L'athéisme contemporain selon Bertrand Vergely

Publié le par Miky

Aujourd'hui, je vous propose un petit compte-rendu d'une journée d'étude à laquelle j'ai assisté, et qui concernait la question de l'athéisme contemporain. La journée d'étude était organisée par l'Institut des Sciences Religieuses de Nancy. Un philosophe chrétien, Bertrand Vergely, en constituait le pivot. Un prêtre apporta également sa contribution au début de la journée. Bref, je me doutais bien que le climat général allait être plutôt en défaveur des mes convictions et que j'allais certainement me retrouver en drastique minorité (ce qui fut le cas puisque, à ma connaissance, je fus le seul incroyant à être de la partie). C'est donc en toute connaissance de cause, animé d'un certain goût du défi et de curiosité, que je m'inscrivis à la journée, dans l'intention, non seulement d'apporter mes objections ainsi que mon point de vue personnel sur la question de l'athéisme, mais aussi tout d'abord d'écouter les arguments qui seraient proposés et d'approfondir ma connaissance du point de vue chrétien sur l'athéisme, un sujet qui me tient bien sûr à coeur...

Et je ne fus pas déçu ! Bertrand Vergely est, à plusieurs points de vue, un chrétien comme je les aime. Même s'il contesterait probablement cette appellation, je qualifierais assez volontier sa position d'agnosticisme chrétien, en ce sens qu'il évite les trois habituels travers que je constate souvent chez les catholiques, à savoir : le dogmatisme, l'autoritarisme, le moralisme.

Sa théodicée s'avère également intéressante, d'un strict point de vue intellectuel (bien qu'elle ne me satisfasse pas d'un point de vue éthique), comme vous pourrez le constater dans la partie IV.

 


 

Mikaël Mugneret, « Notes sur Bertrand Vergely, “L'Athéisme contemporain” ». Modifié le 25/02/2007 à 16:27:22

Institut des Sciences Religieuses (Nancy, France)

Journée d'Etude du 21 janvier 2007


L'Athéisme contemporain

 

Animée par Bertrand Vergely (philosophe chrétien)


Notes recueillies, mises en forme et commentées par Mikaël Mugneret


[N.B. : Dans ce qui suit, j'ai mis entre crochets ce qui ne provient pas directement des intervenants. Il peut s'agir : ou bien d'interpolation/extrapolation à partir de ce que j'ai entendu/noté, et susceptible d'aider à la bonne compréhension, ou bien de reformulations personnelles, ou bien de remarques et commentaires personnels (notamment dans la partie IV)]


I) Préface (président de l'Institut des Sciences Religieuses) :


L'athéisme pose une terrible question par rapport à l'intériorité religieuse. « L'Athéisme est une entreprise de longue haleine, je crois l'avoir menée jusqu'au bout (...) » (Jean-Paul Sartre)


II) Introduction : L'athéisme aujourd'hui (Père Yves Ledure).


L'athéisme dans la réalité culturelle d'aujourd'hui. Le militantisme anti-Dieu est-il présent encore aujourd'hui ?


Panorama de la question.


Le terme même d'athéisme renvoit à la question de Dieu. D'une façon ou d'une autre, l'athéisme postule la croyance en Dieu. C'est une réaction contre cette croyance. Spinoza a été le premier à mettre en balance Dieu et la nature. La question de l'athéisme a été centrale durant le siècle des Lumières, qui met l'accent sur l'homme. Mettant l'homme est au centre, le problème de sa relation avec Dieu se pose. Est-ce que Dieu est le rival de l'homme?


À partir du XVIIIème siècle s'est développé (généralement) sur une base athée :

« Si Dieu existe, je ne suis pas » (Jean-Paul Sartre).

Cette alternative est-elle toujours valable ? Ce n'est pas sûr. À partir des Lumières, il y eut un immense renversement de perspectives. Avant, le monde était centré sur le divin. Puis il y eut un apport anthropologique. Dans cet univers anthropologique, la question de Dieu devient marginale. Toutes les sciences humaines s'intéressent à la religion mais comme réalité historique et sociologique.

