La science donne-t-elle des raisons de croire en Dieu ?

Publié le par Miky

Cher Matthieu,

En commentaire sur ton blog, à l'article Voltaire et la raison, tu dis :

"Pour autant, si la science ne prouve pas Dieu, elle fournit de nombreuses raisons de croire en son existence."

J'ai décidé de faire une petite compilation de pages/sites web sous l'impulsion de ta remarque. Je pense qu'il faut comprendre par ta remarque que l'existence de Dieu fournit une hypothèse plausible pour expliquer certains aspects de la science, que ce soit dans ses principes ou dans ses résultats, qu'elle suggère l'existence de Dieu.

Toutefois :

- D'autres causes peuvent constituer une hypothèse au moins aussi plausible pour expliquer certains aspects de la science, que ce soit dans ses principes ou dans ses résultats.

- Certains autres aspects de la science (parfois aussi nombreux voire davantage) suggèrent l'inexistence de Dieu

- En revanche, au moins certaines explications de rechange sont compatibles avec ces aspects qui suggèrent l'inexistence de Dieu.

Voici donc quelques pages/sites web qui présentent ces explications de rechange, montrent leur portée, exposent les éléments qui suggèrent l'inexistence de Dieu, etc. si bien qu'au final, c'est plutôt l'inexistence de Dieu (au moins tel que le conçoivent généralement les catholiques romains) qui est suggérée par la science :

- http://www.sceptiques.qc.ca/SD/design.html

- http://atheisme.free.fr/Repondre/index.html

- http://www.talkorigins.org/indexcc/list.html (en anglais mais super complet !)

Tu dis aussi :

"C'est logique et admissible par la raison : car si Dieu est bien le Créateur de ce monde, si ce monde vient bien de Lui, alors l'étude de ce monde, même dans sa matéralité la plus matérielle, que ce soit au microscope ou à la lunette astronomique, peut me dire quelque chose de Lui, au même titre que la toile de la Joconde peut me dire quelque chose de son génial auteur, Léonard de Vinci."

Le problème c'est que notre expérience nous a bien montré que les toiles étaient peintes par des peintres, comment elles sont peintes et pour quels motifs. Donc au vu de la Joconde, il est normal d'en inférer l'existence d'un auteur et ses caractéristiques. C'est de la remobilisation, pour un cas particulier, d'une connaissance préalable.

Mais en ce qui concerne l'univers en son entier, on n'a pas cette connaissance préalable. On l'aurait si on avait pu observer d'autres univers et leurs dieux respectifs en train de les former. A ce moment là, oui, on pourrait légitimement inférer l'existence d'un Dieu à l'origine de notre univers et se prononcer valablement quant à ses caractéristiques.

Sur le raisonnement abductif (celui que tu utilises), je t'invite à lire cette référence :

http://www.callisto.si.usherb.ca:8080/mblais/lsh111/ch7abduction/ch7abduction.html

Il y est expliqué la définition de l'abduction :

"L'abduction est une forme d'inférence logique où l'on cherche à trouver une règle telle que, si le fait à expliquer était un cas particulier de cette règle, ce fait ne serait plus surprenant; l'abduction amplifie les connaissances en créant une hypothèse (mais au prix de la faillibilité)"

Ainsi que la différence entre 4 types d'abductions :

- L'abduction sous-codée : est quasi automatiquement suggérée par le contexte et l'ensemble des connaissances actuelles.

- L'aduction sur-codée : est choisie comme la plus prometteuse parmi un ensemble préexistant d'hypothèses jugées applicables au cas étudié.

- L'abduction créatrice : est inventée de toutes pièces, et qui nécessite donc une méta-abduction.

- La méta-abduction : est la vérification de la cohérence d'une abduction avec la vision globale actuelle du monde réel.

Le type d'abduction, dans le cas de la Joconde, est sous-codée, alors que dans le cas de l'inférence du monde à Dieu, elle est créatrice.

"Dans l'abduction créative, la règle ou l'hypothèse doit être inventée de toutes pièces. L'expérience antérieure et les connaissances acquises sont insuffisantes pour suggérer une explicaition. Le passé, dans ce cas, n'est pas une source d'inspiration immédiatement utile.

Exemple 7.5

Lorsque l'astronome Copernic (1473-1543), insatisfait du système géocentrique plus que millénaire hérité de Ptolémée (fait surprenant), inventa une nouvelle représentation héliocentrique du mouvement des planètes (abduction créative), il ne pouvait se fier à aucune hypothèse surcodée ou sous-codée existante. Il a ainsi été l'instigateur d'une révolution scientifique majeure.

