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Bonjour et bienvenue !

Le principal but de ce blog est de faire la promotion et le développement d'une démarche sceptique de recherche qui se veut un peu différente de ce que l'on entend communément par scepticisme ou zététique sans pour autant désavouer ces approches dans leurs principes et leurs acquis. Essentiellement, il s'agira ici d'adopter une perspective qui à la fois dépasse et englobe le scepticisme contemporain, le faisant reposer, contrairement à l'habitude et même un peu paradoxalement, sur une attitude épistémologique de confiance dans nos capacités à connaître le réel et dans le témoignage humain. J'entends aussi être constructif et non pas simplement critique, et aborder des domaines traditionnellement négligés par le mouvement sceptique actuel, comme les croyances religieuses, morales, métaphysiques, surnaturelles...
Ainsi, on trouvera ici, entre autres, des réflexions sur l'éthique et les moeurs, des articles concernant l'identité personnelle et la question de la survie, une critique des religions, mais aussi une recherche raisonnée d'alternatives aux religions qui, d'une manière ou d'une autre, s'opposent à une saine morale et à une saine connaissance.
Pour plus de renseignements sur l'esprit qui anime ce blog.

 
Annonce de recherche d'emploi :
 
 

Je cherche du travail dans la recherche fondamentale ou appliquée (Post-Doc, ATER, ou mieux : poste d'ITARF, voire à moyen-terme : Chargé de Recherche ou Maître de Conférence [sections CNU 17 et/ou 72]), au sein d'une équipe conviviale, et dans un domaine interdisciplinaire en rapport avec l'un au moins des grands domaines suivants :

   

1°) Philosophie de l'esprit et des sciences cognitives.

2°) Epistémologie des croyances religieuses, métaphysiques et surnaturelles.

3°) Ethique normative et des pratiques corporelles, méta-éthique. 

4°) Psychobiologie de l'épistémologie et de l'éthique. 

 

Je suis plus particulièrement intéressé (surtout pour les postes non-titulaires ou en CDD) par des opportunités en France, en Belgique ou dans le Grand Duché du Luxembourg, et situées dans un rayon de ~60 km ou de ~45 min en automobile autour de Nancy (54), Longwy (54), Dijon (21) ou Bertrambois (54). Mais je reste ouvert à toute proposition.

 

Si vous avez quelque chose à me proposer, vous pouvez consulter mon CV en ligne et me contacter par e-mail.


Accès rapides :
Samedi 2 juin 2007
 

 

publié dans : Examen Critique des Religions par Miky
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Samedi 26 mai 2007
A mon grand étonnement, j'ai appris hier que j'étais admissible au CAPES de Documentation. Il va donc me falloir mettre toutes mes chances de mon côté pour l'oral d'admission et travailler d'arrache-pied sans me relâcher... Par conséquent, je risque de prolonger mon silence quelques temps encore. Mes épreuves (deux) auront lieu le 25 et le 26 juin à Chasseneuil, la ville du Futuroscope, près de Poitiers. Inutile de dire que je préfèrerais de loin aller me balader dans le parc (peut-être le ferai-je juste avant de repartir en Lorraine...).

Demain, c'est la Pentecôte : je vous tiendrai au courant si un miracle arrive.

Je rappelle en effet ce que j'écrivais sur le blog de Matthieu :

"SCOOP EXCLUSIF : J'ai fait une prière avec ma fiancée dans une chapelle il y a quelques semaines, pour demander à Dieu (au cas où il existerait) de me donner la foi le jour de la Pentecôte prochaine. Nous verrons bien."

Amicalement,

Miky

publié dans : Divers par Miky
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Samedi 12 mai 2007

Chers commentateurs et correspondants,

Je suis un peu dépassé par les événements en ce moment, mais je prends bonne note de vos diverses réactions, auxquels je m'efforcerai d'apporter une réponse dès que possible. Merci à vous de contribuer à alimenter ma réflexion et ce blog par vos remarques.

Bien amicalement,

Miky

P.-S. : Pour patienter, quelques lectures intéressantes sur la serendipité, la rétroduction, l'inférence à la meilleure explication... ce genre de chose quoi !

http://www.admiroutes.asso.fr/larevue/2005/61/serendipite.htm
http://jeannicod.ccsd.cnrs.fr/docs/00/05/33/54/HTML/

publié dans : Divers par Miky
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Lundi 7 mai 2007

vienne-1900-expo-moser-deux-jeunes-fille.jpgUne réflexion intéressante sur l'amour libre, trouvée sur le site Vegan Tekno. Je reviendrai un peu plus tard sur cette question lorsque j'en aurai terminé avec la réfutation des arguments théistes/surnaturalistes. Je compte en effet écrire alors quelques articles de fond concernant l'éthique, et me faire quelques adversaires supplémentaires par la même occasion sans doute, car si les arguments en faveur de l'existence de Dieu rencontrent assez peu d'échos au sein du grand public cultivé, la morale catholique romaine donne encore lieu à une certaine adhésion vague, fut-elle implicite, jusque chez de nombreux athées et agnostiques déclarés. J'espère montrer que si cette morale contient quelques bonnes idées comme l'amour du prochain, le pardon, la quète du souverain bien, etc., elle possède également de nombreuses scories liberticides et hégémoniques que nous tâcherons de débusquer et de corriger, rien moins que ça :-) (il est possible même que certaines paroles bibliques puissent être interprétées valablement dans un sens beaucoup moins liberticide et hégémoniques, nous verrons...). Nous essayerons de montrer que les règles éthiques n'ont aucune raison d'être en dehors de leur contribution éventuelle à l'atteinte, par tous, du plus grand bien possible, durablement, et le plus vite possible, dans le respect de la liberté de chacun. Et nous en tirerons quelques conséquences pratiques.

Ceci est probablement ma dernière intervention avant migration vers la version 2 d'Over-Blog qui vient de m'être proposée. Puisque le processus est censé prendre un certain temps durant lequel je n'aurai pas accès à mon administration, je ne pourrai pas écrire d'articles nouveaux avant que cela soit terminé et je ne sais pas exactement combien de temps cela prendra... Je continuerai néanmoins à poster autant que possible des commentaires durant cette phase transitoire.

N.B. :

1°) La réflexion suivante, quoique posant des questions intéressantes, confond malheureusement la fidélité et l'exclusivité, ce qui peut embrouiller les esprits : on peut être fidèle à un ami (il peut compter sur notre amitié et notre soutien jusqu'à la mort) sans qu'il soit notre seul ami, et même sans qu'il soit le seul ami envers lequel on est fidèle. La fidélité est une belle chose, une preuve d'amour. L'exclusivité, au contraire, est une règle liberticide et contraire à la nature humaine, donc immorale, qui est souvent aggravée par ces ignobles sentiments que sont la jalousie ou le chantage affectif ("c'est elle ou moi !"). L'exclusivité est fondée sur un rabaissement du corps de l'autre au rang d'objet qui paradoxalement ne lui appartient plus entièrement, mais m'appartient en partie à moi, et rien qu'à moi, ce qui m'autorise à interdire à mon partenaire d'en jouir comme bon lui semble. L'adultère est ainsi conçu comme un vol, par mon partenaire, d'un bien qui m'appartient : son corps. Il est également intéressant de noter que la religion catholique, bien que considérant l'adultère comme un acte grave, considère le mariage comme indissoluble, même en cas d'adultère, et appelle au pardon de l'adultère par le conjoint "victime" (je met volontairement des guillemets car on cherchera vainement en quoi des relations sexuelles privées entre adultes consentants [par exemple un homme et sa maîtresse] pourraient causer un mal objectif et même subjectif à un tiers [par exemple l'épouse légitime de l'homme en question]).