Dieu est une hypothèse, une croyance, une conjecture. Pour la plupart des philosophes, Dieu n'est plus une question de la culture d'aujourd'hui. Par contre ce qui est central dans les débats de société : c'est la fonction et la place des religions. Comment des sociétés individualistes peuvent s'articuler à des communautés, religieuses ? « Dieu a cessé de manquer à l'homme ».


Pour les croyants, il faut régler la question du silence de Dieu. Plutôt que de parler d'athéisme, il faut parler de la question du silence de Dieu. Il n'y a plus de parole officielle de Dieu dans une société sécularisée comme la nôtre. On va s'intéresser aux textes sacrés en tant que témoignages actuels du passé. On ne cherche pas à savoir quel est l'inspirateur des textes sacrés.


Aujourd'hui, l'interprétation exégétique s'est multipliée :

  • - Jésus de l'histoire : texte historiques que nous avons (Evangiles, apocryphes, Flavius, Josèphe)

  • - Jésus réel : le témoignage des Evangiles correspond déjà à un Jésus de Foi. Nous ne pouvons pas connaître Jésus réel.

  • - Jésus de la Foi : celui des croyants.


Aujourd'hui il n'est question que du Jésus historique. S'il y a silence de Dieu, cependant la religion est une réalité de plus en plus présente et prégnante. Dans une perspective anthropologique, la question de Dieu est absente mais la question des religions se pose.

On vit dans une société sécularisée, c'est-à-dire qui vit en dehors de toutes représentations ou valeurs religieuses. Elle prend ses valeurs ailleurs, notamment à travers un certain consensus politique. On a cru que la sécularisation entraînait la fin des religions. Or malgré la sécularisation, il demeure dans cette société des communautés religieuses et des croyants. La sécularisation reste interpelée par les communautés religieuses. Par conséquent, elle ne peut pas être un modèle de Société. D'un autre côté, les croyants qui vivent dans une société sécularisée sont interpelés par la sécularisation. Lorsque l'on parle aujourd'hui du retour du religieux, c'est de cela que l'on parle : de la prise de conscience que dans une Société sécularisée, le fait religieux demeure. La religion n'est pas rejetée, il faut donc l'articuler à la société qui est la nôtre, d'où l'émergence de la notion de laïcité qui est un effort d'une Société pour intégrer les sociétés chrétiennes qui demeurent.


« Dieu a cessé de nous manquer » (André Comte-Sponville, L'Esprit de l'athéisme) : L'ouvrage d'André Comte-Sponville est une réflexion prudente et respectueuse du fait religieux, à la différence de l'athéisme de Michel Onfray. L'athéisme de Comte-Sponville correspond à l'attitude athée la plus courante. Elle se pose la question : Comment vivre sans religion ?


« Le déclin de la religion se paie en difficultés d'être soi-même » (Marcel Gauchet, Désenchantement du monde). C'est ça notre réalité d'aujourd'hui. Pour André Comte-Sponville : l'absence de religion inclut l'existence d'une vie spirituelle pour soi-même, à construire.


III) La mort de Dieu (Bertrand Vergely) :


La question de la mort de Dieu ne concerne pas tout à fait celle du silence de Dieu, ni tout à fait celle de l'athéisme. L'insensé s'écrit devant des athées : « Dieu est mort. Ne savez-vous donc pas que Dieu est mort? Nous l'avons tous tué. » (Nietzsche, Le Gai Savoir). Pour nous, la signification de la mort de Dieu est la suivante : le temps de Dieu est fini. Les sociétés occidentales ont connues le temps de la religion. Maiontenant il n'y a plus besoin du Christianisme. Le Christianisme a joué son rôle politique. Il a apporté une chose : la sortie de l'Eglise et la nasissance de l'individu. Devons-nous déplorer la mort de Dieu ou nous en réjouir ? Il n'y a pas à déplorer la mort de Dieu et l'advenue de l'athéisme : « L'athéisme est purificateur d'idoles » (Simone Weil). Le théisme est une idole. Il est bon que l'athéisme advienne. L'athéisme est un produit du Christianisme.


Le Christianisme est le seul athéisme cohérent.


L'athéisme est-il bon dans la société ? Non, l'athéisme est aussi dangereux que le fanatisme religieux peut l'être (goulags, etc.). Il y a une mort de Dieu inévitable. Il faut tuer Dieu. Le Dieu qu'on n'a pas tué, on va le subir. La mort de Dieu remonte à la Bible. Une manière d'envisager la mort de Dieu est positive, mais elle peut être négative.


