gauche la plus bête du monde vient encore de faire preuve de sa ringardise convenue en s'offusquant d'une déclaration de Christine BOUTIN, la présidente du Parti Chrétien-Démocrate, qui a estimé "vraisemblable que si on accepte le mariage homosexuel, on serait amenés dans les années à venir à accepter la polygamie en France" (référence ici). Dieu sait que je ne suis pas chrétien, Dieu sait aussi que l'homosexualité n'est vraiment pas un sujet qui me dérange... mais crénonvindiou, c'est pourtant évident que si on autorise le mariage gay, à plus forte raison, on va droit vers la légalisation de la polygamie. Et alors ?

 

Mais déjà : pourquoi donc ? En premier lieu, parce qu'on ne voit pas pourquoi, si on se permet d'amender le mariage actuel sur la question du genre, on ne pourrait pas l'amender également sur la question du nombre ; et si on peut l'amender sur la question du nombre, on ne voit pas pourquoi, un jour, on ne finirait pas par l'amender effectivement sur la question du nombre. Pourquoi cela poserait-il davantage de problèmes dans le cas du nombre que dans le cas du genre ? En vérité, cela en pose même bien moins, et cela constitue mon deuxième argument.

 

En effet, si on regarde l'histoire, le mariage polygame a déjà été adopté par bien des civilisations par le passé. On pense bien sûr à l'Islam, mais il ne faut pas oublier que la polygamie a été pratiquée aussi par le Judaïsme, l'Hindouisme, et même le Christianisme (dont, bien sûr, le Mormonisme, mais pas seulement). Aucune, jusqu'à tout récemment, n'a adopté le mariage gay. Sur un plan culturel, géographiquement et historiquement élargi, le mariage polygame est donc une réalité bien plus fortement admise que le mariage gay.

 

Bon, il est vrai que j'ai tendance à me brosser du "culturel" lorsqu'il entre en contradiction avec la raison, la nature et la liberté. Mais justement, de ce dernier point de vue, le mariage polygame s'en sort bien mieux que le mariage gay également. En effet, le mariage polygame est biologiquement fécond. On peut débattre pour savoir si l'intérêt supérieur de l'enfant est aussi bien assumé dans le cadre de la polygamie que dans le cadre de la monogamie, il n'en demeure pas moins que les polygames n'ont pas besoin d'adopter ou de pratiquer la fécondation in vitro pour avoir des enfants à eux, et que les référents paternels et maternels sont présents. Or, si on part du principe - il est vrai ancestral - qui dit que le mariage existe pour le bien des enfants à naître de l'union des mariés, il s'ensuit logiquement que le mariage gay est un paradoxe, puisque, par définition, il n'y a pas d'enfant à naître possible de l'union des mariés s'ils sont de même sexe.

 

Alors, certes, on dira que le mariage, aujourd'hui, exprime simplement l'amour. Mais alors, mais alors... pourquoi pas le mariage polygame, si chaque homme aime toutes ses femmes, si chaque femme aime tous ses maris et si tous les protagonistes impliqués sont au courant de la situation et pleinement consentants ? (Si ça ne vous plaît pas, personne ne vous oblige à être polygame, mais respectez au moins le choix de ceux qui voient l'amour autrement...). Et que vient faire l'Etat là-dedans, l'amour n'est-il pas une affaire privée (même s'il n'est pas nécessairement une affaire confidentielle) ? Le problème est que la gauche bien-pensante semble bien assimiler la polygamie et le triplet polygynie, violences faites aux femmes et Islam. Or, où Christine BOUTIN aurait-elle dit qu'elle ne pensait qu'à ce type et même principalement à ce type de polygamie ? La polygamie, qui n'est d'ailleurs pas tout à fait l'opposé de la monogamie (l'opposé des différentes "gamies", n'est-ce pas l'agamie ? l'absence de tout mariage ?), cette dernière pouvant être conçue comme un cas limite de polygamie où le nombre n de personnes avec lequel une personne peut se marier est tel que n=1, renvoie simplement à l'idée de mariages multiples. A aime B et ils décident de se marier. Puis, A aime aussi C et ils décident de se marier, puis C aime aussi D et ils décident de se marier, puis B aime aussi D et ils décident de se marier, etc. Cela peut donc être tout à fait égalitaire (les hommes et les femmes jouissant alors de la même liberté de contracter plusieurs unions) et fondé sur le libre-choix de chacun, sans violence. Et enfin, cela peut être totalement indépendant de l'Islam et même de toute religion. Je renvoie tout le monde à l'excellent petit livre de Catherine TERNAUX sur le sujet : La polygamie, pourquoi pas ?

 

Certaines personnes concèderont que j'ai raison de penser que la polygamie ne se réduit pas à la polygynie, aux violences faites aux femmes et à l'Islam, mais objecteront que j'ai tort d'imaginer que la polygamie pourrait être égalitaire. La polygamie, prétendra-t-on, c'est ou bien la polygynie, ou bien la polyandrie. Il est vrai que Wikipedia semble aller dans ce sens, réservant le terme de "mariage de groupe" à ce que j'appelle "polygamie". Mais Wikipedia n'est certainement pas le summum de la crème du nec plus ultra en matière de sérieux. En l'occurrence, le "mariage de groupe" est un cas particulier de la polygamie telle que je la conçois : tous les hommes d'un groupe y sont mariés à toutes les femmes d'un autre groupe et réciproquement. Et si l'on consulte, à l'article "polygamie", le dictionnaire en ligne de l'Académie Française, qui est quand même une référence autrement plus sérieuse que Wikipédia, voici ce qu'on y lit :

 

(1)POLYGAMIE n. f. XVIe siècle. Emprunté, par l'intermédiaire du latin chrétien polygamia, du grec polugamia, « le fait de se remarier plusieurs fois », lui-même composé à partir de polus, « abondant, nombreux », et gameîn, « épouser ».
État d'un homme ou d'une femme qui a plusieurs conjoints, par opposition à Monogamie ou, couramment, à Bigamie ; mode d'organisation sociale reconnaissant la légitimité d'unions multiples, généralement d'un homme avec plusieurs femmes.

 

Dans cette définition, rien n'indique que les conjoints de l'homme ou de la femme en question ne puissent pas avoir également d'autres conjoints.

 

Je pense donc - et j'espère l'avoir montré - que le propos de Christine BOUTIN est loin d'être insensé ou simplement provocateur. Oui, le mariage gay ouvre la voie au mariage polygame, et je dirais même qu'il le présuppose ! Quitte à légaliser d'autres formes d'union que le mariage monogame hétérosexuel, la bonne logique aurait voulu qu'on légalise le second avant de légaliser le premier, car, d'une part, le mariage polygame a une plus longue histoire à de nombreux endroits du globe là où le mariage gay est une revendication de quelques dizaines d'années intéressant principalement l'Europe, l'Australie et l'Amérique du Nord, et d'autre part, le mariage polygame présente l'avantage d'être biologiquement fécond là où le mariage gay est biologiquement stérile.

 

Donc, répétons-le, le mariage gay ouvre la voie au mariage polygame. Et alors ? What is the matter ?

 

En fait, il y a bien un petit problème, je le concède : il tient à mes convictions libérales. Dans mon monde idéal, le mariage n'existe tout simplement plus comme institution civile régie par la coercition étatique. Il est entièrement privatisé et libéralisé. Il s'ensuit donc que dans mon monde idéal existe toute une panoplie de contrats possibles de droit privé, qui permettent de régir la vie entre X personnes de tous les sexes, du moment que chacun y a apporté son consentement. En attendant, plutôt que de rajouter des types de mariage, il vaut mieux apporter de la souplesse au mariage existant. D'une certaine façon, c'est un peu l'esprit de la loi que le PS entend faire passer en 2013. Le problème étant que c'est une fausse souplesse : elle consiste à augmenter le nombre de couples susceptibles d'être bénéficiaires d'un droit-créance, plutôt que d'ouvrir de vrais droits-liberté. C'est donc une "libéralisation" mal fagotée. Une vraie libéralisation du mariage actuel pourrait consister - par exemple - à autoriser (je ne dis pas : imposer) la possibilité de l'adultère consenti, tandis que le mariage actuel interdit l'adultère, même pour les couples libres ! (même si en pratique, on n'a jamais vu une personne "amour-libriste" tenter d'obtenir un divorce pour faute de son conjoint pour adultère... et même si on peut faire confiance sur le bon sens des magistrats pour ne pas prendre au sérieux une telle demande...).

 

Mais à part ça, il n'y a absolument aucun problème de droit dans le mariage polygame, et les partisans du mariage gay qui s'en offusquent sont incohérents et se tirent une balle dans le pied...

Publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs - Par Mikaël
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Vendredi 30 mars 5 30 /03 /Mars 21:22

Bonjour à tous,

 

Tout d'abord je tiens à m'excuser auprès de mes lecteurs pour ne pas leur avoir écrit un article depuis de si longs mois. Le temps me manque malheureusement, car après avoir réussi un concours d'adjoint administratif de l'Education nationale en 2011, je suis depuis septembre 2011 en poste dans un établissement scolaire à Lunéville. Comme c'est un type d'emploi très nouveau pour moi et que je suis en année de stage (donc l'enjeu est important...), cela m'occupe pas mal l'esprit... Toutefois, j'essaye quand même de prendre un peu de temps, par ci par là, pour poursuivre mes investigations philosophiques et j'espère pouvoir vous annoncer bientôt la finalisation d'un livre que je suis en train d'écrire et qui prendrait la forme de dialogues philosophiques... Je sens qu'il est sur le point d'être terminé.

 

En attendant, rien à voir avec la philosophie, mais j'aimerais vous faire partager cette vidéo qui a été réalisé par un enseignant de mon établissement, avec l'aide d'élèves de CAP "Maintenance et Hygiène des Locaux", dans le cadre d'un concours "Je filme le métier qui me plaît" que nous espérons remporter grâce à vos clics, vos étoiles, vos partages et vos "j'aime"...

 

http://www.lecanaldesmetiers.tv/component/canalmetiers/?view=video&id_video=prg42_jf12_09_903&id_chaine=15487

 

Merci pour eux !

 

Bon week-end,

 

Votre surbooké Mikaël...

Publié dans : Divers - Par Mikaël
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Mardi 26 octobre 2 26 /10 /Oct 13:52

Un très bon billet sur le blog d'Alexander R. Pruss (en anglais) :

Alexander R. Pruss est un philosophe (chrétien) à l'Université Baylor (elle-même chrétienne). Dans cet article, il part de l'intuition suivante : l'adultère est intrinsèquement immoral. Une action est intrinsèquement immorale si son intention (la fin que l'on se propose et comment on entend la réaliser) est mauvaise. Alex Pruss a bien conscience que l'adultère n'est pas toujours commis dans une intention adultérine en tant que telle (rendre son mari cocu, rendre sa femme jalouse, etc.). On peut avoir une relation charnelle avec une autre personne que son mari ou son épouse simplement parce que l'on trouve cette personne attirante, que l'on souhaite s'unir à elle, que l'on veut partager un moment agréable avec elle, etc. Si, cependant, l'adultère est intrinsèquement immoral, alors il est immoral également lorsqu'il est l'expression de ces intentions non-adultérines per se. Et puisqu'une action est intrinsèquement immorale si son intention est mauvaise, alors il s'ensuit que ces intentions sont mauvaises, bien qu'elles ne soient pas adultérines en soi. Et puisqu'elles sont mauvaises, alors tout acte réalisé avec les mêmes intentions est intrinsèquement immoral également. Or, ces intentions de l'acte sexuel (expression d'une attirance, accomplissement d'une union, partage d'un moment agréable...) ne sont pas propres à l'adultère. On les retrouve également dans la fornication, et même... dans nombre de relations charnelles entre époux ! Ces activités sexuelles sont donc tout aussi immorales que l'adultère, et pour exactement les mêmes raisons.

 

Ainsi, ne jetons pas la pierre à la femme adultère, car nous sommes tous (ou presque) "adultères" ! Rappelons qu'à l'origine, le verbe adultérer signifie simplement altérer, qui signifie rendre autre, donc dénaturer : on voit bien qu'il n'y a pas de connexion nécessaire avec le pluralisme amoureux, qui n'est ainsi qu'une manière parmi d'autres de réaliser cette altération.

 

Pour qu'une relation charnelle entre époux ne soit pas "adultère", il faut donc qu'elle soit l'expression d'une intention spécifiquement maritale, c'est-à-dire une intention qu'on ne puisse pas trouver dans la fornication ou l'adultère.

