Partager l'article ! Adultère, fornication et relations maritales: Un très bon billet sur le blog d'Alexander R. Pruss (en anglais) : ...
MétaZét... ou la zététique appliquée à elle-même...
Un très bon billet sur le blog d'Alexander R. Pruss (en anglais) :
Alexander R. Pruss est un philosophe (chrétien) à l'Université Baylor (elle-même chrétienne). Dans cet article, il part de l'intuition suivante : l'adultère est intrinsèquement immoral. Une action est intrinsèquement immorale si son intention (la fin que l'on se propose et comment on entend la réaliser) est mauvaise. Alex Pruss a bien conscience que l'adultère n'est pas toujours commis dans une intention adultérine en tant que telle (rendre son mari cocu, rendre sa femme jalouse, etc.). On peut avoir une relation charnelle avec une autre personne que son mari ou son épouse simplement parce que l'on trouve cette personne attirante, que l'on souhaite s'unir à elle, que l'on veut partager un moment agréable avec elle, etc. Si, cependant, l'adultère est intrinsèquement immoral, alors il est immoral également lorsqu'il est l'expression de ces intentions non-adultérines per se. Et puisqu'une action est intrinsèquement immorale si son intention est mauvaise, alors il s'ensuit que ces intentions sont mauvaises, bien qu'elles ne soient pas adultérines en soi. Et puisqu'elles sont mauvaises, alors tout acte réalisé avec les mêmes intentions est intrinsèquement immoral également. Or, ces intentions de l'acte sexuel (expression d'une attirance, accomplissement d'une union, partage d'un moment agréable...) ne sont pas propres à l'adultère. On les retrouve également dans la fornication, et même... dans nombre de relations charnelles entre époux ! Ces activités sexuelles sont donc tout aussi immorales que l'adultère, et pour exactement les mêmes raisons.
Ainsi, ne jetons pas la pierre à la femme adultère, car nous sommes tous (ou presque) "adultères" ! Rappelons qu'à l'origine, le verbe adultérer signifie simplement altérer, qui signifie rendre autre, donc dénaturer : on voit bien qu'il n'y a pas de connexion nécessaire avec le pluralisme amoureux, qui n'est ainsi qu'une manière parmi d'autres de réaliser cette altération.
Pour qu'une relation charnelle entre époux ne soit pas "adultère", il faut donc qu'elle soit l'expression d'une intention spécifiquement maritale, c'est-à-dire une intention qu'on ne puisse pas trouver dans la fornication ou l'adultère.
Dans d'autres de ses articles, Alex Pruss montre que cette intention est celle de concevoir des enfants et de leur assurer des garanties optimales d'épanouissement personnel (c'est d'ailleurs pourquoi le mariage existe et c'est ce qui lui donne son sens). Tout acte sexuel qui n'est donc pas l'expression d'un désir d'enfant ou qui est rendu délibéremment inapte au don de la vie - ou même simplement dont on souhaite qu'il ne soit pas fécond - est donc "adultère", quand bien même il a lieu entre époux (et à la limite, le pluralisme amoureux n'est en fait pas du tout adultère s'il y a véritable polygamie et si toutes les relations charnelles qui ont lieu sont ouvertes à la procréation, et ce même si certains des co-conjoints n'adhèrent pas au principe de cette polygamie...).
Cette intention proprement maritale n'existe pas dans les relations "concupiscentes" entre époux, et elle est même impossible (au dire d'Alex Pruss) dans les relations adultérines et fornicatrices. Bien sûr, on peut avoir l'intention d'avoir des enfants d'une relation adultère ou fornicatrice, mais alors cette intention, et donc l'acte qui en est l'expression, sont très hautement irrationnels ou alors égoïstes, puisque les conditions d'un plein épanouissement des enfants en question ne sont pas réunies. Il manque au minimum la condition d'un engagement de vie maritale commune des deux parents. C'est pourquoi on ne saurait en toute rigueur parler d'intention maritale dans ce cas là, sinon par grave méprise.
Or, agir irrationnellement ou égoïstement n'est certainement pas un bien, au contraire. Par conséquent, l'intention d'un
acte irrationnel ou égoïste est immorale. Et ainsi, forniquer ou commettre l'adultère dans l'intention de faire des enfants est immoral (d'après moi, c'est même le seul cas où ces actes sont
immoraux, si on excepte tout de même, pour l'adultère, l'intention éventuelle de rendre cocu, jaloux, etc.).
