L'exclusivité amoureuse en question

Publié le par Miky

vienne-1900-expo-moser-deux-jeunes-fille.jpgUne réflexion intéressante sur l'amour libre, trouvée sur le site Vegan Tekno. Je reviendrai un peu plus tard sur cette question lorsque j'en aurai terminé avec la réfutation des arguments théistes/surnaturalistes. Je compte en effet écrire alors quelques articles de fond concernant l'éthique, et me faire quelques adversaires supplémentaires par la même occasion sans doute, car si les arguments en faveur de l'existence de Dieu rencontrent assez peu d'échos au sein du grand public cultivé, la morale catholique romaine donne encore lieu à une certaine adhésion vague, fut-elle implicite, jusque chez de nombreux athées et agnostiques déclarés. J'espère montrer que si cette morale contient quelques bonnes idées comme l'amour du prochain, le pardon, la quète du souverain bien, etc., elle possède également de nombreuses scories liberticides et hégémoniques que nous tâcherons de débusquer et de corriger, rien moins que ça :-) (il est possible même que certaines paroles bibliques puissent être interprétées valablement dans un sens beaucoup moins liberticide et hégémoniques, nous verrons...). Nous essayerons de montrer que les règles éthiques n'ont aucune raison d'être en dehors de leur contribution éventuelle à l'atteinte, par tous, du plus grand bien possible, durablement, et le plus vite possible, dans le respect de la liberté de chacun. Et nous en tirerons quelques conséquences pratiques.

Ceci est probablement ma dernière intervention avant migration vers la version 2 d'Over-Blog qui vient de m'être proposée. Puisque le processus est censé prendre un certain temps durant lequel je n'aurai pas accès à mon administration, je ne pourrai pas écrire d'articles nouveaux avant que cela soit terminé et je ne sais pas exactement combien de temps cela prendra... Je continuerai néanmoins à poster autant que possible des commentaires durant cette phase transitoire.

N.B. :

1°) La réflexion suivante, quoique posant des questions intéressantes, confond malheureusement la fidélité et l'exclusivité, ce qui peut embrouiller les esprits : on peut être fidèle à un ami (il peut compter sur notre amitié et notre soutien jusqu'à la mort) sans qu'il soit notre seul ami, et même sans qu'il soit le seul ami envers lequel on est fidèle. La fidélité est une belle chose, une preuve d'amour. L'exclusivité, au contraire, est une règle liberticide et contraire à la nature humaine, donc immorale, qui est souvent aggravée par ces ignobles sentiments que sont la jalousie ou le chantage affectif ("c'est elle ou moi !"). L'exclusivité est fondée sur un rabaissement du corps de l'autre au rang d'objet qui paradoxalement ne lui appartient plus entièrement, mais m'appartient en partie à moi, et rien qu'à moi, ce qui m'autorise à interdire à mon partenaire d'en jouir comme bon lui semble. L'adultère est ainsi conçu comme un vol, par mon partenaire, d'un bien qui m'appartient : son corps. Il est également intéressant de noter que la religion catholique, bien que considérant l'adultère comme un acte grave, considère le mariage comme indissoluble, même en cas d'adultère, et appelle au pardon de l'adultère par le conjoint "victime" (je met volontairement des guillemets car on cherchera vainement en quoi des relations sexuelles privées entre adultes consentants [par exemple un homme et sa maîtresse] pourraient causer un mal objectif et même subjectif à un tiers [par exemple l'épouse légitime de l'homme en question]).

2°) Les relations génitales peuvent possiblement soulever quelques problèmes moraux spécifiques étant donné leur lien étroit à la reproduction (nous analyserons cette question plus en détail dans d'autres articles). Mais la sexualité ne se borne pas au génital. Je dirais même que tous nos rapports humains sont empreints de sexualité. Dès lors il est encore plus difficile de préciser un critère, autre qu'arbitraire, entre l'adultère vilipendé par la société, et celui toléré voire valorisé socialement, entre la jalousie excessive et la jalousie dite normale. Quand des acteurs jouent une scène d'amour, en quoi ne serait-ce pas de l'adultère ? qui s'en soucie pourtant ? est-ce que la Terre dévie de son axe ? Et quid des personnes officiant dans les salons de massage qui n'ont pas besoin de donner dans les spécialités thaïlandaises pour procurer d'agréables sensations érotiques à leurs clients et clientes... Pourquoi l'adultère commencerait-il au baiser sur la bouche alors que c'est une pratique fréquente de salutation en Russie ? Pourquoi la jalousie "saine" ne commencerait pas dès le baiser sur la joue, ainsi qu'un des gamins de 8-9 ans que j'ai eu en CLSH le pensait, lui qui ne voulait pas jouer à la "danse du tapi" avec les filles car il ne voulait pas tromper sa chérie... cela prête à sourire, mais pourquoi ne serait-ce pas lui qui serait dans le vrai en pensant qu'il tromperait sa copine en faisant une bise à une autre fille ?