 

Dans d'autres de ses articles, Alex Pruss montre que cette intention est celle de concevoir des enfants et de leur assurer des garanties optimales d'épanouissement personnel (c'est d'ailleurs pourquoi le mariage existe et c'est ce qui lui donne son sens). Tout acte sexuel qui n'est donc pas l'expression d'un désir d'enfant ou qui est rendu délibéremment inapte au don de la vie - ou même simplement dont on souhaite qu'il ne soit pas fécond - est donc "adultère", quand bien même il a lieu entre époux (et à la limite, le pluralisme amoureux n'est en fait pas du tout adultère s'il y a véritable polygamie et si toutes les relations charnelles qui ont lieu sont ouvertes à la procréation, et ce même si certains des co-conjoints n'adhèrent pas au principe de cette polygamie...).

 

Cette intention proprement maritale n'existe pas dans les relations "concupiscentes" entre époux, et elle est même impossible (au dire d'Alex Pruss) dans les relations adultérines et fornicatrices. Bien sûr, on peut avoir l'intention d'avoir des enfants d'une relation adultère ou fornicatrice, mais alors cette intention, et donc l'acte qui en est l'expression, sont très hautement irrationnels ou alors égoïstes, puisque les conditions d'un plein épanouissement des enfants en question ne sont pas réunies. Il manque au minimum la condition d'un engagement de vie maritale commune des deux parents. C'est pourquoi on ne saurait en toute rigueur parler d'intention maritale dans ce cas là, sinon par grave méprise.  

 

Or, agir irrationnellement ou égoïstement n'est certainement pas un bien, au contraire. Par conséquent, l'intention d'un acte irrationnel ou égoïste est immorale. Et ainsi, forniquer ou commettre l'adultère dans l'intention de faire des enfants est immoral (d'après moi, c'est même le seul cas où ces actes sont immoraux, si on excepte tout de même, pour l'adultère, l'intention éventuelle de rendre cocu, jaloux, etc.).

 

Peut-être - Alex Pruss ne m'apparait pas très clair sur ce point mais semble le suggèrer plus ou moins - que le problème de l'adultère, de la fornication et des relations "concupiscentes" entre époux n'est pas tant qu'ils soient effectués dans l'intention d'exprimer une attirance, d'accomplir une union, de partager un moment agréable, etc. Le problème, c'est qu'ils ne soient - et ne puissent être, rationnellement, dans le cas de l'adultère et de la fornication - effectués que dans ces intentions-là. Pour qu'un acte sexuel soit légitime au plan moral, il faut, en outre, qu'il soit l'expression d'une intention proprement maritale (concevoir des enfants et leur assurer des garanties optimales d'épanouissement personnel).

 

Il va sans dire que si un acte (ici un acte sexuel) est intrinsèquement immoral (ce qui est le cas, d'après Alex Pruss, des actes adultérins, et donc de ceux qui ont des intentions semblables : actes fornicatoires, relations "concupiscentes" entre époux...), alors il est intrinsèquement immoral à chacune de ses occurences. Autrement dit, des actes sexuels dénaturés ne peuvent être rendus moralement légitimes parce qu'ils s'inscrivent dans une vie sexuelle globalement orientée vers la procréation... Donc une personne catholique ne peut se sentir la conscience tranquille en se disant que les deux ou trois fois où elle a utilisé un préservatif sont compensées par les dix ou douze fois où elle a eu recourt à la méthode Billings, etc. De même - certes, pas dans les mêmes proportions de gravité - que deux ou trois meurtres qu'on a commis ne sont pas compensés par dix ou douze personnes dont on a sauvé la vie...
 

L'article d'Alex Pruss a un grand mérite : sa pensée est logique et rigoureuse. Son but est de montrer le caractère immoral de la fornication et même des relations charnelles entre époux lorsque ces dernières sont mûes par la "concupiscence", ce qui inclut naturellement tous les cas où il est fait usage de moyens artificiels de contraceptions (pilule, condom, stérilet, etc.) ou d'autres moyens "contre-nature" : sodomie, fellations, cunnilingus, masturbation, etc. Etant donné son intuition de départ ("l'adultère est intrinsèquement immoral"), il montre effectivement, et de manière éclatante, qu'on ne peut que condamner moralement - et semblablement - la fornication et même les relations charnelles entre époux lorsque ces dernières sont mûes par la "concupiscence".

 

De mon côté, cependant, ainsi que mes fidèles lecteurs le savent, je ne partage pas l'intuition de départ d'Alex Pruss. D'après moi, l'adultère n'est certainement pas intrinsèquement immoral (il ne peut l'être que dans les cas où il est mû par l'intention de blesser, de rendre jaloux, etc.). D'après moi, il n'y a aucun problème moral à entretenir simultanément plusieurs relations amoureuses avec des personnes différentes - de même qu'il n'y a pas de problème moral à entretenir simultanément plusieurs amitiés - à partir du moment où toute possibilité de conception est écartée.

 

Je n'ai donc pas de problème moral avec la fornication ou les relations "concupiscentes" entre époux (à partir du moment où toute possibilité de conception est écartée). Mais puisque la plupart des gens partagent l'intuition de départ d'Alex Pruss, ils devraient, par souci de cohérence, se ranger à ses conclusions, ou alors renoncer à cette intution... et c'est pourquoi je trouve l'article d'Alex Pruss particulièrement intéressant. Quoique involontairement et indirectement, il permet d'assoir  ma cause "pluriamoureuse". En effet, tout en lui permettant d'argumenter sa vision catholique de la sexualité, son raisonnement démontre par la même occasion que toute personne qui persisterait à tenir la fornication ou les relations charnelles "concupiscentes" entre époux comme moralement admissibles DOIT également juger le pluralisme amoureux moralement admissible (au moins sous les conditions que j'ai spécifiées). L'article d'Alex Pruss (dont la logique et la rigueur sont peu contestables) montre qu'il n'y a pas 36 solutions cohérentes : ou bien ne sont moralement admissibles que les relations sexuelles à la fois entre époux et ouvertes à la procréation, ou bien non seulement les relations charnelles "concupiscentes" et la fornication sont admissibles moralement, mais il nous faut reconnaître également que le pluralisme amoureux est TOUT AUSSI moralement admissible.

 

Or, il n'y a pas besoin de faire de grandes études statistiques pour constater que la contraception est la règle dans une immense majorité de foyers se disant catholiques. Alors ? Seront-ils plus facilement prêts à renoncer à la pilule et au condom, ou bien renonceront-ils plutôt au dogme de l'exclusivité amoureuse obligatoire ?... Wait and see... mais à moins de renoncer à toute logique ou à leur bonne foi, ils DEVRONT choisir entre ces deux options, et entre elles seules.

Publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs - Par Mikaël - Communauté : Parlons d'amour
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Lundi 12 juillet 1 12 /07 /Juil 21:56
J'ai le plaisir de vous annoncer la parution d'un de mes articles dans la toute nouvelle revue électronique ThéoRèmes éditée par le laboratoire EPAER (Enjeux Philosophiques des Approches Empiriques des Religions) et hébergée par le site Revue.org :
Mikaël Mugneret, « Inférence bayésienne, simplicité et probabilité a priori du théisme », ThéoRèmes [En ligne], 1 | 2010, mis en ligne le 12 juillet 2010, consulté le 12 juillet 2010. URL : http://theoremes.revues.org/67
Publié dans : Epistémologie et Philosophie des Sciences - Par Mikaël - Communauté : Religions en toute liberté
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Jeudi 1 avril 4 01 /04 /Avr 13:58

Chers amis lecteurs,


Cet article est un peu particulier, par rapport aux précédents. En un sens, c'est comme s'il venait fouler du pied et balayer tout ce que j'ai pu écrire jusque maintenant. En effet, quelque chose de très étrange s'est passé aujourd'hui. Quelque chose que je n'attendais plus et que je ne saurais mieux décrire que par ces mots de Pascal : « Feu. "Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob" non des philosophes et des savants. Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix. Dieu de Jésus-Christ. ». Je l'ai nié dans mon ignorance obtue, je l'ai combattu par orgueil et présomption, mais le Créateur a eu pitié de moi, et malgré mes années d'athéisme militant, il m'a pardonné et m'a accueilli dans sa Grâce ! Comment ai-je pu en douter avant ? Oui, Dieu m'aime personnellement et a donné son Fils pour le pardon de mes pêchés : toutes mes pensées adultérines, toutes mes paroles impies, tous mes actes contre-nature. Mais comment cela s'est-il passé ? Je rendais visite à un ami habitant la petite commune d'Avril, en Meurthe-et-Moselle. Un ami que je n'avais pas vu depuis longtemps car pour des billevesés, nous nous étions fâchés. Un jour, toutefois, je l'ai appelé, et il m'a proposé de lui rendre visite. En chemin, cependant, j'ai du m'arrêter au bord de la route car j'étais pris d'un étrange malaise. J'avais l'impression que mon corps était comme étranger. Je suis sorti de la voiture pour m'oxygéner quelque peu. Et là, d'un seul coup, je me suis retrouvé par terre, enveloppé dans une dense lumière d'Amour. Un amour tel que je n'en n'avais jamais connu, sans comparaison possible avec le plus beau des amours humains. Et sans qu'un mot soit prononcé, sans qu'une pensée soit formulée, j'ai su. J'ai su par une sorte... d'identification (les mots me manquent pour décrire l'ineffable donc merci de votre indulgence), de proximité très intime avec cette force, comme si j'avais pu être plus proche d'elle que de moi-même. En un éclair, toute ma vie a défilé devant mes yeux, et je me suis rendu compte... ou plutôt j'ai eu une conscience très aigüe, de mon indigence. J'ai toutefois vu quelque chose, une forme particulière, que je pense pouvoir décrire, et que j'ai essayé de reproduire de retour chez moi. Voilà à peu près à quoi cela ressemblait :


Cliquez ici

Publié dans : Divers - Par Miky
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Dimanche 28 mars 7 28 /03 /Mars 10:20
Vu dans les rues de Nancy (et dans ma boîte aux lettres), cet affichage publicitaire conçu par l'équipe "communication" du diocèse de Nancy (!) pour la collecte du denier de l'Eglise :
http://www.la-croix.com/mm/illustrations/Multimedia/Actu/2010/3/19/pub-diocese-nancy_inline.jpg
Sans commentaire !...
Publié dans : Divers - Par Miky
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Dimanche 31 janvier 7 31 /01 /Jan 00:56
Puisqu'il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis, j'ai créé une nouvelle catégorie, POUBELLE, pour y mettre les articles avec lesquels je ne suis plus d'accord, ma pensée ayant évolué entre temps. J'aurais pu me contenter de supprimer les dits articles, mais je préfère les garder quand même, tout en exprimant mon évolution par rapport à ceux-ci, c'est plus honnête. Et puis, mon passé, c'est mon passé, je ne peux pas faire que je n'ai pas eu les idées que j'ai eu. Donc, de même, je veux garder ces articles, comme témoignage qu'on peut changer d'avis sur certaines choses. Mon premier article à aller à la poubelle est celui que j'avais écrit par un temps sur l'IVG. En effet, depuis environ 3 ans, je ne considère plus l'avortement comme un choix moralement neutre (même si je reste favorable à sa dépénalisation), sauf évidemment en cas de menace pour la vie de la mère et surtout lorsque la vie de la mère et celle du foetus sont toutes deux menacées. Dans les autres cas, je considère qu'il s'agit d'un mauvais choix, même si je respecte les femmes qui font ce choix. Je ne suis pas davantage chrétien, cependant, au cas où certains se poseraient la question. Non, je demeure athée, "amour-libriste" et néanmoins "pro-vie" (mais très loin des caricatures genre commandos anti-IVG), que ça vous plaise ou non et ça ne me paraît pas du tout incohérent : c'est au contraire par souci de cohérence, et en fonction d'arguments rationnels, que j'exposerai peut-être une autre fois, que j'en suis venu à ce repositionnement.
En attendant :
- SecularProLife.org
- Atheist and Agnostic Pro-Life League
Publié dans : Divers - Par Miky
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Dimanche 3 janvier 7 03 /01 /Jan 11:53
http://anidom.blog.lemonde.fr/files/2009/01/bonne-annee-bouquet-hiver-02.1230843885.gifCher lecteurs,

Je me permets de vous adresser, à toutes et tous, tous mes meilleurs voeux pour une excellente année 2010, sous l'auspice de l'amour, de la joie et du succès tant professionnel que personnel. Que la soif de vérité et donc un sain esprit critique guide vos pas tout au long de cette année, afin de vous libérer un peu plus des chaînes de l'ignorance, de l'erreur et de l'illusion...

