Les bonnes excuses de Dieu au problème du Mal

Publié le par Miky

Chers amis lecteurs,

 

Dans son article « La réponse de Dieu au problème du Mal », Matthieu croit réussir à réfuter les arguments avancés dans mon article « Le problème du Mal : une expérience de pensée » et que je tenais pour décisifs et définitifs. Je conteste ce verdict. Ce n’est pas une « réponse » que nous présente Matthieu. Ce sont des « bonnes excuses ». Ce genre de « bonnes excuses » auxquelles on a du mal à croire, que rien ne fonde, mais qui donnent bonne conscience. Il faut reconnaître que Matthieu, qui sait manier le verbe avec aisance, a de quoi persuader l’auditoire inattentif. Puisqu’il a une formation de juriste, je pense qu’il gagnerait à se faire connaître d’un ancien président de la République qui a, en ce moment, quelques soucis avec la Justice, laquelle n’a toujours pas compris que la fin justifie les moyens et que les voies de l’action politique sont impénétrables… Avec un tel plaidoyer, en effet, même Pinochet passerait, à n’en pas douter, pour un bon ami de Jean‑Paul II.

 

Pour ma part, ma condamnation reste sans appel. Quel est le chef d’accusation ? Non-assistance à humanité en danger, de la part d’une divinité, qui pourtant aurait eu, d’après la partie adverse, la puissance suffisante pour changer les choses. Quelle est la défense ? Puisque l’intéressé plaide non-coupable, la solution logique aurait été d’admettre un moment d’impuissance durant quelques lustres, lorsque les faits incriminés ont eu lieu. Mais non, l’avocat du prévenu affirme quand bien même, et malgré l’évidence, son indéfectible puissance. Comment entend-il résoudre ce paradoxe ?

 

Reprenons pas à pas l’argumentation de Matthieu :

 

« 1. Tu procèdes en fait exactement comme ont fait tous les hérétiques de tous les temps dans l’Histoire de l’Eglise. Tu prends une vérité de la foi (en l’occurrence : Dieu veut la liberté de l’homme), et tu en tires toutes les conséquences, jusqu’à l’absurde… au détriment des autres vérités de la foi. Or, une foi juste et équilibrée doit tenir ensemble toutes les vérités révélées, fussent-elles contradictoires en apparence, et c’est sans doute là le difficile. »

 

R1a. En somme, ce que tu me reproches, c’est d’être logique. Car, Matthieu, tu sembles oublier un fait important de la logique : si la proposition p est vraie et que la proposition « p ® q » est vraie, tu auras beau rajouter n autres propositions r, s, t, u, etc. il n’en demeurera pas moins que q sera vraie (même si q est absurde). Il faudrait qu’une de ces propositions soit Øq (« non q »). Mais à ce moment là, le système de propositions ne serait plus consistant logiquement, ce qui est très embêtant…

 

R1b. A te lire, on dirait donc qu’une foi « juste et équilibrée » est une foi qui renonce à user de la raison lorsque celle-ci commence à contredire le dogme mais ne se prive pas d’en user lorsqu’elle va dans son sens…

 

« 2. Dieu veut-il la liberté de l’homme ? Bien entendu ! Parce que Dieu est Amour, qu’il nous a créé pour l’Amour, et qu’il n’est pas d’Amour sans liberté : les prosternations d’esclaves ne sont pas de l’Amour. »

 

R2a. Tiens donc, les esclaves n’existent pas alors ? En effet, Dieu veut la liberté de l’homme parce que Dieu est Amour et que les prosternations d’esclaves ne sont pas de l’Amour. On en déduit fort logiquement que les esclaves n’existent pas ! Ouf, merci pour eux, cela va les soulager de l’apprendre… C’est cool la théologie !

 

« Le corollaire de cette vérité est que si l’homme choisit librement de faire le mal et refuse Dieu… Dieu ne le contraindra pas à choisir le Bien et à L’aimer. Il laissera l’homme à « ses propres vues » (cf. Ps 80. 13), et c’est là tout le problème du Mal et de la souffrance, avec en arrière-fond celui de la damnation éternelle. »

 

R2b. Que Dieu laisse l’homme libre de faire le mal et de le refuser est une chose. Qu’il ne protège pas les hommes qui auront choisi le bien et Dieu de ceux qui auront choisi le mal en est une autre.

