Inférence à la meilleure explication... ou à l'explication favorite ? (3/3)

Publié le par Miky

Remarques annexes :

Je tiens à insister sur la distinction suivante :

·        S'inscrire dans le champ logique défini par l'ensemble des connaissances objectives disponibles actuellement pour nous = être connaissable par la démarche habituelle qui a permis d'établir cet ensemble de connaissances (c'est-à-dire une démarche scientifique ou tout au moins basée sur l'expérience commune ou alors une démarche abductive à l’appui d’une hypothèse s’inscrivant dans le champ logique défini par l’ensemble des connaissances objectives disponibles actuellement pour nous).

·        Être une connaissance objective disponible actuellement pour nous = être connaissable par la démarche habituelle qui a permis d'établir cet ensemble de connaissance (c'est-à-dire une démarche scientifique ou tout au moins basée sur l'expérience commune ou alors une démarche abductive à l’appui d’une hypothèse s’inscrivant dans le champ logique défini par l’ensemble des connaissances objectives disponibles actuellement pour nous) évoqué dans le point précédent et être connu effectivement par cette démarche.

Par exemple, dans toute formulation d’une loi, il y a nécessairement des zones d’ombres, car on tire une conclusion générale d’un ensemble fini de cas. Mais une démarche abductive est possible, dans la mesure où les cas inconnus envisagés par la loi formulée ne sont pas des cas inconnaissables par principe (ou dont la connaissance ne repose pas sur l’admission d’autres principes) et qu’une investigation plus poussée pourra donc confirmer la loi pour ces cas là également, ou bien amener à une limitation du domaine de validité de la loi, ou encore conduire à sa correction, afin de tenir compte des cas nouvellement étudiés. C’est pourquoi on ne peut pas non plus simplement affirmer que telle affirmation métaphysique, comme par exemple le théisme, doit se comprendre comme une extrapolation à partir des données expérimentales. Car même si le processus d’extrapolation (qui est utilisé en sciences), fait sortir de l’espace logique constitué par l’ensemble des connaissances objectives disponibles à un certain moment pour nous, il ne fait pas sortir de l’espace logique constitué par l’ensemble des propositions sur le monde dont on peut connaître la valeur de vérité, suivant une démarche analogue à celle utilisée pour constituer le corpus de données à partir duquel on extrapole. Ainsi, le résultat d’un processus d’abduction pourra être contrôlé. Par conséquent, ce résultat peut bien être en total décalage avec la réalité, cela ne sera pas si grave, puisque ce décalage pourra être repéré. Alors que dans le cas des propositions métaphysique, aucun contrôle n’étant possible, les hypothèses les plus fausses ne risqueront pas d’être abandonnées… Notons par ailleurs que les extrapolations ne sont pas sans guide en général, mais s’effectuent à partir de principes généraux de régularité qui sans être des connaissances à proprement parler, se vérifient dans un suffisamment grand nombre de cas pour qu’il soit légitime de parier sur leur probabilité d’application pour tout nouveau cas que l’on considère. Mais quelle continuité dans le passage du monde observé à Dieu ? Aucune. C’est un saut conceptuel, ce n’est pas une simple extrapolation.

Est-ce bien sûr ? On fera peut-être remarquer que des singularités apparaissent, lorsque l’on étudie une fonction à ses limites. Pourrait-on considérer les énoncés métaphysiques (par exemple le théisme), au moins lorsqu’ils sont valables (prétendument), comme des énoncés extrapolant les données empiriques jusqu’à leurs limites théoriques, où les paramètres étudiés tendent vers l’infini ou zéro ? Certes, surtout pour le cas de l’infini, on peut affirmer sans risque de se tromper, qu’aucune expérience ne pourra rien en dire. A la fois, il semble intuitivement correct de penser que la réflexion mathématique serait à même de définir, de manière probante et pertinente, les caractéristiques de ces points singuliers que l’expérience ne peut atteindre. Mais l’infini existe-t-il ou n’est-il qu’une abstraction mathématique ? Il n’est déjà pas facile de savoir si tout ce qui est pensable et expérimentable existe, il est a fortiori plus difficile encore (sans doute impossible) de savoir si ce qui est pensable mais inexpérimentable existe, alors en ce qui concerne l’impensable inexpérimentable, le concept même d’existence a-t-il encore un sens ? Or l’infini, on ne le pense jamais pleinement, on ne fait qu’y tendre et à le définir négativement par ce qu’il n’est pas. D’ailleurs, tout bon mathématicien prendra soin de dire que la fonction f(x) tend vers le nombre N lorsque x tend vers l’infini. Il serait incorrect d’affirmer que f(¥)=N. L’infini en lui-même ne peut être atteint à partir du seul fini. Il faudrait également faire la part, dans tous ces problèmes de limites, entre ce qui relève de la convention d’usage, et ce qui peut faire l’objet d’une démonstration mathématique rigoureuse.

Il importe de bien avoir à l’esprit ce qui suit : J’ai affirmé que la probabilité a priori du théisme était incalculable. Il en va bien entendu de même pour la probabilité a priori de l’athéisme, qui est également incalculable. Il s’ensuit donc que ni le théisme ni l'athéisme ne peuvent être objectivement fondés à partir d'arguments abductifs.

Cet ensemble d'articles est donc tout autant une critique des prétentions d’un certain théisme qu’une critique des prétentions d’un certain athéisme, et d’autres systèmes similaires caractérisés par des affirmations ou des négations de nature métaphysique soi-disant appuyées par des inférences à la meilleure explication.

S’il y a bien une philosophie qui ressort vainqueur c’est l’agnosticisme épistémologique, qui n'est pas une affirmation métaphysique sur la nature de la réalité mais une position scientifiquement validée qui porte sur notre capacité à la connaître et surtout sur la valeur des arguments avancés à l'appui de tel ou tel conception métaphysique.

L'agnosticisme épistémologique reste par ailleurs compatible avec toutes sortes de positions métaphysiques : théisme, athéisme, etc. à partir du moment où ces positions reconnaissent humblement le caractère (inter)subjectif de leur fondement.

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