Science ou métaphysique, il faut choisir : une réponse à Matthieu et à Ti'hamo

Publié le par Miky

Science ou métaphysique, il faut choisir. Matthieu, Ti’hamo, Yves et d’autres défenseurs de la théologie naturelle présentent souvent l’attitude ambivalente consistant à vouloir à la fois se démarquer de la démarche scientifique et à vouloir s’en revendiquer à demi-mots selon comment le vent tourne… Si j’objecte que l’existence de Dieu ne peut pas être vérifiée, on me qualifie de scientiste et on m’objecte que certes, l’existence de Dieu ne peut être prouvée scientifiquement, mais qu’on peut en acquérir la certitude rationnelle par un raisonnement métaphysique. Puis lorsque je mets en doute la possibilité d’atteindre à une connaissance métaphysique par l’usage de la seule raison, on me cite des exemples de découvertes qui auraient été faites sans recourir à l’expérience (Matthieu cite entres autres, dans son article « Est-il raisonnable de croire... en la raison? », l’exemple de la découverte de la planète Neptune). Sauf que les découvertes en question ne relèvent pas d’un raisonnement métaphysique (ils se basent uniquement sur des théories scientifiquement validées) et que c’est bien uniquement l’expérience qui a pu valider, au final, le résultat de la démarche rationnelle qui a menée à ces découvertes. Contexte de découverte et contexte de justification doivent être soigneusement distingués. Il n’y a pas de règles précises à la découverte. Il y en a à la justification. Et ce qui suffit à la première suffit rarement à la seconde. C’est, dit-on, en rêvant d’un serpent qui se mordait la queue que Kekulé a eu l’idée de la structure hexagonale de la molécule de benzène. Mais qui pourrait prendre sérieusement ce rêve pour une justification digne de ce nom ? Certes, je concède volontiers que les arguments de théologie naturelle sont un peu plus crédibles qu’un simple rêve. Toutefois, ils demeurent éminemment insuffisant à justifier l’existence de Dieu (surtout si on les met en opposition avec les arguments d’athéologie naturelle comme : l’argument du rasoir d’Occam, l’argument du Mal, l’argument de la multiplicité des religions, etc.).

Comme je l’ai déjà dit à d’autres reprises, la spéculation rationnelle peut, il est vrai, mener à d’heureuses découvertes. Un bon exemple est Wegener (voir aussi mon article : « Arguments par ignorance et hypothèses invérifiables »), lequel fut le premier a penser que les continents n’avait pas de tout temps été à la même place, et en particulier que l’Amérique et l’Eurafrique avaient un jour formé un seul continent. Toutefois, Wegener fut critiqué de son temps car il ne proposait pas de preuve de ses affirmations. Rétrospectivement, certaines personnes fustigent le manque d’ouverture d’esprit de ses contemporains. Pourtant, même si la théorie de Wegener, sous la forme légèrement modifiée de la tectonique des plaques, est aujourd’hui admise, les critiques qui lui furent adressées de son temps étaient tout à fait fondées. L’argument de Wegener reposait sur des indices troublants : les côtes eurafricaines et américaines semblent emboîtables comme des pièces de puzzle ; la présence de faunes communes aux ères primaire et secondaire en Amérique et en Afrique du Sud, à Madagascar, en Inde, en Australie et dans l'Antarctique. Mais un mouvement (celui des continents en l’occurrence) ne se prouve rigoureusement parlant qu’en observant… un mouvement, ce que Wegener avait échoué à faire. Certes, les indices de Wegener étaient troublants, mais peut-être auraient-ils pu être interprétés d’une toute autre façon.

Et en l’occurrence, nombreux furent ceux qui n’eurent pas d’intuitions aussi géniales :

-                            En 1810, Samuel Hahnemann formalise la théorie homéopathique, basée sur une interprétation d’indices observationnels valables, à savoir l’effet de la quinine, qui cause de la fièvre à forte concentration, sur le paludisme, lui aussi responsable de fièvre. D’où le fameux principe de similitude : le même soigne le même. Malheureusement, presque deux siècles plus tard, l’homéopathie n’a toujours pas fait la preuve de son efficacité.

