Différentes positions, attitudes et conceptualisations sur le divin

Publié le par Miky

Dans un précédent article, nous avons exposé l'athéisme dont nous avons distingué deux tendances :

- athéisme faible = non-croyance en Dieu

- athéisme fort = croyance en l'inexistence de Dieu

Nous avons également parlé de l'agnosticisme dont nous avons distingué aussi deux tendances :

- agnosticisme faible = non-croyance en la capacité de l'entendement humain à résoudre la question de Dieu, les questions métaphysiques (et à accéder à l'absolu d'une manière générale)

- agnosticisme fort = croyance en la non-capacité de l'entendement humain à résoudre la question de Dieu, les questions métaphysiques (et à accéder à l'absolu d'une manière générale)

Dans cet article, nous nous pencherons plus particulièrement sur le théisme et le déisme.

Pour le théisme, Dieu est un être :

- personnel, voire semblable à l'homme qu'il a fait à son image selon la Bible (anthropomorphisme)

- providentiel

Le déisme nie/met en doute l'un et/ou l'autre de ces deux points. Je suggère d'appeler :

- déisme providentialiste : un déisme qui admet une intervention providentielle de Dieu dans le monde mais ne voit pas ce dernier comme un être personnel, ou tout au moins pas un être semblable à l'homme (ex. : certaines personnes définissent Dieu comme étant l'Amour, voient en ce dernier une sorte d'énergie et pourront dire des choses telles que : "l'Amour fait des miracles" ou "Un tel acte est une offense à l'Amour") ; c'est souvent une conception assez "new age" ou "théosophique" (au sens de la Société Théosophique) du divin ; période : plutôt la fin du XIXème siècle, le XXème siècle et le XXIème siècle.

- déisme personnaliste : un déisme qui admet Dieu comme personne (voire comme personne semblable à l'homme), mais récuse toute intervention providentielle de ce dernier dans le monde (ex. : le Dieu horloger de Voltaire, le Dieu architecte des francs-maçons) ; c'est souvent le résultat d'un judéo-christianisme déconstruit par la philosophie des Lumières du XVIIIème siècle (critique des miracles et des écrits bibliques).

- déisme radical : un déisme qui admet un Dieu qui n'est ni une personne, ni agissant dans le monde ; il est alors plutôt à voir comme une abstraction idéalisée et sacralisée (ex. : l'Humanité, le Progrès, la Raison, la Science, le Hasard, l'Inconnu, etc.) ; il est souvent associé à un anti-christianisme et anti-cléricalisme assez véhément, assez typique de la fin du XVIIIème siècle, de tout le XIXème siècle et du début du XXème siècle : culte de l'Etre Suprême et de la Raison, Religion Positiviste d'Auguste Comte, etc.

Indépendament de ces distinctions, on ajoutera également à ces deux termes, les préfixes suivants, pour spécifier un certain mode de relation du divin avec le monde et l'humain :

varnothing : Dieu ≠ Monde mais les deux se recouvrent partiellement (théisme et déisme) (on peut aussi parler de théisme / déisme immanent)

- trans : Dieu ≠ Monde et sont complétement hétérogènes (transthéisme et transdéisme) (on peut aussi parler de théisme / déisme transcendant)

- sui ou auto : chacun est dieu (suithéisme et suidéisme ou autothéisme et autodéisme) ; cela peut seulement concerner une certaine partie de soi, comme l'âme et non pas l'individu entier.

- pan : Dieu = Monde (panthéisme et pandéisme)

- panen : Monde subset Dieu (panenthéisme et panendéisme)

- cosmo : Dieu émerge du Monde (cosmothéisme et cosmodéisme)

Enfin, signalons le cas particulier de la religion mormone (Eglise de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours) qui a une conceptualisation originale du divin puisqu'elle fait du Père, du Fils et du Saint-Esprit trois personnes inclues dans le monde au sens physique du terme, comme entités corporelles spatio-temporellement localisés. Je suggère d'appeler cette vision de Dieu : théisme ou déisme physicaliste, matérialiste ou naturaliste.

Indépendament de ces distinctions, on ajoutera également à ces deux termes (théisme et déisme), les préfixes suivants, pour spécifier le nombre de divinités en lequel on croit :

- mono : un seul dieu (monothéisme et monodéisme) ; ex. : judaïsme, unitarisme, protestantisme, islam.

- héno : plusieurs dieux dont un qui est supérieur aux autres et est souvent seul véritable objet d'adoration (hénothéisme et hénodéisme) ; ex. : catholicisme, hindouisme.

- poly : plusieurs dieux d'importance équivalente (polythéisme et polydéisme) ; ex. : religions égyptienne et greco-romaine.

- omni : tous les dieux de toutes les religions (omnithéisme et omnidéisme) ; ex : universalisme.

On peut ajouter le terme de "classique" ou de "moderne" pour préciser si l'on voit le divin respectivement comme réalité parfaite, absolue, suprême, ultime, nécessaire, illimitée, infinie ou comme réalité relative, conditionnée, dépassée, contingente, imparfaite, finie.

Ex : Théisme classique = Dieu omniscient, omnipotent, omnibénévolent.

Théisme moderne = open theism, process theism, dysthéisme.

Selon que l'on considère que la nature de Dieu est conceptualisable par l'être humain ou échappe à son entendement, on parlera :

- de théologie positive ou cataphatique ou encore de cognitivisme théologique dans le premier cas

- de théologie négative ou apophatique ou encore de non-cognitivisme théologique ou d'ignosticisme dans le second cas

Quelques autres opinions / attitudes sur le divin :

- Indifférentisme : Attitude d'indifférence à l'égard de Dieu, de son existence. Nous naissons tous indifférentiste.