L'abduction créative, contrairement aux abductions surcodées et sous-codées, n'est pas nécessairement compatible avec l'image totale de l'univers acceptée jusque-là: l'abduction créative n'est pas nécessairement “raisonnable,” c'est-à-dire en conformité avec les schèmes de pensée actuels.

Les abductions surcodées et sous-codées, provenant de la sagesse populaire ou spécialisée, ont déjà fait leurs preuves ailleurs et sont alors raisonnables et acceptables, bien que rien ne garantisse leur véracité dans de nouveaux cas.

L'abduction créative peut aussi répondre, au moins en partie, à des critères esthétiques; c'est d'ailleurs le cas pour Copernic, et aussi pour plusieurs autres créateurs insatisfaits des façons de voir antérieures, jugées inélégantes ou fausses.

N'étant pas encore éprouvée, l'abduction créative nécessite l'application de la méta-abduction.

(...)

La méta-abduction est le processus par lequel on cherche à vérifier si le monde possible dépeint au moyen de l'abduction créative est identique au monde réel observable: dit autrement, on cherche à voir si l'hypothèse est conforme au monde.

L'étape méta-abductive n'est pas obligatoire pour les abductions surcodées et sous-codées, bien qu'elle soit souvent souhaitable pour les raisons indiquées plus haut. Mais elle l'est absolument pour les abductions créatives, qui ne sont pas balisées par l'expérience antérieure. Les abductions surcodées et sous-codées sont précisément codées à cause de leur succès antérieur expérimenté: elles ont déjà subi l'épreuve de la méta-abduction. L'originalité de l'abduction créative ne suffit pas pour son acceptation: la confrontation aux faits est nécessaire pour en vérifier la fécondité.

Les abductions créatives et les méta-abductions associées sont à la fois stimulantes et subversives. Stimulantes, car elles suggèrent de nouvelles façons de concevoir un ensemble de données. Subversives, car elles peuvent avoir des répercussions profondes. Le cas de Copernic est typique; en déplaçant la Terre du centre de l'univers, il ouvrit la voie aux travaux de Kepler et puis de Newton (1642-1727), et donc aussi à la science expérimentale moderne et la révolution industrielle qui s'ensuivit. De plus, le décentrement de la terre amena une modification profonde dans la façon de concevoir la place de l'humain dans l'univers."

 

Malheureusement, l'hypothèse Dieu ne peut pas passer par l'étape de méta-abduction, cette hypothèse étant invérifiable. Par conséquent, on ne peut pas la retenir à la suite d'un processus d'abduction.

Amicalement,

Miky

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ti'hamo 04/09/2006 13:33

Bon, le premier article cité étant en fin de compte auto-contradictoire ou en tout cas pas convaincant du tout, voyons le deuxième :
il est intéressant à plus d'un titre.
- d'une part, il réfute des erreurs de raisonnement avancées par des coryants. (parfois, il propose en réponse une autre erreur de raisonnement, ce qui est un peu gênant, mais ce n'est pas la règle générale.)
- il tient un raisonnement qui correspond tout à fait à l'enseignement et la pensée de l'église catholique (et peut-être d'autres, il faudra préciser) : 
"Trouvez-vous normal que les croyants se sentent "obligés" d'avoir une morale et qu'une injonction divine leur soit nécessaire ? La morale ne devrait être motivée que par le respect des autres et le souci de préserver les intérêts et l'harmonie de la société. Une morale fondée sur une "prescription divine" n'est pas une vraie morale, c'est plutôt la crainte d'une sanction ou l'espérance d'un gain. Ce n'est qu'une forme d'égoïsme et d'irresponsabilité."
---> C'est ce que j'ai appris au catéchisme, effectivement (ahnon, pas le nouveau tout mignon avec des coloriages : il m'a été dispensé par des fidèles de la fraternité st pie X - des "intégristes", quoi.)
----> Il y a là un a-priori qui est bien loin de nier l'existence de dieu (quoiqu'il ne le prouve pas non plus), et qui en tout cas présuppose que la science seule et les faits mesurables et prouvables seuls ne suffisent certes pas à trouver la réponse : "La morale ne devrait être motivée que par le respect des autres et le souci de préserver les intérêts et l'harmonie de la société. ", comme d'ailleurs "La morale n'est pas une obligation, c'est une nécessité pour que la société soit vivable."   et le simple fait que ces athées essayent de justifier qu'ils puissent avoir "une morale" sans dieu :
car rien de scientifique ni scientifiquement nécessaire dans la morale.   Reconnaître la nécessité de "respecter les autres", c'est postuler dans l'humain autre chose que les lois de la nature biologique observable. (j'espère que personne ne va croire répondre en évoquant un "respect des autres", au sens où nous entendons ce terme, chez les animaux.)
Le simple fait d'estimer la morale nécessaire, et typique de l'être humain, c'est reconnaître qu'il a en lui autre chose que les simples lois biologiques observables et mesurables.  Ce qui ne prouve toujours pas l'existence d'un dieu, nous sommes d'accord - mais c'est amusant et intéressant de trouver, dans ces défenses de l'athéisme, une...profession de foi !  et l'aveu d'une croyance extra-scientifique.
(ce qui tendrait à faire supposer qu'il n'y a pas d'incroyant, et que chacun, d'une manière ou d'une autre, a son dieu ou son idole....même les athées.)
 