-                            A la fin du XVIIème siècle, le chimiste J. J. Becher imagine le phlogistique pour expliquer la perte de masse des substances brûlées. Le phlogistique est supposé être un fluide constitutif de la chaleur. Selon la théorie du phlogistique, les matériaux inflammables contiennent une substance incolore, inodore, et impondérable, le phlogiston, qui se dégagerait lors de la combustion. La théorie du phlogistique présentait néanmoins de nombreux problèmes et fût remise en cause par la découverte de l’implication de l’oxygène dans la combustion par Antoine Lavoisier.

-                            Le physicien René Blondlot (1849-1930) commit l'une des plus grandes erreurs du XXème siècle en physique expérimentale : l'annonce de rayonnements auxquels il avait donné l'initiale de sa ville, Nancy, et donc baptisé : les rayons N. Pourtant, après nombre de communications et de visites d'autres chercheurs dans son laboratoire, il fut établi que ces rayons n'existaient que dans son imagination et celle des assistants et chercheurs visiteurs qu'il réussissait à persuader de leur effet (altération par exemple de la flamme d'une bougie).

-                            Je pourrais également citer la théorie de l’Ether, fluide hypothétique censée être le substrat des ondes lumineuses. La théorie fut abandonnée car, outre le fait que l’Ether demeurait inobservée (était-elle d’ailleurs observable ?), elle présentait plusieurs difficultés (par exemple, l’Ether aurait dû être à la fois infiniment rigide, pour permettre à la lumière des étoiles lointaines de nous parvenir ; et infiniment souple, pour n’opposer aucune résistance au mouvement des astres) et fut rendue inutile par la théorie de la relativité.

  Combien d’égarements donc, pour une intuition géniale ? Combien de Hahnemann pour un Wegener ? Le calcul de ce rapport pourrait, certes, peut-être donner une estimation de la probabilité a priori pour qu’une théorie basée seulement sur une démarche rationnelle soit vraie, avant même de l’avoir vérifiée. Ce calcul serait intéressant. Toutefois, il ne nous renseignerait véritablement que sur les théories scientifiques. Il n’est pas dit qu’il serait transposables aux théories métaphysiques qui elles, non seulement n’ont pas été vérifiées, mais sont tout bonnement invérifiables. De plus, il serait étonnant que cette probabilité soit très élevée. Mes propres estimations « à la louche » me conduisent à penser qu’elle serait plutôt faible. Il suffit de discuter avec des scientifiques pour se rendre compte qu’en matières d’hypothèses scientifiques, il y a beaucoup plus d’ivraie que de bon grain… Bien sûr, on n’en a pas toujours conscience à cause d’un « effet tiroir » : une expérience n’est souvent publiée que lorsqu’elle corrobore l’hypothèse que l’on cherchait à tester ; et le plus souvent, les publications ne donnent lieu à d’autres études sur le même thème que quand il s’agit aussi de corroborer une hypothèse (il est, en effet, plus facile de réfuter une hypothèse que de la valider) ; et enfin, les publications scientifiques n’ont souvent de retentissement grand public que lorsqu’elle corroborent une hypothèse. Il y a quand même des exceptions : si l’hypothèse était communément admise comme vraie depuis longtemps, alors en ce cas, la réfuter est un défi intéressant, peut susciter d’autres études, et toutes ces études peuvent faire parler d’elles dans le grand public. Mais le cas général est quand même l’ « effet tiroir » (sur l’ « effet tiroir », on pourra lire également avec profit : http://skepdic.com/filedrawer.html).

