Mon témoignage de déconversion ou comment j'ai perdu la Foi

Publié le par Miky

En réponse, notamment, à une très ancienne demande de Matthieu, je vous livre enfin (sous un titre volontairement mais gentiment un tantinet provocateur), quelques éléments un peu plus autobiographiques, relativement à ma perte de la Foi, qui fut à une époque l'acquisition d'une Foi nouvelle, négative. De même que certains font parfois, dit-on, l'expérience de la présence de Dieu, je fis en quelque sorte, pour ma part, l'expérience de son absence. Comme toutes les expériences subjectives, elle vaut ce qu'elle vaut, c'est-à-dire pas grand'chose, mais elle fut le déclencheur d'une reconceptualisation de l'ensemble du réel d'où Dieu était exclu. Avec du recul, je prend conscience de la relativité intrinsèque de toute vision métaphysique du monde, et me suis sagement installé dans un agnosticisme teinté de panthéisme, d'humanisme et de rationalisme. Je reste cependant athée, mais en un sens étroit du terme : Je ne crois pas en un être absolu et anthropomorphique, doué de volonté propre, cause efficiente du monde, et qui interagirait avec lui par des miracles et des prières. Si un tel être existait toutefois, je considère comme définitivement exclu qu'il puisse être à la fois tout-puissant, omniscient et infiniment bon.

Je suis né en 1978 d'une mère protestante croyante et moyennement pratiquante, et d'un père catholique croyant mais peu pratiquant, ayant néanmoins fait le catéchisme, la communion, etc. A son mariage, il s'est converti au protestantisme dont il appréciait l'ouverture d'esprit et la simplicité. Ses idées religieuses, toutefois, ne sont pas très conventionnelles. Il se qualifie lui-même de "libre-penseur chrétien", ce qui devrait résumer à peu près ses positions.

Tout petit j'ai donc été immergé dans cette ambiance religieuse riche et assez contrastée : ma mère a toujours eu des idées plus traditionnelles en matière de morale, tandis que mon père est plus humaniste.

Période protestant traditionnaliste (vers 10-14 ans) :

Vers mes 10 ans, j'ai commencé le catéchisme protestant et à 14 ans j'ai fait ma confirmation. Je garde un bon souvenir de cette période sur un plan religieux. J'embrassais alors pleinement la Foi de ma mère. Je pense que l'on peut dire que j'étais véritablement un "pieux protestant". Ma mère me le disait parfois et m'en complimentait. J'étais limite intransigeant parfois. Me refusant par exemple à sortir avec les filles car je considérais que c'était une faiblesse, du conformisme, de la nian-nianterie, que c'était sale, malsain, inconvenant, immoral.

Période protestant libéral (vers 14-18 ans) :

Pendant au moins 3 ou 4 ans encore, j'ai continué d'être un vrai protestant très croyant. Je cherchais même des arguments pour convaincre mes petits camarades peu ou pas croyants que Dieu existait et qu'il y avait une vie après la mort. Je me suis cependant assoupli au niveau de la morale et de la Foi. J'acceptais (avec quelques hésitations) mon attirance pour les filles, et j'admettais que le protestantisme n'était peut-être pas le détenteur de la Vérité Vraie avec un grand V. Je m'ouvris à d'autres façons de penser : catholicisme, évangélisme, mormonisme, athéisme, spiritisme (la théorie, pas la pratique), etc. J'ai eu la chance d'avoir autour de moi des gens de toutes ces religions ou philosophies ou de lire des ouvrages en parlant. A cette période, j'étais en pleine effervescence spirituelle. Je voulais découvrir et connaître les diverses religions, pour m'enrichir spirituellement. Je voulais les comparer entre elles et en évaluer la pertinence avec mon esprit critique naissant.

Période agnostico-déiste (vers 18-20 ans) :

Puis ce fut l'époque des doutes. De "ma religion n'est pas la seule vraie" je suis passé à "y en a-t-il une seule qui est vraie ?". Je me suis mis à relativiser le fait religieux. S'il y avait qqch de vrai dans toutes les religions, ce devait être ce qui est commun à toutes : le "divin" et l'immortalité de l'âme. Il devait y avoir moyen de retrouver cela en se basant exclusivement sur la raison et l'expérience. Je suis devenu déiste.

Perte de la Foi (20-21 ans) :