2°) Les relations génitales peuvent possiblement soulever quelques problèmes moraux spécifiques étant donné leur lien étroit à la reproduction (nous analyserons cette question plus en détail dans d'autres articles). Mais la sexualité ne se borne pas au génital. Je dirais même que tous nos rapports humains sont empreints de sexualité. Dès lors il est encore plus difficile de préciser un critère, autre qu'arbitraire, entre l'adultère vilipendé par la société, et celui toléré voire valorisé socialement, entre la jalousie excessive et la jalousie dite normale. Quand des acteurs jouent une scène d'amour, en quoi ne serait-ce pas de l'adultère ? qui s'en soucie pourtant ? est-ce que la Terre dévie de son axe ? Et quid des personnes officiant dans les salons de massage qui n'ont pas besoin de donner dans les spécialités thaïlandaises pour procurer d'agréables sensations érotiques à leurs clients et clientes... Pourquoi l'adultère commencerait-il au baiser sur la bouche alors que c'est une pratique fréquente de salutation en Russie ? Pourquoi la jalousie "saine" ne commencerait pas dès le baiser sur la joue, ainsi qu'un des gamins de 8-9 ans que j'ai eu en CLSH le pensait, lui qui ne voulait pas jouer à la "danse du tapi" avec les filles car il ne voulait pas tromper sa chérie... cela prête à sourire, mais pourquoi ne serait-ce pas lui qui serait dans le vrai en pensant qu'il tromperait sa copine en faisant une bise à une autre fille ?

 

Le mythe de la fidélité en question...

Dans notre société les relations humaines sont codifiées, quadrillées et établies. Nos actes, nos envies et nos "libertés" sont inscrites en nous dès notre plus jeune âge. Et si nous ne faisons rien pour remettre cet état de fait en question une bonne partie de notre entière et de nos choix nous échappent. Et nous passons à coté de l'existence que nous désirons, celle que nous voulons réellement... pour ne vivre qu'une vie calculée et prédéfini en rapport à des éléments aussi palpitants que notre niveau sociale, d'étude, notre éducation, ou encore notre culture, etc...

L'amour et les relations sentimentales n'échappent pas à cette règle. Et l'un des seuls choix que nous ayons en ce domaine est de savoir avec qui nous allons finir en couple. Et si possible pour toute la vie. Il semble impossible dans notre société de concevoir une relation sentimentale durable, ou non, en dehors de cette structure rigide. Le couple est accepté et socialement reconnu comme le modèle de vie à deux, hétéro ou homo. Le reste ce n'est pas sérieux, ce ne sont que des amourettes sans lendemain, une simple histoire de cul, une aventure de jeunesse... mais pas l'Histoire, LA rencontre. Il faut trouver sa moitié, avoir la "chance" de rencontrer l'homme ou la femme de sa vie. Et tout le monde se charge de vous le rappeler sans cesse.

Le problème n'est pas tant le fait de l'existence même du couple mais bien plus le fait que lui soient associées des notions implicites telles que la fidélité et l'appropriation, l'appartenance mutuelle, l'exclusivité sentimentale et sexuelle, etc. Et tout ce qui va avec : jalousie, tromperie, mensonge, frustrations, violences, domination, etc. Le couple, tel qu'il existe, est une sorte de prison dorée dans laquelle les personnes s'enferment volontairement. Une prison ou l'autre est sous surveillance permanente. Ou les désirs sont contrôlés et étouffés. Ou la répétition du quotidien fini par tuer toute idée de nouveauté, tout sentiment de liberté. Et dans le meilleur des cas l'un-e trompe l'autre pour assouvir ses désirs frustrés, ou simplement pour redonner vie à sa libido moribonde. Car l'autre possibilité est de finir par perdre simplement tout désir.

Impossible de parler à une personne en couple sans que l'autre "moitié" débarque au bout de cinq minutes et vienne tourner autour, ou carrement s'incruster dans la discussion sans autre espèce de gène. Quand ce n'est pas une agression pure et simple pour réaffirmer sa propriété. Combien de femmes n'existent plus pour les autres hommes à partir du moment ou elles sont avec un mec. Elles ne sont plus des femmes mais "la copine de...", comme une voiture ou un simple meuble. Et certains vont même jusqu'à s'excuser d'avoir parlé quelques minutes avec une fille auprès de son mec car ils ne savaient pas qu'elle était avec quelqu'un. Comment est-il possible de nier à ce point une personne du simple fait qu'elle est en couple ? Ce couple qui vous colle à la peau partout où vous allez comme une mauvaise poisse. Vous n'êtes plus que la moitié d'un ensemble qui vous échappe et auquel tout le monde vous rattache sans cesse.

Il est important de tenter de dissocier la notion de couple et la vie sentimentale, personnelle et sexuelle des individus qui le compose. Vivre une relation privilégiée - pour ne pas dire couple - peut être une chose agréable, une sécurité, le partage de projets communs, de la vie à deux. Mais cela n'empêche pas de laisser à l'autre sa liberté. Ne pas essayer de l'enfermer mais bien plus le pousser à continuer de s'épanouir... à l'intérieur comme à l'extérieur de ce couple. Quelle plus grande preuve d'amour que la confiance mutuelle et la liberté partagée. Laisser l'autre vivre au lieux de le contrôler, le surveiller et finalement l'étouffer.

Pour quelle raison imaginaire le fait d'aimer et/ou de vivre avec une personne donnerait-il le droit de lui interdire le bonheur hors de la sphère du couple ? Quelle folle prétention nous permet de penser que nous sommes capables de combler toutes les envies et de correspondre exactement au bonheur de l'autre. Alors qu'il est déjà tellement difficile de travailler au sien. L'image du couple mythique "jusqu'à ce que la mort vous sépare" ne tiend plus la route dans une société ou le bonheur et l'épanouissement individuel prennent une toute nouvelle importance. Il faut reconsidérer la notion même de fidélité qui peut être, bien plus qu'une appropriation du corps et des envies de l'autre, une complicité si forte qu'elle permet de laisser l'autre libre.

Pour quelle raison le couple devrait-il être une prison ? Nier et lutter contre ses désirs par fidélité pour l'autre. Refuser de vivre ses envies, d'aller vers les personnes qui vous attirent. Vivre avec des oeillères pour ne plus voir ce monde qui nous entoure et s'y impliquer en toute liberté. Oublions ces vieilles images fausses et gênantes de la fidélité absolue, de la négation de ses envies profondes, de l'oubli de soi dans le couple... pour vivre nos vies en toute liberté. Liberté de rencontrer, d'aimer et de combler nos désirs. Liberté de partager sans emprisonner. De vivre une relation non-exclusive basée sur la confiance mutuelle.