L'athéisme moderne semble être négatif.


Pour la mort de Dieu il faut deux choses :

  • - la mort de Dieu

  • - la mort de la mort de Dieu


Il y a un refus (de la part de l'athéisme moderne) de se poser la question du Christ. Toute la question de l'athéisme et de la mort de Dieu est dans la mort et la résurrection du Christ. Penser la question de la mort de Dieu revient à penser la signification du Christ.


[Mort de Dieu et psychanalyse :]


Il y a une mort de Dieu absolument nécessaire : la psychanalyse.


Freud fait la découverte suivante : Les êtres humains sont obnubilés par la figure du père. Ils ne deviennent eux-mêmes qui s'ils « tuent » le père.


Au niveau réel, tuer le père est la transgression absolue. Le fondement de la société est l'interdit du parricide et l'interdit de l'inceste. Selon Levi-Strauss c'est à ce niveau que l'humanité va prendre le contrôle de son développement. Il y a mise en place de processus symboliques. Au niveau symbolique, il est important de tuer le père et d'épouser le féminin qu'est la mère. Le père est la figure de la loi, de l'ordre. Il faut être capable d'agir par soi-même. Sinon on reste infantile. Il faut épouser le féminin, la sensibilité, l'inconscient et trouver en soi-même une source d'inspiration. La violence c'est le refus du symbolique, de la parole, du langage, de l'intériorité.


Application au monde religieux :


Il existe un Dieu imaginaire et un Dieu réel. Pour accéder au Dieu réel, il faut tuer le Dieu imaginaire. Il y a une lutte entre un religieux éclairé/génial et un religieux obscurantiste/effrayant. Que se passe-t-il dans la tête d'un homme pour qu'il tue au nom de Dieu ? Il est enchaîné à un Dieu imaginaire. Il n'est pas mort à son Dieu imaginaire. C'est le fondement de l'enseignement de Jésus. « Qui n'est pas né à nouveau (...) »


Le problème du religieux est un problème de naissance. Bergson a compris cela : Deux sources de la morale et de la religion.


Bergson dit 3 choses :


  1. 1°) Analyse de la religion du point de vue de la vie. La religion est une nécessité vitale pour les hommes. Il nous ramène au fait et à la vie.

  2. 2°) Le religieux ne fait pas partie seulement de la culture. Il est inscrit dans l'élan vital. Quand l'athéisme tue Dieu, il construit du sens et du transcendant. « Aucun homme ne peut vivre en pensant que la vie est absurde et conduit vers la mort » (Marcel Conche). Tout homme pense que la vie est douce et aimable. « La vie est tellement douce pour l'homme que l'homme préfère vivre en Enfer que ne pas vivre du tout ». Nietzsche voit du Salut dans l'absence de Salut. « Ne jugez pas ce que je vais faire, je vais faire un acte de vie » (lettre de Gilles Deleuze avant de se suicider).

  3. 3°) Un homme vit toujours en se partageant avec d'autres hommes. Le nihilisme absolu n'existe pas. Un homme est toujours un homme religieux en ce sens qu'il se relie à la vie, au sentiment de la vie, à l'homme. Michel Onfray se dit anti-nihiliste, il veut rétablir la vie.


Begson s'est-il rendu compte qu'en prononçant le religieux originel, il parle de Christ. Dieu s'est fait homme : le transcendant rencontre l'immanent. Nous sommes déjà, ici, dans le mystère de la Croix. Le Christ, tout le monde le vit.Extraordinaire résurrection de l'homme : je meurs au fabuleux (Dieu nécessaire et imaginaire), je nais à l'inouï (Dieu ineffable qui m'ouvre à la liberté). Je peux inventer un Dieu qui ne meurt pas et qui n'est pas humain mais je ne peux pas imaginer un Dieu qui meurt et qui est humain. Face à cette mort que le Christ propose, certains se disent : « c'est bien, c'est ce que je recherche » (ex. : soufisme) ou bien avoir peur de ce Dieu du scandale (ex. : les intégristes). On instrumentalise le nom de Dieu pour son propre nom. Toiiut le problème de la mort de Dieu est inscrit dans les Evangiles. Tout a été pensé par les Saints, les prophètes et le Christ. Freud, Marx et Nietzsche sont tout autant des athées que des auteurs christiques. Nietzsche était un « hanté-Christ ».