 

« 3. Maintenant, Dieu se résoût-il au Mal et à la Souffrance ? Dieu reste-t-il inactif face à la prolifération du mal et du péché de l’homme ? C’est ce que tu as l’air de sous-entendre dans ton article. Ainsi quand tu écris, avec une ironie grinçante, que « c’est précisément en pratiquant la vertu du « Laisser-faire », à l’image de l’Eternel, qu’[on] se rapproche le plus de la perfection »

 

Dieu laisse-t-il faire le mal ? En un sens oui, selon ce que nous avons écrits au point 2 ci-dessus. Mais dire cela ne suffit pas à rendre compte de la totalité du vouloir et de l’agir divin ! Il faut rendre compte aussi du combat acharné que Dieu mène contre le Mal, et dont la Révélation nous assure qu’il se traduira un jour (nommé le Jour du Seigneur) par la Victoire définitive et totale du Bien sur le Mal, de l’Amour sur la haine et toutes divisions, de la Joie sur toute Souffrance, de la Vie sur la Mort. »

 

R3. J’attends avec impatience (tu as raison sur ce point évoqué dans ton 4.) que tu m’indiques concrètement où se déroule ce combat si acharné, que je puisse en contempler ses effets mesurables dans notre vie concrète. Car il faut être clair une bonne fois pour toute : ou bien Dieu n’a pas le pouvoir de lutter contre le Mal (1), ou bien il a ce pouvoir (2), et en ce cas, on devrait quand même bien s’en rendre compte d’une manière ou d’une autre ! Il faut bien que ça fasse une différence quelque part, dans le concret de l’existence, avec la première partie de l’alternative. Il te faut donc au moins répondre à cette question : Comment serait le monde si Dieu n’y luttait pas de manière acharnée contre le Mal ? A mon avis, il serait très exactement tel qu’il est. Le Mal et la Souffrance ont une légère avance. Le Bien et le Bonheur tentent tant bien que… mal, de gagner du terrain. Peut-être y a-t-il un lent progrès au niveau de la Société (encore qu’il est très relatif et en dents de scies). Au niveau individuel, il y a une limite qui semble insurmontable en l’état actuel de la science : la mort, qui donne le dernier mot au Mal et à la Souffrance, dans son combat constant avec le Bien. Mais tout cela s’explique très bien par l’action des hommes, les lois de l’univers physique, les événements naturels. Il n’y a nul surcroît de Bien que l’on ne saurait à qui ou à quoi attribuer, et qui laisserait de la marge pour la croyance en un Dieu Bon et Agissant…

 

« 4. […] Ces Mages, venus à Jérusalem rencontrer le Roi des Juifs, « étaient (…), des personnes qui avaient les pieds sur terre et qui savaient que, pour changer le monde, il faut disposer du pouvoir. C’est pourquoi ils ne pouvaient chercher l’enfant de la promesse ailleurs que dans le palais du Roi. »

 

R4a. Quel dommage, vraiment, que nos mages modernes (prêtres et théologiens) n’aient plus autant les pieds sur terre…

 

« « Le nouveau Roi, devant lequel ils s’étaient prosternés, était très différent de ce qu’ils attendaient. Ainsi, ils devaient apprendre que Dieu est différent de la façon dont habituellement nous l’imaginons. C’est ici que commença leur cheminement intérieur. Il commença au moment même où ils se prosternèrent devant l’enfant et où ils le reconnurent comme le Roi promis.


« Mais la joie qu'ils manifestaient par leurs gestes devait s'intérioriser. Ils devaient changer leur idée sur le pouvoir, sur Dieu et sur l’homme, et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux-mêmes. Maintenant, ils le constataient : le pouvoir de Dieu est différent du pouvoir des puissants de ce monde. Le mode d’agir de Dieu est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi. »

 

R4b. La question qu’il faut se poser est la suivante : ce mode d’agir est-il différent, parce que Dieu ne peut pas faire autrement, ou est-il différent parce qu’il ne veut pas faire autrement ? Dans le premier cas, il n’est pas puissant, dans le second cas il n’est pas bon. Imagine que l’on transpose ces paragraphes au monde politique. Cela pourrait donner par exemple :

 

« Le nouveau président, devant lequel ils s’étaient prosternés, était très différent de ce qu’ils attendaient. Ainsi, ils devaient apprendre que Nicolas Sarkozy est différent de la façon dont habituellement nous l’imaginons. C’est ici que commença leur cheminement intérieur. Il commença au moment même où ils se prosternèrent devant Nicolas Sarkozy et où ils le reconnurent comme le président élu.

 

Mais la joie qu'ils manifestaient par leurs gestes devait s'intérioriser. Ils devaient changer leur idée sur le pouvoir, sur Nicolas Sarkozy et sur les simples citoyens, et, ce faisant, ils devaient aussi se changer eux-mêmes. Maintenant, ils le constataient : le pouvoir de Nicolas Sarkozy est différent du pouvoir des simples citoyens. Le mode d’agir de Nicolas Sarkozy est différent de ce que nous imaginons et de ce que nous voudrions lui imposer à lui aussi. »

 

Tout de suite cela prend une autre tournure bizarrement paternaliste et démagogique… Alors que si le raisonnement était valable lorsque tu parles de Dieu, il devrait l’être aussi lorsque tu parles de Nicolas Sarkozy, car la validité d’un raisonnement dépend entièrement de sa forme et non de son contenu.