Le doute s'installa plus fortement suite à une accumulation répétée de "râteaux" avec des filles qui me plaisaient. Je priais Dieu pour que telle ou telle fille soit sensible à mon charme et accepte - non pas de m'aimer car on ne peut forcer l'amour - mais au moins de sortir avec moi pour qu'elle se rende compte du gars bien que je pensais être derrière ma carapace de timidité et de désespoir. Mes prières ne furent malheureusement pas entendue. Je me mis à sombrer dans un désespoir profond. Qui plus est, mes études (biologie) m'angoissaient énormément, car elles paraissaient réduire les plus hautes sphères de la spiritualité, de la liberté et de l'amour humain à un mécanisme physico-chimique déterministe. En même temps, elles commençaient à me faire ouvrir les yeux d'une autre  manière sur la religion : et si tout cela n'était qu'une vaste fumisterie ? si tous les soi-disants mystiques n'étaient que des victimes de troubles mentaux ? Ma Foi ne tenait plus qu'à un fil. Je priais Dieu pour qu'il me l'affermisse, qu'il m'apporte une preuve de son existence et de son amour, mais c'était le silence total... En même temps, je pris conscience de la souffrance du monde, d'autrui, de la maladie, du chomage, de la vieillesse, de la mort... Tout cela était une preuve accablante que j'avais eu tort jusque là. Il me fallait désormais une preuve absolue, que même les plus radicaux des sceptiques n'auraient pu révoquer en doute. Je me mis alors à rechercher, tel Descartes, un fondement absolu en moi-même, quelque chose d'indubitable, sur lequel j'aurais pu fonder nécessairement ma Foi. Mes efforts furent vains.
Je n'ai pas tout de suite nié catégoriquement l'existence de Dieu. J'ai d'abord considéré qu'il y avait sans doute, puis seulement peut-être, une certaine forme de puissance supérieure, mais froide et indifférente, voire maléfique.

Période athée militant (vers 21-25 ans) :

Alors, à 21 ans, dans un utlime élan de rage, je décidai de lancer un ultimatum au "Bon Dieu". Il y avait à cette époque une jeune fille qui me fascinait. Je m'apprétais à tenter une approche. Je me suis dit, et ai dit à "Dieu" : "Si tu existes et que tu m'aimes, fais en sorte qu'elle accepte de sortir avec moi, sinon je te renierai." Cela peut paraître sacrilège, mais il faut comprendre dans quel état de désespoir psychologique j'étais. Je venais en plus de rater de peu mes examens de juin de licence, et j'étais en pleine remise en question au sujet de mon orientation première. Dieu n'a pas eu la miséricorde de soutenir son enfant. Je l'ai donc rayé de ma vie.

Ensuite, en poursuivant mes études (finalement, je me suis orienté ensuite vers les sciences cognitives), mon esprit critique s'est davantage aiguisé. J'ai également fait connaissance du mouvement sceptique et zététique, de divers organismes de libre-penseurs, d'athées, d'humanistes, d'agnostiques. J'avais trouvé tout cela d'abord assez intriguant et inquiétant, mais finalement, je suis devenu "plus royaliste que le roi" comme on dit, cherchant à "ouvrir les yeux" des croyants en démontant rationnellement leurs croyances. Je suis devenu très anti-clérical et anti-religions. Pour moi, Dieu n'était que le Père Noël des adultes, et la religion, l'opium du peuple.

Période agnostique "mystique" (depuis mes 25 ans jusqu'à aujourd'hui)  :

Puis je me suis calmé. Le fait de me lancer dans un doctorat en philosophie, d'avoir une première expérience sexuelle avec une amie, puis de rencontrer celle qui allait devenir mon épouse y fût pour quelque chose je pense. J'étais plus serein, alors que je revenais des bas-fonds. Et le développement poursuivi de mon esprit critique eu paradoxalement pour effet de me faire considérer avec plus de réserve certaines de mes anciennes critiques contre la religion. Je me rendis compte aussi que la croyance était quelque chose qui aidait certaines personnes, et que casser gratuitement leurs croyances sans proposer autre chose à la place n'était pas une attitude très morale. Enfin, je découvris avec plaisir l'existence de chrétiens humanistes, libéraux, ni opposés à la contraception, ni opposés au mariage des prêtres ou à l'ordination de femmes, ouverts à la laïcité, à la libre-pensée, au doute, etc., ne voyant pas forcément la main du diable dans tout ce qui sort de la norme en matière notamment de sexualité.

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Aditi 09/05/2008 06:24

Joli parcours même si la souffrance y est très présente. La vie même nous conduit sur ses chemins. Qui est Dieu? mais surtout QUI suis-je pour LUI?M'aime-t-il ou non... ces questions récurantes qui nous poussent à faire des choix. Bonne journée pleine de Lumière...Aditi

Sabera 28/01/2008 21:21

Bonjour !votre blog est tres interressant, il ma permis de beaucoup apprendre bien que je n'ai pas encore tout lu. Vous ecrivez de maniere persuasive, on sent que vos propos ont étés refléchis et non lancés au hasard dans la nature, c'est pourquoi il est agréable de les lire, bien que je sois tres croyante.Aussi, pouvez vous m'aider a traiter ce sujet de métaphysique : "credo quia absurdum" ou "je crois parceque c'est absurde" ?Je crois qu'il est en rapport direct avec nombreux articles de votre blog. Votre aide m'apporterais beaucoup.je vous remercie d'avance, bne continuation.

