Comprendre l'athéisme

Publié le par Miky

L'athéisme a souvent eu mauvaise presse. Dans les temps anciens, il pouvait même être condamné par la "Très Sainte" Inquisition à des peines allant souvent jusqu'à la mort sur le bûcher. De nos jours, il est encore difficile d'avouer son athéisme dans certains milieux. On l'accuse de différents maux : immoralité, fermeture d'esprit, aggressivité, voire même satanisme !

Pourtant, j'ose l'affirmer : quoi de plus naturel que d'être athée ? On considère souvent que l'athéisme est une négation de l'existence de Dieu, une croyance en son inexistence. Cependant, cela n'est pas systématique. Etymologiquement, l'athéisme est une absence (a privatif) de théisme (croyance en un Dieu personnel et providentiel). Ce n'est donc pas une croyance particulière, c'est l'absence d'une certaine croyance particulière (la croyance en un Dieu personnel et providentiel) parmi l'ensemble des croyances que tout un chacun entretient (même s'il existe des gens qui croient n'avoir aucune croyance). En ce sens, tout le monde nait athée, puisqu'un nourrisson n'a évidemment pas de croyance en Dieu (il n'a pas même la possibilité de se former ce concept).

Si certains restent athées ou le (re)deviennent, c'est simplement parce qu'ils ne trouvent pas de motifs ou motivations (rationnelles ou, osons le reconnaître, émotionnelles également) suffisantes pour y croire ou parce qu'ils trouvent des motifs ou motivations (rationnelles ou, osons le reconnaître, émotionnelles également) pour ne pas y croire. Cet athéisme explicite doit bien sûr être contrasté avec le cas où une personne reste athée car elle ne s'est jamais posé la question de l'existence d'une ou plusieurs divinités voire le cas encore plus rare où cette personne est restée dans l'ignorance même de ce concept. Ces deux dernières façons d'être athée ne sont bien sûr pas les plus reluisantes, mais il s'agit bien d'athéisme également (absence de croyance en un Dieu personnel et providentiel), de l'athéisme implicite.

Notons que l'athéisme n'est pas, strictement parlant, ce que l'on pourrait appeler l'adéisme, à moins de considérer le déisme comme une variante du théisme, ce qui, à mon avis, n'est pas forcément correct.

Il y a un autre sens à parler d'athéisme. C'est le sens plus populaire de croyance en l'inexistence de Dieu (ou du moins du Dieu du théisme). Il serait sans doute plus correct de parler d'antithéisme, car il y a autant de différences entre le théisme et l'athéisme (au sens étymologique) qu'entre l'athéisme (au sens étymologique) et l'athéisme (au sens populaire). Toutefois, le terme d'antithéisme est souvent employé pour désigner une attitude hostile à la croyance en Dieu, vue comme non seulement catégoriquement erronée mais aussi comme destructrice. Toutefois, on peut croire que Dieu n'existe pas, sans pour autant adopter une attitude d'hostilité envers la croyance en Dieu. L'usage a donc consacré le terme d'athéisme pour définir la croyance en l'inexistence de Dieu (sous sa variante théiste). Et pour éviter la confusion avec la simple absence de croyance en l'existence de Dieu (sous sa variante théiste), on précise parfois : athéisme fort ou positif (croyance en l'inexistence du Dieu théiste) vs athéisme faible ou négatif (non-croyance en l'existence du Dieu théiste). On ne naît pas athée positif mais on le devient. Il s'agit donc nécessairement d'une forme explicite d'athéisme. De même que pour l'athéisme faible, l'athéisme fort est en principe compatible avec le déisme.