 

Continuons ce plaisant exercice :

 

« Dans ce monde, Nicolas Sarkozy n’entre pas en concurrence avec les formes privées du pouvoir. Il n’a pas de divisions à opposer à d’autres divisions. Au pouvoir tapageur et pompeux de ce monde, Nicolas Sarkozy oppose le pouvoir sans défense de l’amour qui succombe et qui cependant constitue la réalité nouvelle, UMPiste, qui s’oppose ensuite à l’injustice et instaure la Société idéale.

 

Nicolas Sarkozy est différent – c’est cela qu’ils reconnaissent maintenant. Et cela signifie que, désormais, eux-mêmes doivent devenir différents, ils doivent apprendre le style de Nicolas Sarkozy.

 

Nicolas Sarkozy oppose sa bonté à la violence de ce monde et il nous appelle à agir de manière bonne. »

 

Passons à la suite :

 

« 5. La réponse que Dieu donne « à la violence de ce monde » et au Mal qui semble triompher partout sur cette Terre, c’est donc… son Fils. C’est Jésus-Christ qui est la réponse de Dieu au Péché des hommes et à ses terribles conséquences. Et c’est en lui que se trouve la clef de compréhension du mystère du Mal, ainsi que – surtout – son remède absolu. En son Fils Jésus-Christ, Dieu nous donne le moyen infaillible, efficace, et souverainement puissant de nous arracher au Pouvoir du Mal. A nous qui sommes embourbés dans ce monde de haine, de violence, de souffrance et de mort, Dieu donne son Fils, son unique : Jésus-Christ est la main tendue de Dieu à l’humanité souffrante. »

 

R5a. La preuve que non, c’est que nous sommes toujours embourbés dans ce monde de haine, de violence, de souffrance et de mort. Pour un remède absolu, un moyen infaillible, efficace et souverainement puissant, on a déjà vu mieux ! Tout ce discours lénifiant, me semble-t-il, ne sert qu’à justifier l’injustifiable, faire accepter l’inacceptable, endormir la raison critique à la douce berceuse d’un chant de Noël… Désolé de te le dire comme ça : mais ce ne sont pas des arguments, ce sont des antalgiques. Il faut ouvrir les yeux, non pas verser dans la sensiblerie et le faux-semblant. Ou bien Dieu est puissant, ou bien Dieu n’est pas puissant. Or à t’entendre, j’ai l’impression que, tel le chat de Schrödinger, Dieu serait en pleine superposition d’états. Tu le penses puissant, dès qu’il s’agit d’en faire l’auteur de l’univers, mais hop, il devient un pauvre bougre cloué sur une croix dès lors qu’il s’agit de lui demander des comptes au sujet de l’existence du Mal et de la Souffrance. Y a-t-il deux Dieux ? Un puissant mais indifférent qui est le créateur des Cieux et de la Terre et un bienveillant mais démuni qui essaye de peaufiner l’ouvrage de l’autre en appelant les hommes à suivre son exemple ?... Moi je veux bien, mais ce n’est plus du monothéisme ! Donc il faut choisir, et j’aimerais bien que tu répondes directement et sans détour à cette question simple : Dieu pourrait-il supprimer le Mal s’il le voulait ? Si tu réponds « oui », alors il n’est pas bon (je rappelle que je me base exclusivement sur les définitions ordinaires et consensuelles du Bien et du Mal, je n’invente pas un concept métaphysique tombé du ciel pour les besoins de mon argumentation… je laisse ce soin aux théologiens !), si tu réponds « non », alors il n’est pas puissant. Il n’y a pas d’autres possibilités ! Contrairement aux antibiotiques dans la pub, la disjonction stricte entre la bonté et la puissance divine, elle est automatique.

 

« Il est donc inexact de dire que Dieu « laisse-faire » le Mal. Dieu n’est pas inactif face au Mal. Il ne se résoût pas à la souffrance de ses enfants. Mais Il n’agit pas selon nos voies. Car, « autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées au-dessus de vos pensées… » déclare le Seigneur (Is. 55. 9). C’est en ce sens que Dieu est vraiment inimitable, et que nous ne pouvons pas, de fait, l’imiter. »

 

R5b. On comprend que tu sois juriste ! Je connais un certain Jacques originaire de Corrèze qui serait bien content de t’avoir comme avocat, pour que tu prouves que les emplois fictifs de la mairie de Paris ne sont pas injustes ou immoraux. Non non, c’est juste que l’ancien maire de Paris « n’agit pas selon nos voies ».