Une autre citation de ce site fort intéressante à creuser :
 "Un dieu peut pardonner, effacer, compenser; mais si Dieu n'existe pas, les fautes de l'homme sont inexpiables."(Simone de Beauvoir / 1908-1986 / Pour une morale de l'ambiguïté)"
Or justement, c'est bien là tout le problème. Ne serait-ce pas là la source de pas mal des mépris, souffrances et désespoirs observés dans un monde - qui pourtant se dit tolérant et ouvert ?

ti'hamo 04/09/2006 13:06

Pour cet article : http://www.sceptiques.qc.ca/SD/design.html
- cet article présente comme signes que, a priori, dieu plutôt n'est pas :
----> le fait que l'univers est trop complexe, imparfait, et que l'on pourrait faire mieux
-----> le fait qu'il existe des tares, des monstruosités de la nature,
C'est tomber exactement dans ce qu'ils prétendaient réfuter.   En effet : les qualifications d'"imparfait", "tares", "monstres",...sont des qualifications subjectives ; ou en tout cas qui renvoient à une idée de la perfection autre que tout ce qui est observable.    D'où leur vient cette idée de perfection tellement extérieure à l'Univers qu'elle premet de qualifier l'Univers entier d'imparfait ?  Imparfait en référence à quoi ??     Et ce que nous appelons "tares" et "monstres", n'est-ce pas, scientifiquement, tout simplement, des cas plus exceptionnels que d'autres, qui sortent plus ou moins de notre expérience courante et donc nous marquent plus particulièrement ?
S'il n'y a ni dieu ni bien ni mal, alors comment peut-on prétendre prendre comme signe que dieu n'existe pas, l'existence d'une tumeur dans le cerveau de sa voisine de palier ?  (faut lire l'article) Le simple fait de penser à des choses comme étant "bonnes" et d'autres comme "mauvaises", l'utilisation de ce critère (et eux-même l'ont fait remarqué plus tôt dans l'article !), est déjà en lui-même la supposition d'un "bien" et d'un "mal" qui ne découle pas des lois observables de la nature et de l'univers.
D'autre part, si l'univers est "trop compliqué" et que l'on "aurait pu faire mieux", n'est-ce pas juste que nous en avons une connaissance limitée ?
On sait que au cours de l'histoire des sciences, des lois multiples découvertes empiriquement se retrouvent unifiées par une loi plus fondamentale dont elles découlent.      Si nous n'avons pas instantanément la connaissance des lois (ou de la loi unifiant toutes les autres ? un peu le graal des physiciens, je crois...) qui régissent l'univers ainsi que de toutes les données nécessaires sur toutes les particules et interactions à dans l'univers, alors il nous semblera un peu trop complexe,...   ....mais justement, se demander pourquoi l'univers est si complexe, c'est juste un signe des limites de notre intelligence qui ne peut appréhender tout l'univers, tout l'espace et tout le temps, d'un coup.   Rien à voir avec Dieu, si on est rigoureux et honnête.
 
Mais peut-être les autres articles cités, au moins, seront  valables et non auto-contradictoires ? bon, on va voir...   :-)

Matthieu 03/09/2006 13:08

Le Créationnisme est-il un délit? La question est posée par Patrice de Plunkett sur son Blog.
http://plunkett.hautetfort.com/archive/2006/09/02/le-creationnisme-est-il-un-delit.html#more

tyler 24/07/2006 00:51

merci mathieu ;-)

Matthieu 23/07/2006 14:25

Le Tyler est susceptible... Mais le Tyler a de l'humour... Alors le Tyler est pardonné...