Mikaël
Publié dans : Divers - Par Miky
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Lundi 23 novembre 1 23 /11 /Nov 10:26
Cher lecteur inconnu,

Hier matin, de passage à Nancy avec mon épouse, celle-ci souhaitait aller à la Cathédrale. Puisque, d'après ses comptes, je lui devais trois messes, je l'ai accompagné en maugréant. Puisque nous étions en avance, je saluai cordialement le père Boichot (bizarrement, je m'entends en général à merveille avec les hommes d'Eglise, malgré mes idées bien peu chrétiennes...). C'était un réel plaisir de le revoir, et en général, c'est la seule raison qui me décide, malgré tout, à aller à la Cathédrale (exception faite, aussi, de l'architecture du lieu, mais y'a pas photo, je préfère St Epvre sous ce rapport).

Après quelques échanges d'amabilités, j'apprends de la bouche du prêtre que Monsieur l'Official (je ne sais pas trop bien de qui il s'agit, mais bon...) souhaiterait s'entretenir avec moi, car un paroissien (dont ni le père ni moi ne connaissons l'identité) se serait plaint à l'Evêché des propos peu aimables que je tiens au sujet de l'Eglise catholique sur mon blog. Bigre ! On va donc me sermoner pour délit d'opinion, pensai-je. Après réflexion, après la messe, je retourne voir le père Boichot, lui expliquant que je soupçonne deux commentateurs (je pense à Yves et à Ziboum), que je ne connais pas plus que ça, sinon par leur pseudonyme, et qui avaient contestés vertement la validité canonique de mon mariage, à cause de ma conception assez élastique de la fidélité conjugale. Le prêtre me précise alors que c'était bien de ça qu'il s'agissait.

Voici donc ma réponse, cher lecteur anonyme, réponse qui fut en substance celle que j'ai donné au père Boichot, afin qu'il la transmette à Monsieur l'Official :

Je suis tout disposé à rencontrer Monsieur l'Official pour répondre à ses questions, mais à condition que la personne ayant fait part de ses récriminations se fasse connaître (nom, prénom, lieu de résidence, etc.) et soit présente le jour J. Je n'ai pas envie, en effet, d'être accusé par des anonymes, mais par des gens qui ont le courage de leurs opinions comme j'ai le courage des miennes. Que cette personne sache également que puisque je ne suis pas catholique, je pourrais tout aussi bien décliner cette demande, sans problème de conscience. Si je prends le temps de revenir sur Nancy et de répondre à Monsieur l'Official pour satisfaire aux demandes de ce paroissien, que ce dernier prenne donc bien conscience que c'est une faveur que je lui offre.

La suite ne fait pas partie de ma réponse à l'Official, mais la complète utilement. Quatre-vingt dix pourcent des dits catholiques se fichent visiblement de la validité canonique de leur mariage, puisqu'ils sont prêts, éventuellement, à divorcer et à se remarier (en contradiction avec le pilier "indissolubilité" et le pilier "fidélité"), à utiliser des préservatifs ou la pilule pour pouvoir faire l'amour quand bon leur semble, sans risque de grossesse indésirable (en contradiction avec le pilier "fécondité"). Enfin, ils se marient le plus souvent uniquement parce qu'ils sont amoureux l'un de l'autre, donc en proie à une passion, et non pas pour un motif raisonnable choisi librement (en contradiction avec le pilier "liberté"). Moi, au moins, même si j'ai des conceptions de la fidélité conjugale qui diffèrent quelque peu de la conception catholique (encore que j'ai évolué sur ce point depuis mon mariage, mais j'en parlerai plus tard), je me suis engagé - dans les faits - à la respecter. Ce qui n'est pas le cas de ces couples dits catholiques qui, donc, non seulement trouvent les positions catholiques en matière de mariage erronées, mais qui en plus, envisagent sérieusement de les bafouer dès que l'occasion se présentera. Le plus souvent, sans même avoir conscience que cela contredit leurs engagements et que cela mine la validité de leur mariage.

Donc déclarons la nullité de mon mariage pour ce motif si vous le souhaitez, mais alors, que cela ne soit pas sans un examen semblable de 90% des mariages célébrés par l'Eglise, afin de déclarer également leur nullité. Car au moins, moi :
- je ne suis pas pour le divorce, et encore moins pour le remariage, surtout s'il y a des enfants (on voit bien comment cela se passe dans les familles recomposées...) ;
- je n'ai pas épousé ma femme uniquement parce qu'elle me plaisait, mais aussi parce que rationnellement, j'estimais qu'elle serait une bonne mère pour nos enfants, que je serais un bon mari pour elle et elle une bonne épouse pour moi, et que notre différence serait enrichissante ; je l'ai épousé parce que c'était avant tout une amie avec qui j'aimais partager, avant d'être une amante avec qui j'aimais m'envoyer en l'air ;
- depuis que je suis plutôt contre l'avortement (sauf risque vital pour la mère), et ça remonte à avant mon mariage, je suis également fortement dubitatif au sujet des moyens de contraception : pas assez fiables vu l'enjeu, risques abortifs ou contragestifs pour certains d'entre eux, problèmes sanitaires pour la femme (une amie médecin a attrapé une tumeur au cerveau dont l'origine semble être son utilisation de la pilule : elle ne voulait pas s'embêter avec les règles...).

Maintenant, il est vrai que je n'avais pas clairement conscience que le contrat du mariage, je ne l'engageais pas uniquement avec ma femme, mais aussi avec l'Eglise catholique. Peu importe : signer un contrat sans l'avoir bien lu ou compris ne veut pas dire qu'on ne l'a pas signé librement (on n'était pas menacé par un fusil en le signant, c'est juste qu'on a été idiot), mais simplement qu'on ne l'a pas signé rationnellement. Mais il engage quand même, sinon ça serait trop facile.

Par contre, il est tout aussi vrai qu'un contrat n'engage que ce qui est écrit explicitement dessus. Si l'Eglise catholique n'a pas précisé dans ses quatres piliers que respecter la fidélité conjugale, ça veut dire aussi s'abstenir de jeter un oeil concupiscent sur les jolies filles qui passent dans les rues en mini-jupe l'été, alors c'est elle qui a été idiote de ne pas l'avoir précisé. Je sais bien que c'est ce qu'elle entend aussi par là, mais désolé, ce n'était pas explicitement écrit sur les documents que l'on m'a soumis pour nous présenter les quatres piliers, donc libre à moi de les interpréter différement. D'ailleurs, quand on nous a demandé de rédiger notre déclaration d'intention, on nous a fait comprendre qu'il s'agissait d'y présenter la manière dont nous comptions les appliquer dans notre vie, la signification personnelle que nous donnions à ces quatres piliers, etc. Cela laissait clairement la place pour un degré de liberté dans l'inteprétation. Alors, si ce que l'Eglise catholique demande, c'est d'appliquer précisément ceci ou cela, et d'adopter précisément telle signification objective des quatre piliers, eh bien que ne le dit-elle pas précisément et clairement au lieu d'utiliser une formulation qui laisse entendre le contraire ?

Mais peut-être cela n'est-il pas la faute de l'Eglise catholique mais de certains de ses représentants alors. Certains intervenants sur mon blog, tel Yves par exemple, critiquent beaucoup les représentants de l'Eglise en France, jugeant qu'ils font oeuvre de néo-gallicanisme plus ou moins clairement affiché. Moi qui ne suis même pas catholique, ce n'est quand même pas à moi de dire à l'Eglise catholique de France comment elle doit se comporter. Je ne fais pas d'ingérance, hein. Je me contente d'essayer de me frayer un chemin dans les méandres des contradictions de l'existence. Si les documents qu'on me demande de signer peuvent laisser être inteprétés en un sens qui fait davantage mon affaire compte tenu de mes positions, je ne vais quand même pas demander à ce qu'on en précise davantage le sens d'une manière qui contrecarrerait plus nettement mes positions. Je ne suis pas masochiste.
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Jeudi 19 novembre 4 19 /11 /Nov 00:36

« Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. » (Lamartine)


Mon parrain, Jean ZEHR, est décédé dimanche 15 novembre 2009, à 15 heures, à l'hôpital St Nicolas de Sarrebourg, là même où moi, son filleul, suis né. Je ne l'appelais jamais autrement que « parrain », lorsque je m'adressais à lui, comme si cela avait été son prénom ou son pseudonyme. Il est vrai qu'il s'est honorablement acquitté de sa tâche de parrain. Lorsque j'étais petit, nous dormions dans la même chambre, et tous les soirs, au coucher, il me lisait la Bible et m'apprenait à prier. Même lorsque, à son grand désarroi, vers mes 20 ans, je perdis la foi qu'il m'avait enseigné, je continuai de l'appeler « parrain ». Bien que mon baptême avait perdu tout son sens transcendant pour moi, il restait mon parrain dans mon cœur. Chose étonnante, c'était une appellation que je lui réservais lorsque je m'adressais à lui directement, ou lorsque je parlais de lui à des proches. Pour les autres, la plupart du temps, je parlais de lui comme de « mon oncle » voire « mon tonton », ce qu'il était aussi. Mais il était encore bien plus que ça : véritable deuxième papa et deuxième grand-père vu son âge, il a toujours été là, présent à mes côtés, ou par la pensée. Il s'occupait de moi lorsque j'étais petit et que mes parents devaient s'absenter. Avec ses mains de bûcheron, il parvenait même, pourtant, et étonnement, à faire office de deuxième maman. Il m'a appris à marcher, et cela reste gravé dans ma mémoire, bien qu'indirectement, par le témoignage qu'on m'en a apporté. Lorsqu'il avait dû se faire opérer de la vésicule biliaire, je refusai obstinément de marcher jusqu'à son retour de l'hôpital. A présent qu'il ne reviendra pas, comment trouver encore la force de vivre ?


Né le samedi 31 août 1929, à Lafrimbolle, ce n'est pas qu'un être cher que je viens de perdre, c'est toute une tranche de vie, une mémoire. Ayant connu dès son plus jeune âge l'horreur de la guerre, il avait dû arrêter sa scolarité, lui qui aimait tant s'instruire et qui aurait bien aimé être instituteur. Il sera bûcheron et débardeur, travaillera aussi quelques temps à la cimenterie de Héming ainsi qu'à la cotonnière de Val-et-Châtillon. Il s'occupera de ses parents malades jusqu'à la fin, ainsi que de sa jeune sœur de 17 ans sa cadette, Jeanine, ma mère. Il fera preuve d'abnégation, renonçant à fonder un foyer pour mieux se consacrer à sa famille. Personnage solitaire, mystérieux et sensible malgré les apparences, il était difficile de gagner son amitié, mais il était fidèle et dévoué. Le jardinage, les animaux (et notamment son regretté chien, Max), la nature, les matchs de catch à la télé, ainsi que quelques rares films (il faut le reconnaître, il n'était pas très bon public...), la lecture de romans historiques et de la Bible (bien que fréquentant peu les cultes, il était doté d'une Foi inébranlable et d'un vif intérêt pour la religion), et enfin et surtout le cercle restreint de sa famille, constituaient ses passions fondamentales. Son sens de l'humour, sa manière très sérieuse de raconter des bobards afin de faire le plaisantin, et surtout ses mémorables emportements, haut en couleur, bref en durée, et anodins quant à leurs motifs, nous manqueront beaucoup.


Aucune parole n'est plus appropriée que le silence pour parler du silence. Pourtant, parrain, où que tu sois, et même si tu n'es plus nulle part, j'aimerais te dédier ces quelques vers que j'ai composé tôt, le lendemain de ce jour tragique, après une nuit au sommeil difficile qui m'a promptement tiré hors du lit.


En cette après-midi d'automne, où la nature se meurt,

Tu la rejoins, toi qui l'aimait tant.

Malgré l'horloge qui indique la fuite des heures,

Tout s'est arrêté, suspendu est le temps.


A présent que la nuit tombe, le silence crie l'absence.

A présent, il n'y a plus de présent, plus de présence.

A présent, seul demeure le souvenir d'un bonheur révolu.

Avec l'espoir, avec l'avenir, il est mort, il s'est tu.


Le souvenir des jours de chaleur et de parole m'oppresse.

Rien ne peut me sauver de ma détresse.

Rien ne peut calmer ma tristesse.


Il est tard, bien trop tard, tout est fini.

Je suis pris de remords, je me dis « Ah si... ».

Ah si j'avais su que c'était pour aujourd'hui,


Je me serais empressé de te faire un dernier baiser

Pour te dire combien je t'aime et t'ai aimé.

Mais cela même n'aurait pas été assez.

Au regard de notre finitude, rien n'aurait été assez.


En cette après-midi d'automne, où la nature se meurt,

Tu la rejoins et, comble du paradoxe, tu ne le sais pas.

Alors que tu l'aimais tant, plus jamais tu ne la contempleras.

Ce paradoxe, dans son injustice, fait mon malheur.