 

« Ton exemple de Toto n’est donc pas pertinent, Miky. Car dans ton exemple, Toto est totalement passif devant le mal qui se fait devant lui. Alors que Dieu, Lui, ne l’est pas. Dieu agit contre le Mal, et puissamment. Simplement, il agit selon des voies qui n’appartiennent qu’à Lui et qui ne sont pas à la mesure de l’homme. »

 

R5c. Oh mais si, Toto a agit, et puissamment qui plus est. Seulement il a agit selon des voies qui n’appartiennent qu’à lui et qui ne sont pas à la mesure des autres hommes. D’ailleurs, Toto se débrouille aussi bien que Dieu. Il a aussi bien aidé ce jeune enfant qui était racketté que Dieu a aidé Toto lorsqu’il était lui-même enfant. Les résultats sont semblables. Quoi ? Dieu n’aurait pas agit dans le premier cas ? Ah mais si, tu ne pourras pas dire le contraire sans te contredire. Qu’a-t-il fait ? On l’ignore, comme pour Toto. Mais ce qu’il a fait, crévindiou qu’il l’a fait ! Donc Dieu a agit dans le premier cas. Le résultat observable ? Nada ! Toto a-t-il agit dans le second cas ? A la limite on s’en contre-fiche. Parce que ne rien faire pour ne rien obtenir d’observable, c’est de toute manière plus rentable que d’agir « puissamment » pour ne rien obtenir d’observable. Ah mais j’imagine que tu vas me dire que le bienfait est d’ordre métaphysique… Oui oui, sans doute… comme pour Toto. En tout les cas, une bonté non strictement métaphysique – une bonté au sens humain du terme, qui est pourtant censé n’être qu’un pâle aspect de la bonté divine –  alliée à une puissance non strictement métaphysique – c’est-à-dire susceptible d’effets tangibles observables, ce qui est quand même bien le cas de Dieu normalement (cf. le passage dans la Bible, avec la colonne de fumée et la colonne de feu qui guidait les Israélites dans le désert, sans parler même de la Création, plus tangible tu meurs…) –, ça devrait normalement avoir des conséquences non strictement métaphysiques (tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes), c’est une question de logique élémentaire…

 

«  Il y a des choses en Dieu qui ne sont pas imitables par l’homme, tout simplement parce que Dieu est Dieu, qu’il est Tout-Puissant, et que nous ne sommes pas Dieu, et que nous ne sommes pas tous-puissants. »

 

R5d. Mais précisément ! Si Dieu est Tout-Puissant, combien les effets de son action devraient être autrement plus indéniables ! De simples mortels arrivent déjà, avec leurs petits moyens, à faire progresser les choses. Pas de beaucoup, certes, mais cela dépasse un peu le seuil de perceptibilité quand même. Alors Dieu… Dieu qui est Tout-Puissant, il devrait être capable de faire beaucoup mieux encore ! Tu ne te rends pas compte de ce que tu es en train de dire ? Si on n’observe aucun effet de la bonté divine, c’est parce que Dieu est Tout-Puissant ! Genre si Toto se paye des caisses en mathématiques, c’est parce que c’est un génie des mathématiques !

 

« Laissons donc Dieu être Dieu. Et contentons-nous d’être des créatures, en agissant non pas selon l’idée que nous nous faisons du mode d’agir de Dieu, incompréhensible à nos vues humaines, mais selon les ordres et commandements que Dieu nous donne dans la Sainte Ecriture. »

 

R5e. « Laissons Nicolas Sarkozy être Nicolas Sarkozy. Et contentons-nous d’être de simples citoyens, en agissant non pas selon l’idée que nous nous faisons du mode d’agir de Nicolas Sarkozy, incompréhensible à ceux qui ne sont pas versés dans les subtilités de la politique, mais selon les ordres et les commandements que l’Etat nous donne dans le Code Civil. »

 

Non, je suis désolé, je ne veux pas être un mouton de Panurge. J’exige – ma raison exige – de comprendre. La Toute-Puissance, politique ou divine, ne justifie pas de s’arroger des droits supplémentaires, qui vont contre les droits des citoyens, des humains.

 

Demander d’obéir aveuglément à ce qu’on ne comprend pas – car c’est bien cela que tu demandes en fait – lorsqu’il s’agit de Dieu, cela légitime d’obéir aveuglément à ce qu’on ne comprend pas, dans tous les autres domaines, et donc d’être des esclaves de la « raison d’Etat », des « mass médias », de n’importe quel gourou, qu’il soit religieux, politique, scientifique, etc. C’est une attitude dangereuse. On n’a pas le droit d’accepter que d’autres pensent à notre place et fassent notre bonheur à notre place, fussent-ils recouvert de l’aura d’une autorité dans un domaine quelconque. Il faut garder son esprit critique, sinon on n’est plus un être humain, on est un mouton bêlant, que l’on peut conduire docilement à l’abattoir.