Un autre exemple de confusion entre science et métaphysique est la récente réaction de Ti’hamo. Dans un commentaire à mon article « L'insuffisance du principe de raison suffisante : une réponse à Matthieu. », Matthieu m’objecte :

« Concernant les limites de notre esprit, je suis d'accord avec toi. Tu les poses en alternative à l'explication de l'univers par l'existence de Dieu. Mais je crois en la rationalité du monde créé. La science s'appuie d'ailleurs sur cette rationalité pour avancer dans la connaissance. L'univers obéit à des lois, et ces lois sont les mêmes dans tout l'univers. Par conséquent, je ne pense pas qu'il soit raisonnable de penser que la vérité soit absolument étrangère à l'expérience commune que nous faisons dans le cadre des limites de notre esprit, ou pis, qu'elle puisse les contredire. »

Ce à quoi je lui réponds que « supposer Dieu (un être immatériel, intemporel, aspatial, qui créé on ne sait comment le monde et on ne sait pourquoi, etc.), n'est-ce pas outrepasser bien plus largement notre "expérience commune que nous faisons dans le cadre des limites de notre esprit" ? »

Ti’hamo intervient à son tour en me répondant que ça l’est : « à peu près autant que la physique quantique,   l'évolution,  (vous croisez tous les jours des grenouilles en train de se transformer en rhinocéros, vous ?),  la génétique,   l'univers,   les super-novae,... »

Sauf que ces théories permettent de résumer adéquatement les faits observés et c'est cela qu'il faut attendre d'une théorie scientifique : résumer ce qu'on observe, et non pas l'interpréter. En ce qui concerne par exemple les interprétations de la mécanique quantique (multivers, influence de la conscience de l'observateur, etc.), je suis tout aussi sceptique que lui.

Bien sûr me dira-t-on, certaines théories ne se contentent pas de résumer le réel mais vont au-delà de l'expérience.

Oui et non :

1°) Elles vont certes parfois au-delà de l'expérience, mais pas au-delà de l'expérimentable.

2°) Par conséquent, l'expérience pourra ultérieurement confirmer si se sont de bons résumés ou montrer que ce sont de mauvais résumés. Dans ce dernier cas, la théorie sera corrigée pour tenir compte des nouvelles observations.

La phrase : « le corbeau n° 1 est noir, le corbeau n° 2 est noir, le corbeau n°3 est noir, etc., le corbeau n° n est noir » (compte-rendu observationnel) peut être résumée par la phrase « tous les corbeaux sont noirs » (théorie).

Il se pourrait que le corbeau n+1 soit blanc. Par conséquent il faudrait modifier la théorie : « tous les corbeaux sont noirs sauf le corbeau n+1 ». Et ainsi de suite.

La question que je me pose est la suivante : quels faits observés ou observables sont résumés par la théorie « Dieu existe » ?

Aucun me semble-t-il.

Mais bien sûr, Matthieu me dira sans doute que la théorie « Dieu existe » ne résume pas les faits mais en rend ontologiquement raison. Sauf qu’une telle posture n’a rien d’évident, comme j’essaye de le montrer. Pourquoi le monde tel qu’on peut l’observer aurait-il besoin d’un monde inobservable pour exister, et être tel qu’il est ? Pourquoi ce monde inobservable serait tel qu’il pense qu’il est, et pas autrement ? N’est-ce pas un préjugé ?

Depuis Ferdinand de Saussure au moins, on sait que tout signe est arbitraire. Le mot « chien » n’aboie pas, le mot « chat » ne miaule pas. Il y a une indétermination du sens (donc de l’interprétation) qui correspond d’ailleurs à l’indétermination de la traduction que note de son côté Quine. Et certaines suites de caractères n’ont tout simplement pas de sens. Ainsi en est-il de la suite de caractères suivante : knnikij. Vouloir chercher du sens à tout prix est une vaine entreprise. La suite de caractère joulagner pourrait faire penser à un mot français (plus précisément un verbe du premier groupe). Pourtant tel n’est pas le cas. Dire que c’est un verbe français du premier groupe parce que cela peut y ressembler est certes une hypothèse envisageable, mais en l’occurrence, rien n’indique une semblable chose. Supposer que ce mot aurait pu être utilisé autrefois, mais sur une courte période et dans une petite zone de la France , et ne jamais donner lieu à une transcription écrite est une supposition totalement gratuite pour maintenir sa croyance, mais ne vaut pas mieux que l’interprétation suivant laquelle ce mot n’existe tout simplement pas.

