Les invariants anthropologiques sont-ils moraux ?

Publié le par Miky

« Le fait que les individus prennent davantage soin de leurs proches parents a pu être une chose utile au cours de l’évolution de notre espèce. Mais il semble plus problématique d’affirmer que cette tendance est intrinsèquement bonne : poussé à son extrême, un tel comportement peut aussi entériner diverses formes d’égoïsme, voire de xénophobie. Préférer en toutes circonstances ses proches parents en vertu d’une sorte d’"impératif génétique" n’est pas toujours défendable, loin s’en faut. Il en est de même s’agissant de l’interdiction de l’inceste : s’il semble exister des tendances innées à la réprobation de l’inceste, sont-elles pour autant justes ou bonnes d’un point de vue éthique ? Bien évidemment, dans certaines situations, l’inceste est condamnable (par exemple lorsqu’il est assorti du viol). Pour autant, l’inceste entre deux individus totalement consentants est-il immoral ? Il s’agit après tout d’une situation dans laquelle personne ne souffre et où il est bien délicat de dire qui est "victime". On pourrait du reste étendre ce raisonnement à d’autres comportements qui semblent universels (quoique de manière polémique), mais dont le caractère moral pose problème : si l’on parvenait à montrer leur enracinement biologique universel, la polygamie, l’agressivité ou la xénophobie seraient-elles pour autant morales ? Loin de pouvoir légitimement s’appuyer sur une hypothétique morale "naturelle", le discours éthique doit au contraire prendre en considération le fait que nous ne vivons plus dans le même environnement que nos lointains ancêtres. »

Jérôme Ravat, Relativismes, universalisme et réalisme en morale. Approches naturalistes (p. 77-89)

Le texte intégral de ce document a été publié en ligne le 18 avril 2008.

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