Profession de foi d'un agnostique

Publié le par Miky

Ce qui suit est un petit texte que j'ai lu à l'occasion de mes fiançailles. Pour bien en comprendre la pertinence, il me faut en resituer plus précisément le contexte : ma fiancée est une fervente catholique (pas dans la droite ligne vaticane, fort heureusement ! mais plus fervente que beaucoup de catholiques qui ne pratiquent guère que par habitude...) et elle tenait à ce que nos fiançailles soient célébrées par un prêtre et à l'Eglise. Evidemment, moi qui suis agnostique et plus encore anticlérical, je ne voyais pas trop cette idée d'un bon oeil... D'un autre côté, je ne pouvais pas et ne voulait pas la brimer dans l'expression de ses convictions. Que faire ? Il ne me suffisait pas d'avoir l'assurance que je n'aurais pas besoin de prendre d'ostie, de m'incliner, de prier, de réciter un credo ou de lire un passage biblique, car j'aurais pu passer juste pour un tiède, un indifférent, un indécis, etc. ce que je ne suis pas. J'avais les plus grandes craintes de voir mon identité bafouée, incomprise et brimée. Je ne pouvais donc pas me contenter d'être passif. Il me fallait être actif, affirmer mon identité et le sens de ma démarche par rapport à celle de ma fiancée. J'ai donc rédigé ce texte, afin de clairement exprimer mes convictions et éviter tout contresens. C'était à prendre ou à laisser. Après quelques négociations, mon texte fut accepté par ma tendre et chère. Le prêtre ne s'y opposa pas explicitement, malgré une certaine gène. Mais il ne pouvait tout de même pas me refuser le droit et la liberté d'être qui je suis : un mécréant qui n'était là que par amour pour sa fiancée et respect de sa liberté de croire. Ce fut donc ma petite "revanche" : j'eus le plaisir de lire un texte exprimant le doute méthodique, le libéralisme éthique, et l'autonomie de la science, en ce lieu qui dépend d'une Eglise dont les plus hautes autorités (le pape en particulier) s'inscrivent dans la défense d'une certaine certitude prétentieuse, de l'autoritarisme moral et de la science asservie à la théologie...

 

 

Profession de foi d’un agnostique

 

 

 

Par Mikaël [...]

 

 

 

 

 

 

I – DIEU

 

 

 

 

 

 

1. Je ne crois pas que Dieu existe, mais je ne crois pas non plus à son inexistence. Je crois que je ne sais pas et que personne ne peut connaître ce qui dépasse l’entendement et les sens. Je crois que Dieu est plus à venir que déjà là de tout temps. C’est aux Hommes de le créer, de le façonner, de lui donner vie et substance. C’est l’esprit d’un corps dont nous sommes les cellules, encore trop égoïstes et dispersées, pour former un tout harmonieux et développé. Je ne sais pas si Dieu existe, mais s’il n’existe pas, alors il faut l’inventer.

 

 

 

 

 

 

2. Je crois qu’en cette vie, il faut se garder de trop spéculer sur ce que notre esprit ne peut appréhender, et s’appliquer à construire notre espérance dans l’immanence. Naître et renoncer à Connaître, vivre et renoncer à Survivre, mourir sans renoncer au sourire.

 

 

 

 

 

 

3. Je ne crois pas en une Morale austère et ex cathedra, dont le seul fondement serait une tradition millénaire et une infaillibilité auto-proclamée. Je ne crois pas davantage à une licence des mœurs où tout serait permis, sans égard pour personne, ni même pour soi. Je crois au Bonheur universel et à la Liberté de chacun de le construire comme il l’entend. Je crois que la Morale consiste à favoriser et à développer la Liberté pour chacun dans le respect de la Liberté de tous.

 

 

 

 

 

 

II – LE MONDE

 

 

 

 

 

 

4. Je crois en la Raison , ce don de la Nature. Comme nos viscères, elle sert à notre vie, mais il faut connaître ses limites. Que le Réel s’arrête à elle, est peut-être un mythe. Il est possible que le possible dépasse l’imaginable. Le simple et le régulier sont garants d’efficacité, non pas de Vérité.