 La science, pour fonctionner, n’a pas besoin que l’on croit en elle. C’est-à-dire que les concepts scientifiques n’ont pas besoin de correspondre à des réalités en soi pour que les théories scientifiques soient valides. Les concepts scientifiques sont toujours, avant tout, des concepts observationnels, et donc se réfèrent à de simples apparences. Il n'y a pas besoin que les concepts scientifiques soient réels, il suffit juste qu’il semble bien qu’ils y sont. Ainsi, peut-être que Neptune n’a pas de réalité en soi, mais n’est qu’un ensemble organisé d’observations possibles que l’on peut en faire selon certaines conditions. Ce n’est pas ma position, mais j’admets qu’elle est valable. Je ne peux démontrer que Neptune continue d’exister quand personne ne l’observe. Un anti-réaliste peut fort bien être un excellent scientifique. En revanche, Dieu, si on lui enlève la réalité en soi, il ne lui reste plus grand’chose.  Un anti-réaliste en matière divine ne peut pas être un bon croyant. Les théories scientifiques s’efforcent au possible de ne rien dire qui ne puisse être vérifiable. Ainsi, une théorie scientifique idéale ne dit rien de plus au sujet du réel que ce que l’on peut en observer, mais fournie une manière commode car condensée d’en parler. Une théorie métaphysique rajoute toujours au monde tel qu’on peut l’observer au moins un élément inobservable. Mais cet élément, par son caractère inobservable, ne résume rien qui puisse être observé.

Une théorie scientifique n’explique pas le monde, elle le décrit. On peut certes l’interpréter comme une explication, en disant des choses telles que : « A cause B ». Mais à la vérité, on fait ainsi de la métaphysique, car la causalité n’est pas ce genre de choses sur laquelle la science peut statuer. La causalité, ainsi que la montré David Hume, n’est pas un élément de l’expérience, mais pour ainsi dire une projection des structures de l’esprit sur le donné expérimental. La notion d’un Dieu et d’une Création divine relève du même processus. Je ne dis pas cela pour en conclure qu’il s’agit de fumisterie car en l’occurrence, je crois en l’existence de causes réelles et de planètes réelles, tout en concédant qu’il n’y a pas d’expériences possibles qui puisse valider ma conception que je tiens pour une projection des structures de mon esprit sur le donné expérimental.

J’ai beaucoup de respect pour les fidéistes rationnels. J’entends par cette expression qui peut sonner comme une oxymore, toute une classe de fidéistes qui, comme tout fidéistes, ne tiennent pas la foi pour un accomplissement ou une conséquence de la raison, mais cherchent quand même à concilier foi et raison en en effectuant une synthèse. Mon côté protestant que je revendique bien qu’ayant perdu la foi consiste, entre autres, en ceci que pour moi, l’(in)existence de Dieu ne peut se prouver par la raison. C’est une intuition, un postulat, un axiome, auquel on adhère ou pas. Peut-être est-ce pour des raisons personnelles, subjectives, mais en aucun cas pour des raisons objectives, pour la Raison avec un grand R.

Toute théologie cohérente ne peut être qu’a priori, et non pas a posteriori. Comme je pense l’avoir montré, la théologie naturelle n’offre pas d’alternative véritable entre l’existence ou l’inexistence de Dieu. Ou bien le monde n’est pas Dieu (il n’est pas nécessaire, pas immuable, etc.), donc Dieu existe. Ou bien le monde est Dieu, donc Dieu existe. Voilà en gros en quoi consiste le raisonnement proposé par cette théologie naturelle, qui n’est donc pas a posteriori, contrairement à ce que l’on pourrait penser, mais se ramène bien à une théologie a priori (quoique de manière cryptique), comme celle de Saint Anselme, car elle conclut à l’existence de Dieu quelque soit l’état du monde, et donc n’a réellement que faire du monde… Seul Dieu l’intéresse, dont les qualités en font le seul être possible, en vertu de son essence, à pouvoir exister sans être causé par un autre et à exister nécessairement s’il existe possiblement. Nous revoilà en plein argument ontologique à la Saint Anselme, argument qui fut critiqué durement par Kant et que peu de catholiques de nos jours trouvent convaincant. Pourtant, la théologie naturelle de Saint Thomas d’Aquin est du même acabit. A la différence près qu’elle « n’assume pas » son apriorisme, et prétend se baser sur les faits… En vérité, c’est tout au plus une méthode pour prendre conscience de ses présupposés. Dieu, que l’on a introduit inconsciemment au début ressort explicitement à la fin du « raisonnement ». Mais si on n’introduit pas Dieu au début du « raisonnement », on ne conclut pas Dieu à la fin de ce dernier.