Peut-être - Alex Pruss ne m'apparait pas très clair sur ce point mais semble le suggèrer plus ou moins - que le problème de l'adultère, de la fornication et des relations "concupiscentes" entre époux n'est pas tant qu'ils soient effectués dans l'intention d'exprimer une attirance, d'accomplir une union, de partager un moment agréable, etc. Le problème, c'est qu'ils ne soient - et ne puissent être, rationnellement, dans le cas de l'adultère et de la fornication - effectués que dans ces intentions-là. Pour qu'un acte sexuel soit légitime au plan moral, il faut, en outre, qu'il soit l'expression d'une intention proprement maritale (concevoir des enfants et leur assurer des garanties optimales d'épanouissement personnel).
Il va sans dire que si un acte (ici un acte sexuel) est intrinsèquement immoral (ce qui est le cas, d'après Alex
Pruss, des actes adultérins, et donc de ceux qui ont des intentions semblables : actes fornicatoires, relations "concupiscentes" entre époux...), alors il est intrinsèquement immoral à
chacune de ses occurences. Autrement dit, des actes sexuels dénaturés ne peuvent être rendus moralement légitimes parce qu'ils s'inscrivent dans une vie sexuelle globalement orientée
vers la procréation... Donc une personne catholique ne peut se sentir la conscience tranquille en se disant que les deux ou trois fois où elle a utilisé un préservatif sont compensées par les dix
ou douze fois où elle a eu recourt à la méthode Billings, etc. De même - certes, pas dans les mêmes proportions de gravité - que deux ou trois meurtres qu'on a commis ne sont pas compensés par
dix ou douze personnes dont on a sauvé la vie...
L'article d'Alex Pruss a un grand mérite : sa pensée est logique et rigoureuse. Son but est de montrer le caractère immoral de la fornication et même des relations charnelles entre époux lorsque ces dernières sont mûes par la "concupiscence", ce qui inclut naturellement tous les cas où il est fait usage de moyens artificiels de contraceptions (pilule, condom, stérilet, etc.) ou d'autres moyens "contre-nature" : sodomie, fellations, cunnilingus, masturbation, etc. Etant donné son intuition de départ ("l'adultère est intrinsèquement immoral"), il montre effectivement, et de manière éclatante, qu'on ne peut que condamner moralement - et semblablement - la fornication et même les relations charnelles entre époux lorsque ces dernières sont mûes par la "concupiscence".
De mon côté, cependant, ainsi que mes fidèles lecteurs le savent, je ne partage pas l'intuition de départ d'Alex Pruss. D'après moi, l'adultère n'est certainement pas intrinsèquement immoral (il ne peut l'être que dans les cas où il est mû par l'intention de blesser, de rendre jaloux, etc.). D'après moi, il n'y a aucun problème moral à entretenir simultanément plusieurs relations amoureuses avec des personnes différentes - de même qu'il n'y a pas de problème moral à entretenir simultanément plusieurs amitiés - à partir du moment où toute possibilité de conception est écartée.
Je n'ai donc pas de problème moral avec la fornication ou les relations "concupiscentes" entre époux (à partir du moment où toute possibilité de conception est écartée). Mais puisque la plupart des gens partagent l'intuition de départ d'Alex Pruss, ils devraient, par souci de cohérence, se ranger à ses conclusions, ou alors renoncer à cette intution... et c'est pourquoi je trouve l'article d'Alex Pruss particulièrement intéressant. Quoique involontairement et indirectement, il permet d'assoir ma cause "pluriamoureuse". En effet, tout en lui permettant d'argumenter sa vision catholique de la sexualité, son raisonnement démontre par la même occasion que toute personne qui persisterait à tenir la fornication ou les relations charnelles "concupiscentes" entre époux comme moralement admissibles DOIT également juger le pluralisme amoureux moralement admissible (au moins sous les conditions que j'ai spécifiées). L'article d'Alex Pruss (dont la logique et la rigueur sont peu contestables) montre qu'il n'y a pas 36 solutions cohérentes : ou bien ne sont moralement admissibles que les relations sexuelles à la fois entre époux et ouvertes à la procréation, ou bien non seulement les relations charnelles "concupiscentes" et la fornication sont admissibles moralement, mais il nous faut reconnaître également que le pluralisme amoureux est TOUT AUSSI moralement admissible.
Or, il n'y a pas besoin de faire de grandes études statistiques pour constater que la contraception est la règle dans une immense majorité de foyers se disant catholiques. Alors ? Seront-ils plus facilement prêts à renoncer à la pilule et au condom, ou bien renonceront-ils plutôt au dogme de l'exclusivité amoureuse obligatoire ?... Wait and see... mais à moins de renoncer à toute logique ou à leur bonne foi, ils DEVRONT choisir entre ces deux options, et entre elles seules.
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