[Nietzsche et la mort de Dieu :]


La signification de la mort de Dieu chez Nietzsche est à la fois géniale et inacceptable.


Géniale :


Le problème majeur de la religion et de la philosophie est qu'elles sont mortes toutes les deux. Les Occidentaux n'y croient plus car ils n'en vivent pas. Visiblement on sent qu'un certain nombre de chrétiens ne croient plus en la résurrection car sinon cela se verrait dans leur regard. C'est pareil pour la philosophie : c'est devenu un système d'idées, alors qu'elle est une nourriture. Autrefois, on suivait les écoles de philosopohie parce que l'on voulait vivre comme les philosophes. Le problème aujourd'hui : où sont les gens capables de vivre pour des idées ?


[Inacceptable :]


Névrose. Les hommes n'osent pas assumer leur non-croyance : fondamentalement ils prennent conscience que la vie est absurde mais il se disent qu'il faut bien lui donner un sens. Cela engendre des religions et des philosophies contradictoires qui « sentent le soupir de la créature fatiguée ». On se dit athée mais il faut bien croire en un sens. « Nous ne savons pas et ne pouvons pas savoir si Dieu existe mais l'idée de Dieu est nécessaire » (Kant)


Dieu devient une idée utile pour penser la science et la morale.


[L'athéisme comme sincérité de l'homme moderne devant l'existence :]


Il vaut mieux plus de Dieu du tout qu'un Dieu névrotique. Aujourd'hui, la Société vit très bien sans Dieu. « Depuis que je ne crois plus en Dieu, je vais beaucoup mieux car je ne me force pas à croire ».


Les Chrétiens ont eu peur de l'absurde, d'un manque d'idéal. Mais quand il ne reste rien, il reste quelque chose : l'existence.


Pour la première fois, je vois l'existence telle qu'elle est. Les athées font l'expérience de l'inconnu créateur. La Foi, vécue sur le mode de l'idéal entraîne des névroses. Vivre sans sens ni idéal permet de vivre avec beaucoup plus d'intensité. La mort de Dieu était une nécessité face à des discours métaphysiques qui veulent prouver Dieu. Et derrière cela, il y a une peur de l'inconnu.


Derrière l'athéisme, il y a une sincérité de l'homme moderne.


La nécessaire honnêteté intellectuelle envers l'athéisme s'arrête là. Il y a un athéisme de vie et un athéisme de mort.


L'athéisme de mort :


C'est bien de parler de la mort de Dieu mais il faut aller jusqu'au bout. Il faut parler de la mort de la mort de Dieu. Il existe un athéisme imaginaire tout aussi névrotique que le christianisme imaginaire. L'athéisme imaginaire c'est le problème de l'athéisme : on ne peut pas vivre « sans » et « contre ».


A un moment, il faut avoir la Foi : poser quelque chose, non pas en fonction d'un résultat préalable mais en vue d'une action efficace. Il faut construire. L'athéisme ne propose rien, à être toujours contre. L'athéisme est une critique des propositions de la religions sans jamais rien proposer. L'Histoire montre que l'athéisme lui-même s'en est rendu compte. Il a proposé quelque chose mais sans avoir le courage de se situer dans la Foi.


Quatre athéismes se sont enchaînés.


1°) [Athéisme antique :] L'athéisme naît dans l'Antiquité avec Epicure et Lucrèce, au départ selon une idée totalement positive en se faisant critique de l'idée de dépendance de l'homme envers les dieux, dépendance à un miracle. L'athéisme philosophique se refuse d'attendre. Il entre dans l'immanence : pas de miracle. « Le Salut réide dans l'absence de Salut, le miracle dans l'absence de miracle ». Au lieu d'espérer : connaître, et au lieu d'attendre : travailler.


Le problème de l'athéisme, c'est que pour lui, la mort, l'origine et les questions métaphysiques sont des faux problèmes. Pour s'en débarasser, Lucrèce invente un mythe : Nous venons de la matière et nous retournons à la matière. Tout est éternel, nous sommes déjà sauvés.