 


Quelques autres lectures sur ce thème (dont une réflexion chrétienne intéressante !) :

http://perso.orange.fr/do/textes/amourlibre/Index.htm

http://prolib.net/ethique/203.007.fidelite.sauzede.htm (réflexion chrétienne)

http://anarkopunk.free.fr/hors-serie%20sex/amour%20libre.htm

http://1libertaire.free.fr/index.html

http://www.polyamour.net/French/fr_presentation.htm

publié dans : Ethique, Morale et Questions de Moeurs par Miky
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Mercredi 25 avril 2007
J'ai possiblement affirmé une grosse bétise dans mon article sur la bonne méthode en métaphysique en disant que l'existence de Dieu ne pouvait pas être une croyance justifiée. Je suis parti d'un a priori regrettable suivant lequel le passage d'une intuition fondatrice à une croyance fondée ne pouvait se faire que selon un mode soustractif. Toutefois, on peut concevoir deux croyances sémantiquement différentes bien que logiquement équivalentes. Ainsi la croyance "tous les corbeaux sont noirs" est logiquement équivalente à la croyance "tout ce qui est non-noir est un non-corbeau", bien que non équivalente d'un point de vue sémantique (d'où le paradoxe de Hempel). Ainsi, il est possible que l'affirmation "Dieu existe" soit logiquement équivalente à une autre qui n'ait pas le même sens (et qui pourrait, pourquoi pas, être communément admise).
publié dans : Epistémologie et Philosophie des Sciences par Miky
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Lundi 23 avril 2007

L'agnosticisme est d'abord une option épistémologique : c'est l'aveu de notre impuissance à répondre aux questions métaphysiques, ou liées à l'absolu. L'esprit ne peut pas s'aventurer bien loin hors du domaine de la logique et de l'expérience objective sans se mettre à divaguer. Certes, le sens commun est pourvoyeur d'intuitions fortes sur le réel, qui ne sont pas justifiables en raison, mais qui semblent bien vraies. Il ne s'agit pas de leur dénier toute valeur. Mais plus on s'éloigne du domaine des sciences de la nature, plus les croyances métaphysiques s'opposent et perdent de leur force persuasive.

Face à ce constat, j'aimerais proposer une nouvelle forme d'agnosticisme, tout à la fois métaphysique et pratique (mais qui n'exclu pas l'agnosticisme épistémologique).

L'agnosticisme métaphysique serait une affirmation sur la nature de l'absolu et de la transcendance. Au lieu d'affirmer, comme le théisme, ou de nier, comme l'athéisme, ou encore de suspendre son jugement, comme l'agnosticisme épistémologique, au sujet de l'existence de Dieu, il proposerait à la place de revoir notre concept d'existence, et en particulier de cesser de le voir de façon binaire, en tout ou rien. Il est généralement admis que des degrés peuvent exister entre le froid et le chaud, entre le sec et l'humide, entre le sombre et le lumineux, et ce que je propose ce n'est rien moins que de reconnaître aussi une telle graduation progressive entre l'inexistence et l'existence. Dieu ni n'existe, ni n'existe pas. Il existe quelque peu. Son degré d'existence est d'ailleurs peut-être fluctuant. Cette idée n'est pas sans s'inspirer de celle de William James qui, dans La volonté de croire, estime que l'être de Dieu se nourrit de notre foi en Lui.

L'agnosticisme pratique consisterait à la fois en une attitude d'humilité, d'émerveillement et d'ouverture envers une réalité qui dépasse nos capacités à l'appréhender ; mais également en une attitude positive d'engagement dans la vie afin d'en améliorer les conditions et d'oeuvrer pour la paix, l'amour et la vérité. L'agnosticisme pratique est la seule position qui peut, de manière cohérente, refuser l'immobilisme, car rien n'est gagné d'avance, tout est à construire. Un théiste cohérent, qui croit que Dieu existe pleinement, n'est pas tenté d'agir, puisque le monde est déjà parfait (il a été créé par Dieu). Un athée cohérent, qui croit que Dieu n'existe pas du tout, n'est pas tenté d'agir, car tout est vain et inutile au bout du compte, dans l'absolu. Un agnostique épistémologique cohérent n'agira pas non plus, si les deux positions théologiques entre lesquelles il suspend son jugement sont le théisme cohérent et l'athéisme cohérent. Seul l'agnostique pratique possède la force de conviction suffisante pour agir efficacement, car le Dieu en lequel il voudrait croire, il pense que c'est à lui de Lui donner un surplus d'existence, de le faire passer du monde des pures Idées au monde sensible.

publié dans : Examen Critique des Religions par Miky
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Lundi 23 avril 2007

Etant plutôt de sensibilité on va dire "centre-gauche", j'ai, après avoir longuement hésité, mis un bulletin François Bayrou dans l'urne, et je ne suis pas mécontent de mon choix car, comme je le pensais, le second tour sera entre Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, et j'espère bien que cette dernière, pour laquelle je voterai le 6 mai, sera élue. Et grâce au pourcentage réalisé au premier tour par le candidat de l'UDF, j'espère que cela l'incitera (ainsi que le reste du PS), à faire la transition consumé et explicite vers la sociale-démocratie et à couper définitivement les ponts avec l'héritage marxiste qui manque selon moi singulièrement de réalisme (délocalisations en perspective) et possède une approche trop autoritaire de l'économie, incompatible avec un idéal de liberté éclairée par des mesures incitatives à la solidarité. On ne peut forcer l'amour, il doit naître du fond de l'âme.

Mais je redoute une victoire de Sarkozy, qui a mon sens manque de fibre sociale, est pro-Bush, anti-laïque et passablement brutal dans ses manières d'agir. Je lui reconnais néanmoins une fort bonne idée que j'aimerais voir reprise par sa concurrente socialiste : la suppression des droits de donation et de succession.

Ségolène Royal n'est pas une aussi bonne oratrice que François Bayrou et Nicolas Sarkozy. Mais une femme présidente apporterait peut-être un certain vent de fraicheur sur la politique, une certaine sensibilité jusque là absente ou presque de la politique de l'Etat.

Je vais être honnête : j'ai été un peu déçu par sa campagne de premier tour. J'ai trouvé qu'elle donnait un peu trop dans l'opportunisme (se rapprocher puis s'éloigner des "éléphants du PS" en fonction des sondages) et la démagogie, copiant notamment le style de Nicolas Sarkozy (le "coup" des drapeaux français en réponse à la proposition de ministère de l'immigration et de l'identité nationale). Je n'ai pas trop apprécié non plus le fait de taper systématiquement sur le centre, comme s'il n'y avait que deux manières de faire de la politique... Maintenant, le centre, elle en a bien besoin si elle veut être élue ! J'espère de tout mon coeur qu'elle retiendra les leçons de ce premier tour, et changera en conséquence sa stratégie pour le second. Je pense (parce que je connais bien quelqu'un qui était sa voisine lorsqu'elles étaient enfants) que Ségolène Royal n'a pas un mauvais fond. Il s'agit donc à présent qu'elle accorde sa forme avec son fond, prenne de l'assurance, et fasse une bonne campagne de second tour, afin de contrer Nicolas Sarkozy et de porter les valeurs de la sociale-démocratie.

publié dans : Divers par Miky
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Dimanche 22 avril 2007

Cher Matthieu,

Dans ton article "Science ou métaphysique : faut-il choisir ?" tu me prêtes un bien piêtre opinion de la métaphysique. Dans ta réponse au commentaire de louismor, surtout, tu affirmes t'ériger :

"contre cette pensée qui consiste non pas seulement à séparer les domaines, mais à les hiérarchiser : la science au sommet de la connaissance humaine, et la métaphysique en deçà, comme aimable divertissement destiné à mettre du sens là où il n'y en a peut-être pas (Miky a quand même écrit que "vouloir chercher du sens à tout prix est une vaine entreprise"...)."