 

«  Et qui sont de lutter de toutes nos forces contre le mal, de le dénoncer, à temps et à contretemps, et d’y répondre non par le mal, mais par le bien (cf. Rm 12. 9, 17, 21 ; 2 Co 13. 7 ; 1 Th 5. 15, 22 ; Tm 4. 2 ; 1 P 3. 9 et s., etc.). Car il n’est pas de manière plus efficace de faire reculer les ténèbres que d’allumer une lumière. Et la Lumière du monde, c’est le Christ (Jn 8. 12). C’est Lui que nous sommes appelés à revêtir pour mener le bon combat de la Lumière (Rm 13. 12, 14). C’est sa Lumière que nous sommes appelés à refléter pour que la Lumière brille sur le monde (Mt 5. 14-16). C’est Lui que Dieu, l’Inimitable, nous donne en exemple afin que nous puissions L’imiter, Lui, le Très-Haut, en l’humanité de son Fils.


Or, qu’est venu faire Jésus sur cette Terre ? Guérir, soigner, soulager, réconforter, pardonner, délivrer, purifier, enseigner. Mais surtout sauver. Du péché, qui est la pire des lèpres, et qui est la Cause première de tous les maux sur cette Terre. Et de la mort, qui en est le salaire (Rm 6. 23). C’est donc contre le péché et toutes ses conséquences que nous sommes invités chacun à lutter. D’abord dans notre cœur par la conversion personnelle (qui est une œuvre de chaque jour). Et ensuite autour de nous, dans ce monde qui est le nôtre, chacun à notre place, avec les talents que Dieu nous donne, et les moyens imparfaits et limités dont nous disposons, qui n’excluent pas dans certains cas le recours à une violence légitime (je pense par exemple à la légitime défense sur le plan individuel, ou à l’emprisonnement des délinquants et criminels sur le plan social). En n’oubliant pas que « nous ne luttons pas contre des hommes, mais contre les forces invisibles, les puissances des ténèbres qui dominent le monde, les esprits du mal qui sont au-dessus de nous » (Ep. 6. 12).


Lutter contre le Mal. Faire reculer le péché. A l’imitation du Seigneur. Au nom même de la Liberté de l’Homme. Telle est la mission du chrétien. C’est ainsi que nous serons le plus à l’image et à la ressemblance de Dieu (Cf. Gn 1. 26). »

 

R5f. Je n’ai rien contre Jésus de Nazareth et j’adhère totalement à son message de paix, d’amour et de justice. Mais c’est bien parce que je ne crois pas qu’il soit Dieu et Fils de Dieu qu’il peut m’être sympathique. A tout prendre, je préfère être « nazaréen » que chrétien.

 

« 6. Au nom de la Liberté de l’Homme ? Et oui ! Et c’est là que je voudrais en terminer. Tu écris que pour Dieu, « notre Liberté a plus de valeur que tout à Ses yeux ». Tellement de valeur que « Dieu permettrait le Mal par respect de notre Liberté ». Que « notre Liberté est la valeur suprême à préserver qui justifie de laisser-faire tous les crimes de la Terre ».


Mais c’est se méprendre sur le sens de cette « valeur suprême » qu’est la Liberté que Dieu veut pour l’homme ! Dieu nous a créé libre, c’est entendu. Et Dieu tient jalousement à ne pas brusquer notre liberté, afin que notre adhésion soit vraiment de l’ordre de l’Amour, et non de la contrainte ou de la crainte. Mais Dieu sait aussi que nous avons besoin d’être libérés. Pour être vraiment libres. Car libres, nous le sommes, en un certain sens. Mais esclaves, nous le sommes aussi. A cause du péché. « Tout homme qui commet le péché est esclave du péché » dit Jésus (Jn 8. 34). Tu connais sans doute la fameuse lamentation de St Paul au Chapitre 7 de la lettre aux Romains : « Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7. 19).