Par un matérialisme pur et dur, on évacue ces questions. Le problème c'est que c'est un mythe. Le mythe est de croire que l'on peut vivre sans se poser ces questions. C'est la même erreur que celle du croyant naïf : c'est un mythe. Ce qui n'est pas imaginaire, c'est la question du sens.


Quand l'athéisme propose quelque chose, il propose de l'imaginaire. Le matérialisme évacue le divin puis il le confond avec la matière.


2°) [Athéisme révolutionnaire marxiste :] Deuxième athéisme : être athée sans recourrir au mythe du sage. C'est l'athéisme révolutionnaire de Marx. Marx est confronté à l'athéisme bourgeois. Marx oppose à la foi et à la religion, le progrès et la science. « La religion, c'est l'opium du peuple » : ce n'est pas une critique de la religion. « C'est l'âme d'un monde sans âme et la conscience d'un monde sans conscience ». L'être humain se pose des questions existentielles et il se pose la question de son Salut, de la souffrance et de la mort. Se donnant comme tâche de faire le Salut de l'humanité, le marxisme est tombé dans une contradiction énorme. Le marxisme est tombé dans le même travers que l'Eglise du temps de l'Inquisition.


[3°) Post-athéisme tragique et esthétique (Nietzsche, Onfray) :] On ne croit plus que l'athéisme va faire le Salut de l'homme. Le post-athéisme, c'est le cri de la bête qui est blessée à mort et qui livre son ultime combat. Tout étant échoué et puisqu'on ne veut pas revenir à la religion, on va faire un athéisme tragique et esthétique, on va jouir des derniers instants qu'il nous reste à vivre.


L'athéisme n'est pas d'essence rationnelle, c'est fondamentalement un meurtre. Nietzsche s'oppose à la religion et à l'athéisme bourgeois. Ca conduit à une véritable hallucination : ça a mené Nietzsche à des discours hallucinants : critique de la pitié, défense de l'exploitation de l'homme par l'homme. Le discours de Nietzsche contre le christianisme a entraîné des morts.


L'athéisme n'est pas seulement une libération, c'est lourd de sens. La mort de Dieu, c'est aussi la mort d'un certain nombre de questions. La vie a-t-elle fondamentalement du sens ? Seul Dieu peut permettre de se poser cette question.


[4°) « athéisme chrétien » : cf. partie suivante : « Apport chrétien à la mort de Dieu »]


Apport chrétien à la mort de Dieu :


Le problème de la mort de Dieu à été pensé par le christianisme : Christ est mort et est ressuscité sous la forme d'une religion trinitaire.


1°) C'est exigeant intellectuellement et quand on parle de Dieu, on parle de Dieu. L'athéisme ne parle jamais de Dieu. Onfray rejette Dieu en rejetant le mauvais usage qu'on en fait.


2°) Que disent les chrétiens à l'égard de Dieu ? Pour Descartes, Dieu c'est la seule chose que je ne puiss pas imaginer, pas inventer. Pour que la réalité existe, il faut du sens et que ce sens vienne d'en dehors de moi-même. Pertinence de la Foi : j'ai besoin, pour penser le monde, de quelque chose que je ne peux pas imaginer.


Le religieux authentique refuse d'imaginer Dieu. Dieu étant infini, je ne peux le rencontrer qu'en vivant au maximum. Deuxième erreur : les Chrétiens ne parlent pas d'un Dieu imaginaire mais de la réalité.


Pour la théologie chrétienne, Dieu relève d'un athéisme cohérent et d'une inexistence bien pensée.


L'expérience chrétienne de Dieu ce n'est pas qu'il faille bien un principe pour expliquer tout ça, c'est une expérience d'un infini intime qui m'appelle à une révolution permanente. Avoir la Foi, c'est croire que Dieu est intime, que Dieu est en l'homme. Selon l'Orthodoxie, la Foi, c'est croire que l'homme est aimé de Dieu.


3°) En ce sens, l'athéisme veut dire : j'ai renoncé à mon dieu scientifique et parfaitement rationnel et j'ai rencontré un dieu [vivant et qui m'aime].