ti'hamo 17/02/2007 16:33

ah ouiche mais sauf que...  là ça va me poser problème.  (ou enfin disons plutôt que c'est déjà celui qui se pose à moi) :  - les lois logiques, elles existent. soit. on les reconnait pour telles. à partir du moment où on raisonne, on finit par tomber dessus. - les lois morales...est-ce qu'il existe "une morale" comme il existe "une logique",  et de même qu'un discours qui ne suivrait pas les lois logiques n'aurait pas de sens, une conduite qui ne suivrait pas les lois morales n'aurait pas de sens ?              Sauf que, la logique, c'est la logique.  La morale, c'est quoi?   On ne retrouve pas la même d'un pays à un autre, d'une culture à une autre, d'une époque à une autre.  Le raisonnement logique est applicable quelle que soit l'époque, le lieu....et le jugement moral ?  à quelle morale se référer ?  Car s'il existe "des lois morales" comme il existe "une logique",  alors on doit bien pouvoir les reconnaitre...mais comment?   quelles sont-elles ?             Les lois logiques, on tombe dessus dès qu'on se met à raisonner  ;  les lois morales....je veux bien qu'on finisse par sentir qu'il en faut...mais on ne tombe pas dessus de façon aussi évidente.           Et alors que La Logique s'impose à nous,   la morale nous la choisissons.   ça me semble plus un plan de route établi qu'un passage obligé.           Personnellement, s'il n'y a rien, s'il y a juste des amas d'atomes soumis aux fluctuations du hasard,  alors, la morale, rien à faire.  vraiment.  car dans ce cas ce serait plus un frein, un poids  inutile que quoi que ce soit d'autre.    Justement,  s'il n'y a pas Dieu,  il y aura juste des lois logiques et des lois biologiques.   Que, animal à gros cerveau à puissance de calcul relativement développée (par rapport aux poissons rouges, apr exemple),  je pourrrais utiliser selon mon bon plaisir.  ou mon intérêt.    Où donc une morale et pourquoi ?       Ce n'est pas que j'aie besoin d'un dieu pour expliquer la morale  ;  c'est que j'ai besoin d'une morale uniquement à partir du moment où je me dis qu'il y a Dieu.   (dans le sens où s'il n'y a nulle part où aller, il n'y a effectivement pas besoin de carte.)

Miky 16/02/2007 14:30

Chers commentateurs,
Merci pour votre passage (ti'hamo, heureux de te revoir ici). Je n'ai pas beaucoup de temps pour répondre à vos commentaires, mais je vais quand même esquisser quelques éléments de réponse.
Certes, des parents n'ont pas a exaucer tous les désirs de leurs enfants, toutefois on peut s'attendre à ce que de bons parents, à qui leur enfant demanderait le "pourquoi" de tel ou tel refus ne pourraient pas leur refuser quelques mots d'explications. De plus, les parents d'un enfant ne se cachent pas, ne le laissent pas dans le doute quant à leur existence.
La comparaison avec Hitler ne tient pas non plus. Ce que je "reproche" à Dieu, ce n'est pas de ne pas exaucer n'importe quel désir, mais de ne pas exaucer les souhaits conformes à la morale (et demander une explication pour un souhait non exaucé est conforme à la morale).
Enfin, que je crois en une dualité bien/mal ne m'oblige absolument pas à croire en Dieu. Pourquoi la morale ne se fonderait pas toute seule ? Pourquoi faudrait-il un Dieu ? Qu'est-ce qui fonderait ce Dieu ? Selon moi, il n'y a pas plus besoin de supposer Dieu pour expliquer l'existence de lois morales qu'il n'y a besoin de le supposer pour expliquer l'existence de lois logiques. Maintenant, que si Dieu existe, ce soit lui qui fonde en effet les lois logiques et morales, c'est un autre problème... Ce que je dis juste, c'est que l'on ne peut inférer Dieu du constat de l'existence de telles, car elles ne sont des "lois" qu'en un sens métaphoriques. Elles n'ont pas besoin d'être instituées pour exister. Je préfèrerais parler de caractéristiques générales de la réalité qui se trouvent être telles ou telles.

salve-regina 14/02/2007 12:17

Bonjour,tombant par hasard sur votre blog et le parcourant un peu, je tombe sur cet article où vous nous racontez la perte de votre Foi.Que vous rejetiez votre Foi, vous êtes une créature libre donc... mais que vous imputiez à Dieu les déconvenues sentimentales subies, cela me semble un peu gros. Pour un esprit qui veut fonder sa doctrine sur la raison, je trouve cela bien loin de vos convictions.La Foi n'est pas histoire de sentiments ou de sensibleries. Dieu n'exauce pas toutes les prières des hommes. Que diriez vous si un hitler avait été écouté par Dieu lorsqu'il demandait la victoire de l'Allemagne. Certes vous n'êtes pas hitler, mais comprenons bien que la prière n'est pas un acte magique qui produit l'effet demandé. La prière est l'acte par lequel on se tourne vers le créateur en lui demandant, un peu à la manière d'un Louis XI, Mon Dieu que votre volonté soit faite, et si possible un peu la mienne.Ce n'est pas parce que l'on n'est pas excaucé que l'on n'est pas écouté. Un enfant demande bien des choses à ses parents, obtient-il tout ce qu'il demande???Bien sûr, ici, je pars du principe que l'on croit en Dieu.  Mais cela est une autre discussion, peut être une prochaine fois, si le coeur vous en dit.