Une réponse à « Dieu et la connaissance scientifique ».

Publié le par Miky

Chers amis lecteurs,

Cet article est une réponse à un court article de Christian MICHEL, « Dieu et la connaissance scientifique. », publié sur son site Liberalia, et que l'auteur m'avait signalé au détour d'un forum de discussion Internet.

J'avais affirmé qu' « une connaissance de la transcendance par les seules lumières de la raison naturelle n'est pas entièrement exclue, si c'est à partir de l'expérience d'une intrusion de cette transcendance dans le monde sensible. Toutefois, de telles expériences, à supposer qu'elles se produisent de temps à autre, ne sont ni vérifiables ni contrôlables. Elles ne peuvent donc faire l'objet d'un savoir objectif admissible par tous, mais seulement par la ou les personne(s) qui en ont été les témoins directs. »

Christian me répliqua : 

« Je ne suis pas entièrement d’accord. La transcendance, comme vous dites, ne se découvre pas seulement lorsqu’elle fait "intrusion dans notre monde sensible". Nous pouvons la chercher. Le rôle des églises, justement, et de la pratique qu’elles exigent de nous, consiste à créer les conditions de cette découverte de la transcendance.

Si vous ne pratiquez pas, vous êtes comme ces gens qui trouveront une pépite d’or au détour d’un chemin. Autant dire qu’ils sont rares. Les vrais chercheurs d’or se donnent les moyens qu’il faut. Orpailleurs ou mineurs, ils creusent et filtrent et retournent la terre, et avec plus ou moins de chance, ils trouvent.

Il peut y avoir des gens, bien sûr, qui doutent de l’existence même de l’or sans avoir pris la peine de le chercher. Mais alors ils font un acte de foi tout aussi spéculatif et peu scientifique que celui qu’ils reprochent à ceux qui cherchent sans avoir encore trouvé.  »


Puis il me signala son article.

Voici la réponse que je lui fis :

« Cher Christian,

[...]

J'ai lu votre article. Ce que vous dites est intéressant et, figurez-vous que je serais presque d'accord avec vous. Presque, car j'ai quelques petits bémols à apporter :

L'idée suivant laquelle il existerait certaines conditions favorisant la découverte de la transcendance, et dans lesquels une certaine pratique spirituelle serait susceptible de nous placer est tout à fait admissible en soi. Seulement voilà, comme vous semblez l'admettre vous-même, cela facilite peut-être la découverte de la transcendance, mais cela ne la garantit pas (j'ai pratiqué le christianisme pendant plusieurs années, cela ne m'a pas gardé chrétien, alors que je ne crois pas avoir notablement échoué dans ma pratique). C'est logique d'ailleurs. La transcendance obéit à d'autres règles, elle est peut-être habitée par des entités douées de libre-arbitre (Dieu, anges, démons, esprits divers et variés, etc.) qui ne vont pas mécaniquement se manifester dès lors que l'on aura fait les bons gestes. Il y a donc une part irréductible et probablement importante de non-contrôlable. Partant, les mêmes causes de notre point de vue n'engendreront pas forcément les mêmes effets. Peut-on alors parler de véritable "science du transcendant" comme on parlerait de sciences économiques, de sciences physiques, de sciences de la vie et de la Terre ? Je ne suis pas sûr. Même une science réputée inexacte comme la sociologie peut établir des modèles statistiquement valables. Il y a de l'erreur certes, mais on peut la prédire, la calculer. Je ne crois pas que celà puisse être le cas pour la transcendance. Peut-on dire que quelqu'un qui pratique la religion catholique a, mettons, 50% de chance de rencontrer Dieu ? Dieu, de son côté, ne peut-il pas changer les règles du jeu à notre insu et, par exemple, ne plus se manifester à personne, ou au contraire se manifester à tout le monde ? Pour dire les choses autrement, ce n'est pas parce que l'on va se fabriquer des radio-opérateurs, que des vivres vont tomber du ciel (je fais référence ici au cas très intéressant du
"Culte du cargo").

Ensuite, qu'une certaine pratique puisse disposer favorablement à la découverte de pans habituellement ignorés de la réalité est une chose. Qu'il faille oublier ce qu'aucune pratique particulière nous permet de découvrir en est une autre. Or, je veux bien qu'une certaine pratique spirituelle puisque conduire à affirmer : "il existe un démiurge, je l'ai rencontré en procédant de telle façon", "il existe un Grand Horloger, je l'ai rencontré en procédant de telle façon", "Poséidon existe, je l'ai rencontré en procédant de telle façon", etc. Mais affirmer : "il existe un Dieu tout-puissant et bon, je l'ai rencontré en procédant de telle façon" c'est également affirmer quelque chose à propos de la réalité de tous les jours que chacun peut expérimenter sans de longues heures d'ascèses. [C'est affirmer que tout va bien dans l'Univers, qu'il n'y a ni souffrance ni mal, or] je pense que cette affirmation ne se vérifie pas dans notre vie quotidienne, alors qu'elle le devrait, et donc qu'un Dieu tout-puissant et bon n'existe pas. Ce qui ne veut pas forcément dire que l'expérience spirituelle à l'origine de cette affirmation est totalement nulle et non avenue, mais qu'elle doit être relativisée à la lumière de cette expérience bien matérielle du mal.