4°) Le christianisme n'est pas dérangé par l'idée que Dieu n'existe pas car Dieu n'est aucun élément de la nature. Ce n'est pas la nature qui est image de Dieu, c'est Dieu qui donne son image à la nature. Le problème ce n'est pas de savoir si Dieu existe. L'existence n'a pas besoin de se chercher un sens, elle se suffit à elle-même.


5°) Le problème de la mort de Dieu a trouvé sa réponse dans le Christ en Croix. Il est la mort de Dieu et la mort de la mort de Dieu. Qu'attendent les romains et les juifs ? La même chose que les chrétiens qui vivent dans un Dieu imaginaire. A la place du Dieu immortel et triomphant, on nous montre un Dieu mortel et qui semble avoir échoué. Le Mystère de la Croix c'est la subversion de la mort, de l'échec. Un dieu qui s'excepte de la mort, ce n'est pas un dieu qui a tout vécu. La Croix ne veut pas dire que la mort contient la vie mais que c'est la vie qui contient la mort. La situation du Christ est celle d'un homme soumis à tout le scandale du monde. Seul celui qui aime est capable d'être un innocent jusqu'au bout. On a un dieu qui rentre dans l'Enfer de l'Histoire : rapport à la mort, rapport à la justice.


Conclusion :


L'énorme problème de notre civilisation est que l'on n'a pas compris que Dieu est le Dieu des vivants. A travers Dieu, il y a un immense courant de vie. L'homme est à l'image de Dieu. Des hommes doutent, c'est parce qu'ils ont rencontré des religieux qui ne vivaient pas le religion de l'intérieur. Ou des intellectuels sincères ont eu raison d'être athées car le visage de Dieu qu'ils ont rencontré était celui d'un dieu imaginaire.


IV) Ateliers : La Shoah et le Silence de Dieu (animé par Bertrand Vergely) :


[Malheureusement, j'ai égaré – pour le moment – l'essentiel des quelques notes que j'avais prise de cet atelier. A la place, je me permets de résumer ce qui a été dit en me basant sur mes souvenirs et mes notes restantes (j'espère ne pas faire de contre-sens).


Pour Bertrand Vergely, le Mal n'a pas à être expliqué car le Mal n'a pas d'être (pas d'ontologie). Il s'incarne dans une relation. Seul le Bien a de l'être. Le Mal a besoin du Bien pour exister. Ce n'est pas Dieu qui est cause du Mal. Le Mal naît d'un manque de Dieu. C'est Dieu qui se retire.


Le problème, pour moi, est que Dieu est supposé tout-puissant (ou à tout le moins puissant, suffisament pour que son action puisse être humainement constatable). Par conséquent, je me demande : Dieu n'est-il pas responsable indirect du Mal en laissant faire ? En comblant de son être les manques de Bien qui laissent apparaître le Mal (ce qui serait certainement possible pour Dieu, au moins en partie), ce dernier disparaîtrait (sinon entièrement, du moins en partie), or le Mal persiste comme si Dieu n'intervenait pas ou si son intervention se bornait à des changements microscopiques, trop faibles pour se distinguer du hasard statistique.


Il semble cependant que pour Bertrand Vergely, le « laisser faire le Mal » puisse être considéré comme un Bien dans certaines circonstances, et que l'agent qui laisse faire le Mal puisse être considéré comme agissant moralement, dans ces circonstances. Plus précisément, plus l'agent est puissant, plus il agit moralement en laissant faire le Mal.