Il est vrai que j'ai un piêtre opinion de certaines formes de métaphysique. Je reconnais volontiers que par "métaphysique", jusqu'à présent, j'ai surtout entendu ces formes de métaphysiques que je relègue au rang d' "aimable divertissement". Mais, comme dans beaucoup d'autres domaines, une entreprise de discernement s'impose. Aussi, j'aimerais à présent préciser davantage ma pensée, et mettant en particulier en exergue les formes de métaphysique qui me paraissent les plus valables, et en précisant tout à la fois à quelles conditions et jusqu'à quel point je les estime pertinente.

Je te ferai tout d'abord remarqué que, loin d'exclure toute métaphysique de ma réflexion, la thèse de doctorat que j'ai soutenu s'insérait pleinement dans une problématique métaphysique.

Depuis au moins le livre de Peter Strawson, Les individus, il est d'usage de distinguer deux formes (non nécessairement exclusives l'une de l'autre) de métaphysique :

- la métaphysique descriptive ;

- la métaphysique révisionniste.

La métaphysique descriptive désigne une nouvelle façon de faire de la métaphysique qui se contente d'expliciter les présupposés ontologiques sous-jacents à l'action, à la pensée et au langage humains ordinaire et scientifique. Bien qu'elle puisse toucher à des sujets plus traditionnellement métaphysiques, elle démarre son analyse du réel le plus commun qui soit. Elle fait l'inventaire du mobilier de notre monde, tel qu'il se révèle à travers par exemple, la manière dont on en parle. Ainsi, si on prend au sérieux le langage naturel, il semble, au moins en première analyse, qu'il existe des choses telles que des objets qui persistent au cours du temps, des événements, des processus, des dispositions, des propriétés, de l'espace, du temps, etc. Ces notions peuvent présenter des incohérences internes. Ainsi, poser l'identité des objets au cours du temps abouti à des paradoxes (paradoxe du bateau de Thésée, paradoxes sorites, etc.). De plus, ces notions sont quelque peu bousculées si on analyse à présent le discours scientifique. Par exemple, la non-localité, en mécanique quantique, bouscule notre représentation a priori de l'espace. La métaphysique descriptive, cependant, se garde bien de toucher à quoi que ce soit, à vouloir réviser nos façons de voir le monde, de manière à les rendre cohérentes internalement ou externalement. Elle se garde d'en retrancher des éléments ou d'en incorporer d'autres.

Tel n'est pas le cas de la métaphysique révisionniste qui, elle, a l'ambition d'unifier nos façons de voir le monde et de les nettoyer de leurs contradictions internes. Cette ambition est louable, mais pour être menée à bien, elle doit s'appuyer sur une métaphysique descriptive la plus précise et exhaustive possible. Elle doit également s'efforcer de maximiser le rapport intelligibilité/révisions. Une théorie métaphysique qui apporte un gain d'intelligibilité considérable avec peu de révisions est préférable à une théorie métaphysique qui apporte peu d'intelligibilité au prix pourtant de modifications radicales de nos façons de voir le monde.

Un autre aspect important (et complémentaire du précédent) d'une bonne métaphysique révisionniste est qu'elle doit s'enraciner au mieux sur une ou plusieurs intuitions communes et fortes. Ces intuitions forment le socle à partir duquel on pourra, effectivement, proposer un raisonnement métaphysique convaincant. Il va de soi, me semble-t-il, qu'aucune conclusion métaphysique certaine (donc au-delà du physique, du perceptible) ne pourra jamais sortir d'un raisonnement logique n'impliquant que des prémisses empiriques. En effet, le seul raisonnement logique dont la validité soit de 100% est le raisonnement déductif, lequel ne permet pas de remonter au-delà de ce à quoi on l'applique (c'est un mode de raisonnement analytique). Le raisonnement inductif possède une certaine plausibilité, mais, appliqué à des prémisses purement empiriques, ne permet d'inférer que des conclusions empiriques. Même si ces dernières sont très générales et ne sont pas entièrement vérifiées, elles sont au moins en principe entièrement vérifiables. Enfin, le raisonnement abductif peut certes conduire à des propositions métaphysiques, mais ne pointe que des purs possibles (parmi une infinité d'autres), sans permettre de les hiérarchiser entre eux ou d'en évaluer la probabilité.

Pour qu'un raisonnement logique conduise à une conclusion métaphysique un tant soi peu probable, il doit nécessairement comporter au moins une prémisse extra-empirique, donc déjà métaphysique. Cette prémisse peut bien être intuitivement fortement probable, elle reste métaphysique, et peut donc être niée, je ne dis pas sans dommage (par exemple, nier le concept métaphysique de libre-arbitre peut avoir des conséquences dommageables...) mais tout au moins validement au regard de la logique et de l'expérience commune.

Peut-on parler de connaissance métaphysique ? Je rappelle qu'une connaissance est (au moins) une croyance vraie et justifiée. Une croyance métaphysique fondée sur un raisonnement logique valide comportant au moins une prémisse métaphysique (pouvant être une intuition métaphysique de base) peut valablement être dite justifiée. Est-elle vraie ? Si l'intuition qui fonde cette croyance est une intuition à la fois très forte et très commune, on peut être tenté de dire que oui, au moins en un sens large du terme "vrai". Parlons donc de connaissance métaphysique dans ce genre de cas. Je n'y vois pas d'objection majeure.

Néanmoins, si l'intuition fondatrice est faible et/ou n'emporte significativement pas une adhésion unanime, je préfèrerais que l'expression de "croyance justifiée" soit utilisé.

Enfin, les intuitions fondatrices elles-mêmes, parce qu'elles sont fondatrices, et non pas elles-mêmes fondées, je préfèrerais qu'on les qualifie simplement de croyances, voire de "croyances vraies" (quoique non-justifiées) lorsqu'elles sont fortes et communes.

Ces précisions terminologiques ne se veulent aucunement dépréciatives. Je tiens juste à utiliser les bons mots pour désigner les bons concepts.

Dans le cas de la croyance en Dieu, nous ne pouvons pas être, selon moi, ailleurs que dans le domaine de l'intuition fondatrice, et donc de la croyance simple (éventuellement, avec beaucoup de réserves, de la croyance vraie : certes, la croyance en Dieu est très répandue et parfois très forte, mais une forte minorité de gens ne croient pas en Dieu, et parmi ceux qui y croient, c'est très souvent une croyance secondaire et émoussée, loin d'une intime conviction centrale ; ainsi, parmi les gens qui se disent par ailleurs catholiques, environ un sur deux n'a qu'une foi somme toute superficielle et fragile, et une pratique encore plus inexistente...). Cela est dû à la nature particulière du concept de Dieu, censé se référer à un être tel qu'on ne peut en concevoir de plus grand, de plus parfait, de plus complet, de plus absolu. Quelle intuition pourrait bien être assez grande, parfaite, complète et absolue pour servir de fondement justificatif à cette croyance ? Aucun, par définition du terme Dieu... Il faut donc se "résigner" à ce que la croyance en Dieu ne puisse recevoir aucune justification.