Tu aimais la lecture, mais ne liras plus.

Tu m'as aimé, tu ne m'aimes plus.

Tu as été, tu n'es plus.


Cette injustice a un goût amer.

Le néant est pesant tel du bois de hêtre,

Et tire des larmes du tréfonds de mon être.

 

Enfin, j'aimerais vous lire aussi un passage biblique, tiré de l'Ecclésiaste, chapitre 9, versets 2 à 12. C'était un des livres bibliques préférés de mon parrain. C'était un des seuls, aussi, avec le Cantique des Cantiques, dont la lecture, malgré mon apostasie, m'était à peu près supportable. Je vous livre la version de Louis SEGOND, car c'était celle que mon parrain aimait le plus.

 

« 2. Tout arrive également à tous ; même sort pour le juste et pour le méchant, pour celui qui est bon et pur et pour celui qui est impur, pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas ; il en est du bon comme du pécheur, de celui qui jure comme de celui qui craint de jurer. 3. Ceci est un mal parmi tout ce qui se fait sous le soleil, c’est qu’il y a pour tous un même sort ; aussi le cœur des fils de l’homme est-il plein de méchanceté, et la folie est dans leur cœur pendant leur vie ; après quoi, ils vont chez les morts. Car, qui est excepté ? 4. Pour tous ceux qui vivent il y a de l’espérance ; et même un chien vivant vaut mieux qu’un lion mort. 5. Les vivants, en effet, savent qu’ils mourront ; mais les morts ne savent rien, et il n’y a pour eux plus de salaire, puisque leur mémoire est oubliée. 6. Et leur amour, et leur haine, et leur envie, ont déjà péri ; et ils n’auront plus jamais aucune part à tout ce qui se fait sous le soleil. 7. Va, mange avec joie ton pain, et bois gaiement ton vin ; car dès longtemps Dieu prend plaisir à ce que tu fais. 8. Qu’en tout temps tes vêtements soient blancs, et que l’huile ne manque point sur ta tête. 9. Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vie de vanité, que Dieu t’a donnés sous le soleil, pendant tous les jours de ta vanité ; car c’est ta part dans la vie, au milieu de ton travail que tu fais sous le soleil. 10. Tout ce que ta main trouve à faire avec ta force, fais-le ; car il n’y a ni œuvre, ni pensée, ni science, ni sagesse, dans le séjour des morts, où tu vas. 11. J’ai encore vu sous le soleil que la course n’est point aux agiles ni la guerre aux vaillants, ni le pain aux sages, ni la richesse aux intelligents, ni la faveur aux savants ; car tout dépend pour eux du temps et des circonstances. 12. L’homme ne connaît pas non plus son heure, pareil aux poissons qui sont pris au filet fatal, et aux oiseaux qui sont pris au piège ; comme eux, les fils de l’homme sont enlacés au temps du malheur, lorsqu’il tombe sur eux tout à coup. »

 

Quelques dernières paroles que j'aimerais exprimer. Elles risquent de choquer certains d'entre vous, et je m'en excuse par avance, cependant elles sont sincères et fidèles à mon état d'âme du moment. Je me suis longtemps accroché à un vain espoir de guérison, j'espérais t'avoir encore auprès de moi jusqu'à tes cents ans au moins, ainsi que tu me l'avais promis. J'ai été naïf, je n'ai pas été à la hauteur. Je suis misérable, et ma vie est indigne de celle que tu as mené courageusement. Cependant, à présent que tu n'es plus là, je crois que je suis assez lucide pour ne pas céder à ce qui me paraît être des illusions consolantes. Elles me paraissent naïves, et pas à la hauteur. Elles me paraissent misérables et indignes du courage proprement humain de regarder la réalité en face, dans toute sa crudité, dans toute sa cruauté. Elles ne comblent pas mon cœur blessé par le silence glacé de la nuit qui t'a étreint. Seul le comblera peut-être mon propre effort pour me rendre digne de toi, digne de l'amour que tu m'as donné, et que je ne t'ai que bien imparfaitement rendu, malgré mon désir ardent, toujours entaché d'angoisse de te perdre, et contraint par la vie qui ne fait pas de cadeau, notamment en termes de recherches professionnelles (je sais que c'était un sujet qui te préoccupait particulièrement). Courageusement, il me faudra vivre, pour soutenir mes parents que j'aime très fort également. Avec mon épouse, que j'aime et qui me soutient dans cette épreuve, j'aspire plus que jamais à fonder une famille pour ne pas que la mort ait si facilement le dernier mot (à ce sujet, maman m'a dit que tes cornées serviront à quelqu'un, et cette pensée me met un peu de baume au cœur dans mon affliction : ta mort n'aura pas été totalement vaine pour tous). Je veux que nos enfants te connaissent et t'admirent. Je les aimerai comme tu m'as aimé, et comme j'aimerais que tu m'aimes encore, dans l'attente de te rejoindre au Royaume de l'Oubli. Oubli de la joie, mais aussi oubli des peines, et c'est une maigre consolation, mais elle a le mérite d'être réelle.


Val-et-Châtillon, le 16 novembre 2009 à 11h00.



Mikaël MUGNERET

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Mardi 25 août 2 25 /08 /Août 19:22
Une des théodicées les plus en vogues (et défendue notamment par Plantinga), tente d'expliquer l'existence du mal malgré l'existence de Dieu comme un moindre mal : Dieu tenait à ce que nous soyons libres, or la liberté impliquait que l'on puisse choisir le mal. Dieu ne pouvait donc pas atténuer le mal sans nous rendre esclaves et donc brimer notre liberté. Or un monde "bon" mais sans liberté ne serait pas aussi parfait qu'un monde "mauvais" mais où les êtres sont libres. Par conséquent, Dieu a actualisé ce dernier type de monde, et non le premier.

Cette stratégie, cependant, ne marche pas. J'ai déjà expliqué cela avec mon exemple de Toto. Mais puisque, visiblement, cet argument n'a pas su convaincre certains internautes, je vais essayer d'argumenter ce point autrement.

Le présupposé de cette théodicée semble être qu'il est impossible de pouvoir librement choisir entre le bien et le mal si nous ne pouvons pas causer, par nos actions, des actes bons ou mauvais aux conséquences profondes, durables, voire définitives. D'où la nécessité, non seulement que puisse naître en nous des mauvaises intentions, mais encore qu'elles trouvent moyen de s'actualiser pleinement, et donc que de véritables atrocités (comme l'Holocauste) puissent être commises.

Or, il se trouve que par l'action des forces publiques et les décisions des tribunaux, des criminels sont mis hors d'état de nuire. Cela ne supprime pas nécessairement leurs mauvais penchants, mais cela permet d'éviter que ceux-ci s'expriment, ou du moins qu'ils s'expriment au-delà d'une certaine limite. On peut imaginer sans peine que de telles mesures ont permis, sinon un perfectionnement moral des dits criminels, au moins d'éviter que d'horribles méfaits soient perpétrés.

Toutefois, si une condition, pour que l'on puisse vraiment choisir entre le bien et le mal, est que nous pouvions causer, par nos actions, des actes bons ou mauvais aux conséquences profondes, durables, voire définitives, alors il est manifeste que ces criminels mis hors d'état de nuire ne peuvent plus choisir véritablement entre le bien et le mal. Si cela, c'est-à-dire choisir véritablement entre le bien et le mal, est un bien plus important que le fait que des actes mauvais ne soient pas commis et que des actes bons soient réalisés, alors il vaudrait mieux laisser ces criminels libres, afin qu'ils puissent, en commettant délibérement leurs crimes, réaliser ce bien supérieur.

Le fait qu'un certain nombre de criminels soient cependant hors d'état de nuire montre en tout cas que ce bien supérieur n'est pas réalisé pleinement. Par conséquent, ou bien Dieu a échoué à le réaliser (en ce cas, il n'est pas tout-puissant), ou bien il n'a pas voulu le réaliser (en ce cas il n'est pas bon), ou bien un peu des deux (en ce cas il n'est ni tout-puissant ni bon). Bien sûr, peut-être Dieu n'existe-t-il tout simplement pas...

D'un autre côté... si les criminels n'étaient pas mis hors d'état de nuire, cela ne fonctionnerait pas mieux. En effet, le crime des criminels consiste parfois à empêcher autrui d'actualiser ses intentions. Par exemple, un criminel qui séquestre quelqu'un d'autre, ou lui coupe bras et jambes. Or ce faisant, il contrevient au libre-arbitre de ses victimes, si pouvoir choisir vraiment entre le bien et le mal implique nécessairement que nous puissions poser des actes aux conséquences profondes, durables, voire définitives. On ne s'en sort pas ! La liberté morale des uns ne peut qu'empiéter sur la liberté morale des autres, et donc quid de la responsabilité ?

A la limite, il faudrait que Dieu empêche les maux résultants en une diminution de la liberté morale de quelqu'un. Il y aurait donc un peu moins de liberté morale, mais elle serait équitablement répartie. Tout le monde pourrait causer des maux profonds, durables, voire définitifs, à l'exception des maux qui, limitant la liberté d'action des gens, les empêcheraient de commettre les maux en question ou des biens et donc porterait ainsi atteinte à leur libre-arbitre.

Mais une fois encore, cela n'est pas ce qu'on observe...
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Vendredi 24 juillet 5 24 /07 /Juil 11:55
Un texte fondamental de la philosophie. Croyant ou non, on y trouvera de quoi se réconforter sur la mort. La perspective du néant peut en effet guetter le croyant lui-même, qui, à de rares exceptions près, ne saurait être convaincu à 100% (sinon par la seule foi) par l'immortalité de l'âme ou la Résurrection. Eh bien, ce que ce texte dit, entre autres choses, c'est que de toute façon, même s'il n'y a pas d'âme, pas d'immortalité personnelle, pas de Résurrection, il n'y a nul besoin de s'angoisser pour la mort, car le néant, lui non plus, n'existe pas. Attendre la mort avec angoisse, à cause du néant, c'est donc, strictement parlant, s'inquiéter pour... rien !

Épicure à Ménécée, salut.

Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir. Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien vivre.

D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. A cause de quoi les dieux nous envoient les plus grands malheurs, et faveurs : n’ayant affaire en permanence qu’à leurs propres vertus, ils font bonne figure à qui leur ressemble, et ne se sentent aucunement concernés par tout ce qui n’est pas comme eux.

Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.

Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie. Le philosophe, lui, ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès.

S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée. Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.

Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, et si certains des désirs naturels sont contraignants, d’autres ne sont... que naturels. Parmi les désirs contraignants, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse. Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. C’est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non-présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.

Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier, né avec la vie. C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité. Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement.

C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. Provisoirement, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.

Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l’est pas tout ce qui est vain. Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : galette d’orge et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.

Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente — comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes, ou victimes d’une fausse interprétation — mais d’en arriver au stade où l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme.

Au principe de tout cela, comme plus grand bien : la prudence. Or donc, la prudence, d’où sont issues toutes les autres vertus, se révèle en définitive plus précieuse que la philosophie : elle nous enseigne qu’on ne saurait vivre agréablement sans prudence, sans honnêteté et sans justice, ni avec ces trois vertus vivre sans plaisir. Les vertus en effet participent de la même nature que vivre avec plaisir, et vivre avec plaisir en est indissociable.

D’après toi, quel homme surpasse en force celui qui sur les dieux nourrit des convictions conformes à leurs lois ? Qui face à la mort est désormais sans crainte ? Qui a percé à jour le but de la nature, en discernant à la fois comme il est aisé d’obtenir et d’atteindre le « summum » des biens, et comme celui des maux est bref en durée ou en intensité ; s’amusant de ce que certains mettent en scène comme la maîtresse de tous les événements — les uns advenant certes par nécessité, mais d’autres par hasard, d’autres encore par notre initiative —, parce qu’il voit bien que la nécessité n’a de comptes à rendre à personne, que le hasard est versatile, mais que ce qui vient par notre initiative est sans maître, et que c’est chose naturelle si le blâme et son contraire la suivent de près (en ce sens, mieux vaudrait consentir à souscrire au mythe concernant les dieux, que de s’asservir aux lois du destin des physiciens naturalistes : la première option laisse entrevoir un espoir, par des prières, de fléchir les dieux en les honorant, tandis que l’autre affiche une nécessité inflexible).

Qui témoigne, disais-je, de plus de force que l’homme qui ne prend le hasard ni pour un dieu, comme le fait la masse des gens (un dieu ne fait rien de désordonné), ni pour une cause fluctuante (il ne présume pas que le bien ou le mal, artisans de la vie bienheureuse, sont distribués aux hommes par le hasard, mais pense que, pourtant, c’est le hasard qui nourrit les principes de grands biens ou de grands maux) ; l’homme convaincu qu’il est meilleur d’être dépourvu de chance particulière tout en raisonnant bien que d’être chanceux en déraisonnant, l’idéal étant évidemment, en ce qui concerne nos actions, que ce qu’on a jugé « bien » soit entériné par le hasard.