 

Le mythe de la fidélité en question...

Dans notre société les relations humaines sont codifiées, quadrillées et établies. Nos actes, nos envies et nos "libertés" sont inscrites en nous dès notre plus jeune âge. Et si nous ne faisons rien pour remettre cet état de fait en question une bonne partie de notre entière et de nos choix nous échappent. Et nous passons à coté de l'existence que nous désirons, celle que nous voulons réellement... pour ne vivre qu'une vie calculée et prédéfini en rapport à des éléments aussi palpitants que notre niveau sociale, d'étude, notre éducation, ou encore notre culture, etc...

L'amour et les relations sentimentales n'échappent pas à cette règle. Et l'un des seuls choix que nous ayons en ce domaine est de savoir avec qui nous allons finir en couple. Et si possible pour toute la vie. Il semble impossible dans notre société de concevoir une relation sentimentale durable, ou non, en dehors de cette structure rigide. Le couple est accepté et socialement reconnu comme le modèle de vie à deux, hétéro ou homo. Le reste ce n'est pas sérieux, ce ne sont que des amourettes sans lendemain, une simple histoire de cul, une aventure de jeunesse... mais pas l'Histoire, LA rencontre. Il faut trouver sa moitié, avoir la "chance" de rencontrer l'homme ou la femme de sa vie. Et tout le monde se charge de vous le rappeler sans cesse.

Le problème n'est pas tant le fait de l'existence même du couple mais bien plus le fait que lui soient associées des notions implicites telles que la fidélité et l'appropriation, l'appartenance mutuelle, l'exclusivité sentimentale et sexuelle, etc. Et tout ce qui va avec : jalousie, tromperie, mensonge, frustrations, violences, domination, etc. Le couple, tel qu'il existe, est une sorte de prison dorée dans laquelle les personnes s'enferment volontairement. Une prison ou l'autre est sous surveillance permanente. Ou les désirs sont contrôlés et étouffés. Ou la répétition du quotidien fini par tuer toute idée de nouveauté, tout sentiment de liberté. Et dans le meilleur des cas l'un-e trompe l'autre pour assouvir ses désirs frustrés, ou simplement pour redonner vie à sa libido moribonde. Car l'autre possibilité est de finir par perdre simplement tout désir.

Impossible de parler à une personne en couple sans que l'autre "moitié" débarque au bout de cinq minutes et vienne tourner autour, ou carrement s'incruster dans la discussion sans autre espèce de gène. Quand ce n'est pas une agression pure et simple pour réaffirmer sa propriété. Combien de femmes n'existent plus pour les autres hommes à partir du moment ou elles sont avec un mec. Elles ne sont plus des femmes mais "la copine de...", comme une voiture ou un simple meuble. Et certains vont même jusqu'à s'excuser d'avoir parlé quelques minutes avec une fille auprès de son mec car ils ne savaient pas qu'elle était avec quelqu'un. Comment est-il possible de nier à ce point une personne du simple fait qu'elle est en couple ? Ce couple qui vous colle à la peau partout où vous allez comme une mauvaise poisse. Vous n'êtes plus que la moitié d'un ensemble qui vous échappe et auquel tout le monde vous rattache sans cesse.

Il est important de tenter de dissocier la notion de couple et la vie sentimentale, personnelle et sexuelle des individus qui le compose. Vivre une relation privilégiée - pour ne pas dire couple - peut être une chose agréable, une sécurité, le partage de projets communs, de la vie à deux. Mais cela n'empêche pas de laisser à l'autre sa liberté. Ne pas essayer de l'enfermer mais bien plus le pousser à continuer de s'épanouir... à l'intérieur comme à l'extérieur de ce couple. Quelle plus grande preuve d'amour que la confiance mutuelle et la liberté partagée. Laisser l'autre vivre au lieux de le contrôler, le surveiller et finalement l'étouffer.