Mais il y a une compensation qui m'apparaît non négligeable dans une optique de croyant : c'est qu'en contrepartie, la croyance en Dieu peut servir de principe fondateur propre à justifier toute autre croyance ou action (au moins du moment ou cette croyance ou cette action est tenue respectivement pour vraie ou bonne). Le concept de Dieu est une synthèse de tous les points de vue que l'on peut prendre sur le réel pour l'investiguer. La croyance en un Dieu, à condition d'être cohérente, n'est pas comme beaucoup de systèmes en -isme : matérialisme, spiritualisme, psychologisme, structuralisme, idéalisme, etc. une philosophie qui cherche à ramener l'ensemble du réel à un aspect de celui-ci éclairant tous les autres. Il n'opère pas de réductionnisme ontologique. Il opère au contraire la synthèse et le dépassement de tous ces points de vue particuliers et partiels. C'est l'option d'une ontologie maximaliste qui tient compte des diverses ontologies, et cherche à les réconcilier au lieu de les opposer. Le matérialisme n'est pas vrai tandis que le spiritualisme serait faux (ou inversemment). Le matérialisme est vrai, en ce sens qu'il correspond bel et bien à un aspect du réel, à une façon de voir l'univers ; le spiritualisme lui aussi est vrai, pour une raison semblable. Tous les -ismes sont vrais ou comportent une part de vérité, et trouvent en Dieu leur vérité commune. Voilà comment je peux envisager une croyance en Dieu cohérente.

Mais soulignons-le sans plus tarder : que Dieu soit cet "eldorado" ontologique ou toute ontologie prend sens ne prouve pas l'existence de Dieu. Car d'autres solutions restent valides : une ontologie réductiviste pourrait être la bonne (au détriment de toutes les autres), il se pourrait aussi qu'aucune ontologie ne soit la bonne, que les antiréalistes aient par conséquent raison et que le monde ne soit que pur apparaître sans être, etc.


Addendum du 18 septembre 2007 : Toute acquisition de connaissance empirique (selon mettons une perspective réaliste) peut être schématisée comme suit :

P^C^E ---> c

Où :
- P : désigne une ensemble de premiers principes admis.
- C : désigne l'ensemble des connaissances admises.
- E : est une proposition décrivant un état de fait expérimental
- c : est une proposition décrivant une nouvelle proposition admise comme résultat de la situation expérimentale.

Il est possible de faire de la métaphysique, et donc de discuter de la valeur de P, C et E, à partir de c. c peut être un résultat tout à fait contre-intuitif, ou mal s'insérer dans le corpus de connaissances disponibles C. Si, par ailleurs, on a pu vérifier que E est solidement attesté, alors peut-être que le problème réside en C ou en P. Mais revoir C est une tâche qui est cognitivement et financièrement coûteuse. Qui plus est, peut-être a-t-on de bonnes raisons de penser que les expériences fondant C sont valables. Or l'autre élément intervenant dans la constitution de C est P. On préfèrera donc peut-être se contenter de réexaminer P. Dans P, il y a :

- P' : qui sont les premiers principes directement impliqués dans l'obtention de c ; si on nie c, on devra donc nier P'.
- P'' : qui sont des premiers principes non impliqués dans l'obtention de c et dont certains contredisent c ou s'accordent mal avec c ; si on admet c, on devra donc nier P''.

Il faudra donc essayer de peser le pour et le contre, en vue de prendre une décision : garder c et P' et rejeter P'' ; garder P'' et rejeter c et P'. Peut-être aussi que de nouveaux premiers principes (P''') devront être posés, qui permettront de refonder autrement les connaissances devenues "orphelines" par suppression d'une certaine classe de premiers principes, et de rendre à nouveau raison des intuitions qui auraient pu justifier l'énonciation et le maintien des premiers principes supprimés.

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Samedi 21 avril 2007

Aujourd'hui, afin de parer à d'éventuelles objections de Matthieu concernant mon article "Science ou métaphysique : il faut choisir" auquel il a déjà commencé à répondre, j'aimerais préciser quelque peu ma position concernant les capacités que je suis prêt à reconnaître à la raison. J'espère réussir à montrer que ma position est tout à fait logique et de bon sens.

A partir du moment où l'on veut bien admettre que la raison humaine est un élément de l'univers, et non pas l'inverse, ou encore que les deux s'identifient, alors on est en droit de penser que toute propriété, état ou disposition de la raison humaine ne saurait être une propriété, état ou disposition radicalement et absolument impossible à l'échelle de l'univers. La preuve : cette propriété, cet état ou cette disposition est instanciée à au moins un endroit : au sein de la raison humaine. Et ce qui existe au moins à un endroit n'est pas radicalement et absolument impossible. Ainsi, si la raison humaine est capable de concevoir un carré de couleur bleue, cela implique que les carrés de couleur bleue sont métaphysiquement possibles.

On retrouve ce genre de règle dans d'autres domaines. Ainsi, ce qui est possible (a fortiori ce qui est vrai) en droit français est possible en droit européen, car le droit français appartient au droit européen. Ce qui est possible (a fortiori ce qui est vrai) du fer, est possible pour les métaux, car le fer est un métal (par exemple, le fait que le fer peut être attiré par les aimants implique qu'il est possible que les métaux soient attirés par les aimants, même si certains métaux n'y sont pas et ne peuvent pas y être). Les mammifères peuvent avoir des poils. Cela implique qu'il est possible pour des animaux (les mammifères forment une classe du règne animal) d'avoir des poils.

Que la concevabilité implique la possibilité métaphysique, voilà quelque chose qui est assez communément admis, au moins si certaines règles sont respectées (cf. David Chalmers, "Does conceivability entail possibility?" ainsi que Mikaël Mugneret, Ontologie, sciences cognitives et identité personnelle, p. 361-378, pour une étude approfondie de cette question).

Mais qu'en est-il de l'inconcevabilité ? Implique-t-elle l'impossibilité métaphysique ? Ce serait le cas si la raison humaine s'identifiait à l'univers, ou encore si c'était l'univers qui était un élément de la raison humaine. Mais si on admet que l'univers est plus vaste et englobe la raison humaine, alors il est normal que certaines choses qui paraissent inconcevables pour la raison humaine soient en fait possibles métaphysiquement. Certaines choses qui sont impossibles en droit français peuvent être possibles en droit européen (par exemple, l'usage du cannabis n'est pas permis par le droit français, mais l'est par le droit européen, puisque certains pays d'Europe comme les Pays-Bas en autorisent la consommation). Il est impossible que des mammifères aient des plumes, mais cela n'empêche pas que des animaux en aient. La preuve en est que les oiseaux ont des plumes, etc.  Il y a certaines choses que l'entendement d'un chien ne peut concevoir ou saisir et dont nous savons pourtant qu'elles sont possibles et existent. L'univers n'a pas une structure "canine" parce que, pour une raison obscure, il faudrait qu'il puisse être compris par les chiens. Pourquoi alors aurait-il une structure humaine ? Pourquoi, si l'univers est plus vaste que la raison humaine et englobe cette dernière, faudrait-il que les lois qui le régissent soient compréhensibles par la raison humaine ?