Enfin, comment expliquer que des gens ayant des pratiques spirituelles parfois proches sinon identiques puissent ne pas se mettre d'accord sur la nature de la transcendance ? En sciences, les conflits portent souvent sur les théories, rarement sur les faits. Lorsqu'ils portent sur les faits, il est possible de suspecter un biais dans le protocole expérimental. Mais comment juger d'un biais dans un "protocole religieux" ? Les catholiques pensent naturellement que la bonne méthode est la méthode catholique et que tout ce qui en divergera introduira des biais. Mais qu'en savent-ils ? Pourquoi ne serait-ce pas la méthode othodoxe ou la méthode protestante qui serait la bonne ? On pourrait se dire : les différentes méthodes et pratiques spirituelles donnent chacune un éclairage valable sur la transcendance et il faut les penser en complémentarité, ne pas les opposer. Parfois, c'est possible. Mais pas tout le temps. Certaines divergences théologiques sont irréductibles. Donc à moins de renoncer à toute cohérence du monde surnaturel, je ne vois pas comment on peut les admettre toutes d'emblée. Par exemple vous, Christian, comment pouvez-vous être sûr que l'âme individuelle ne fusionne pas dans l'âme du monde à l'issu de plusieurs réincarnations ainsi que l'enseigne l'hindouisme ? Si vous vous basez sur votre expérience de la pratique catholique uniquement pour en juger, vous passez peut-être à côté de quelque chose. Il vous faut également pratiquer l'hindouisme pour comprendre ce qu'expérimentent les hindous dans leur pratique et qui les convaint de la métempsycose et de la dissolution d'Atman dans Brahman. Si, donc, il n'est pas possible de superposer toutes les traditions religieuses, alors il reste comme deuxième stratégie de les interséquer, de manière à ne garder comme valable que ce qui est commune à toutes. Mais je crains alors que la transcendance ne se réduise finalement à bien peu de chose. Qu'y a-t-il en effet de commun à toutes les grandes sagesses religieuses du monde ? Quelques grands préceptes moraux peut-être, une vague idée du divin, une certaine notion d'immortalité, et c'est à peu près tout...

Bien à vous,
Mikaël  »

J'ignore si j'ai réussi à convaincre Christian, mais toujours est-il qu'à l'heure actuelle, ma critique est restée sans réponse de sa part.

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Eric George 20/01/2008 07:16

Je ne nie pas que, dans le catholicisme, la kenose n'empêche pas l'humanisme. Mais ce n'est tout de même pas la même chose et elle ne l'entraîne pas forcément. Or Salam reprenait mon propos en parlant d'un "homme livré à lui-même" et c'est là que je n'étais aps d'accord. Avec le principe de kenose l'homme n'est justement pas livré à lui-même.Et puis,  protestantisme et humanisme sont bien plus opposé que catholicisme et humanisme, voir la querelle de Luther et d'Erasme

ti'hamo 19/01/2008 23:06

...l'idée de kenose (Dieu se dépouille de lui-même en se faisant homme)... ....remplacer la notion d'incarnation qui est un abaissement de Dieu par une idée de divinisation de l'humanité...Je ne comprends pas l'opposition ?En théologie catholique, les 2 vont ensembles.

salam 16/01/2008 22:11

De plus, rappelons que toute chose ne se produit qu'avec sa permission, que si le mal se produit c'est afin que le Malin soit jugé sur l'usage qu'il aura insufflé durant l'éternel Epreuve de Liberté, et que les âmes reçoivent ce qu'elles ont semé par talion: le bien incitant au bien, la souffrance incitant la souffrance, etc! Pour en revenir à mon intervention dans le débat, je dis que cela s'accorde à merveille avec la notion de karma des hindous et des bouddhistes, car le Jugement amène le Royaume et "le Royaume est déja parmi vous mais vous ne le voyez pas"!En ce sens l'Heure du Jugement est l'omega, mais l'alpha comme l'omega sont déjà présent dans ceux qui vivent dans l'esprit saint! Donc par leur constant rappel de Dieu et par leur repentir et leur unité dans l'esprit saint, leur sort est ouvert et non programmé. D'où pour ceux qui rejetent le Coran, il est dit dans celui-ci: "l'avenir du plus grand nombre d'entre eux est déja déterminé", ce qui dit bien que le maktub est une loi comme celle réunissant le karma d'une part (fatalité et illusion de liberté) et le dharma d'autre part (émancipation et vrai plaisance).

salam 16/01/2008 10:00

"kenose (Dieu se dépouille de lui-même en se faisant homme) pour remplacer la notion d'incarnation qui est un abaissement de Dieu par une idée de divinisation de l'humanité... ">N'est-ce pas ce que tu as dit? Je dis que les deux dernières réponses que j'ai formulé répondent à ceci, l'une en contestant ce propos, l'autre en confirmant:"elle insiste sur l'idée que l'homme ne peut s'élever par lui-même et que c'est pour celà que Dieu le rejoint... Et elle n'implique certainement pas l'idée d'un homme livré à lui même, puisqu'il est rejoint par Dieu... "

salam 16/01/2008 09:48

C'est que j'ai du mal comprendre. Si c'est ce que tu dis, il est aussi connu de l'Islam: nous trouvons dans le Coran "Dieu guide qui Il veut et égare qui Il veut" et par ailleurs: "Je suis avec Mon serviteur comme il croit que je dois être, et Je suis avec lui chaque fois qu'Il évoque Mon Nom. Ainsi s'il m'évoque en lui-même, Je l'évoque en Moi-même. S'il M'évoque auprès d'une assistance, Je l'évoque auprès d'une assistance meilleure encore. S'il se rapproche de Moi d'un empan, Je Me rapproche de lui d'une coudée. S'il se rapproche de Moi d'une coudée, Je Me rapproche de lui d'une brasse. Et s'il vient vers Moi en marchant, J'irai vers lui en accourant".