A ces questions, et à toutes celles qui s’y rattachent, réfléchis jour et nuit pour toi-même et pour qui est semblable à toi, et veillant ou rêvant jamais rien ne viendra te troubler gravement : ainsi vivras-tu comme un dieu parmi les humains. Car il n’a rien de commun avec un vivant mortel, l’homme vivant parmi des biens immortels.

 

Publié dans : Pour une Spiritualité Laïque - Par Miky - Communauté : Religions en toute liberté
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Lundi 15 juin 1 15 /06 /Juin 12:47
Publié dans : Examen Critique des Religions - Par Miky - Communauté : Religions en toute liberté
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Dimanche 31 mai 7 31 /05 /Mai 17:19
Publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs - Par Miky
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Jeudi 14 mai 4 14 /05 /Mai 14:08
« Le fait que les individus prennent davantage soin de leurs proches parents a pu être une chose utile au cours de l’évolution de notre espèce. Mais il semble plus problématique d’affirmer que cette tendance est intrinsèquement bonne : poussé à son extrême, un tel comportement peut aussi entériner diverses formes d’égoïsme, voire de xénophobie. Préférer en toutes circonstances ses proches parents en vertu d’une sorte d’"impératif génétique" n’est pas toujours défendable, loin s’en faut. Il en est de même s’agissant de l’interdiction de l’inceste : s’il semble exister des tendances innées à la réprobation de l’inceste, sont-elles pour autant justes ou bonnes d’un point de vue éthique ? Bien évidemment, dans certaines situations, l’inceste est condamnable (par exemple lorsqu’il est assorti du viol). Pour autant, l’inceste entre deux individus totalement consentants est-il immoral ? Il s’agit après tout d’une situation dans laquelle personne ne souffre et où il est bien délicat de dire qui est "victime". On pourrait du reste étendre ce raisonnement à d’autres comportements qui semblent universels (quoique de manière polémique), mais dont le caractère moral pose problème : si l’on parvenait à montrer leur enracinement biologique universel, la polygamie, l’agressivité ou la xénophobie seraient-elles pour autant morales ? Loin de pouvoir légitimement s’appuyer sur une hypothétique morale "naturelle", le discours éthique doit au contraire prendre en considération le fait que nous ne vivons plus dans le même environnement que nos lointains ancêtres. »

Jérôme Ravat, Relativismes, universalisme et réalisme en morale. Approches naturalistes (p. 77-89)

Le texte intégral de ce document a été publié en ligne le 18 avril 2008.
Publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs - Par Miky
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Vendredi 24 avril 5 24 /04 /Avr 09:14

Nous avons dit, vers le début de cet article, qu'il était important de proposer une authentique morale laïque dont le fondement soit détaché de tout parti pris idéologique ou religieux. On remarque, en effet, que notre morale habituelle est contaminée de partis pris de la sorte, qui existent de manière le plus souvent diffuse, implicite et non-réfléchie, et surtout détachés du socle qui leur donnait un fondement, et donc une certaine justification. Je veux parler de la religion judéo-islamo-chrétienne essentiellement.

 

Ces préjugés moraux peuvent être rangés selon trois catégories principales :

 

  1. Le légalisme moral, selon lequel, ne pas respecter, dans chacun de ses actes, une certaine norme (le plus souvent naturelle), est une faute morale en soi. Ce légalisme moral se présente le plus souvent comme un respect de la « loi morale naturelle », mais parfois aussi de la tradition. Le problème de ces avatars du légalisme moral est qu'ils ne sont orientés par aucune conséquence objective, mais tout au plus par l'indignation bien subjective de ceux qui les promeuvent. Ils sont donc, à proprement parler, insensé : délaissant la question de la sémantique (du sens) des actes (que veulent-ils dire, par quelle intention sont-ils mûs) au profit des seules questions syntaxiques (ces actes, dans leur processus, sont-ils conformes à telle ou telle règle), ou ramenant les questions sémantiques aux questions syntaxiques, ce qui est une façon de nier leur importance, en niant la légitimité de leur indépendance épistémologique. Ces lois morales intransigeantes trouvent leur justification ultime, ou bien en elles-mêmes (ce qui est circulaire), ou bien dans leur décret par un hypothétique divin législateur... qui doit être bien sadique pour condamner à l'enfer les auteurs de « crimes et délits sans victime ».

En tout cas, cette justification paraît bien incomplète. Pourquoi une chose serait-elle morale du simple fait qu'il en aurait été décidée ainsi par Dieu ? Certes, on peut supposer que Dieu est assez puissant pour générer des vérités morales, cependant, deux problèmes se posent : il semble que tout puissant Dieu soit-il, il ne puisse pas faire en sorte qu'un acte soit immoral s'il ne fait pas aussi en sorte que cet acte cause réellement du tort à quelqu'un, et qu'un acte soit moral s'il ne fait pas aussi en sorte que cet acte cause réellement un bien à quelqu'un. Par ailleurs, on peut se demander si Dieu institue une loi morale parce qu'elle est bonne, ou si elle bonne parce qu'il l'institue. Dans le premier cas, la loi morale ne tire pas sa valeur morale de Dieu mais d'autre chose. Dans le second cas, elle est arbitraire, semble-t-il. On pourrait objecter que Dieu est bon, et donc que ses décisions ne sont pas arbitraires : s'il a décidé que telle loi morale est bonne, ce n'est pas arbitrairement et sans raison, mais avec sagesse et... bonté. Seulement voilà, quel sens cela a-t-il de dire que Dieu est bon, si la bonté se définie par rapport à Dieu ? On n'exprime là qu'une tautologie. Et en se basant sur quel critère a-t-il pu décider que cette loi morale est bonne, sinon sur le fait qu'elle est déjà bonne (c'est-à-dire indépendamment de toute décision divine) ? Cela revient tout simplement à nier le rôle de Dieu dans la création des vérités morales. Tout au plus, on pourra dire qu'une loi instituée par Dieu est bonne en ce sens qu'on s'expose au courroux divin si on s'aventure à l'enfreindre et qu'au contraire on sera divinement récompensé par notre obéissance servile.

La quasi-nécessité d'une référence fondatrice à un divin législateur rend le légalisme moral difficilement tenable hors contexte de foi. En revanche, il est tout à fait chez lui au sein des trois monothéismes. Tout au plus, dans notre monde au moins partiellement sécularisé, on peut admettre la nécessité de s'entendre sur des codes généraux utiles à l'inter-compréhension des gens, comme par exemple la grammaire. En principe, on ne choisi pas sa langue maternelle, elle nous est imposée. Il en est de même des us et coutumes de notre pays (comme la politesse), que l'on apprend à respecter, quand bien même ils peuvent différer d'un pays à l'autre. Tant que le légalisme en reste à ces ambitions modestes, prescrivant des usages par pragmatisme, en renonçant à leur accorder une valeur morale profonde, en laissant libre cours à la créativité, il reste admissible et utile. Mais s'il se met à dresser une liste d'interdits moraux sévèrement punis, il outrepasse son domaine d'admissibilité et d'utilité. On objecte parfois que l'irrespect de certains codes arbitraires peut mener à de graves conséquences objectives. Par exemple, il peut sembler arbitraire de décider de rouler à droite plutôt qu'à gauche. Pourtant, si on décide d'exprimer sa liberté d'expression en roulant à gauche en France, on risque de causer des accidents mortels. Mais cet exemple montre que s'il faut respecter le sens de circulation à droite en France, c'est en raison des graves conséquences objectives qui peuvent découler d'un non-respect de cette convention, non en raison d'un principe qui poserait que "rouler à droite" est intrinsèquement et absolument bon en soi. Et on ne peut donc pas partir de ces exemples où le non-respect d'une règle entraîne de graves conséquences objectives pour généraliser et conclure que tout non-respect d'une règle est un mal. Car le non-respect de certaines règles n'entraîne et ne peut entraîner directement aucune espèce de conséquence objective. Il en est ainsi de la règle proscrivant la nudité publique. Certes, des gens se trouveront certainement indignés à la vue d'une nudité s'étalant en place publique, et cette indignation peut causer une émeute entraînant pourquoi pas des morts. Pour autant, ce n'est pas la nudité elle-même qui aura tué ces gens. C'est l'émeute soulevée par l'indignation, laquelle n'aura pas été causée par la nudité, mais par la représentation arbitraire négative associée à la nudité. La nudité en tant que telle n'aura donc pas été une cause suffisante. Elle n'est pas non plus une cause nécessaire, puisque virtuellement tout et n'importe quoi et son contraire sont susceptibles d'indigner l'un ou l'autre. Même les choses en apparence les plus anodines (par exemple manger de la viande le vendredi saint). La nudité n'étant ni une cause suffisante ni une cause nécessaire, on peut douter qu'elle soit une cause tout court. Elle est plutôt une occasion d'indignation, de même qu'une feuille de papier blanc est une occasion de dessiner mais qu'elle n'est pas la cause de l'acte de dessiner. Une silhouette perçue à tort comme dénudée (parce que située loin, et vêtue de manière moulante d'habits couleur chair, par exemple), occasionnera une semblable indignation, de la part des mêmes personnes.

Une autre tentative de justification de ces lois morales intransigeantes réside, nous l'avons dit, dans ces lois morales elles-mêmes. La circularité évidente que l'on peut objecter de prime abord peut être contournée par une sorte de holisme moral postulant que la valeur morale d'un certain acte ne dépend pas que de sa valeur morale intrinsèque, mais également de l'ensemble des autres actes qui l'environnent, c'est-à-dire des actes que le sujet pose pendant, avant et après l'acte en question ; voire même des actes que d'autres sujets de la même communauté que lui posent. Selon cette perspective, si les actes contre-nature (pour prendre cet exemple) sont immoraux, c'est parce qu'ils dévaluent, en quelque sorte, un certain nombre d'actes semblables, mais conformes à la nature. Un exemple permettra d'y voir plus clair. Supposons que j'ai l'habitude de me masturber tout seul dans ma chambre. Il s'agit là d'un acte sexuel contre-nature visant uniquement la recherche du plaisir, ou d'un apaisement psychophysiologique. Comment être sûr, dès lors, que lorsque je ferai soi-disant l'amour à mon épouse, ce ne sera pas aussi uniquement dans la quête du plaisir ou d'un apaisement psychophysiologique ? Avant de répondre à cette question, il n'est pas inutile de se demander si elle pertinente relativement à la question de la moralité des actes contre-nature. Je pense que non. Le doute qui peut frapper mon épouse quant à la signification de mon acte n'est pas, en soi, un préjudice que je lui fais subir. Il n'altère pas directement et ne vise pas à altérer sa liberté ou sa capacité à agir. Il se peut néanmoins qu'il contribue à l'altérer indirectement. Je renvois donc mes lecteurs à ma discussion, un peu plus loin, de l'ultra-conséquentialisme. Il se peut également qu'il heurte ses sentiments moraux. Sur ce point, je renvois mes lecteurs à ma discussion, ci-après, du relativisme moral et du sentimentalisme. Supposons cependant, pour les besoins de l'argument, que la question est moralement pertinente. Je répondrai que ma parole devrait suffire à rassurer mon épouse. La tenir pour insuffisante, ce serait soit un manque de confiance quant à ma sincérité, soit un manque de confiance quant à mes capacités à discerner le sens que je donne à mes actes, l'intention qui y préside, les motifs et raisons qui en rendent compte. J'ajoute qu'il n'y a strictement aucune raison de tenir un ensemble d'actes similaires comme un tout indissociable devant nécessairement – ou probablement – recevoir la même explication. La masturbation solitaire est un acte qui n'implique que soi-même. Que l'expression ou le renforcement d'une union amoureuse ne fasse pas partie de ses finalités est donc une évidence structurelle. Toute autre est la configuration lorsque l'on fait l'amour à son compagnon de vie. Par conséquent, toutes autres doivent être les conclusions relativement à sa signification... Enfin, remarquons que s'il fallait prendre cet holisme au sérieux, alors pourquoi ne pas décider de n'aller au cinéma qu'en étant accompagné de son conjoint ? En effet, si je vais de temps en temps au cinéma seul, ce sera uniquement pour le plaisir du film. Par conséquent, si j'y vais ensuite avec mon épouse, comment être sûr, dès lors, que ce ne sera pas aussi uniquement pour le plaisir du film ? Avec cet exemple absurde, on voit très clairement que le holisme moral ne tient pas.