- Apathéisme : Dieu ou l'existence de Dieu est sans importance pour nous, ne nous concerne pas. Cela ressemble à de l'indifférentisme, à la différence qu'il s'agit d'une véritable position réfléchie sur Dieu alors que l'indifférentisme est implicite.

- Pseudo-Agnosticisme : Je propose ce terme pour désigner l'attitude de celui qui ne sait que croire, qui hésite, qui est indécis au sujet de l'existence de Dieu, qui est éventuellement en recherche, qui refuse de choisir son camp, qui est tiraillé entre croire que Dieu existe et croire qu'il n'existe pas. Cela correspond à la définition populaire de l'agnosticisme mais cette définition populaire n'est pas respectueuse de l'agnosticisme, tel que défini par Thomas Huxley, et qui est une véritable position philosophique.

- Pseudo-Athéisme : Ce terme est parfois utilisé - notamment par les athées - pour désigner l'attitude de celui qui rejette Dieu et/ou son existence mais qui se faisant le remplace - le plus souvent inconsciemment - par une version séculière du divin, sous la forme d'idées ou de choses sacralisées faisant l'objet d'un véritable culte telles que l'Humanité, le Progrès, la Raison, la Science, le Hasard, l'Inconnu, la Mode, le Football, le Star System, l'Argent, le Sexe, etc. Le pseudo-athéisme pourrait être rapproché du déisme radical à la différence près que ce dernier est assumé comme tel tandis que le pseudo-athéisme se prétend athéisme. Ensuite, certaines variantes de pseudo-athéisme versent dans une détestable idolâtrie sans une once de spiritualité...

Edition du 5 juin 2008 :

- Une découverte récente que j'ai faite il y a peu : le Ietsisme : "Iets" veut dire "Quelque chose" en néérlandais. Et en effet, aux Pays-Bas, il semblerait qu'une très forte proportion de gens confient "croire en quelque chose dont ils ne savent rien". Même dans nos contrées, on aura remarqué que beaucoup de gens (prenant en général un air très sérieux et concerné pour le dire) concèdent : "moi, je pense qu'il y a quelque chose, mais je ne sais pas trop quoi" ou "il doit bien y avoir quelque chose", etc. Mais au Pays-Bas, il semblerait que ce phénomène soit particulièrement répandu. Et surtout, certaines personnes ont choisi de se qualifier elles-mêmes de Ietsiste. Mais finalement, des gens qui pensent qu'il n'y a rien, est-ce que ça existe vraiment ? Eh bien oui, il y en a quelques-uns pour qui seules les apparences existent, ou tout n'est qu'illusion. Mais certes, il faut bien concéder qu'ils ne sont guère nombreux. Et même de nombreux athées sont finalement Iestistes : ils croient en quelque chose, ne serait-ce qu'en la matière ou la nature, quand bien même elles n'ont pas (encore ?) révélées tous leurs secrets... Alors, Iestisme, la religion des temps modernes, ou une façon sophistiquée de désigner par un mot compliqué une réalité toute simple ?... En tout cas si vous voulez en savoir plus, vous pouvez jeter un oeil ici :
http://en.wikipedia.org/wiki/Ietsism

Miky

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Inqualifiable 03/05/2016 23:43

Article intéressant, complet et bien construit. Merci! :-)

Une petite remarque tout de même quant à l'autothéisme. Il y est dit "cela peut seulement concerner une certaine partie de soi, comme l'âme et non pas l'individu entier.".

Pourquoi pas l'individu tout entier? Je prends un exemple illustratif pour faire un parallèle. Pour les catholiques, non seulement "l'âme" de Jésus mais aussi sa chair et son sang sont sacrés puisqu'ils sont au centre du sacrement d'eucharistie. Dira-t-on de Jésus qu'il était (un) Dieu en partie seulement? Non, je pense que bcp s'accorderont pour dire que l'individu tout entier était divin même s'il était aussi totalement humain...

Ensuite, définir l'autothéisme comme "chacun est dieu " je trouve cela un peu court, cela reste vague.
Je ne sais pas pour le suithéisme mais je vois l'autothéisme comme "Etre son propre Dieu" et cela n'implique pas forcément que chacun soit (son propre) Dieu...


I.

Matthieu 24/04/2006 20:08

Que la foi chrétienne fasse l'objet de controverses avec les juifs, les musulmans, d'autres chrétiens,... je le conçois fort bien.
Mais il me semble, moi, que la meilleure manière de savoir ce en quoi croient les catholiques, c'est encore de le leur demander à eux!

Matthieu 24/04/2006 18:45

Bonjour Miki,
Article intéressant... mais qui comprend une erreur monumentale : que je sache, le catholicisme est radicalement monothéiste! A moins que je me soit trompé de religion...
Bien à toi.

Inqualifiable 03/05/2016 22:50

Bonjour Matthieu,

L'article ne se trompe pas, le catholicisme est bien hénothéiste. En effet, on y adore tout à la fois le Père, Jésus et Marie. Cela correspond tout à fait à la définition donnée.

Le protestantisme rejette le culte de Marie popur ne s'adresser exclusivement (en prière) qu'au Père, c'est donc bien un monothéisme.

phÚne 06/03/2006 11:41

Tu ne chercherais pas si Tu ne T'étais déjà trouvé!...