Je sais que certaines personnes seront choquées de lire que l'athéisme, a fortiori positif, est compatible avec le déisme. On est athée positif parce que l'on a des motifs ou motivations (rationnelles ou, osons le reconnaître, émotionnelles également) de croire que Dieu (sous sa variante théiste) n'existe pas. Or, le théisme est une croyance au moins en partie métaphysique. On peut trouver de bonnes raisons de croire que certaines conceptions théistes de Dieu sont fausses (par exemple un Dieu omniscient, omnipotent et omnibénévolent), mais non pas que toutes les conceptions théistes de Dieu sont fausses (par exemple, un Dieu qui a créé le monde de manière à ce que rien dans le monde n'indique sa présence pourrait exister). C'est un pur acte de foi, à moins de supposer que les motifs humains de croire ont une portée métaphysique, c'est-à-dire que l'entendement humain peut décider de ce qu'est le réel en soi. Or c'est aussi un acte de foi. La raison elle-même nous conduit à penser que les capacités humaines à former des croyances (raison humaine y compris) sont garanties dans leur valeur adaptative (voir le néodarwinisme) et non pas dans leur valeur épistémique. Croire que le Dieu théiste n'existe pas revient à croire que l'entendement humain peut accéder à la réalité ultime, et qu'il est donc lui-même un absolu. Autrement dit, l'athéisme explicite remplace la religion du Dieu théiste par la religion de l'humanité. Cependant, l'athéisme positif pourrait être correct, mais s'il est correct, ce n'est pas sur la base d'une démarche scientifique qu'il peut être justifié, mais sur la base d'une croyance scientiste.

Dans ce tableau, qu'en est-il de l'agnosticisme ? L'agnosticisme est souvent associé à l'athéisme faible. En fait, athéisme et agnosticisme ne jouent pas sur le même terrain. Le théisme, le déisme, l'athéisme faible et l'athéisme fort portent sur l'existence ou non de Dieu et sur ses caractéristiques. L'agnosticisme porte quant à lui sur la possibilité de résoudre les questions métaphysiques. L'agnostique ne croit pas que l'être humain ait la capacité de connaître le transcendant, ni même de savoir s'il existe quelque chose par-delà le monde des phénomènes (version faible, négative) ou bien il croit que les questions métaphysiques sont insolubles par l'être humain (version forte, positive). Contrairement à l'opinion courante, il me semble que l'agnosticisme est compatible avec l'athéisme fort. On peut croire que le Dieu théiste n'existe pas, tout en reconnaissant que cette croyance n'a pas qualité de savoir. La position selon laquelle l'être humain peut atteindre une connaissance métaphysique ou transcendante est parfois qualifiée de gnosticisme, mais le terme prête à confusion car il désigne également une secte chrétienne des premiers siècles. C'est toutefois par opposition au gnosticisme chrétien que Thomas Huxley forgea le terme d'agnosticisme. Il voulait, dit-il que ce terme soit  "l'antithèse évocatrice du 'gnostique' dans l'histoire de l'Église, qui professait en savoir tant sur les choses mêmes à propos desquelles j'étais ignorant…".

En conclusion, on peut avoir :

- un théisme gnostique : je crois que Dieu existe et qu'on peut le savoir et connaître sa nature.

- un athéisme faible gnostique : je ne crois pas que Dieu existe, mais je crois que l'on peut savoir s'il existe ou non.

- un athéisme fort gnostique : je crois que Dieu n'existe pas et qu'on peut le savoir.

- un déisme gnostique : je crois qu'un Dieu impersonnel et/ou non-providentiel existe et que l'on peut le savoir.

- un théisme agnostique faible : je crois que Dieu existe mais je ne crois pas que l'on puisse le connaître et savoir qu'il existe.

- un athéisme faible agnostique faible : je ne crois pas que Dieu existe et que l'on puisse savoir s'il existe ou non.

- un athéisme fort agnostique faible: je crois que Dieu n'existe pas mais je ne crois pas que l'on puisse le savoir.

- un déisme agnostique faible : je crois qu'un Dieu impersonnel et/ou non-providentiel existe mais je ne crois pas que l'on puisse le savoir.

- un théisme agnostique fort : je crois que Dieu existe, qu'il est inconnaissable et que l'on ne peut pas savoir qu'il existe.

- un athéisme faible agnostique fort : je ne crois pas que Dieu existe, mais je crois que l'on ne peut pas savoir s'il existe ou non.

- un athéisme fort agnostique fort : je crois que Dieu n'existe pas et que l'on ne peut pas le savoir.

- un déisme agnostique fort : je crois qu'un Dieu impersonnel et/ou non-providentiel existe et que l'on ne peut pas le savoir.