Pour quelle raison imaginaire le fait d'aimer et/ou de vivre avec une personne donnerait-il le droit de lui interdire le bonheur hors de la sphère du couple ? Quelle folle prétention nous permet de penser que nous sommes capables de combler toutes les envies et de correspondre exactement au bonheur de l'autre. Alors qu'il est déjà tellement difficile de travailler au sien. L'image du couple mythique "jusqu'à ce que la mort vous sépare" ne tiend plus la route dans une société ou le bonheur et l'épanouissement individuel prennent une toute nouvelle importance. Il faut reconsidérer la notion même de fidélité qui peut être, bien plus qu'une appropriation du corps et des envies de l'autre, une complicité si forte qu'elle permet de laisser l'autre libre.

Pour quelle raison le couple devrait-il être une prison ? Nier et lutter contre ses désirs par fidélité pour l'autre. Refuser de vivre ses envies, d'aller vers les personnes qui vous attirent. Vivre avec des oeillères pour ne plus voir ce monde qui nous entoure et s'y impliquer en toute liberté. Oublions ces vieilles images fausses et gênantes de la fidélité absolue, de la négation de ses envies profondes, de l'oubli de soi dans le couple... pour vivre nos vies en toute liberté. Liberté de rencontrer, d'aimer et de combler nos désirs. Liberté de partager sans emprisonner. De vivre une relation non-exclusive basée sur la confiance mutuelle.

 


Quelques autres lectures sur ce thème (dont une réflexion chrétienne intéressante !) :

http://perso.orange.fr/do/textes/amourlibre/Index.htm

http://prolib.net/ethique/203.007.fidelite.sauzede.htm (réflexion chrétienne)

http://anarkopunk.free.fr/hors-serie%20sex/amour%20libre.htm

http://1libertaire.free.fr/index.html

http://www.polyamour.net/French/fr_presentation.htm

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Miky 22/08/2008 13:57

Je suis d'accord : ils ne sont pas catholiques... mais ils sont intimement convaincus d'y être et constituent la majorité de l'assemblée des fidèles à la messe. Certains sont même prêtres voire évèques.Je ne fais que les appeler à choisir leur camp et à en assumer toutes les conséquences logiques.Il n'y a pas que Dieu à vomir les tièdes... ;)

Yves 22/08/2008 12:45

Est "catholique" celui qui accepte dans son intégralité l'enseignement magistériel. Si 90% des catholiques acceptent la "pilule", alors ceux-ci ne sont pas catholique à mes yeux.On n'est pas catholique à moitié.

Miky 22/08/2008 12:06

Je ne suis pas d'accord avec cette condamnation... tout comme 90% des catholiques d'ailleurs ! :)Simplement, beaucoup de catholiques "libéraux" me semblent manquer de cohérence : soit on admet que tout acte sexuel doit être ordonné indissociablement à la procréation et à l'expression de l'amour, et en ce cas tout le reste (ou peu s'en faut) de la doctrine catholique en matière de sexualité et de famille en découle logiquement. Soit on admet, comme les "libéraux", que tel n'est pas le cas, et donc, en particulier, que la contraception, la masturbation et les rapports oraux-géntiaux sont licites, mais en ce cas, on ne voit pas bien ce qui peut s'opposer moralement au libertinage le plus débridé... à partir du moment où il est pratiqué sans nuire à quiconque, et avec consentement libre des différents protagonistes.Pour ma part, j'essaye d'être un vrai libéral cohérent et radical. Toutefois, à titre personnel, je considère que vivre mon amour avec Catherine est un bien plus précieux que de m'adonner au libertinage, ce qui ne préjuge en rien et ne contredit aucunement, par ailleurs, le caractère moralement licite que j'accorde à cette pratique.

Ziboum 20/08/2008 16:15

Vous écrivez que Eglise catholique "condamne les relations sexuelles hors mariage (point avec lequel je ne suis pas d'accord)". Vous n'êtes pas d'accord avec la conception chrétienne du mariage : vous avez trompé l'Eglise qui vous a accordé une dispense pour vous marier avec une catholique. Car l'adhésion à la conception chrétienne du mariage est une des conditions pour obtenir cette dispense.La question est donc : Mickaël Mugneret, êtes-vous ou n'êtes-vous pas d'accord avec la condamnation catholique des relations sexuelles hors mariage ? 

