Dieu au banc d'essai : Le théisme classique réfuté par les faits.

Publié le par Miky

Qu'est-ce que le théisme ? Le terme vient du grec theos qui signifie "dieu". Il s'agit de la croyance en un dieu :

- personnel : un dieu qui dispose d'une conscience de soi, d'un libre-arbitre, d'une volonté propre, dont l'action est tirée par des buts, une finalité, un objet, etc. extérieur à lui-même ;

- providentiel : qui agit dans le monde voire interragit avec lui, d'une manière en principe observable (miracles).

A travers le théisme, on peut distinguer différents courants. Un des principaux est le théisme classique. Selon le théisme classique (grosso modo la vision judéo-islamo-chrétienne traditionnelle), Dieu possède au moins 3 attributs essentiels :

- infinie bonté (omnibénévolence)

- infinie pouvoir (omnipotence)

- infinie connaissance (omniscience)

Le théisme classique bute contre un problème épineux : si Dieu est omniscient, alors Dieu sait que le mal existe dans le monde, si Dieu est omnipotent, alors Dieu peut éradiquer le mal, si Dieu est omnibénévolent, alors Dieu veut éradiquer le mal. Par conséquent, si le Dieu du théisme classique existe, alors le mal ne devrait pas exister. Or le mal existe, donc le Dieu du théisme classique n'existe pas.

Evidemment, les tenants du théisme classique ne se laissent pas démonter par ce raisonnement simple et implacable qui n'avait d'ailleurs pas manqué de les interroger. Comme le note Michel Onfray (Traité d'Athéologie, 2005), "Les théistes ont fort à faire en contorsions métaphysiques pour justifier le mal sur la planète tout en affirmant l'existence d'un Dieu à qui rien n'échappe.
Les déistes paraissent moins aveugles, les athées semblent plus lucides."
Les réponses apportées par les théistes - du moins les théistes classiques - malheureusement, sont toutes - je dis bien toutes - insatisfaisantes, et j'espère réussir à le démontrer dans cet article.

L'argument est fort simple en fait. Mais avant de l'exposer, il convient de bien s'entendre sur la signification des termes de "bonté" et d'"amour". Il convient aussi de justifier cette signification au regard de considérations sur la formation des concepts. Pour celà, nous ferons un petit détour par Wittgenstein. Pour le philosophe autrichien, le sens d'un mot réside dans son usage dans des contextes ordinaires car c'est ainsi que l'on apprend la signification des termes du langage, en les utilisant dans un certain nombre de situation. Le grand tort de la philosophie - en fait il s'agit surtout de la métaphysique - est d'utiliser les termes du langage ordinaire dans des situations où leur sens habituel n'opère plus, mais de faire comme si de rien n'était, comme si ce sens continuait de s'appliquer en dehors des limites qui le définisse.

Un exemple éclairera mon propos. Dans Le Cahier bleu et le Cahier brun, Wittgenstein nous propose une expérience de pensée :

"Imaginons un homme qui, les jours pairs, ne se souvient que des événements des jours pairs de sa vie, oblitérant entièrement ce qui s’est passé les jours impairs. Par ailleurs, les jours impairs, il se souvient de ce qui s’est passé les jours impairs précédents ; mais sa mémoire oblitère alors les jours pairs, sans qu’il y ait un sentiment de discontinuité. Si nous le désirons, nous pouvons également admettre qu’il présente une apparence et des caractéristiques différentes les jours pairs et les jours impairs. Devons-nous pour autant dire que deux personnes habitent le même corps ? A savoir, est-il juste de dire qu’il y en a deux et faux de le refuser, ou vice versa ? Ni l’un ni l’autre. Car l’usage ordinaire du mot 'personne' est ce qu’on pourrait appeler un usage composite, convenant aux circonstances ordinaires."

Or ce qui est vrai du concept de "personne" est généralisable à tous les concepts que nous employons. Dans le cas qui nous occupe, le concept de "bonté" ou d'"amour" est construit sur la base d'énoncés paradigmatiques contenant ces notions. Des énoncés tels que : "Aider quelqu'un dans le besoin est un acte bon" ou "Quand on aime, on ne compte pas".