Ma position personnelle est avant tout agnostique faible. Je ne pense pas qu'une éventuelle réalité transcendante soit accessible à l'esprit humain, et donc que l'on puisse savoir si l'hypothèse métaphysique de Dieu est correcte ou non. Ensuite, concernant l'existence de Dieu, je me reconnais principalement dans l'athéisme faible : je ne crois pas que Dieu existe. Mais j'ai quelques hésitations. Un soupçon de déisme et même de théisme (dysthéisme, process theism et open theism) viennent troubler la pureté de mon athéisme faible. Inversement, je manifeste un fort athéisme vis-à-vis du Dieu du théisme classique (omniscient, omnipotent, omnibénévolent).

Miky

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Schangels 29/08/2010 01:17



Hallo wieder, Mickaël.


Ton article de départ est peut-être brouillonneux, mais il a le mérite de proposer une classification dont j'aimerais vérifier l'exhaustivité: pourquoi 12 cas, et pas 16 (par exemple)? J'ai ma
petite idée sur la question ...


Je ne suis pas sûr de te citer, parce que mon article pose des conditions de croyance que ta classification déborde: on peut être théiste sans avoir d'argument en faveur de l'existence de Dieu,
chez toi, alors que mon article pose comme un de ses axiomes de base que toute croyance doit être défendable (par un argument minimal queil qu'il soit). Mais il en va ainsi dans ton texte parce
que l'argument y a valeur de connaissance, si je ne me trompe. Or dans mon article, l'argument est une simple "donnée probatoire" ("evidence", diront les anglophones) qui est
compatible avec l'argument contradictoire. De plus, je suppose dans mon article que toute croyance doit être un tant soit peu justifiée pour être tenue.


Pour conclure, je rejoindrais un de tes commentateurs principaux sur la signification de "athéisme": cette notion semble un cas privatif de "théisme" (a-théisme), mais l'athéisme en dit plus
puisque l'athéisme croit que Dieu n'existe pas. Or on peut ne pas croire que Dieu existe sans croire que Dieu n'existe pas; tu assimiles cette
dernière attitude à un athéisme faible, alors qu'on l'associe plutôt à de l'agnosticisme. Mais à quoi renvoie ce "on"? A l'usage ordinaire de ces attitudes religieuses ... rien de bien solide
dans mon objection, mais on ne peut manquer de contester ton expression d'"athéisme faible".


Peut-on dire qu'athéisme et agnosticisme ne jouent pas sur le même terrain? Si l'on peut croire sans raison, oui. Le peut-on? Tout dépend de ce que l'on entend par "raison".


A suivre ...



Schangels 28/08/2010 22:12



Salut, Mickaël.


 


Pas mal du tout, cette classification des attitudes religieuses! Je suis tombé sur ton site par hasard (qui a donc bien fait les choses), et j'apprécie les analyses combinatoires de ce genre, et
je vais voir s'il peut y avoir d'autres cas possibles.


Je prépare actuellement un exposé sur les croyances religieuses, et je permettrai peut-être de reprendre (pour partie) cette classification au sein d'une "logique des croyances religieuses".


Bis +,
Fabien



Mikaël 29/08/2010 01:00



Salut Fabien,


Merci de ta visite et n'hésite pas à repasser (non, je ne parle pas du linge ). Tu peux bien entendu reprendre ma
classification, du moment que tu cites la source (si j'étais un chercheur titulaire avec 15 000 publis à mon actif, citées et recitées, je serais moins regardant, mais comme ce n'est pas le cas,
j'apprécie tout ce qui pourra contribuer à me tirer des abimes de la philosophie...). Fais moi signe quand ton exposé sera rédigé, cela peut m'intéresser ! Je suis agréablement surpris que cet
article ait suscité ton intérêt, car moi je le voyais surtout comme une pensée brouillonneuse et pas d'un grand intérêt, mais on n'est jamais les mieux placés pour juger de ses propres
productions...