Comme tu l’écrivais justement dans ta finale (sous l’inspiration sans doute du Saint Esprit !) : « la véritable vocation de la Liberté humaine est d’être ordonnée à la Volonté de Dieu ». Or, la volonté de Dieu, contrairement à ce que tu écris, n’est pas de laisser passivement les hommes user de leur libre-arbitre pour faire le mal. »

 

R6a. Un autre fameux passage des Ecritures énonce que l’on reconnaît un arbre à ses fruits. Or si Dieu laisse passivement les hommes user de leur libre-arbitre pour faire le mal, ne doit-on pas fort logiquement en conclure que telle est sa volonté ? Si un gangster agresse une vieille mémé, qu’un gars baraqué qui n’en ferait qu’une bouchée passe, voit la scène et passe son chemin, qu’en concluras-tu ? Moi j’en conclurai que sa volonté n’était pas d’aider la mémé. Pas toi ? Tu ne peux pas dire que la logique de tous les jours s’applique dans le monde de tous les jours, puis soudain, quand il s’agit de Dieu, l’abandonner sans raison valable et te créer une nouvelle logique sur mesure, pour aboutir aux conclusions désirées. C’est un paralogisme bien connu : le double standard.

 

« La volonté de Dieu, c’est d’agir activement pour nous libérer, afin que nous soyons vraiment libres (Ga 5. 1, 13) et affranchis du péché qui nous entrave si bien (He 12. 1). La liberté n’est donc pas un Bien à préserver coûte que coûte, et contre toute autre valeur, au sacrifice du bonheur des hommes. La Liberté est un Bien à conquérir, que Dieu veut nous donner par la médiation de Son Fils, afin que nous puissions entrer dans un vrai bonheur, débarrassés à tout jamais du Mal et du Péché. »

 

R6b. Mais justement, comment veux-tu faire le bonheur des hommes au mépris de leur liberté à tous et également répartie ? Eh puis ce n’est pas moi qui ait dit que Dieu permettait le mal parce qu’il respectait notre liberté, ce sont les théologiens ! Si Dieu permet le mal parce qu’il respecte notre liberté, on en déduis logiquement que notre liberté a plus de prix que notre bonheur. Mais en l’occurrence, moi je veux bien que Dieu respecte notre liberté, seulement s’il la respectait vraiment, en contrebalançant les abus de liberté de certains au mépris de la liberté des autres, alors, nécessairement, il ne permettrait pas le mal ! La liberté oui, mais alors la même pour tous. Pas la liberté du plus fort de prendre celle du plus faible.

 

« C’est parce que notre Liberté a plus de valeur que tout à ses yeux, que Dieu, qui permet mystérieusement le Mal pour ne pas contrarier notre libre-arbitre, le combat en même temps résolument en nous donnant son Fils, qui a pour Mission Sainte de nous conduire, tel un Bon Berger, à la véritable liberté des enfants de Dieu (Rm 8. 21). Ou pour le dire d'une manière plus synthétique : Dieu permet le mal par respect de notre libre-arbitre, mais Dieu combat le mal par amour de notre Liberté. Et il est erroné de ne tenir pour vrai que la première partie de la proposition, ainsi que tu le fais dans ton article.


La « valeur suprême » à laquelle Dieu tient tant par-dessus tout n’est donc pas notre libre-arbitre, qui n’est pas une fin en soi, mais le moyen qui nous est donné pour accéder à la véritable Liberté des enfants de Dieu. La « valeur suprême » à laquelle Dieu tient tant par-dessus-tout, c’est cette Liberté-ci, qui justifie l’envoi de son Fils sur la Terre pour que notre péché soit définitivement éradiqué et vaincu à la racine, de telle manière qu’un jour puissent cesser définitivement tous les crimes de la Terre (cf. Is 2. 4 ; Mi 4. 3). »

 

R6c. Nierais-tu donc que certaines personnes contraignent le libre-arbitre d’autres personnes ? Jusqu’à altérer, parfois, les facultés de jugement moral de ces personnes qui n’ont donc même plus la liberté de choisir entre le bien et le mal ? entre Dieu et Satan ?

 

En conclusion : Je terminerai en évoquant ce fameux principe de crédulité, cher à François de Monneron, et que ce dernier utilise pour justifier l’existence d’un divin auteur à l’Univers. Le principe de crédulité stipule qu’il faut croire que les choses sont ce qu’elles semblent être, à moins d’une apparence contraire plus forte. Or il semble bien – l’état du monde l’atteste – que Dieu, s’il existe, n’est pas bon et/ou n’est pas puissant. Ce n’est peut-être pas vrai, mais en tout cas, je ne pense pas que le plus fervent des catholiques me contestera que l’on a bien, à première vue, cette impression que pas grand’chose ne tourne rond et que Dieu ne fait rien ou presque pour améliorer l’état du monde. Or il n’existe pas d’apparences contraires plus fortes. Les théodicées de Matthieu et d’autres ne sont même pas des apparences contraires, il faut bien le souligner. Ce sont des exercices de contorsion métaphysique, des constructions intellectuelles ad hoc pour essayer de faire tenir ensemble tant bien que mal cet assemblage contre-nature…Par conséquent, le principe de crédulité – si l’on veut bien y donner crédit – ne peut que nous mener à conclure ce qui suit : Dieu, s’il existe, ou bien n’est pas bon, ou bien n’est pas puissant, ou bien n’est ni bon ni puissant.