La métaphysique ne fait pas que vider les concepts de leur sens ordinaire, elle néglige souvent de redéfinir ce sens. C'est ce qui se passe, à mon avis, avec le concept de "bonté" ou d'"amour" lorsqu'on les utilise pour qualifier Dieu.

Il est manifeste que le sens de ces mots ne peut pas être le sens habituel. Dans le sens habituel du mot "amour", on dira que si une mère aime son enfant, cela veut dire que, par exemple, elle le sauvera de la noyade au péril de sa propre vie, si cela est nécessaire. Or, il arrive que des gens se noient et si Dieu est tout-puissant et omniscient, il pourrait les sauver de la noyade facilement. Comme il ne le fait pas, c'est donc qu'il ne les aime pas. C'est aussi simple que cela. Il ne les aime pas, du moins au sens ordinaire du verbe "aimer". En effet, supposons qu'une personne soucieuse du problème de la faim dans le monde trouve un génie dans une lampe. Le génie lui dit : "Si tu le souhaites, je peux faire en sorte que tout le monde sur terre ait son pain quotidien pour survivre". Si cette personne ne saisit pas cette opportunité pour supprimer le problème de la faim, peut-on vraiment dire qu'elle s'en soucie ? Or, non seulement tout le monde n'a pas de quoi manger, mais encore : tout le monde n'a pas de toit pour dormir, de famille pour l'aimer, de foyer pour se chauffer, etc. Si vraiment, une personne (le Dieu classique) existait qui puisse subvenir à ces besoins mais qui ne le fait pas, même malgré de nombreuses prières, comment peut-on considérer cette personne comme soucieuse par rapport à ces différentes choses ?

Une solution pourrait s'offrir au partisan du théisme classique. Cela serait de définir un nouveau concept d'amour qui n'inclu pas, par exemple, que l'on sauve des gens de la noyade si on peut les sauver, etc. Mais une nouvelle difficulté surgie, puisque le comportement moral que l'Eglise attend de ses fidèles inclu l'amour, au sens ordinaire du terme cette fois-ci. Un être humain qui manquerait d'en sauver un autre de la noyade s'il en avait la capacité serait très justement jugé dépourvu d'amour. Cela pose d'autant plus de problème que la pratique de l'amour, au sens ordinaire du terme, est tenue pour rapprocher de Dieu, dont l'amour, à tout le moins, ne répond pas aux critères standards.

Le théisme classique est donc réfuté. Il reste néanmoins au moins deux façons d'être théiste que nous évoquerons rapidement :

- Le dysthéisme : La plupart des grandes religions sont euthéistes, c'est-à-dire qu'elles admettent une bonté et un amour divin plus ou moins étendus, mais au moins très grands. Pour le dysthéisme, cependant, Dieu n'est pas bon, ce qui ne veut pas dire qu'il est nécessairement mauvais, il peut être aussi tout simplement indifférent, ou avoir ses "sautes d'humeur" : bon de temps en temps ou avec certaines personnes (celles prêtent à tout sacrifier pour le suivre ?), mauvais de temps en temps ou avec d'autres personnes. Dieu est peut-être une entitée intelligente vivant dans un univers qui englobe le nôtre et qui s'amuse bien innocemment avec un jeu informatique perfectionné type "les Sims" sans avoir conscience des ravages qu'il cause ou n'empêche pas. Dieu est peut-être une propriété émergeante de l'ensemble des consciences interconnectées. En ce cas, il est, pour chacun d'entre nous, ce que nous sommes pour chacune de nos cellules. Or, a-t-on des scrupules à en tuer plusieurs à chaque fois que l'on se gratte ? (cela pourrait expliquer les métaphores liées au corps que l'on retrouve dans les Evangiles, ainsi que la nécessité de vivre en bonne intelligence, afin de ne pas engendrer de "cancer social" qui, en affectant directement Dieu, nous affecterait indirectement : même si nous n'hésitons pas à en sacrifier plusieurs chaque jour, nos cellules ont tout "intérêt" de nous maintenir en vie en coopérant, car la désorganisation cellulaire consécutive à notre mort les condamne toutes à brève échéance).