On m'objectera que tel est le cas, du moins pour le moment. "L'incompréhensible, disait Einstein, c'est que l'univers soit compréhensible". Je ne nie pas qu'une certaine partie de l'univers soit compréhensible. Je ne nie pas que des théories purement mathématiques se trouvent parfois (souvent ?) entrer en concordance avec la réalité, alors qu'elles n'avaient pas été élaborées dans ce but. Toutefois, je conteste l'interprétation "mystique" qui est faite à partir de là.

Tout d'abord, pourquoi y aurait-il nécessairement une solution à l'énigme posée par la compréhensibilité de l'Univers ? Et pourquoi cette solution, si elle existe, serait-elle forcément l'existence de Dieu ?... La compréhensibilité de l'Univers n'a pas à être... compréhensible (!), conformément à ce que j'ai dit plus haut, notamment avec mon exemple de l'entendement canin.

Ensuite, je me demande si on n'est pas en train de sculpter un bloc de marbre tout en s'étonnant de la beauté de la statue qui y était contenue... L'univers ne nous apparait-il pas compréhensible justement parce que nous l'appréhendons à travers notre raison bien humaine ? Est-ce l'univers qui est intrinsèquement compréhensible, ou est-ce notre raison qui rend compréhensible un univers qui "se fiche bien" d'être compréhensible en soi ? Ce serait comme dire que l'univers est bidimensionnel. La preuve, quand on prend en photo l'univers, on en obtient que des images à deux dimensions... La compréhensibilité apparente de l'Univers pourrait n'être que la façon dont l'univers doit apparaître, lorsque ses structures sont projetés sur la "plaque sensible" de notre raison. Un aspect proprement incompréhensible de l'Univers, possiblement beaucoup plus vaste, pourrait tout bonnement être imperceptible à notre raison, à l'instar de la troisième dimension, qui est imperceptible pour l'appareil photo.

Enfin, si l'on veut bien admettre que notre raison humaine est le produit contingent d'une évolution biologique "dirigée" par la pression du milieu (donc de l'univers !), n'est-il pas normal de s'attendre à ce que la raison humaine soit bien adaptée à ce milieu (et donc à l'univers) ? Le contraire serait étonnant : comment une fonction biologique profondément inadaptée aux conditions de vie des organismes aurait-elle pu traverser ainsi des millions d'années d'évolution ?

Certes, l'évolution biologique n'explique pas tout. Elle n'explique pas pourquoi des élaborations mathématiques complexes se trouvent correspondrent à merveille à des structures profondes de l'univers dont l'impact sur la sélection naturelle semble pour le moins réduit. Par conséquent, il semble bien que la puissance de la raison outrepasse ce qui est suffisant pour conférer une bonne adaptation à la vie de chasseurs-cueilleurs du paléolithique supérieur (NB : notre cerveau et les dispositions innées de notre raison n'ont guère changés depuis l'homme de Crô-Magnon). Comment donc expliquer cette "valeur ajoutée" de la raison ?

Une piste pourrait être la suivante : l'évolution sociologique, culturelle, prend le relais de l'évolution biologique. La raison, telle qu'on la connaît aujourd'hui, n'est pas seulement un produit biologique. Elle est le fruit d'une élaboration au cours des siècles. De la logique d'Aristote jusqu'aux logiques flous, trivalentes, intuitionnistes, etc.; de l'inductivisme naïf jusqu'aux principes de la méthode scientifique ; la raison n'est pas une et monolithique. Encore de nos jours, des points de vue différents à son sujet existent, qu'il n'est pas aisé de départager. Cela ne concerne pas uniquement la sphère spécialisé des scientifiques. La psychologie cognitive montre que certaines façons naturelles de raisonner ne correspondent pas aux canons de la logique d'Aristote. On peut considérer ces façons de raisonner comme approximatives voire fausses. Néanmoins, certaines de ces façons de raisonner s'avèrent bien plus efficaces que la logique d'Aristote dans un certain nombre de situations de la vie courante. De même, certaines peuplades ont développé une logique qui par certains aspects, ne correspond pas à celle que l'on enseigne à l'école. Par exemple, le principe du tiers-exclu peut y être absent. Dans ces conditions, que sera une bonne raison ? la meilleure raison ?

Bien que l'on ne puisse pas se prononcer de manière absolue à ce sujet, on peut considérer qu'une bonne raison sera une raison qui tient compte de la réalité telle qu'on l'expérimente. Plus elle en tiendra compte, meilleure elle sera. C'est le réel, l'univers, qui, dans le cadre de l'évolution socio-culturelle, sera un critère d'évaluation/évolution de la raison, de même qu'il l'était, certes de manière moins explicite, dans le cadre de l'évolution biologique, par le biais de la sélection naturelle. La sélection, ici, n'est plus tant une compétition des organismes pour la vie et la reproduction, mais une compétitions des idées pour la description de l'univers observable. La raison pose des questions à l'univers, et l'univers, par ses réponses, guide la raison vers la vérité.

C'est pourquoi la raison ne peut, par ses seules forces, percer des mystères métaphysiques, car lorsqu'elle pose une question métaphysique à l'univers, ce dernier reste silencieux, en ce sens que les énoncés métaphysiques ne sont pas des énoncés d'observation.

L'Eglise catholique romaine soutient que la raison peut répondre à un certain nombre de questions métaphysiques, mais elle ne peut soutenir cette position qu'à la condition :

- Ou bien de réduire l'univers à la raison humaine, voire à un élément de cette dernière : ce faisant elle fait le lit du relativisme qu'elle prétend pourtant combattre ;

- Ou bien de poser l'existence d'un Dieu tout-puissant et tout amour qui a accordé à notre raison la faculté de répondre à un certain nombre de questions au sujet d'aspects du réels qui n'ont, par ailleurs, ni caractère contraignant par rapport à notre vie et à notre reproduction, ni caractère expérimentable par notre perception... Mais alors, l'Eglise ne peut plus prétendre pouvoir démontrer l'existence de Dieu par l'usage de la seule raison, puisque c'est précisément l'affirmation préalable de l'existence de Dieu qui permettra de soutenir la validité de l'usage de la raison dans la résolution des énigmes métaphysiques.

En conclusion, nous avons montré que la relation entre l'univers et la raison humaine implique que cette dernière peut nous renseigner sur ce qui est métaphysiquement possible, mais non pas sur ce qui est métaphysiquement impossible (et donc pas non plus sur ce qui est métaphysiquement nécessaire). Ceci étant dit, des questions restent en suspens : pourquoi l'univers semble-t-il compréhensible ? Mais cette question n'a pas forcément de réponse, ou du moins de réponses accessibles à la raison. On peut vouloir poser l'existence d'un Dieu (ce qui, rappelons-le, ne fait que remplacer beaucoup de grands mystères par un seul encore plus grand mystère), mais cette supposition est purement gratuite. De plus, et sans prétendre épuiser le problème, des réponses accessibles à la raison peuvent être proposées : la sélection naturelle, la sélection socio-culturelle, l'idée d'une raison qui ne peut représenter le réel qu'en l'adaptant à ses propres structures à la manière d'une plaque photographique qui ne peut représenter qu'en 2D un réel pourtant 3D.