 

  1. Le relativisme et le sentimentalisme moraux constituent, à eux deux, la deuxième catégorie de préjugés moraux que nous allons aborder.

Le relativisme moral, n'est pas à proprement parler religieux au sens des trois monothéismes, mais il s'enracine dans un contexte post-religieux, de déliquescence de la religion, et notamment de son légalisme moral, sans toutefois renoncer totalement à son programme liberticide en matière de morale. Pour le relativisme moral, un acte est mauvais s'il est jugé mauvais par une majorité de gens et/ou s'il offense une majorité de gens. Inversement, un acte est bon s'il est jugé bon par une majorité de gens et/ou s'il plait à une majorité de gens. Le relativisme moral (qui s'oppose au réalisme moral) procède à un total renversement copernicien de la cause et de l'effet. C'est comme dire que la tour Eiffel existe parce qu'elle est perceptible par les gens (relativisme ontologique), alors qu'elle est au contraire perceptible par les gens parce qu'elle existe (réalisme ontologique). Son problème principal réside dans le caractère fluctuant (chronologiquement et géographiquement) de ses énoncés. Si la majorité change d'avis, la vérité (morale) change avec elle. La vérité (morale) ne sera pas non plus la même, peut-être, d'un côté ou de l'autre des Pyrénées. Mais un autre écueil du relativisme (moral) est son caractère profondément contre-intuitif, comme si la vérité ou la réalité n'était pas déjà là, à découvrir, mais qu'elle était entièrement construite par les hommes, ainsi assimilés à des sortes de démiurges. Il est impossible, dans le cadre du relativisme (moral), de donner un sens à des énoncés qui semblent pourtant sensés tels que : « la majorité s'est trompée » ou « telle minorité a raison ». En rendant synonymes « croyance commune » et « vérité établie », le relativisme (moral) sème la confusion. S'il fallait tenir compte du jugement et du sentiment d'autrui avant de faire ce que l'on croit juste et bon, on ne ferait rien. En effet, les offenses faites aux sentiments moraux des gens peuvent être virtuellement infinies, et tout action, parole ou pensée peut être potentiellement jugée offensante par quelques personnes. Par exemple, je me sens particulièrement blessé par les propos et la pensée de l'Église catholique concernant la sexualité. Par ailleurs, je suis loin d'être le seul dans ce cas là. Le fait que des personnes puissent croire et rendre culte à un Dieu soi-disant bon et tout-puissant quand je contemple tant de misère autour de moi me répugne également. Dois-je, pour cette raison là, juger les chrétiens d'immoraux ? Que dire également des réactions d'indignation suite à la publication, par Charlie Hebdo, de caricatures du prophète Mahomet ? Faut-il approuver cette condamnation morale, au nom d'une prétendue atteinte illégitime aux sentiments religieux ? Si le nombre de personnes blessées doit entrer dans l'équation morale, alors ce cas est tout à fait exemplaire, une majorité de musulmans – modérés y compris – de tous les pays ayant fustigé les caricatures et leurs auteurs.

Une variante du relativisme moral, à la fois un peu plus raffinée et davantage soluble dans le monothéisme abrahamique, est ce que faute de mieux j'appellerai le sentimentalisme moral. Ce dernier croit en l'existence de sentiments moraux universels qui s'enracineraient profondément dans la nature humaine, et ne dépendraient pas des cultures, des lieux et des époques (ainsi, la réprobation universelle de l'inceste1). D'après le sentimentalisme, ou bien ces sentiments ne sont pas répressibles, ou bien, s'ils le sont, c'est au prix d'un long et pénible processus, ou bien d'un traumatisme violent, et cela nous met toujours en contradiction avec notre nature.

Bien entendu, un sentimentalisme un minimum informé ne peut pas faire l'économie de considérer le fait que plusieurs personnes ne possèdent véritablement aucune prédisposition à avoir des sentiments moraux alignés sur ceux de la majorité de leurs congénères, voire qu'ils ont tendance à nourrir des sentiments moraux qui leur sont frontalement opposés. Ce sentimentalisme informé ne pourra se maintenir que couplé à un essentialisme normatif : puisque ces êtres sont des êtres humains, ils doivent s'aligner sur le comportement normal attendu d'un être humain (et nous voilà ramenés au légalisme moral...).

On trouvera toujours toutes sortes de prétextes à faire valoir pour essentialiser les (quasi-)invariants anthropologiques : des raisons pseudo-démocratiques (l'essence d'un être est ce qui caractérise la plupart des êtres de la même espèce, ou le prototype des êtres de cette espèce), mais surtout des raisons téléo-naturalistes (et nous voilà ramenés à la « loi morale naturelle »...). Certains sentiments moraux génétiquement programmés auraient présenté un sérieux avantage adaptatif à une époque, et c'est pourquoi on les retrouve actuellement chez la plupart des gens. Par exemple, la dégoût de l'inceste aurait permis d'éviter la consanguinité inhérente à l'endogamie.

Seulement voilà, ce qui peut présenter un intérêt, sous un certain aspect, à une certaine époque, peut être inutile voire nuisible sous d'autres aspects ou à une autre époque. Rien ne nous garantit donc que nos lointains descendants conserveront ces caractéristiques génétiques qui, aujourd'hui, par exemple, tendent à nous dégoûter de l'inceste. Prétendre alors que la condamnation morale de l'inceste continuera de faire partie de l'essence de l'être humain dans quelques siècles c'est ni plus ni moins que faire de la métaphysique (voire de la théologie) déconnectée du réel, car dans le monde réel, le sentimentalisme n'échappe pas à un certain relativisme. Le simple fait que des exceptions existent aux prétendus universaux moraux prouve que ces derniers ne sont pas si universels que cela et nous ramène à la question du relativisme.

Mais surtout, cet argument « évolutionniste » néglige le fait qu'être dégoûté de l'inceste n'est pas le seul moyen d'empêcher la consanguinité. Quelqu'un de suffisamment discipliné mentalement pour s'astreindre à des rapports sexuels non-procréatifs lorsque des rapports sexuels procréatifs présenteraient un risque pour une progéniture potentielle pourrait s'adonner à des relations incestueuses sans funestes conséquences. Et cela peut être généralisé à tous les autres sentiments moraux « invariants » que veut essentialiser le sentimentalisme.

Mais admettons qu'il existe une essence éternelle de l'être humain, et que celle-ci comporte, par exemple, un dégoût vis-à-vis de l'inceste, il reste à se demander pourquoi, davantage que dans le cas du relativisme, on serait obligé de s'y conformer personnellement et d'inviter à s'y conformer. Quel est le mal, concrètement, de celui qui n'actualise pas cette essence éternelle de l'être humain ? Quel est le bien, concrètement, de celui qui l'actualise ? En quoi cette essence comporterait-elle un caractère moral ? On pourrait se dire qu'une essence éternelle est forcément morale, au moins dans le sens qu'elle indique toujours une finalité, qu'il est bon, pour un certain être, d'accomplir, et dont il est mauvais, pour cet être, de s'écarter. Cependant, c'est loin d'être évident. Supposons qu'il existe des êtres dont l'essence éternelle soit de torturer sauvagement d'autres êtres. Il va de soi, semble-t-il, qu'il est de loin préférable qu'une telle essence éternelle ne s'actualise pas !...

En fait, le réel problème du sentimentalisme reste son hégémonisme. « Les braves gens n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux », chantait Georges BRASSENS. Pourquoi diable vouloir imposer – ne serait-ce que sur le plan de la condamnation morale – la norme d'une majorité à la minorité ? Que ceux qui présentent un dégoût manifeste pour, mettons, l'inceste, ne pratiquent pas l'inceste, c'est très bien. Mais pourquoi cela devrait-il dicter la conduite de ceux qui y trouveraient leur compte ? Il est bien plus offensant d'être contraint d'agir contre ses sentiments moraux ou de ne pas pouvoir leur donner libre cours, que de simplement savoir qu'à certains endroits du monde, certaines personnes se livrent, dans l'intimité de leur vie privée, à des actes qui personnellement nous rebuteraient, et que rien ne nous oblige à pratiquer. Certaines personnes mangent des larves d'insectes. Personnellement, cela m'écœurerait. Cela ne veut pas dire que je dois considérer qu'elles agissent mal et que je ne pourrais pas être amis avec elles. A partir du moment où elles ne me forcent pas à en manger, ou qu'elles n'en mangent pas en ma présence, ce qu'elles mettent dans leur assiette les regarde elles seulement. Ainsi, la position morale que je défends ne dit pas que les hétérosexuels monogames et exogames sont des réacs coincés. Dans le monde tel que je le vois, ils pourraient continuer sans problème de mener leur vie comme ils l'entendent, conformément à leurs sentiments moraux, sans être jugés. Mais de grâce, qu'ils ne se permettent pas de juger ceux qui font un autre choix parce que leurs sentiments moraux sont différents.

Ceux qui sont des réacs coincés, ce sont ceux qui ne supportent pas que l'on puisse avoir des sentiments moraux différents des leurs, et surtout que l'on se conduise selon nos propres sentiments moraux, plutôt que selon les leurs. On trouve de tels « réacs coincés » partout. Y compris là où l'on s'attendrait le moins à en trouver, par exemple au sein de la communauté LGBT. Nombreux sont en effet les homosexuels purs et durs (sans mauvais jeu de mots) qui se trouvent fortement contrariés du simple fait que certaines personnes puissent être bisexuels. Pour eux, ce sont forcément des homosexuels qui ne veulent pas s'assumer, ou encore des hétérosexuels qui veulent se donner un genre... Bref, on retrouve le même genre de jugements de valeurs moralisant que l'on peut trouver chez les « cathos de droite ». De nombreux homosexuels seront choqués et blessés d'entendre des hétérosexuels dire que l'homosexualité les dégoûte ou les écœure, et seront prompts à condamner moralement de tels propos. Or, être dégoûté par l'homosexualité est tout à fait admissible éthiquement parlant, à partir du moment où l'on n'en tire pas une condamnation morale générale de l'homosexualité.

Au fond, peut-être que la vérité elle-même, celle de l'existence des homosexuels par exemple, ou plus simplement celle que telle ou telle personne est homosexuelle, n'a pas à être imposée à qui ne supporte pas de l'entendre. Surtout s'il s'agit d'un ami de la dite personne et que cette information pourrait blesser ses sentiments moraux et la conduire à reconsidérer son amitié, alors il vaut mieux se taire ou mentir. Peut-être que dire la vérité à quelqu'un qui veut rester dans le confort de ses croyances n'est ni charitable ni juste. Un fameux proverbe affirme que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire. J'ai pendant longtemps été très réticent face au mensonge. Mais puisque parfois la vérité blesse, du simple fait d'être la vérité, alors même qu'il n'y a aucun mal réel à déplorer pour personne, j'ai été amené à changer d'avis. Le libéralisme politique proscrit de faire à autrui quelque chose contre son consentement. On doit peut-être y inclure le fait de dire la vérité à qui ne veut pas l'entendre, selon la perspective d'un libéralisme politique abouti. Bien sûr, le mensonge reste immoral dans bien des cas. Sur nos sentiments envers autrui, sur ce qui peut avoir des conséquences importantes pour lui, qui le concerne au premier chef, il faut demeurer franc, sincère, transparent. Mais tout n'est pas à dire, et notamment ce qui pourrait blesser inutilement ses sentiments moraux. Même si quelqu'un dit souhaiter connaître la vérité, il faut avoir suffisamment de psychologie pour savoir si ce qu'il souhaite est vraiment de la connaître ou simplement de croire qu'il la connaît. S'il dit vouloir connaître la vérité, qu'il l'apprend, et que cela le blesse et détruit l'affection qu'il nourrissait pour quelqu'un d'autre, alors il faut croire qu'il s'illusionnait lui-même : rien, en fait, ne l'intéressait moins que la vérité ; seule comptait pour lui une certitude conforme à ses attentes. L'expérience offre d'autres exemples de vérités qu'il est bon de cacher. Par exemple, à quoi bon troubler les derniers jours de vie d'un malade en lui annonçant qu'il souffre d'une maladie mortelle et incurable ne lui laissant plus qu'un très bref sursis ? Il se peut qu'il manifeste un apparent désir de savoir, mais c'est plutôt un désir de se rassurer. Si on lui dit la vérité, à n'en pas douter, cela le plongera dans un sombre désespoir pour les quelques jours d'existence qu'il lui restera. Un mensonge porteur d'espoir et de force vaut parfois mieux qu'une vérité désespérante, sombre, et à laquelle on ne peut, de toute façon, rien changer.

