L'Argument par l'Expérience Religieuse

Publié le par Miky

Cet article est une traduction personnelle d'un article intitulé "Argument from Religious Experience: Do We Experience God's Existence", paru sur le web à l'adresse suivante :
http://atheism.about.com/od/argumentsforgod/a/religexperience.htm



Selon l'Argument par l'Expérience Religieuse, les gens ont des "expériences religieuses"
- des expériences du surnaturel, comme du Ciel ou des anges ou même d'un dieu. Puisque nous croyons les autres affirmations concernant les expériences que font les gens - comme par exemple qu'ils ont été au magasin ou qu'ils possèdent une voiture - alors nous devrions tout autant croire ces affirmations. Il est aussi soutenu que lorsque les sceptiques appliquent des plus hauts standards de preuve pour les affirmations basées sur les expériences religieuses que pour les affirmations basées sur d'autres expériences, ils manifestent un préjugé envers les affirmations religieuses. Ce qui les empêchent de comprendre et ultimement de croire.

Williams James offre une version classique de cet argument dans son influant Variétés de l'Expérience Religieuse. Il soutient que toutes les personnes normales ont des expériences religieuses et, puisque l'expérience est l'arbitre final de la vérité, alors Dieu
- comme objet des expériences religieuses - doit être accepté comme vérité factuelle. James observe de plus que les expériences religieuses en question tendent à avoir un effet profond sur la vie des gens et même de sociétés entières, ce qui implique que de tels effets ne peuvent pas être raisonnablement attribués à des hallucinations. Par exemple, il est beaucoup plus raisonnable de croire qu'un Dieu réel est responsable des expériences religieuses que d'attribuer les profonds effets de ces expériences à un simple être imaginaire.

Le premier problème est dans l'affirmation de James selon laquelle "toutes les personnes normales" ont des "expériences religieuses". Ce qu'il veut dire par là n'est pas clair, mais c'est une affirmation beaucoup plus facile à faire qu'à appuyer. S'il parle d'expériences du surnaturel
- dieux, anges, etc. - alors il se trompe. S'il veut dire quelque chose de beaucoup plus vague comme que tout le monde a expérimenté un certain effroi mêlé de respect et d'admiration à la contemplation de l'univers, alors il se pourrait bien qu'il ait raison mais alors il ne soutient pas son affirmation.


Le second problème réside dans la variété des expériences religieuses : s'il n'existe juste qu'un Dieu, pourquoi y a-t-il une si grande variété dans les rapports d'expériences religieuses ? En effet, ils sont mutuellement incompatible. Ils ne peuvent pas tous être vrais, donc au moins certains doivent être faux. Comment les différencier ? Quelles raisons le croyant religieux peut-il donner pour accepter ses propres rapports, parmi ceux faits par les autres ?


Il n'y a pas de critère indépendant qui puisse être utilisé pour séparer les expériences véritables et authentiques des expériences fausses et défectueuses
- pas seulement dans les rapports des autres, mais dans les siens propres. Le seul critère qui pourrait exister relevrait de la validité de certains systèmes religieux. Par exemple, certains défendent qu'une expérience religieuse qui n'est pas en accord avec la Bible est fausse ou défectueuse - mais puisque cela revient ultimement à supposer la vérité de ce qui est supposé être prouvé, un tel critère est inacceptable.


Le troisième problème est dans l'idée que les profonds effets que ces expériences engendrent sont des bons indicateurs de leur vérité. Nous pouvons concéder que les gens ont certaines sortes d'expériences et nous pouvons certainement concéder que ces expériences ont un profond effet ; mais cela signifie-t-il pour autant que nous devons accepter le contenu rapporté de ces expériences
- qu'elles étaient d'une nature surnaturelle ? Non.


Les expériences réelles qui ont un impact profond sur une personne peuvent avoir des origines complétement naturelles sans aucune connexion divine. Les expériences mystiques peuvent être reproduites chez quiconque, avec des substances chimiques et des équipements mécaniques. Cela étant établi, quelle raison y a-t-il à penser que les autres rapports relèvent vraiment d'une cause surnaturelle plutôt que naturelle ? Si au moins quelques-unes  des expériences religieuses alléguées sont pleinement naturelles, comment les séparer de celles qui seraient - véritablement - surnaturelles ? Même si une expérience change le cours d'une société, cela ne prouve pas que ces expériences ont une origine surnaturelle. Au plus, cela pourrait rendre compte du degré de persuasion des croyants ou de l'attrait pour ces affirmations.


Certains, tel Richard Swineburne, soutiennent que le degré pour lequel il semble pour une personne que quelque chose est arrivé devrait être traduit en terme de probabilité que quelque chose est arrivé. Il est vrai que quand les gens disent qu'ils leur semblent qu'une chaise est dans une pièce, alors nous tendons à accepter qu'une chaise est dans la pièce. Il n'est pas vrai, cependant, qu'à chaque fois que quelqu'un croit sincèrement et sérieusement quelque chose, nous devons aussi accepter que c'est probablement vrai, quel que soit ce en quoi il croit.


Nous acceptons seulement cela dans le cas de choses plus mondaines, que nous avons tous expérimenté. Quand quelqu'un dit qu'il lui semble très fortement qu'un elf est dans la pièce, nous n'acceptons pas qu'il y a probablement un elf dans la pièce, n'est-ce pas ? Même si nous acceptons l'argument de Swineburne, nous devons aussi accepter que lorsque les gens essayent d'avoir une expérience d'un dieu et échoue, c'est une bonne raison de croire que ce dieu
n'existe probablement pas. Après tout, cela serait faire preuve de préjugés que d'écarter les expériences des non-croyants mais de privilégier les expériences de ceux qui croient déjà.

 


 

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