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sophie 03/03/2008 23:03

"Tiens donc, les esclaves n’existent pas alors ? En effet, Dieu veut la liberté de l’homme parce que Dieu est Amour et que les prosternations d’esclaves ne sont pas de l’Amour. On en déduit fort logiquement que les esclaves n’existent pas ! Ouf, merci pour eux, cela va les soulager de l’apprendre… C’est cool la théologie !"Tu mélanges esclaves réels et esclaves spirituels pour sous entendre que les croyants sont des esclaves. ça ne me semble pas très impartial et logique.

ti'hamo 27/02/2008 19:31

(enfin, en tout cas, me posant les mêmes questions que vous posiez, ce sont là les solutions que j'ai fini par proposer. Pas tout seul, certes.)

ti'hamo 27/02/2008 19:29

Ah. que des bonnes questions. c'est chouette, ça.ALors......oui, telle que je psoe la question c'est du nihilisme radical, si vous voulez l'appeler comme ça. Il se trouve que personnellement, si je veux rester cohérent avec moi-même, mais que je ne croie pas à Dieu, alors le nihilisme radical m'appraît comme l'autre position la plus logique et l aplus cohérente.bon, ça, c'est dit.(je vois que vous reconnaissez croire en quelquechose, source de cette transcendance qui s'impose à vous. Waou. Ben chapeau. On a ...enfin, j'ai, plutôt l'habitude d'athées voulant juste s'affirmer comme "personne qui ne croit en rien", non miky je sais je ne parle pas de toi mais d'autres encore, bon, ben ça change. disons qu'on peut voir ça comme une simple... vérification.) Reste que, comme vous le dites, c'est ce qui s'impose à vous, mais sans qu'on sache d'où ça sort... ("ça" = transcendace, principe d'accomplissement, qu'est-ce-qui est homme, qu'est-ce qui est accomplissement, oui, je suis d'accord, ça serait un peu long à tout détailler). Ni, du coup, comment vous pouvez l'appliquer à une autre culture, un autre âge, un autre peuple. Enfin...remarquez, si. Mais alors ça voudrait dire une chose : vous croyez juste en une transcendance que vous ne nommez pas, et que d'autres nomment "dieu". Finalement.(non, j'essaye pas de faire de la récupération : être chrétien ce n'est pas croire en dieu, c'est croire que Jésus est Dieu incarné. ce qui présuppose de croire en dieu mais ne se confond pas avec. je précise.) Donc, pour appliquer ces principes comme vous le faites, vous êtes obligée de considérer qu'ils viennent d'une source transcendante, dépassant le temps et l'espace... ...et qui impose sa réalité aux hommes, également, sinon encore une fois il ne s'agirait que d'un choix de votre part qui ne s'appliquerait pas ainsi à d'autres. Encore faudrait-il expliquer sur quel mode se fait cette application de ces principes transcendants à tous les humains : comme vous le rappelez, il s'agit là d'un choix de votre part. Que se passe-t-il pour ceux qui ont fait un autre choix ? (ici, disons ceux qui considèrent qu'un génocide peut être justifié). Est-ce que le principe s'applique tout de même à eux, et comment, sachant qu'ils ne choisissent pas de le reconnaître ? Y a-t-il des conséquences ? (par exemple : le principe de gravité s'applique à tous ; si je nie le principe de gravité et qu'en application de cette négation je considère comme possible pour moi de m'élancer par ma fenêtre au 15e étage,... ... le dit principe va rapidement se rappeler à mon bon souvenir.) Enfin, pour faire rapide là dans l'immédiat : soit ; Dieu est éternel, parfait,... il EST, c'est sa seule définition. Il ne devient pas.Mais l'humain, si.Et si vous regardez la Bible, du moins avec comme hypotèse de travail de prendre le Jésus du nouveau testament comme clé,il apparaît un veil progressif de la conscience dans l'humanité, et une compréhension progressive de Dieu par les humains. (les 2 premiers récits de la Genèse mis à part.) Après, comment faire la part de...?C'est le souci. Mais de même pour "votre" transcendance, comment distinguer entre ce qui en vient et qui s'impose à vous, et ce qui ne vient que de votre propre opinion ?(pour la bible cependant, une solution peut exister, si on répond encore une fois que l'on prend la personne de Jésus comme clé : du coup, ce qui "coince" si on le rapporte à sa personne, sera compris comme une imperfection ou une imparfaite compréhension des humains de l'époque.mais pour appliquer ce principe, il faut : soit avoir la foi en ladite personne, soit le prendre comme hypothèse de travail.)