A+


Mikaël



frederic 13/12/2008 12:35

mon blog aussi sur Dieu et athéismehttp://dieu-atheisme.over-blog.com/

ti'hamo 03/10/2007 17:49

...et bien, si on parle "propre de l'homme", je peux peut-être me permettre d'intervenir......là-dessus voilà où j'en suis pour l'instant : si on parle d'appat du gain, d'égoïsme, d'intolérance, de veulerie... ...et encore plus si l'on rajoute que "l'homme ne s'épanouit pas ainsi"... ...alors une telle remarque implique déjà, implicitement, un fondement de croyance (soit reconnu, soit à l'origine de valeurs qui persistent même si la coryance a disparu). En effet, d'un point de vue totalement neutre n'impliquant aucune notion ni de "bien" ni de "mal", on ne peut pas affirmer que rester honnête, généreux, ouvert, souriant, soit plus un "épanouissement" que le fait de devenir puissant, riche, confortablement installé, en grugeant son monde.Les termes employés, en fait, sont déjà péjoratifs en référence à un système de valeurs et parceque l'on considère (encore) que se développer d'une manière c'est mal et de telle autre c'est bien.Mais, on serait chez les vikings, par exemple, alors la force, le rejet du faible, seraient des valeurs nobles et les seules qui permettent de réellement s'épanouir (la preuve, le vrai paradis est alors promis aux guerriers sans pitié, tous les autres, vieillards morts gentiment dans leur lit, malades, enfants, finissent dans un royaume des morts assez glauque.)Donc, déjà, parler de "veulerie, intolérance, mensonge..." et affirmer qu'elles ne permettent pas l'épanouissement de l'homme, ça revient à affirmer sa...croyance en certaines valeurs. (je dirais même pas d'où elles viennent, ça en vexerait certains.) Autrement dit, ce sont des termes qui en eux-mêmes sont déjà à connotation morale, et portent un jugement.D'autre part, donc, concernant "le propre de l'homme" : si on parle appât du gain, égoïsme, etc..., il s'agit finalement ni plus ni moins que de placer la recherche de son intérêt personnel au centre de tout, au-dessus et avant toute autre considération. Sous différentes modalités, ça n'est jamais que la recherche de l'intérêt personnel. (sans doute le mensonge aussi, d'ailleurs : pour se protéger, pour gagner plus, pour protéger ses gains, pour faire trébucher autrui... c'est encore ça.)Or, ça, c'est très animal. La loi de la jungle, quoi : le plus fort domine sur le plus faible, c'est celui qui grogne le plus fort qui commande et qui mange la meilleure part, les plus faibles se font bouffer en premier.Ce qui risque de poser problème à certains, c'est que, de la même façon et dans le même ordre d'idée, centrer sa vie sur avant toute chose la recherche de son propre bien-être, c'est le moteur même de la vie animale. (certains n'ont pas bien compris ça, qui affirment que, par exemple, "faire l'amour juste pour le plaisir, y a que les humains qui connaissent ça")Donc, effectivement, égoïsme, brutalité, et même intolérance (penser aux questions de territoires, de clan, de meutes,...), sont rattachés au monde animal. Sauf que, attention : concernant les animaux, vaut mieux utiliser d'autres termes, vu que les conernant ça n'a rien de péjoratif, c'est juste de la descritption de relations entre individus.Le moteur animal (que nous avons en nous), c'est : je recherche ce qui me fait plaisir, je fuis ce qui me fait du mal.On pourrait donc dire que se mettre à rechercher autre que chose que son propre intérêt AVANT MÊME son propre intérêt, c'est déjà plus trop animal.Cela dit, que penser de la recherche de puissance, de l'humiliation de l'ennemi,...? ça ne se retrouve pas trop chez l'animal non plus, qui se contente d'atteindre le point d'équilibre des forces.Se poser aussi la question de la religion, donc, mais aussi de l'art, et de la philosophie : aucun intérêt d'un point de vue animal, et aucun animal ne s'y adonne spontanément.

ChrisLaur 30/09/2007 19:17

I° Concile Athée de TolèdeLe premier concile athée aura lieu a Toledo en Espagne, organisé par la FIdA (Fédération Internationale des Athées)du 9 au 11 Novembre 2007,Il y aura un beau parterre d´expositeurs:Le thème sera "EL DESAFÍO DE LOS FUNDAMENTALISMOS". (Le défi des fondamentalismes)...Avec la participation de Gonzalo Puente Ojea, Agustín Izquierdo, Jocelyn Bézecourt, Víctor M. Alarcón, JAM Montoya, Anita Werner, Juan F. González Barón, Albert Riba, Leo Bassi, etc., plus de detail la http://laicite-liberte-atheisme.over-blog.com/