 

  1. L'ultra-conséquentialisme, est la troisième catégorie de préjugés moraux que je veux à présent aborder. Le terme est un néologisme personnel. Je ne l'ai jamais trouvé ailleurs. Par ce néologisme, je souhaite renvoyer à une catégorie particulière de conséquentialisme qui considère qu'un acte est moralement inacceptable si on peut imaginer un scénario dans lequel cet acte conduirait, au bout d'un temps indéfini pouvant être très long, après une série d'étapes également indéfinie, à des conséquences néfastes. Poussé à l'extrême, cet ultra-conséquentialisme peut aller jusqu'à considérer des conséquences complètement hypothétiques et ineffables d'ordre spirituel ou métaphysique, pour des temps situés post mortem. L'ultra-conséquentialisme est la dernière cartouche du conservatisme moral, après l'échec du légalisme, du relativisme et du sentimentalisme. Il tente de redonner du crédit à ces idéologies en formulant des mises en gardes funestes du genre :

  • en défense du relativisme moral et du sentimentalisme moral : « Si vous commettez l'acte X, vous allez offenser les sentiments de Pierre, qui sous le poids de la colère va vouloir tuer Paul, ce qui va entraîner un conflit armé entre les partisans de Pierre et ceux de Paul, ce qui va mettre fin à l'humanité, etc. » (argument dit « de la pente savonneuse ») ;

  • en défense du légalisme moral : « Si vous commettez l'acte X, vous enfreignez une loi de la Nature instituée par Dieu, ce qui va souiller votre âme / fâcher l'Éternel, et aura pour conséquence, après votre mort, de vous plonger dans les affres du Purgatoire, voire de l'Enfer. » (argument des « vices cachés »).

L'ultra-conséquentialisme est un discours très à la mode chez certains pseudo-intellectuels de gauche (d'obédience « gauche réac », eh oui, cela existe !) qui se sentent très concernés par les blessures infligées à toutes sortes d'entités abstraites comme la pudeur, la dignité humaine, le devoir, l'état, le peuple, etc. ainsi que par les vexations que subissent les sentiments moraux des personnes les plus hostiles au progrès de la liberté (mais bizarrement, ces mêmes pseudo-intellectuels de gauche n'ont que faire des offenses aux sentiments moraux des amis de la liberté...). On trouve une même ligne d'argumentation chez nombre de clercs et laïcs catholiques assez intelligents pour comprendre que l'Église doit adapter son discours traditionnel si elle souhaite qu'il ait quelques résonances dans le monde actuel.

Pourquoi l'ultra-conséquentialisme est-il intenable ?

  • Tout d'abord, il est impossible de maîtriser l'ensemble des conséquences possibles – à plus ou moins long-terme – de chacun de nos actes. Or même l'acte le mieux intentionné, le plus vertueux, et le plus « moral » selon les critères du conservatisme, peut présenter des conséquences désastreuses.

  • L'ultra-conséquentialisme déresponsabilise les gens qui deviennent les pièces d'un jeu de dominos dont les mouvements de chute s'enchaînent et s'amplifient mécaniquement, sans qu'à aucun moment l'une de ces pièces ne puisse manifester le moindre libre-arbitre pour décider de mettre fin à cette chaîne de cause à effet. Si une jeune fille super-ultra-sexy en mini-mini-jupe se fait violer, l'ultra-conséquentialiste conséquent devra en attribuer la responsabilité principale à la jeune fille qui aurait dû se camoufler pour ne pas susciter la convoitise, et non au violeur qui pouvait difficilement contenir ses pulsions face à un stimulus si érogène (le pauvre...).

  • Enfin, en demandant de prendre en compte des risques tout à fait improbables voire purement hypothétiques, l'ultra-conséquentialisme manque de réalisme et de rationalité. Tout peut toujours être imaginé, le pire et le meilleur. On peut imaginer que tel charmant garçon va soudain se transformer en pervers serial-killer du simple fait que je me serai moquer de sa religion. On peut imaginer que l'homosexualité diffuse dans l'atmosphère une onde mystérieuse qui agit comme un excitant belliqueux pour une race inconnue d'extraterrestres hostiles qui vont venir nous envahir, etc. Mais on peut imaginer aussi qu'égrener les chapelets contribue à la perturbation géothermique d'une planète en orbite autour de Proxima du Centaure, ou encore que s'abstenir de pratiquer l'adultère mécontente en fait Dieu, contrairement à ce qu'on a toujours cru... Un sain conséquentialisme doit donc s'appliquer à juger des conséquences les plus probables d'un certain type d'actes, d'après une démarche scientifique rigoureuse, et ne surtout pas sombrer dans une espèce de délire paranoïaque.

Friedrich HAYEK2 a proposé une forme plus élaborée d'ultra-conséquentialisme, en vue de défendre les valeurs traditionnelles. D'après lui, les valeurs, croyances ou concepts dénués de pertinence finissent par disparaître assez rapidement d'eux-mêmes. Si, donc, les valeurs judéo-chrétiennes continuent d'exister aujourd'hui, il y a fort à parier qu'elles renferment un certain fond de vérité. C'est l'histoire qui démontre leur pertinence. Notons tout de suite que l'argument se veut modeste. Il ne s'agit pas d'affirmer, à l'aide de cet argument, que l'ensemble du catéchisme est incontestable, ni d'encourager à une pratique chrétienne stricte. Ensuite, l'argument semble oublier un certain nombre de conditions historiques de maintien et de propagation des valeurs judéo-chrétiennes, comme les Croisades ou l'Inquisition... Actuellement – et c'était peut-être moins vrai du temps de HAYEK – le judéo-christianisme est en perte de vitesse face à la montée de l'Islam. Doit-on dès lors admettre que les lois coraniques renferment un fond de vérité et ne sont pas dénuées d'une certaine pertinence ? Revenons au judéo-christianisme. Actuellement, il connaît un autre déboire à travers la sécularisation progressive de la société. Il ne s'agit pas vraiment d'une rupture, mais d'une sorte de désagrégation progressive. Des valeurs comme la charité chrétienne s'en sortent bien. D'autres, comme la morale sexuelle chrétienne, sont bien mal en point. S'il faut en croire HAYEK, n'est-on pas en train de vivre une disparition de valeurs dénuées de pertinence – au moins relativement à notre monde – tandis que les véritables valeurs pertinentes comme l'amour continuent de se maintenir ? En tout cas, l'argument de HAYEK est dangereux : il peut facilement se retourner contre les conceptions de ceux qui espéraient en tirer profit.

Venons-en finalement à un argument qui me plait beaucoup, vous allez comprendre pourquoi. Cet argument s'appuie sur un phénomène psychologique connu sous le nom de « paradoxe de l'abondance », et que l'on peut résumer par la phrase : « l'interdit créé l'envie ». En effet, on a pu observer que lorsqu'une denrée est rare, elle est généralement activement recherchée. Si elle devient abondante, on note qu'après une courte période durant laquelle on se « jette dessus », on finit rapidement par s'en lasser. Paradoxalement, on en vient à moins la rechercher et la consommer que lorsqu'elle était difficile d'accès. C'est pourquoi, aussi bizarre que cela puisse paraître, le fait de légaliser les drogues aurait certainement pour effet d'en réduire la consommation. L'interdiction créé un besoin de transgression, très grisant. Si l'interdit tombe, le besoin de transgression, toujours présent, doit être trouvé ailleurs. Ainsi, la condamnation morale des actes contre-nature sans victime présenterait plusieurs avantages :

  • elle permettrait de conserver / accroître leur potentiel jouissif ;

  • elle éviterait qu'on ait besoin de rechercher la transgression ailleurs, dans des actes véritablement immoraux voire injustes.

Transgresser les codes et les normes est constitutif du développement de la personnalité. Jouer avec l'est également, et c'est aussi un formidable stimulateur de la créativité. Ce n'est pas par hasard que certains auteurs s'imposent des contraintes d'écriture. Loin de brimer notre liberté, s'imposer des contraintes permet à celle-ci de s'exprimer pleinement, avec inventivité.

Cependant,

  • ces contraintes doivent rester raisonnables, sinon elles étouffent, et ne permettent pas la transgression. Or une condamnation morale sans appel et une désapprobation unanime et profonde peuvent inhiber au contraire toute action, installer une névrose d'angoisse de la transgression, dont les conséquences seront jugées terrifiantes...

  • on a montré, au mieux, qu'il est utile de condamner moralement les actes contre-nature sans victime, non que ces actes sont véritablement condamnable d'un point de vue moral.

 

Contre le légalisme, contre le tandem relativisme – sentimentalisme et contre l'ultra-conséquentialisme, je veux à présent affirmer quelques grands principes qui me paraissent bien plus solides et opérationnels.

 

  1. Contre le légalisme moral, j'affirme le personnalisme moral :

    1. Faire du mal, c'est toujours faire du mal à quelqu'un.

    2. Faire du bien, c'est toujours faire du bien à quelqu'un.

  2. Contre le relativisme et le sentimentalisme moraux, j'affirme le réalisme moral :

    1. Un acte n'est pas mauvais parce qu'on juge qu'il est mauvais ou parce qu'il nous offense, c'est au contraire parce qu'il est mauvais (et ce, indépendamment de notre jugement ou de nos sentiments), qu'on devra le juger mauvais et qu'on pourra en être offensé.

    2. Un acte n'est pas bon parce qu'on juge qu'il est bon ou parce qu'il nous plait, c'est au contraire parce qu'il est bon (et ce, indépendamment de notre jugement ou de nos sentiments), qu'on devra le juger bon et qu'il pourra nous plaire.

  3. Contre l'ultra-conséquentialisme, j'affirme l'éthique des droits, éthique déontologique pour laquelle certains types d'actes sont mauvais par essence : ceux qui sont irrespectueux des droits fondamentaux ; et j'affirme aussi le tandem conséquentialisme de la règle et éthique des vertus, pour lequel il faut prendre pour norme de nos actions les comportements dont une étude scientifique rigoureuse a pu montrer les conséquences bénéfiques en général, ce bénéfice étant un accroissement et/ou un exercice du capital humain.

1En fait, quasi-universelle, car contrairement à l'idée reçue, certaines peuplades l'ont toujours accepté sans problème, et même parmi les civilisations le réprouvant, il s'est toujours trouvé des pratiquants convaincus en nombre non négligeable.

2Hayek, F.A., 1973. Law, Legislation and Liberty. Chicago: University of Chicago Press.

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Jeudi 23 avril 4 23 /04 /Avr 12:17
Radio Caraïb Nancy 90.7 : Histoire Lorraine - Aventures partagées

(Emission passée le lundi 20 avril 2009 de 17h à 18h)
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Lundi 20 avril 1 20 /04 /Avr 12:52
Un article intéressant d'Yves Bonnardel, publié par l'association Psychothérapie Vigilance : "Pour en finir avec l'idée de nature... et pour reprendre avec l'éthique et la politique".

Extrait :

«La règle « obéir à la nature » est vide de sens. La « respecter » est du même tonneau :
pourquoi respecter ce qui existe, simplement parce que ça existe ? (…)
Les idées reçues se propagent en échappant à tout questionnement critique.
Mais les propositions creuses ou fausses ne deviennent pas vraies à force de répétition.
Elles constituent un danger parce qu’elles offrent une ligne de conduite illusoire
ou erronée face à des problèmes bien réels. Les invocations de la nature
en lieu et place de principes clairs de jugement comptent hélas
parmi les infirmités majeures qui handicapent les mouvements
qui voudraient changer le monde pour quelque chose de mieux»
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Dimanche 19 avril 7 19 /04 /Avr 12:09

Une morale laïque fondée sur la raison et l'expérience objective.

 

Mikaël Mugneret

 

 

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Introduction : L'objet du présent article n'est pas de justifier l'existence ou le caractère obligeant d'une morale objective mais, partant du postulat qu'une telle morale existe et qu'elle doit être suivie, il cherche à en déterminer plus précisément le contenu, en essayant autant que possible de s'affranchir de tout présupposé idéologique ou religieux. Plus spécifiquement, ma méthode consiste à partir du comportement réel des gens, et à interroger ce comportement, afin d'en inférer un ensemble de préceptes et de directions à suivre. La morale que je propose est donc en quelque sorte naturaliste, non pas dans le sens qu'elle fait passer un état de fait pour une norme morale (ce qui constituerait un paralogisme naturaliste au sens qu'en donne HUME), ni dans le sens qu'elle considèrerait les finalités (réelles ou apparentes, là n'est pas la question) de la Nature comme conditionnant ce que doit être la morale (c'est ce que propose l'Église catholique, sous la forme d'une morale déontologique basée sur le concept de « loi morale naturelle »), mais dans le sens qu'elle part d'une sorte de « proto-morale » intuitive, implicite et spontanée, que l'on découvre chez tous les hommes (et qui peut être généralisée à tous les êtres doués d'intentions) : « Tout homme est naturellement enclin à agir suivant ce qu'il croit être le mieux pour lui ». Ma démarche ne fait que chercher à raffiner cette « proto-morale » par usage de la raison.