Avec du recul, je remarque une curieuse analogie avec ce qui fonde les politiques de la droite « néolibérale » et capitaliste (et qui, je l'espère, éclairera cette conception du Bien comme « laisser faire le Mal », dans certaines circonstances). Sous couvert d'intentions apparement louables mais à mon avis dévoyées (le rejet de l'assistanat n'implique pas le rejet de toute solidarité et donc l'aide à ceux qui en ont véritablement besoin ; préserver les libertés individuelles ne doit pas faire oublier que la liberté de chacun s'arrête la où commence celle d'autrui : la vraie liberté est rationnelle et morale, elle est solidaire du principe d'égalité, elle n'est pas la licence pour quelques-uns et l'oppression pour beaucoup d'autres ; etc.), elle se fait l'apôtre d'une politique où l'Etat, qui pourrait pourtant faire beaucoup, surtout avec l'aide des riches et des puissants, doit intervenir au minimum ; et où les riches et les puissants, qui pourraient faire beaucoup, sont exemptés (suppression de l'impôt sur les grandes fortunes par exemple) de toute contribution obligatoire au social, à la charité, et à la solidarité ; lesquels doivent être laissés au bon-vouloir d'entreprises individuelles ou associatives privées : aumôneries, fondations caritatives, bénévolat, généreux bienfaiteurs, etc. qui (souvent) peuvent peu (car les riches et les puissants sont souvent eux-mêmes « néolibéraux » et capitalistes et appliquent à leur propre niveau le principe du « laisser faire »...), et que l'Etat se contentera d'encourager verbalement, sans les aider concrètement... même si c'est au prix de conditions de vie déplorables pour les plus faibles, voire de leur mort pure et simple (et en cela, on n'est plus très loin du darwinisme social).


Bertrand Vergely ne semble pas récuser les entreprises de solidarité humaine en général (et heureusement, car le Dieu chrétien proclame à travers Jésus-Christ : « Aimez-vous les uns les autres », « Aimes ton prochain comme toi-même »). Je lui posai donc une question que j'aime poser aux chrétiens pour leur faire prendre conscience de leurs contradictions : « – Supposez que vous puissiez, avec un simple claquement de doigts, faire en sorte que chacun ait à manger chaque jour, le feriez-vous ? ». La réponse habituelle est : « – Bien sûr ! ». Ensuite, je poursuis en demandant : « – Donc faire en sorte que tout le monde ait à manger chaque jour lorsqu'on aurait la possibilité de le faire serait agir de façon morale et ne pas le faire, agir de façon immorale ? ». Après une autre approbation, j'enchaîne finalement sur : « Donc, ou bien Dieu ne peut pas faire en sorte que tout le monde ait à manger chaque jour, ou bien Dieu agit de façon immorale au moins dans ce cas précis, puisqu'il pourrait faire en sorte que tout le monde ait à manger chaque jour mais ne le fait pas. ».


Mais Bertrand Vergely ne me donna pas l'occasion de poser ma deuxième question, car à la première : « – Supposez que vous puissiez, avec un simple claquement de doigts, faire en sorte que chacun ait à manger chaque jour, le feriez-vous ? », il me donna une réponse inattendue : « – Certainement pas ! ». Cette réponse a de quoi choquer beaucoup de chrétiens, et elle choque aussi l'athée que je suis, mais je lui reconnais deux mérites : elle est logique, elle n'est pas hypocrite. Dieu veut que l'on se débrouille tout seuls, avec nos petits moyens, sans intervenir lui-même (ou alors de manière insignifiante) quitte à ce que l'on sombre dans l'échec, la souffrance, le désespoir et la mort. Et c'est ainsi que Dieu entend nous aimer, vouloir notre bien et se comporter moralement. Un tel Dieu pourrait bien en effet exister. Je n'ai pas d'objection véritable à cette hypothèse. Mais pour ma part, ce n'est pas d'un tel Dieu (visiblement « néolibéral » et capitaliste...) que je veux. Que l'on me prouve son existence, je deviendrais « théiste », mais certainement pas chrétien.]

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(Clovis Simard,phD) 28/02/2012 21:41


Voir mon blog(fermaton.over-blog.com),No-15, - THÉORÈME DE L'ATHÉE. - ATHÉISME ET MATHÉMATIQUES ?

Eric George 17/03/2007 13:32

En fait Frédérique, ce n'est pas tout à fait ce que je dis. Pour moi, la question n'est pas tellement de savoir si Dieu laisse pas faire ou pas. Seulement sa puissance ne consiste pas à nous empêcher de sombrer dans l'échec, ou le désespoir. Sa puissance consiste plutôt à nous relever lorsque nous sommes dans l'échec, la souffrance, le désespoir et la mort. La difficulté vient de ce que Micky reste bien dans une théologie naturelle, il essyae de voir ce quel Dieu révèle le monde alors que pour moi la suele révélation est biblique...