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Matthieu 30/04/2007 07:36

Suite et fin de ma réponse à ton article :
http://totus-tuus.over-blog.com/article-6514679.html

Matthieu 22/04/2007 23:42

Et voilà le second volet (qui ne tient pas compte de ton nouvel article que je n'ai pas encore lu) :
http://totus-tuus.over-blog.com/article-6460621.html

Matthieu 15/04/2007 23:59

Cher Miky,
Je te propose le premier volet de ma réponse (il y en aura 3) :
http://totus-tuus.over-blog.com/article-6396038.html

ti'hamo 07/04/2007 13:12

...Reste qu'effectivement, ce que je pense être ma foi en Dieu, n'est pas plausible à mes yeux uniquement pour des raisonnements sur la "cause première" ou calqué sur l'étude scientifique. La méthode est scientifique, sans doute, dans le sens où les exigences de cohérence, logique et implications, s'appliquent aussi bien en science pure qu'en métaphysique (ou devraient, en tout cas), et d'ailleurs sont là encore des postulats venant tout droit de la philosophie.

Autrement dit et concrètement :
- l'argument du Mal : jamais compris comment il pourrait s'opposer à l'existence de Dieu, puisqu'il postule déjà, en lui-même, bien au-delà du seul domaine observable, et implique déjà une interprétation de la réalité. Donc : "si Dieu est, le Dieu chrétien infiniment bon et aimant et tout le tralala et parfait, alors pourquoi le mal ? mais s'il n'y a pas Dieu, en quoi le mal est-il le mal ?"
Il y a là 2 termes :
- le Mal : si je me place dans un univers soumis aux seules lois physiques observables et aux règles du hasard... ...alors ce que j'appelle "Mal" n'est qu'une interprétation abstraite de faits concrets ; je mets du sens là où il n'y en a pas indépendamment de mon imagination. Pourquoi ça c'est "mal" et ça c'est "bien"? pure subjectivité, pure interprétation. Rien d'observable, prouvable, mesurable, ni même raisonnable dans l'univers décrit.

- de même la notion de "parfait" : "si dieu est parfait, alors pourquoi l'univers par lui créé ne l'est-il pas?" mais en dehors de l'univers, à quoi me référer pour poser la "perfection"? Pour dire que l'univers est imparfait, il me faut bien le comparer à autre chose qui lui soit extérieur, et qui serait la référence de "perfection". On me rétorque les maladies, les cancers, les raz-de-marées...comme "imperfections". Mais elles ne sont "imperfections" qu'en comparaison d'un univers imaginaire d'où on les aurait exclu. Quid de cet univers "parfait"? où est-il, et pourquoi serait-il "parfait"?
Il me semble : si l'univers est tout, alors il est notre seule référence de perfection. Alors, "tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles" : pourquoi serait-il autrement qu'ainsi, et surtout sur quoi se fonder pour dire que tel univers imaginaire serait qualifié de" mieux" ? Comment fabriquer ainsi une classification de valeur des univers imaginés pour les dire "plus parfaits" que le seul connu et observable? Là encore, pure subjectivité. Qu'est ce qu'on appelle "perfection"? En me fondant sur quoi puis-je parler d'"imperfections" concernant les mutations, cancers, maladies, fractures,... ...dans l'univers décrit et observable, il s'agit juste de faits observés, trouvant leur place dans l'ensemble (ou la suite, si on reste sur le postulat de causalité) des faits observés, sans rien qui puisse objectivement permettre de classer certains faits en "ratés, erreurs, imperfections".
Qu'est-ce qui me fait dire que le cancer de Mme Michu est une "imperfection" dans la marche de l'univers ?