 

 

 

 

 

 

5. Je crois en l’Expérience, et à l’appel des sens, que nous devons savoir maîtriser, sans pour autant le réprimer. Comme la Raison son alliée, l’Empirie semble découler de l’évolution, et par conséquent, il n’y a aucune raison, pour que de l’Absolu elle nous donne la vision.

 

 

 

 

 

 

6. Je crois en la Nature , je crois en la Matière. Je crois que la Beauté peut jaillir d’un coucher de Soleil en mer. Je crois que les Eglises, les Temples et les Cathédrales, sont de biens beaux monuments, mais qu’aucun d’eux ne surpasse ni n’égale, ce que l’on contemple au Firmament. Je crois au Sacré, à travers le Profane, à la Transcendance , à travers l’Immanence.

 

 

 

 

 

 

III – L’HOMME

 

 

 

 

 

 

7. Je crois que la mort n’est rien pour nous, car ce qu’elle est censée anéantir, l’Ego, n’a jamais véritablement existé. Je crois que notre vie est comme un ruisseau, qui s’écarte provisoirement du fleuve, pour mener une existence individualisée, au terme de laquelle il retourne à sa source, alimentant éventuellement d’autres ruisseaux. Et c’est à la fois la même eau et une eau différente qui s’écoule. Vivre, c’est changer. Ce qui est figé est mort.

 

 

 

 

 

 

8. Je crois que le Présent est Eternel. Le passé est un souvenir présent, le futur une anticipation présente. Je crois que la Vie Eternelle , c’est ici et maintenant. « Si l’on entend par Eternité non la durée infinie mais l’intemporalité, alors il a la Vie Eternelle celui qui vit dans le Présent. Notre vie n’a pas de fin, comme notre champ de vision est sans frontière. » (Wittgenstein, Tractatus Logico-Philosophicus, 6.4311)

 

 

 

 

 

 

9. Je crois en l’Amour. Je crois qu’être, c’est être relié. Je crois que l’Ego est une illusion tenace, qui freine notre ouverture à l’Autre, empêche de se mettre à sa place. C’est pourtant l’altruisme seul qui garantirait notre Immortalité, dans le souvenir, les œuvres, la descendance, toute trace constructive de notre activité. Je crois en la communion des Hommes, manifestation tangible de l’Amour. Elle forme la chair, d’où émerge une conscience supérieure, où nos consciences individuelles, pour leur plus grand Bonheur, viennent fusionner. Je crois en l’Amour et au Salut qu’il nous donne.

 

 

 

 

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ti'hamo 10/02/2007 01:28

je ne voudrais pas paraître gratuitement désagréable, mais...
si tu relis ton introduction, là ; et que juste après et en parallèle tu relis tes propres explications sur "ma dé-conversion, pourquoi j'ai perdu la foi" ; hmmm...disons qu'on voit peut-être là, oui, un point qui expliquerait que le christianisme ne te sieds guère.
Un point qui irait même jusqu'à entrer en contradiction avec ton affirmation suivante que l'Ego est une illusion. Tu ne sembles pas si convaincu que ça par ta "profession de foi".
(parceque si l'ego est une illusion, tu l'entretiens drôlement bien) (à lire cette petite intro, là, moi à la place du prêtre ça aurait juste été la fessée et revenez vous fiancer quand vous aurez grandi, merci.)

A lire tout ça - bon, on y retrouve cette volonté de rechercher la vérité, certes (jeu n°1 : "personne ne détient la vérité absolue" : est-ce une vérité absolue ? ;-),
mais je vois là surtout l'exposition de "dogmes" (ah ben si, si) presque inquiétants, posant une métaphysique de la Raison Suprême et désincarnée, l'aspiration à une humanité idéale, à l'avènement d'une "méta-conscience" (qu'elle soit dieu ou produite par la "communion des humains") dans et de laquelle chacun n'est qu'une cellule, un neurone, dans laquelle tous et chacun viennent se fondre, disparaitre, fusionner.