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Mercredi 4 avril 2007

En complément de l'article précédent, je conseille la lecture d'un texte très intéressant concernant la démarche scientifique, que l'on peut trouver à l'URL suivant :

http://acds.hautetfort.com/archive/2005/06/20/la_demarche_scientifique.html

Puisque ce texte est libre de droit, je me permets de le reproduire ci-dessous, tout en remerciant l'auteur d'avoir mis au domaine public un texte d'une telle qualité.


 

 

 

20 juin 2005

La démarche scientifique

 

Version 3 du 31/12/98 par .
Ce document peut-être copié et distribué libre de tous droits dans la mesure où la source est précisée.

 


Ce texte présente les différentes étapes de la démarche scientifique. Il ne s’agit pas d’une vision absolue qui serait valable de tous temps, mais plutôt d’une analyse de la science telle qu’on la comprend aujourd’hui. Les étapes présentées s’appliquent plus particulièrement aux sciences fondamentales, mais peuvent servir de support à une réflexion sur les sciences de la nature et les sciences humaines. Ces dernières sont principalement basées sur l’observation, leur mathématisation étant plus empirique.

Je tiens à remercier le groupe Romani de l’Association pour la Création et la Diffusion Scientifique pour sa relecture attentive et ses remarques judicieuses qui ont grandement aidé à l’amélioration de la qualité de ce texte.

La science est un des moyens pour obtenir de la connaissance sur la réalité

La science et les autres démarches de connaissance

La démarche scientifique est un des moyens pour obtenir de nouvelles connaissances. Il est difficile de se faire une idée de la validité des autres façons d'obtenir de la connaissance (religions, etc.) en partant d'un point de vue scientifique car il s'agit de démarches différentes.

Tout se passe comme pour des personnes placées autour d'un objet et qui le regardent sous des angles variés. D'où ils sont, ils voient des choses différentes et parfois opposées (par exemple, la pièce vue entre deux personnes est-elle pile ou face ?).

Qu'est-ce que la réalité ?

Les différents moyens proposés par l'homme ont tous pour but de découvrir quelques pans de plus de la réalité. Ce que nous appelons les lois de la nature. Pourtant nous ne savons pas ce qu'est la réalité, si elle existe ou même si elle est unique.

Les succès de la science

La science moderne ne doit donc pas être vue comme l'unique moyen de découvrir la réalité. La démarche aristotélicienne qui prévalait en science avant le XVIIème suivait un parcours différent des étapes présentées ici.

La démarche scientifique est cependant un moyen efficace qui a rencontré de grands succès. Un de ses intérêts majeur est de pouvoir faire des prévisions : Si d'une observation on tire une loi, et si on sait qu'un autre cas de figure est aussi soumis à cette même loi, alors on pourra prévoir son comportement avant même de l'avoir observé.

Par exemple, en connaissant la hauteur d'où est lancé un objet et l'accélération de la pesanteur, il est possible de prévoir la durée de sa chute.

Couvrir l'ensemble de la réalité ?

La science peut-elle traiter de l'intégralité de la connaissance ? Nous ne le savons pas, mais nous verrons plus loin que plusieurs aspects de la réalité nous semblent inaccessibles par la méthode scientifique.


4 étapes pour obtenir une connaissance scientifique

Les quatre étapes

La démarche scientifique a pour but de trouver les lois quantitatives qui produisent les phénomènes observés. Elle est constituée de quatre étapes :

  1. L'observation
  2. Une nouvelle vision
  3. Sa mise en équations
  4. Des prévisions observables

Le système reboucle ensuite pour observer si la prévision se réalise. Lorsque le cycle est complet, on peut alors considérer la loi proposée comme une vérité scientifique.

Le maillon le plus faible

Chacune des étapes comporte de nombreux pièges qui peuvent conduire à des erreurs scientifiques. De la même façon qu'une chaîne a la solidité de son maillon le plus faible, aucune des étapes ne doit être négligée.


L'observation

Observable et mesurable

En science, tout commence et tout finit par des observations. Les premiers pièges se situent ici. Tout est-il observable ?

Pour pouvoir mettre en équations les lois de la nature nous avons besoin non seulement d'observer mais également de mesurer. Tout est-il mesurable ?

Il nous semble aujourd'hui que plusieurs grandeurs ne sont pas observables ou mesurables et sortent donc du champ de la science telle que nous la décrivons ici.

Ce qu'il reste à observer

Pour les autres grandeurs, nous avons dans les siècles passés étudié une grande part de ce qui était facilement mesurable. Il reste au scientifique moderne a explorer les domaines qui sortent du champ immédiatement appréhendable par l'homme tels que l'infiniment petit, l'infiniment grand ou l'infiniment complexe.

Les statistiques au secours de l'observateur

Un autre cas de figure très courant en science est d'essayer de comprendre un phénomène très faible noyé dans d'autres données. C'est le cas lorsque l'on cherche à trouver une interaction entre certaines particules ou lorsque l'on veut comprendre un aspect des lois économiques dans un monde complexe.

Le scientifique se transforme alors en véritable détective pour retrouver une aiguille dans une botte de foin.

Une solution couramment utilisée est de réaliser un très grand nombre d'observations puis de faire une analyse statistique sur les résultats pour faire émerger l'élément observé et éliminer les autres phénomènes parasites.

L'action d'un médicament, par exemple, peut varier en fonction de beaucoup de facteurs. Il est donc nécessaire de tester un produit sur un grand nombre de sujets pour mieux le connaître avant de le commercialiser. On utilise même des groupes de sujets qui croient recevoir le médicament alors qu'on ne leur donne qu'une substance inactive (un placebo). Les statistiques sur les résultats entre les différentes populations permettent d'observer si les phénomènes psychologiques ne sont pas aussi fort que l'action chimique du produit lui-même !

Les phénomènes non reproductibles

Pourtant, si le recours à un grand nombre d'observation est souvent nécessaire, elle crée des difficultés nouvelles.

Certains phénomènes ne sont pas reproductibles à l'envie, et il faut les observer dans la nature lorsque celle-ci veut bien nous en gratifier.

Certains phénomènes astronomiques se produisent ainsi rarement et rendent complexe l'avancée des connaissances scientifiques.

C'est également le cas des aspects psychologiques qui sont très souvent non reproductibles et brouillés par d'autres phénomènes psychologiques.

De l'observation à l'expérimentation

L'observation se développe grâce à l'avancée des technologies. Celles-ci permettent d'explorer de nouveaux domaines. L'expérimentation peut reproduire autant de fois que nécessaire certains des phénomènes naturels.

L'expérimentation permet de passer d'une simple observation de phénomène naturel à l'observation mieux contrôlée des phénomènes provoqués par le scientifique.

Un excellent exemple du passage de l'observation à l'expérimentation est donné par l'étude des particules. Au début, le seul moyen d'observer de nouvelles particules était d'observer les rayons cosmiques. Aujourd'hui les accélérateurs de particules permettent de mettre en place des expérimentations qui favorisent l'observation de tel ou tel phénomène.


La nouvelle Vision

Changer notre vision du monde

L'étape suivante lorsque l'on a observé quelque chose qui ne rentre pas dans le cadre des lois connues est de changer son point de vue pour prendre en compte ces nouvelles données.