ti'hamo 11/06/2007 16:21

...et bien, ça dépend : de comment elle est montrée, tournée...et de comment tu y réagis (en toi, je vuex dire).  Si c'est fait de telle manière (ou que je suis dans un état d'esprit tel que...) ça me donne des envies sur l'actrice, bon ben ça fait plus que s'apparenter à de l'infidélité, et j'évite.(fut un temps, d'ailleurs, on prenait moins le public pour des ignares sans intelligence ni imagination, et on n'exposait pas systématiquement un rappel de cours de biologie pour être bien certain que tout le monde a compris...  :-)  Pour les aspects interagissants, "interagissant ne veut pas dire qu'ils ne peuvent pas avoir une certaine existence autonome" : s'il s'agit d'une symbiose poussée, si, ça veut dire ça. S'il s'agit de 3 aspects nécessaires et suffisants, si, ça veut dire ça aussi.   Si c'est juste 3 options culturelles, par contre, oui, ça peut.  (mais après tout, c'est vrai, c'est purement culturel, et on aurait pu convenir que les conditions et marques de l'amour sponsal seraient : 1) faire une partie de ping-pong ensembles, 2) élever des canards de Barbarie, 3) se faire des tresses... mais bon, c'est pas ça qui s'est passé...  les Voies du Destin sont imprévisibles...)        Mais peut-être que la question se situe plutôt là : puisque, en effet, tu trouves rationnel d'agir semblablement vis-à-vis de ce qui est semblable, sauf si une bonne raison s'y oppose  :  et bien, justement, c'est bien ça la question...   ...si pour toi l'amour envers ta fiancée est le même qu'envers ta voisine de palier, envers la serveuse du bar en bas de chez toi, envers une ou deux anciennes amies de classe...   ...Alors on se trouve bien dans ce cas là.   Mais alors pourquoi l'appeler "fiancée" et est-ce que tu serais pas un peu en train de la tromper sur la marchandise ?      Si pour toi, elle ou telle autre, c'est semblable, alors y a des questions à se poser. Mais là ça sort de mon domaine de concernement.   La liberté n'a rien à voir, en tout cas, avec les exemples que tu proposais en lien.  Et quant aux modèles de société, c'est juste que je rappelais ce qui découle de ces idées (qu'il ne faudrait pas non plus prendre pour "révolutionnaires" et "d'avant-garde", à moins de nous prendre nous pour des imbéciles...)  Puisqu'au final, ce qu'on appelle amour, en protestant qu'on parle d'amour, mais si, on parle d'amour, ne s'avère à chaque fois, quand on en arrive aux explications, que des envies personnelles de soi pour soi.  On peut dire "je parle d'amour", mais concrètement il ne s'agit pas de ça.  (quand on dit "je parle d'amour et qu'on finit sur "ben oui mais si on a envie après tout, et on fait de mal à personne, et on peut bien séparer plaisir et amour, après tout, non?")     Du coup, concrètement, partant par là, on arrive bien à un monde tout gentil en surface, certes, ou tout le monde peut avoir tout le monde, ou l'attachement exclusif est une aberration indécente, ou le plaisir se prend avec qui veut si on en a envie...où tout manque trouve sa solution immédiate......et où les humains n'en sont plus - "tout le monde est à tout le monde", aplatissement des relations,...  ...quand le plaisir devient moteur, but et justification, ça donne ça.  J'y peux rien, c'est comme ça.  (et on retombe sur le Meilleur des Mondes.)    Par contre, être disponible, aider, soutenir, consoler...comme tu le décris, oui, là ça ressemblerait bien à de l'amour pour chacun - ce que d'aucun appelleraient amour du prochain -, et non, efectivement, ce n'est pas être infidèle que d'aimer d'autres personnes, ce n'est pas être infidèle que d'aider d'autres personnes. (puisque, oui, comme tu le disais aussi, l'enfermement maladif et jaloux est aussi immature ("à moi!  à moi!") que l'utilisation successive ou simultanée pour soi ("j'ai envie ! je veux! d'abord, hé, l'aut', hé!")   Voilà. je dis juste que, concrètement, humainement, ça donne ça.(on ne peut pas faire comme si rien n'avait existé, comme si on inventait tout ce à quoi on pense, comme si on ne savait rien sur l'être humain, et on ne peut pas faire comme si l'humanité était un peuple utopique et mythique de philosophes sages et posés, méditant parfaitement chacun de leurs actes dans la trame des possibles...)