 

Une critique d'autres systèmes moraux prétendant également à l'objectivité et à la rationalité complète cette démarche.

 

 

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Il est important de proposer une authentique morale laïque dont le fondement soit détaché de tout parti pris idéologique ou religieux. Cette morale doit inclure une attitude envers autrui, envers soi-même, envers le monde, envers l'existence. Nous traiterons ici essentiellement des deux premiers points.

 

Tout homme est naturellement enclin à agir suivant ce qu'il croit être le mieux pour lui. Mais pour qu'il agisse vraiment suivant ce qui est vraiment le mieux pour lui, il faut qu'il connaisse ce qui est le mieux pour lui, et qu'il puisse l'accomplir ; c'est-à-dire qu'il sache comment l'accomplir, et enfin qu'il soit apte à l'accomplir. Par conséquent, quel que soit le système de valeurs personnelles auquel il adhère par ailleurs, l'homme a naturellement intérêt à développer son capital humain1 (ou capital personnel), qui est à la fois :

 

  • un capital « sagesse » ou « spirituel » si on veut : connaissance de ce qui est bon pour lui (connaissance du but, de la fin) ;

 

  • un capital intellectuel ou théorique : savoir comment il doit procéder pour l'obtenir (connaissance des moyens) ;

 

  • et un capital pratique : aptitude concrète (mentale, émotionnelle et physique) à réaliser les tâches appropriées à la poursuite de ses objectifs.

 

Paradoxalement, plus qu'un simple moyen en vu d'autre chose, développer son propre capital humain se présente donc comme une fin en soi, un bien. D'où l'importance centrale de l'éducation, à la fois but et moyen de la morale.

 

Ce bien, ce n'est pas le seul bien, mais c'est un des seuls sur lequel on peut tous s'entendre universellement, et il doit donc subordonner toute autre forme de bien non universellement partagé/partageable.

 

L'objet principal de la morale personnelle est donc le développement de son propre capital humain. Il s'ensuit donc que l'objet principal de la morale sociale est le développement du capital humain de chacun.

 

Cette morale du développement du capital humain n'exclue pas une morale de l'exercice du capital humain (à travers par exemple la création d'œuvres) et non du simple accroissement stérile du capital humain. Bien au contraire, l'exercice du capital humain est à la fois le signe tangible de sa présence, et un des meilleurs moyens de son accroissement. Par ailleurs, on serait bien en peine de contribuer au développement du capital humain d'autrui sans exercer son propre capital humain. Par conséquent, ces deux morales ne sont pas à opposer et constituent en fait les deux versants d'une même philosophie, d'inspiration eudémoniste et perfectionniste, qui situe la morale dans la quête du bonheur défini comme l'épanouissement et la réalisation de soi, le développement et l'exercice des vertus.

 

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Il y a toutefois des conditions au développement de ce bien qu'est le capital humain. La réalisation de ces conditions et leur maintien constitue donc un second bien universel, qui est en fait premier en importance, puisqu'il subordonne le plein développement du capital humain. On peut regrouper ces conditions en deux classes :

 

  • les conditions sociales, qui se subdivisent en :

 

  •  
    • conditions économiques (équité, égalité des possibles en matière de capital économique « de base ») ;

 

  •  
    • et conditions biologiques (équité, égalité des possibles en matière de capital santé) ;

 

  • et les conditions libérales ou civiles, qui se subdivisent en :

 

  •  
    • conditions matérielles (absence d'obstacles matériels à la libre circulation des personnes et à leur libre action) ;

 

  •  
    • et conditions politiques (principe de non-nuisance, sécurité et protection des libertés fondamentales de tous les individus) ;

 

Défendre et promouvoir de front ces deux classes de conditions n'est pas tâche aisée. Non pour des raisons techniques, mais plus profondément pour des raisons conceptuelles. L'idéal d'égalité sociale entre souvent en conflit avec l'idéal de liberté en matière économique. Par exemple, le prélèvement de l'impôt qui est un moyen courant de promouvoir l'égalité sociale par le biais d'une redistribution peut être assimilé à un vol, et donc à une atteinte injuste à la propriété légitime d'autrui, au produit de son travail. Inversement, un libéralisme économique non maîtrisé est vecteur d'aggravation des inégalités sociales, dans le cas où les deux contractants (le patron et l'employé potentiel) ne sont pas à force économique égale à la base, ainsi que c'est d'ailleurs souvent le cas (les patrons ont généralement une meilleure situation économique que leurs employés).

 



 

Jusqu'à présent, j'ai cherché à définir une morale relativement minimale. Elle se compose essentiellement de deux types d'aspirations :

  • une aspiration à la justice ; civile (respecter et faire respecter les libertés individuelles) et sociale (assurer l'égalité des possibles) ;

  • une aspiration au bien (au sens d'un Télos, c'est-à-dire d'un but, d'un idéal) : un bien objectif (le développement et l'exercice du capital humain), et éventuellement un bien subjectif (dépendant des particularités de chacun, de ses goûts, de ses valeurs propres).

 

A présent, je vais essayer d'étoffer quelque peu cette morale de base. Je lui propose deux extensions distinctes mais complémentaires :

  • l'héroïsme, c'est-à-dire la capacité à se dépasser, à se sacrifier, en vu de promouvoir, soit pour soi-même (du point de vue de la globalité de son existence), soit pour tout un chacun, la justice et le bien ;

  • l'amour, qui est l'établissement et le maintien d'une relation particulière, singulière, inter-subjective, mais pas forcément exclusive ou unique, avec quelques autres personnes (les amis, les amants, la famille, etc.).

 



 

Au-delà de la morale laïque (telle qu'elle vient d'être exposée), il faut donc, nous venons de le suggérer, également encourager l'héroïsme, c'est-à-dire le sens raisonné du sacrifice pour une cause dépassant notre individualité (le développement du capital humain de tout un groupe par exemple). Ce projet s'inscrit dans le cadre d'une « morale laïque étendue ». D'une façon un peu paradoxale, on peut également parler d'héroïsme pour soi-même, lorsque l'on concède à sacrifier partiellement et temporairement son propre capital humain, afin de contribuer à son développement ultérieur durable. C'est en effet dans la globalité d'une vie que doit s'apprécier le développement et l'exercice du capital humain, et non pas seulement sur le court-terme.

Le sacrifice est rationnel (et mérite donc proprement le qualificatif d'acte héroïque), à condition qu'il vaille le coup, et il vaut le coup si le produit de la plus-value en capital humain par la durée de son obtention est supérieur au produit de la moins-value de capital humain induite par le sacrifice, multiplié par la durée de la privation.

Le temps présentant la particularité – au regard de notre existence – de s'écouler du passé vers le futur, il paraît également plus rationnel de privilégier l'avenir sur le passé. Ainsi, entre deux situations exigeant le même sacrifice pour le même gain de capital humain, l'une où le sacrifice se situe après le gain, et l'autre où le sacrifice se situe avant le gain, il semble plus rationnel de préférer la seconde à la première.

 



 

Enfin, l'amour est encore une attitude spécifique différente qui dépasse la simple morale laïque que nous avons exposé. L'amour consiste à se réjouir du bien de la personne aimée, à s'attrister du mal qui peut l'affecter, et à rechercher à établir et conserver avec la personne aimée un lien privilégié, de nature inter-subjective. L'amour consiste à vouloir former avec la personne aimée une sorte d'unité englobante mais respectueuse des individualités. Le véritable amour (Agapè) est également acceptation de l'autre tel qu'il est, pleinement, sans chercher à vouloir le changer à tout prix. Il est possible d'avoir un comportement et des intentions moralement irréprochables mais sans aimer personne. Aimer c'est faire un pas de plus vers l'autre, le reconnaître dans sa singularité, lui dire : « tu comptes pour moi ». On distingue classiquement 3 types d'amour qui peuvent cohabiter dans une certaine mesure chez la même personne, et à l'égard de la même personne :

 

  • Éros, c'est aimer l'autre parce qu'il nous fait du bien, c'est un amour qui se vit sur le mode du manque, de la frustration, de la possession. C'est aimer l'autre comme on aime la soupe ou le chocolat. C'est finalement s'aimer soi-même à travers l'autre.

 

  • Philia, c'est aimer l'autre parce qu'on reconnaît en lui un ensemble de qualités que l'on juge objectivement estimables. C'est aimer l'autre comme on aime une œuvre d'art ou une idée. Plutôt que d'amour, on peut parler d'appréciation ou d'estime.

 

  • Agapè, c'est aimer l'autre pour rien, ou plutôt pour lui-même, indépendamment de ce qu'il fait pour nous ou de ses qualités. C'est l'amour inconditionnel.

 

L'amour, il me semble, est indépendant de l'héroïsme. On peut être héroïque parce qu'on estime que c'est notre devoir, sans pour autant être engagé dans une relation inter-subjective particulière avec les personnes qui bénéficient de notre héroïsme. Inversement, l'amour ne suppose pas de poser des actes héroïques, même s'il recherche le bien de l'être aimé. Cependant, amour et héroïsme peuvent se conjuguer et se marient même très bien.

 

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Pour en finir avec les "crimes sans victimes" et les "offenses aux sentiments"...

 

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Conclusion : Nous voici parvenu au terme de ce court article, qui s'était donné pour objectif de proposer quelques préceptes généraux d'une morale laïque objective hypothétique dont il reste à discuter l'existence et le caractère obligeant (ainsi que précisé en introduction, cela ne fera pas l'objet du présent article), en partant des intuitions morales les plus générales des êtres intentionnels.

Chemin faisant, nous avons dégagé un certain nombre de préceptes ou de valeurs, que je vais à présent récapituler sous forme de maximes, à la manière de KANT :

 

  1. Respecte personnellement, et fais respecter le droit des personnes à disposer de la plus grande quantité de liberté compatible avec la même quantité de liberté pour tous.

  2. Agis et fais agir de telle manière que chacun parte dans la vie avec les mêmes possibilités de réussite que les autres.

  3. Développe et exerce tes propres compétences, connaissances, expériences, et participe, à la mesure de tes possibilités, au développement et à l'exercice des compétences, connaissances, et expériences d'autrui.

  4. Sache être héroïque et te dépasser, lorsque les circonstances l'exigent, ou lorsque l'enjeu est de taille ; et encourage cette même attitude chez autrui.

  5. N'hésite pas à développer et entretenir des liens privilégiés, fait de tendresse, de respect, et de tolérance, avec tes semblables ; et invite autrui à faire de même.

 

Nous avons également dénié toute immoralité réelle aux « actes immoraux sans victime » comme la masturbation ou l'homosexualité, ainsi qu'aux « offenses aux sentiments moraux », comme dans le fait de caricaturer Mahomet par exemple. A la place, nous avons affirmé que seuls disposent d'une valeur morale les actes qui causent un tort ou un bénéfice à quelqu'un, et qu'un tort ou un bénéfice ne peut pas se réduire à un sentiment / jugement moral d'approbation ou de désapprobation, le risque étant d'aboutir à un totalitarisme moral empêchant toute action. Ce n'est pas parce que l'on juge bien / mal une action ou qu'elle nous plaît / déplaît qu'elle est bonne / mauvaise. C'est au contraire parce qu'elle est bonne / mauvaise (indépendamment de ce qu'on en pense et de ce qu'elle nous suggère émotionnellement) qu'on doit la tenir pour bonne / mauvaise et qu'elle peut éventuellement nous ravir / nous offenser.


1D'après Jacques GENEREUX, Introduction à l'économie, le « capital humain est l'ensemble des aptitudes, talents, qualifications, expériences accumulés par un individu et qui déterminent en partie sa capacité à travailler ou à produire pour lui-même ou pour les autres ».


Publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs - Par Miky
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Mardi 3 février 2 03 /02 /Fév 08:49

Bonjour à tous mes lecteurs,

Voici le site d'une amie qui m'est chère :

http://hedwigefabry.wordpress.com

 

Hautement recommandable ! (le site... et l'amie ).

Quant à moi : promis, bientôt de nouveaux articles, mais je suis un peu débordé en ce moment. Cependant je travaille sur un projet d'ampleur concernant la morale sexuelle qui devrait satisfaire nos amis catholiques, bien que (vous vous en doutez), j'y défends des vues en partie hétérogènes à leurs positions, et assez radicales dans cette hétérogénéité. Seuls les partisans de la morale commune (ou plus précisément ce que j'appelle la morale sociologique, et qui sont nombreux, par définition) ne devraient pas y trouver leur compte...

Publié dans : Divers - Par Miky
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