Très souvent il ne suffit pas d'étendre notre vision du monde. Il faut la changer complètement.

Le monde vu de la terre ou du soleil ?

Ainsi, Copernic à pris en compte les observations plus précises des trajectoires des planètes en étudiant leur déplacement non plus autour de la terre mais, autour du soleil.

Cette étape pourrait sembler facultative car il est possible d'obtenir des trajectoires justes en les calculant depuis la terre ou depuis le soleil. La différence est dans la complexité des équations qui régissent ces phénomènes.

Vu de la terre, les trajectoires devenaient de plus en plus compliquées au fur et à mesure que l'observation des planètes devenait de plus en plus précise. Il fallut imaginer des "roues dentées" supplémentaires pour faire fonctionner l'ensemble du mécanisme : Les épicycles.

Vu du soleil, au contraire, les trajectoires des planètes sont admirables de simplicité. Il s'agit de simples ellipses avec le soleil à l'un des foyers.

Retrouver les lois de la nature

Avoir une vision simple des choses comporte deux intérêts :

  • Il devient plus facile d'en extraire une loi qui génère ce phénomène.
  • Mais également, il devient plus facile de propager la connaissance.

Ainsi, Isaac Newton a-t-il pu déduire de la nouvelle vision du système solaire que les mécanismes célestes suivaient la même loi que les objets terrestres : Tous sont soumis à la gravitation qui est donc universelle.

Pour comprendre ce que cette vision avait de révolutionnaire, il faut savoir qu'à l'époque, le monde était séparé en deux parties soumises à des lois différentes :

  • Sur terre, le mouvement de base est la ligne droite. Tout y est modifiable.
  • Dans le ciel au contraire, le mouvement est basé sur le cercle et tout y est immuable

L'inspiration en science

L'outil que les scientifiques ont à leur disposition pour obtenir une nouvelle vision du monde est leur propre intuition.

Ceci explique les liens étroits que la science et les arts ont tissés par le passé. Léonard de Vinci a ainsi excellé dans la peinture comme dans les découvertes.

Tout comme n'importe quel art, la science nécessite d'allier l'inspiration et la maîtrise des outils. Si le musicien doit sans cesse faire des gammes, le scientifique doit continuellement parfaire ses qualités d'expérimentateur et ses connaissances mathématiques.

Il n'est pas nécessaire d'être sculpteur pour apprécier une sculpture, de même il est possible d'apprécier l'avancée des sciences sans en comprendre les mathématiques. Il est même possible qu'une nouvelle vision plus juste du monde sorte de l'inspiration d'un néophyte en matière d'expérimentation ou de mathématique. Cependant, pour être validée, cette nouvelle vision devra parcourir toutes les autres étapes du cycle scientifique. Notre néophyte devra alors convaincre des spécialistes de travailler à partir de sa propre vision, ce qui n'est certainement une chose aisée !

Comment avoir une "vision" ?

L'inspiration, l'imagination, et l'analogie avec d'autres phénomènes, guidés par l'intuition, sont les supports qui servent de base à une nouvelle vision du monde.

Le scientifique devra s'imprégner des nouvelles observations qui motivent le changement de vision afin d'imaginer un monde qui serait cohérent à la fois avec les expériences connues et avec les nouvelles observations.

Une des grandes difficultés dans ce genre d'exercice, est de s'abstraire de ses idées préconçues et de celles portées par son époque.

Ainsi, dans notre exemple précédent, Newton a imaginé une action a distance en contradiction avec les principes de son époque, aussi bien pour ce qui se passait sur terre que pour ce qui se déroulait dans le ciel. Il en conclut que dans les deux cas, les corps étaient attirés entre eux.

A la fin du XVIIème siècle inspiré par les idées de Descartes, le monde était très mécaniste et refusait toute idée d'action à distance. Newton dut dépasser tous ces a priori pour énoncer ses lois.


La mise en équations

Tout ne se démontre pas

Cette nouvelle vision du monde va se traduire par de nouveaux postulats mathématiques. Ceux-ci sont le fondement de la théorie mathématique dont va découler toutes les équations qui décrivent le phénomène.

Il peut arriver cependant qu'une part de la théorie ne soit pas mathématisable, c'est à dire que certains aspects ne puissent être déduits des postulats de départ proposés. Dans ce cas, il est nécessaire d'ajouter aux équations des règles supplémentaires appelées principes, qui sont des constatations pour adapter les résultats aux observations. Les principes reflètent donc le caractère incomplet de la vision proposée pour décrire la réalité. Le principe de Fermat en optique, par exemple, "impose" à la lumière de prendre le chemin le plus court sans expliquer pourquoi.

Si la mise en équations mathématiques est un travail de déduction abstrait, les postulats et les principes sont eux issus de la vision proposée et de l'observation et permettent aux équations de "s'accrocher" au phénomène physique

Les mathématiques

Une fois une nouvelle loi identifiée, il est nécessaire de la formaliser pour en obtenir des informations quantitatives.

L'outil utilisé dans ce cas est la mathématique, ou plus exactement une des mathématiques. Il existe en effet de nombreuses façons de décrire un phénomène mathématiquement.

Ce fut le cas au début du XXème siècle, lorsque la mécanique quantique qui décrit le monde des particules élémentaires se développa. Dirac décrivit le comportement des particules à l'aide de l'algèbre des matrices, tandis que Schrödinger utilisa pour le même domaine les équations de champs. Il fallut de nombreuses disputes et des heures de travail ardu pour se rendre compte que les deux théories étaient équivalentes.

D'une mathématique à l'autre

Il est parfois extrêmement complexe de passer d'une mathématique à l'autre. Ceci explique la difficulté aujourd'hui de réunir plusieurs branches de la physique : La physique des particules utilise de nos jours les groupes de lie et les algèbres de Clifford alors que la relativité générale a opté pour l'algèbre tensorielle dans les variétés de dimension 4.

Il faut tout d'abord comprendre parfaitement plusieurs formes de mathématiques, ce qui revient à parler plusieurs langues. Mais il faut également être capable de transcrire une équation d'un formalisme dans un autre. Dans ce cas le problème peut devenir extrêmement complexe, voire quasiment impossible.

Le choix d'une mathématique

Le choix de la mathématique à utiliser pour décrire une loi de la nature n'est pas neutre. Suivant le cas, les équations ou les calculs peuvent être plus simples ou plus complexes. C'est le cas par exemple entre la trigonométrie et l'algèbre des nombres complexes.

Plus grave, le choix d'une mathématique, peut masquer un aspect du phénomène ou le rendre difficilement identifiable. On s'est ainsi rendu compte bien plus tard que l'électromagnétisme dont les lois ont été décrites au XIXème siècle par Maxwell en utilisant l'algèbre vectorielle, étaient relativistes avant l'heure !

Des dialogues de sourds

Cette multiplicité de possibilités pour mettre en équations le monde rend difficile le dialogue entre scientifiques de domaines différents.

Certain chercheurs isolés, suivent un chemin différent du gros des troupes. Leur escapade vers d'autres types de représentation peut ouvrir des voies prometteuses. La difficulté de dialogue entre les différentes "langues" mathématiques fait hélas que peu de personnes se penchent sur leurs travaux et qu'ils restent … isolés.