Et là je vois pourquoi je suis chrétien et pas bouddhiste ni gnostique. (ni communiste, parcequ'on se retrouve là dans le même type de pensée, ne t'en déplaise).
Parceque je suis un humain, que je suis corps et esprit non pas juxtaposés, adjoints, mais les 2 à la fois. Qu'il m'arrive d'aimer, aprécier, détester, agresser, aider,.... les humains, en tant qu'humains, et que je me refuserai toujours à les voir ne serait-ce qu'un instant comme des éléments, des cellules, des organes, des rouages, des fragments d'une Humanité Suprême Idéale adorée ou adulée (on finit toujours par en oublier les humains).

Et on voit mieux, à lire et relire cette page (et j'invite tout le monde à bien la lire et la relire) tout l'abîme qui sépare l'Eglise, ancrée dans l'humain, dans le concret, ayant toujours un discours humain, pour l'humain, et voulant voir dans chaque humain un univers entier, infini (comme un univers fractal dans lequel à chaque niveau on retrouve à nouveau un univers infini)
de ces autres modes de pensée abstraits, déshumanisés, désincarnés, qui ne s'expriment qu'en majuscules de méta-concepts sans chair et sans amour, hautains, aveugles, (pas toi, là, hein, je parle des concepts que tu adoptes comme dieux)
des idoles idéales. qui n'ont que faire de l'être humain.
(et ça peut être le Progrès, la Raison, la Conscience Universelle, le Grand Tout, le Bonheur Universel...)

des espèces de Cthulu aux yeux vides fixés éternellement très loin des humains dans le vide infini, oui ! >:-( très peu pour moi, merci bien.

(accessoirement, j'aimerais savoir comment on pose et construit une morale sans fondements qui refuse tout principe moral tout en refusant l'absence de tout principe moral, tout en ne faisant la morale à personne, sauf à ceux qui en trop (de morale) et à ceux qui n'en ont pas assez (de morale aussi), selon des critères propres à chacun qui soient les mêmes pour tous.... ??? j'ai jamais trop eu de patience pour les casse-tête...)

Miky 11/12/2006 23:17

Désolé, je publie tous les commentaires, je m'en fais même un point d'honneur ;-)

Julien (Mickey) 11/12/2006 14:39

Oui exquze moi, ont peu pa et completemant malônnete qu'en on repent les gen sur l'heure ortograf et vocabulère, on ma dy ossi ke tu été spéssialiste en mathier de skisofrénie et tu la probablemen devinai, j'en suit un, tu voeux pas mon avi sur la kestion, N.O.M plus ?(Excuse moi c'était facile mais rigolo, te sens pas obligé de publier...)

Miky 11/12/2006 00:23

Je crois qu'une petite précision terminologique s'impose : un athée est quelqu'un qui ne croit pas en Dieu, pas quelqu'un pour qui la question de la religion ne lui fait ni chaud ni froid. Ca ça s'appelle un indifférent. Je ne fais pas de prosélytisme athée sur mon blog, puisqu'au contraire j'affirme à plusieurs reprises que l'existence d'une divinité est possible et qu'on peut y croire, même si personnellement je suis sceptique. Mon seul combat est clairement explicité dans l'en-tête du blog.

Julien 11/12/2006 00:07

Je vais pas te faire de long discours, d'ailleurs j'ai pas lu tout les commentaires parce que ca me fait pas plaisir de voir tout ces gens se donner autant de mal à prêcher un convaincu qui ne veut pas l'admettre. C'est justement là le problème tu te dis athée ou agnostique mais si c'était vraiment le cas tu te serais marier sans faire d'histoire pour faire plaisir à ta femme, parce que ca te passerait au-dessus. Tu fais du prosélitisme athée dans tes articles alors que tu tiens du gnostique, tu fais exactement comme ceux que tu combats sauf que eux ils croient en ce qu'ils disent. Qui est le plus malhonnête ?