Thra 26/02/2008 23:50

"Oui, concrètement, ce serait un génocide, au même titre que d'autres génocides, soit. C'est un fait, mais ça reste juste un fait. Mais sur quoi vous fondez vous, vous, pour dire que tel fait ou tel autre, sont mals, condamnables, injustifiables,quels que soient le lieu, l'époque, le peuple, la culture ?"Sans la transcendance dont vous parlez plus haut j'aurai pu qualifier ce commentaire de nihilisme radical.En effet il faut une base pour porter un regard sur les évenements et y poser un sens, ce qui suppose que même ceux qui sont désignés comme non-croyants finalement croient forcément en quelque chose. La transcendance ayant pour eux une origine autre que divine.Donc oui je peux l'affirmer, pour moi la conduite génocidaire fait parti des "interdits" universels. C'est moi qui le pose, ou plus justement en réalité: c'est ce qui s'impose à moi. Quelle est la sensibilité personnelle, influencée par l'environement bien entendu, je ne prétend pas que ma pensée sort du néant sans s'appuyer sur les différentes influences auquelles je suis soumis, qui m'anène à concevoir ce jugement? Ca serait très long à expliquer en détail, je vais me contenter de trahir le fond pour en donner une idée rapide.Pour etre expéditif et atrocement réducteur je dirai que le propre de l'homme est d'avoir le pouvoir de s'accomplir (que de similitudes avec la foi!) , et qu'empêcher un homme de s'accomplir est un crime. Je me passerai de définir les concepts "homme", "accomplir" et "crime" bien que je réalise que cela va manquer de manière cruciale mais je m'imagine mal le faire ici. C'est surtout le manque d'éclaircissement sur le sens de s'accomplir qui pose problème, pour etre à nouveau expéditif je dirai que le génocide ne fait pas parti de ma conception de l'accomplissement.J'aimerai rapidement revenir sur le divin maintenant, la foi des religions révélées exclu tout caractère subjectif dans le divin. Dieu n'est pas sujet à interprétation, il est. Il est l'absolu, l'infaillible, l'incontestable. Si il ne l'est pas alors il n'est plus Divin et il pourrait être simplement assimilé à une créature suffisament intelligente et puissante pour engendrer de la vie (consciente pour le cas de l'homme). Mais le Dieu des religions du Livre n'est pas une créature ou une forme de vie, il est l'essence même de l'univers. Ce qui vient de lui est donc teinté de perfection, d'objectivité incontestable or ce qui lui est prêté dans la Bible,surtout si on le met en rapport avec le nouveau testament ne reflète pas ce caractère d'universalité. Dieu se contredit lui même, comment est-ce imaginable? Etait-il moins parfait à l'époque de Moïse et plus parfait après l'avènement du Christ? Dieu ne peut pas changer d'avis puisqu'il a raison de par sa nature, il est le vrai. Ce qui amène la question: est-ce Dieu qui n'est pas Divin ou est-ce la Bible qui est une contrefaçon (ou imparfaite si l'on se veut moins radical)?Ceci dit même dans la position moins radicale, si la Bible est imparfaite comment déterminer ce qui est du domaine du vrai (donc l'oeuvre du divin) et du domaine de l'erreur donc d'une corruption de l'essence divine par l'homme?

ti'hamo 26/02/2008 18:56

Non, moi je demande : au nom de quoi, vous, au fond de vous mêmes, condamnez vous cela ?je ne dis pas que moi je ne le condamne pas, ou que je le justifie. (enfin, cela dit, pour ce qui concerne l'ancient testamant, bien voir tout de même que pour un chrétien, la venue et l'existence même (et la mort, oui) de Jésus renouvelle radicalement les rapports des humains à Dieu. Il y a donc bien quand-même une différence entre la façon de considérer ce qui se passe "avant" et après.) Donc, bon, pour en revenir : au nom de quoi, vous, vous condamnez cela ?Oui, concrètement, ce serait un génocide, au même titre que d'autres génocides, soit. C'est un fait, mais ça reste juste un fait. Mais sur quoi vous fondez vous, vous, pour dire que tel fait ou tel autre, sont mals, condamnables, injustifiables,quels que soient le lieu, l'époque, le peuple, la culture ? La question n'est pas si j'ai besoin que ce soit écrit "tu ne tueras pas" pour ne pas tuer, la question est de savoir pourquoi je ne devrais de toute façon pas tuer, que ce soit écrit ou pas ?"parceque c'est mal", allez vous me répondre, mais je vous demande : pour vous, pourquoi ?