Et pourtant, je ne rejette pas ces 2 arguments, mais je demande à ce qu'on remonte à leur source :
Effectivement, contre l'hypothèse d'un univers sans signification dû au hasard, nous autres êtres humains avons l'idée, ou l'intuition, de la perfectibilité, du Bien et du Mal, de la raison,...(non, nous ne sommes pas tous d'accord sur ce qu'il y a à ranger sous ces appellations, mais nous avons bien tous ce concept naturellement en tête, même flou et vague au début, même si pas bien précisé et tranché, mais l'idée et, plus physiologiquement, plus profondément, le sentiment du bien et du mal, de la raison) ...sans que cela prouve leur existence ! mais qui posent, fondamentalement, cette question :

--> soit il s'agit là de pure subjectivité, imagination, ne se rapportant à rien de réel, il s'agit de sens que nous imaginons là où il n'y en a pas. Et la seule question à étudier est alors le comment de l'apparition d'une telle fonction au cours de l'évolution.
--> soit l'on considère, accepte, postule, que le mal est bien le mal et le bien le bien, que ce sentiment étrange en profondeur au vu de la souffrance, de l'"injustice" (mais, là encore...), de tout ce que par ailleurs et dans le même temps nous avons tendance à considérer comme "imperfections",
que ces 2 sentiments profonds et naturels mais mal définis en nous,
ont bien une réalité en eux-mêmes, qu'ils se rattachent bien à des réalités vraies (que l'on ressent et dont "bien", "mal", "raison", "perfection" ne sont que des tentatives d'appellations et de définitions), qu'ils ont un sens, une SIGNIFICATION en eux-mêmes et objective.
Auquel cas, la question est maintenant : 1) que ranger sous ces appellations, comment les préciser ? 2) quelle place leur donner dans cet univers? quelle explication avancer?

Il s'agit bien d'un postulat, mais je dirais que c'est bien là un postulat de base. Que tous ceux dont la croyance, la science, les affirmations, entrent dans la première option du postulat, devraient pour être cohérents vivre et raisonner selon les conclusions de ce postulat. Or, quelles sont-elles ? :-)

Voilà bien le "truc" : je retrouve Dieu jusque dans les présupposés implicites de ceux qui se disent athées, et jusque dans les présupposés des questions sensées remettre la "plausibilité" de Dieu en doute...
(c'est vraiment, vraiment long... :-(

ti'hamo 07/04/2007 13:11

alors, en réponse à la réponse de la réponse... :-) (ça va être long, faudrait carrément que j'en fasse un article, mais où ? :-(
quelques petites mises au point ou précisions, 'faut ben que je prenne en compte tout ce qui vient d'être exposé...

Pour commencer, plutôt que de "confusion" je parlerais de "liens". non? Disons qu'il ne s'agit pas de tout touiller en une grande confusion mais juste de ne pas élever de séparations franches ou de frontières là où je n'en vois pas.
Or, je n'ai jamais bien compris cette tendance à vouloir à tout prix séparer (non pas dinstinguer, là d'accord je le fais aussi puisque j'emploie 2 mots différents, mais vraiment séparer) foi et raison, science et philosophie... (oui, philosophie, métaphysique, enfin tout ce qui va toucher à autre chose que le palpable)

Je ne pesne pas que tout ça soit aussi "tranchable" que ça. La philosophie précède puis dépasse la science, et des liens persistent entre les 2. Précède, puisque (comme l'a déjà rappelé miky à l'occasion), notre raisonnement scientifique pour être valide présuppose un certain nombre de postulats qui appartiennent à la philosophie ou métaphysique (l'existence, pour commencer, bien sûr, puis la raison et la validité de la raison, la causalité... ...qui sont donc des présupposés, mais non mesurables, non prouvables et dont il faut avoir conscience.)
Ainsi ceux qui voudraient voir la religion ou la théologie comme le domaine du subjectif et de l'incertain imaginaire, n'ont en général pas conscience de ce sur quoi repose la Science qu'ils idolâtrent. (moins on est scientifique, plus on risque d'idolâtrer la science, d'ailleurs)
Disons que j'ai tendance là-dessus à avoir plutôt l'approche d'un idéal d'"homme complet" comme on le trouve chez les antiques grecs ou les humanistes européens de la Renaissance : observations concrètes et raison se complètent, s'interpénètrent.
Dans cette optique, donc, je considère que la foi vient dépasser et compléter la raison...mais sans s'y opposer, et surtout en continuité - non pas comme un domaine à part.