- L'open theism : Par open theism, il faut entendre une théologie qui limite la puissance et/ou la science de Dieu. Il ne peut pas tout faire et ne sait pas tout, voire il ne peut rien faire et ne sait rien ou pas grand'chose. Ainsi, après Auchwitz, le théologien juif Hans Jonas déclara que Dieu est devenu impuissant. Cette vision des choses se marie bien avec une conception assez novatrice de la divinité, bien qu'elle remonte quand même à Pierre Theillard de Chardin et son point Oméga, ainsi qu'à Alfred North Whitehead également : la Théologie du Process ou Process Theism. Selon ce scénario, Dieu n'est pas un souverain extracosmique qui surplombe de haut sa création, c'est un Dieu du devenir qui se manifeste sous la forme d'un dynamisme créateur qui ne peut rien imposer mais peut seulement ouvrir des possibles qu'il revient à l'homme d'explorer. Dieu est comparé à un potier qui modèle son argile, lequel lui impose une résistance. Dieu ne peut pas tout faire d'un seul coup, il a besoin de prendre du temps, et il ne créé pas tout ex nihilo mais apprivoise et transforme un substrat préexistant et imparfait, la matière, jusqu'à ce qu'il arrive au résultat voulu. Par sa vision particulière du divin, le Process Theism est aussi, souvent, un panenthéisme (Dieu imprègne le monde mais s'en distingue).

Notons pour finir que open theism et dysthéisme ne sont pas exclusifs. Dieu pourrait être à la fois impuissant ou du moins pas tout puissant et en même temps ne pas être bon, ou être capricieux.

Miky

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for more details 05/01/2015 13:42

The classical theism is the fact that is discussed here. This is all about the discussion of the god. I really disagree the thoughts that make fun of god. This area is to the thought from a different domain.

Miky 22/04/2006 15:17

Cher Matthieu,
Merci pour ton commentaire. Je vais lire cet article.
Tu dis : "C'est en ce sens que Dieu est tout-puissant. Il est Tout Puissant en amour."
C'est exactement ce que me dit le pasteur Eric Georges : http://miettesdetheo.over-blog.com/article-1071861-6.html
Voilà un beau moment d'oecuménisme :-)
Amicalement,
Miky

Matthieu 22/04/2006 13:09

Cher Miky,
Sur la Toute Puissance de Dieu, je crois qu'il y a un travail d'intelligence à faire. La Toute Puissance de Dieu n'est pas la toute Puissance au sens où nous l'entendons humainement.
Nous avons sans doute à découvrir comment Dieu se révèle le Tout Puissant. Certainement pas en écrasant dans un bain de sang tous ses adversaires! Mais bien plutôt en se livrant au mains des hommes, et en demeurant en Jésus plein d'amour et de pardon pour les hommes qui le crucifient.
La grande révélation du Nouveau Testament, est que le Dieu des Armées (le Deus Sabbaoth) de l'Ancien Testament, et en réalité le Dieu désarmé, suspendu au bois de la Croix.
C'est en ce sens que Dieu est tout-puissant. Il est Tout Puissant en amour. Or, le propre de l'amour, n'est-il pas de faire grandir l'autre dans la liberté, la vérité et l'amour? Peut-il y avoir amour sans liberté? Et la liberté ne comporte-t-elle pas le risque du refus de croire et d'aimer?
Pour une réflexion sur la Toute Puissance divine, et l'"agir de Dieu", je te recommande la lecture de l'article suivant :
http://totus-tuus.over-blog.com/article-1687041.html