Frédérique 13/03/2007 09:55

"Dieu veut que l'on se débrouille tout seuls, avec nos petits moyens, sans intervenir lui-même (ou alors de manière insignifiante) quitte à ce que l'on sombre dans l'échec, la souffrance, le désespoir et la mort. Et c'est ainsi que Dieu entend nous aimer, vouloir notre bien et se comporter moralement."
Ben oui Miky ... Ca fait un bon moment que Eric tente de te faire "voir" cela ... Moi-même (catholique) je ne voudrais pas d'un Dieu qui décide à ma place ... Dieu donne des choses de l'esprit : foi, espérance, persévérance, courage, humilité ... il s'agit de cette nourriture là, pas d'une autre ... Il crée des créatures libres et responsables.
Bien à toi. Bonne route (et recherche).

Frédérique 13/03/2007 09:53

"Dieu veut que l'on se débrouille tout seuls, avec nos petits moyens, sans intervenir lui-même (ou alors de manière insignifiante) quitte à ce que l'on sombre dans l'échec, la souffrance, le désespoir et la mort. Et c'est ainsi que Dieu entend nous aimer, vouloir notre bien et se comporter moralement. "
Ben oui Miky ... Ca fait un bon moment que Eric tente de te faire "voir" cela ... Moi-même (catholique) je ne voudrais pas d'un Dieu qui décide à ma place ... Dieu donne des choses de l'esprit : foi, espérance, persévérance, courage, humilité ... il s'agit de cette nourriture là, pas d'une autre ... Il crée des créatures libres et responsables.
Bien à toi. Bonne route (et recherche).

ti'hamo 27/02/2007 14:57

hum...désolé, je fais encore des gros pavés...  :-(
  ...juste sur la question du "qu'est-ce que c'est que ce Dieu, moi j'en veux pas" (qui laisse faire la mal).
    bon, déjà il y aurait la réponse sur Jésus (qui est Dieu, d'après ces mêmes chrétiens), ou plutôt la réponse de Jésus ou plutôt la réponse-Jésus.    Qui, justement, n'a rien du grand libertador guérilléros vainqueur de romains qu'attendaient pas mal de ses contemporains.  en gros, ils lui font le même reproche  :  "ben, hé, c'est le Messie, ça?  c'te blague, ben moi j'veux pas y croire, là  - attends, hé, un Messie qui s'attaque même pas aux romains,  et qui nous dit A NOUS ce qu'il faut faire de nos vie, hé, ça va la tête ??"
 
   parceuqe justement voilà  :   les 2 reproches faits à Dieu me semblent un peu contradictoires :
-  1)  "alors dieu il devrait agir ici, et là aussi, et faire ça et ça,  et enlever tout ce qui est mal et mauvais et désagréable, et il le fairt pas  ;  ben moi j'en veux pas de votre dieu"
-  2) "personne n'a à me dicter ma conduite, je vois pas pourquoi ça ce serait mal, zut,  je fais ce que je veux c'est pas un dieu qui va me dire ce que je dois faire de ma vie,  je suis libre"
   ça fait 2 contradictions :
-->     en 1) on a leprésupposé du mal : le mal existe, on le constate, on ne discute même pas son existence,  et on juge de ce qui est mal et devrait être changé  ; 
           en 2) on a l'affirmation (explicite ou implicite, c'est selon) que personne ne peut dire ce qui est bien et mal,  et que d'ailleurs le mal n'est qu'une notion arbitraire et relative.
 
-->    en 1) on demande à dieu de changer tout ce qu'on veut changer, en 2)  on exige qu'il n'intervienne en aucune manière.
   Donc, bon,  on voudrait bien croire en un dieu à condition qu'il change ce que soi-même on désire changer  (ce qu'on estime être mauvais, mal),   mais qu'à côté de ça surtout il ne fasse ni ne dise rien sur ce qu'on désire faire.   (si on mettait d'ailleurs ton exigence de dieu ôtant ce que tu estimes être un mal en parallèle avec tel autre article relatant tes raisons de ne plus croire...c'est tout à fait ça)     
mais  ça, c'est un dieu à image humaine,  un dieu-esclave  ("mets ça ici...touche pas à ça...tais-toi...reviens, tiens, y a le ménage à faire")   -    c'est même pas Dieu,    c'est le génie d'aladdin.
  les mille-et-une nuits contre les évangiles ?  :-)