Mais, du coup, cela veut bien dire que la foi échappe à la raison, tout en y restant rattachée, en quelque sorte - un peu comme de l'observation d'un arbre on passerait à celle de toute la forêt, puis de la campagne environnante... D'où que je ne pense pas qu'il s'agisse de "prouver" Dieu. là-dessus on est d'accord. Juste de voir en quoi "IL" est plausible, ou pas plausible, et ce qu'implique chacune de ces possibilités (en aval....et en amont ! du raisonnement...)

Ce sur quoi je tique, donc, ce sont les arguments voulant montrer que l'inexistence de Dieu serait plus plausible que son existence. Pour ce qu'ils me semblent un peu hâtifs et, justement, un peu trop sûrs d'eux.

- Le rasoir d'Ockam : soit. mais justement...à l'argument dit "de la cause première" (genre "toute montre a son horloger") il est répondu communément que c'est là une extrapolation invérifiable par l'expériecne...certes mais justement, le rasoir d'ockam dirait ici qu'il est plus économique en hypothèses de postuler un même type d'enchaînement causal à un niveau supérieur, plutôt que de devoir monter tout un système ou finalement et contrairement à l'expérience commune, pourraient surgir spontanément du néant des horloges et des coucous suisses (ou alors j'ai le droit d'en conclure que les alignements de Stonhenge ne sont pas du tout la trace de civilisation humaine, mais un hasard auquel notre imagination invente un sens).
(en fait, je ne retiens en tant que "preuve" ni l'argument ni sa contradiction, j'explique juste pourquoi je les considère sur le même plan)

- à propos de théorie scientifique c'est à dire vérifiable par de futures observations, je tiens toujours à noter que l'évolution ne rentre pas dans ce cadre : le saut d'espèce n'a jamais été observé, et à l'origine il s'agit bien d'une spéculation, d'une extrapolation à un niveau supérieur d'un mécanisme observé uniquement INTRA-espèce (l'adaptation d'une espèce à son milieu ne PROUVE pas la transformation d'une espèce en une autre.)
Là aussi, il s'agit juste d'une remise à niveau, montrant que beaucoup de ce qu'on prend pour "scientifiquement acquis" s'apparente pas mal à de la métaphysique et à de l'interprétation. C'est plausible, mais non prouvé.
En fait, l'évolution d'après Darwin est un peu comme la théorie de l'atome dans l'Antiquité, ou la théorie de la dérive des continents rappelée par miky - juste que ces 2 dernières ont pu être, depuis, corroborrées par l'observation. On en serait donc encore, pour l'évolution, au stade de géniale intuition non prouvable complètement. Sans, d'ailleurs, que ça me pose peronnellement le moindre souci. juste tout plein de questions passionnantes sur son possible mécanisme et les moyens de le vérifier. (on pourra en reparler ailleurs, ce serait chouette. :-)

Tout ça n'a pour but que de remettre les choses à niveau et en perspective, de bien dire que la science elle-même repose sur des postulats qui découlent de la philosophie ou métaphysique, et que certaines théories scientifiques opposées comme des sortes de "dogmes laïques" aux "croyances religieuses" relèvent en partie du même domaine de la "supposition plausible". Et que donc je ne trancherais pas autant entre "la science" et "la métaphysique" :
je les distingue bien, mais comme on distingue le tronc et la branche, voire plutôt 2 branches d'un même arbre : on voit bien qu'il y a distinction, mais également parenté, d'autres part elles se complètent, et enfin la limite n'est pas toujours très très claire. (ou finit le tronc et où commence la branche ? :-)