stéphane 12/04/2006 16:24

BONJOUR je te conseil de mettre la parole de DIEU a lépreuve personellemnt dans ta vie parle lui comme tu veux exprime lui ce tu ressent pose lui les questions que tu veux et jai tellement confiance en lui que je sais quil va te répondre .tu men donneras des nouvelles fait le avant de dire que cest pas vrais je te met au défis amicalement.1 ¶  L’Eternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit:2  Qui est celui qui obscurcit mes desseins Par des discours sans intelligence?3  Ceins tes reins comme un vaillant homme; Je t’interrogerai, et tu m’instruiras.4 ¶  Où étais-tu quand je fondais la terre? Dis-le, si tu as de l’intelligence.5  Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu? Ou qui a étendu sur elle le cordeau?6  Sur quoi ses bases sont-elles appuyées? Ou qui en a posé la pierre angulaire,7  Alors que les étoiles du matin éclataient en chants d’allégresse, Et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie?8  Qui a fermé la mer avec des portes, Quand elle s’élança du sein maternel;9  Quand je fis de la nuée son vêtement, Et de l’obscurité ses langes;10  Quand je lui imposai ma loi, Et que je lui mis des barrières et des portes;11  Quand je dis: Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas au delà; Ici s’arrêtera l’orgueil de tes flots?12 ¶  Depuis que tu existes, as-tu commandé au matin? As-tu montré sa place à l’aurore,13  Pour qu’elle saisisse les extrémités de la terre, Et que les méchants en soient secoués;14  Pour que la terre se transforme comme l’argile qui reçoit une empreinte, Et qu’elle soit parée comme d’un vêtement;15  Pour que les méchants soient privés de leur lumière, Et que le bras qui se lève soit brisé?16  As-tu pénétré jusqu’aux sources de la mer? T’es-tu promené dans les profondeurs de l’abîme?17  Les portes de la mort t’ont-elles été ouvertes? As-tu vu les portes de l’ombre de la mort?18  As-tu embrassé du regard l’étendue de la terre? Parle, si tu sais toutes ces choses.19  Où est le chemin qui conduit au séjour de la lumière? Et les ténèbres, où ont-elles leur demeure?20  Peux-tu les saisir à leur limite, Et connaître les sentiers de leur habitation?21  Tu le sais, car alors tu étais né, Et le nombre de tes jours est grand!22  Es-tu parvenu jusqu’aux amas de neige? As-tu vu les dépôts de grêle,23  Que je tiens en réserve pour les temps de détresse, Pour les jours de guerre et de bataille?24  Par quel chemin la lumière se divise-t-elle, Et le vent d’orient se répand-il sur la terre?25 ¶  Qui a ouvert un passage à la pluie, Et tracé la route de l’éclair et du tonnerre,26  Pour que la pluie tombe sur une terre sans habitants, Sur un désert où il n’y a point d’hommes;27  Pour qu’elle abreuve les lieux solitaires et arides, Et qu’elle fasse germer et sortir l’herbe?28  La pluie a-t-elle un père? Qui fait naître les gouttes de la rosée?29  Du sein de qui sort la glace, Et qui enfante le frimas du ciel,30  Pour que les eaux se cachent comme une pierre, Et que la surface de l’abîme soit enchaînée?31  Noues-tu les liens des Pléiades, Ou détaches-tu les cordages de l’Orion?32  Fais-tu paraître en leur temps les signes du zodiaque, Et conduis-tu la Grande Ourse avec ses petits?33  Connais-tu les lois du ciel? Règles-tu son pouvoir sur la terre?34  Elèves-tu la voix jusqu’aux nuées, Pour appeler à toi des torrents d’eaux?35  Lances-tu les éclairs? Partent-ils? Te disent-ils: Nous voici?36  Qui a mis la sagesse dans le coeur, Ou qui a donné l’intelligence à l’esprit?37  Qui peut avec sagesse compter les nuages, Et verser les outres des cieux,38  Pour que la poussière se mette à ruisseler, Et que les mottes de terre se collent ensemble?39  (39-1) Chasses-tu la proie pour la lionne, Et apaises-tu la faim des lionceaux,40  (39-2) Quand ils sont couchés dans leur tanière, Quand ils sont en embuscade dans leur repaire?41  (39-3) Qui prépare au corbeau sa pâture, Quand ses petits crient vers Dieu, Quand ils sont errants et affamés?

Miky 12/04/2006 11:46

Cher Stéphane,
Je connaissais déjà ce texte. Le mal comme absence de Dieu ? Pourquoi pas, mais en ce cas, cela ne contredit pas ce que je dis dans mon article : si Dieu ne peut pas pénêtrer dans tous les coeurs pour que le Bien triomphe, c'est donc que Dieu n'est pas tout-puissant, même s'il peut bien être infiniment bon.
Cela dit, que Dieu soit tout-puissant est une invention tardive. La Bible ne présente pas un tel Dieu. Le Dieu de la Bible semble limité dans sa puissance : il créé le monde en 6 jours, il change d'avis et fait tomber le déluge, il se choisit un peuple pour accomplir son dessein, etc.
Du coup, il en est beaucoup plus humain et proche de nous, ce qui nest pas plus mal à certains égards.
Cordialement,
Miky