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Lundi 21 avril 2008

Le philosophe Jean Grondin est l'auteur d'un exposé critique et pédagogique du nominalisme et de ses rapports avec la question de l'existence de Dieu paru dans le journal Le Devoir du samedi 12 janvier et du dimanche 13 janvier 2008 ainsi que sur SME-Infonet, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire du Québec :

"Existence de Dieu : question ?".

Eh oui, vous avez bien lu "prêtres" et "Séminaire". Et si vous parcourrez (ce que je vous conseille vivement) cet article, vous remarquerez que l'auteur est plus que favorable à la croyance en Dieu, et pourtant, je tenais à vous faire partager cette lecture.

Juste Ciel ! Miky aurait-il perdu la raison ? Aurait-il connu sa nuit de feu ? Est-il en fait une taupe du Vatican infiltrée en milieu zététique ?... Que nenni ! Si je tiens tant que cela à vous faire lire ce texte, c'est que d'une, vous connaissez mon esprit non-partisan : mon seul intérêt est la Vérité, peu importe de quelle bouche elle peut sortir. De deux, Jean Grondin présente, dans cet article, de manière claire et compréhensible, un point important de métaphysique, qui a traversé toute l'histoire de la philosophie au moins depuis Occam, et qui structure l'essentiel des grands courants de pensée. De trois - et cela en étonnera peut-être certains - je partage assez la critique du nominalisme qu'esquisse l'auteur (je suis favorable à une sorte de réalisme modéré laissant la place, tant aux individus concrets qu'aux universaux abstraits qui les instancient). Enfin, de quatre, loin d'être un caillou dans ma chaussure, le réalisme, je pense, est parfaitement compatible avec mes conceptions philosophiques sur Dieu et le surnaturel. Autrement dit, le réalisme, bien qu'il soit revendiqué par l'Eglise catholique pour appuyer rationnellement l'existence de Dieu est inapproprié à cette tâche.

Certes, le réalisme implique bel et bien que nos concepts (du moins les plus naturels et les plus simples), surtout le plus général et englobant concept que nous ayons, à savoir le concept d'Être, existent réellement, et ne sont pas seulement des noms (pour Parménide, l'Être existe même par définition : "L'Être est, le non-Être n'est pas", et la philosophe athée Objectiviste Ayn Rand n'y dérogera pas : "L'Existence existe").

Mais le Dieu auquel l'Eglise catholique veut nous faire croire ne se contente pas de s'identifier à l'Être. Il est également un être, un individu singulier parmi d'autres. Certes, contrairement à d'autres êtres comme les êtres humains, les chaises, les pommes, etc., il n'est ni matériel, ni temporel, ni spatial. Certes, contrairement à ces êtres qui sont contingents, relatifs, en devenir et imparfaits, il est nécessaire, absolu, immuable et parfait, suprême. Mais à part ça, il possède bien des points communs avec les individus particuliers et concrets, notamment avec les êtres humains. Dieu, nous dit-on, est un être qui est personnel, qui est créateur, qui a un projet pour le monde et pour l'homme, qui juge nos actes et les rétribue (ou les rétribuera à la fin des temps), qui va nous sauver de la mort et nous faire participer à son Eternité (au moins si on a été droit et moral ou que l'on a demandé pardon pour nos pêchés, expié nos fautes et réparé nos erreurs). Et là, je ne décris pas spécialement le Dieu de la foi, connaissable uniquement à travers la Révélation, puisque des déistes comme Voltaire et Rousseau ont plus ou moins la même conception du "Grand Horloger" ou du "Grand Architecte" de l'Univers, et qu'en cela, ils rejoignent sensiblement l'opinion de plusieurs traditions religieuses qui n'ont pas grand'chose à voir avec le judéo-islamo-christianisme.

Car si maintenant je dois parler du Dieu de la foi, il faut ajouter également que ce Dieu, que l'on tient pour identique au Dieu des philosophes, lui-même prétenduement identique à l'Être en tant qu'Être, intervient activement dans l'Histoire, converse avec les mortels, a son petit caractère, a une idée puis change d'avis, se manifeste sous la forme d'une nuée ou d'un feu, se bat à mains nues avec les êtres humains, avant l'invention des dentifrices et des lessives était déjà trois en un depuis toujours, a un Fils unique qui est en même temps Lui-même et qui est mort sur une croix avant de ressusciter le troisième jour, a toute une clique d'anges à sa botte, et vit dans un Royaume qui n'est pas de ce monde... Sauf à prendre tout cela de manière allégorique et poétique, on est alors bien loin d'un simple concept réifié, immatériel et hors de l'espace-temps (dusse-t-il être, comme l'entendait Aristote, au fondement des choses, dans leur intimité, et non pas appartenir à un monde idéal totalement coupé du reste).

Lorsque les métaphysiciens chrétiens veulent défendre leur foi, et argumentent l'existence de leur Dieu en prenant appui sur le réalisme, ils ne peuvent être persuasifs qu'au prix d'un glissement sémantique contestable, faisant passer une essence substantielle, pour un être personnel et créateur, qui se serait, qui plus est, révélé aux hommes à travers la Bible...

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Dimanche 24 février 2008

Cher Matthieu,

Voici ma réaction
au volet IV de ton article "La pertinence rationnelle de la croyance en Dieu (et l'irrationnalité des croyances alternatives)".

Nous ne sommes pas autant en désaccord qu'on pourrait le penser. En particulier, je t'accorde volontiers que l'Univers (j'entends là l'Univers observable, mais je veux bien te concéder que c'est valable pour tout le réel), fondamentalement, dans ses aspects les plus généraux, possède une structure rationnelle, logique, mathématique, qui est pour ainsi dire en harmonie avec l'esprit humain qui cherche à le connaître. Cette idée, n'est pas prouvable et démontrable, mais elle est nécessaire à postuler pour qu'il soit possible de prouver ou de démontrer. Il est donc raisonnable, en un certain sens "méta-physique", de croire en ce Logos qui transparait dans l'Univers, que nos intuitions les plus fortes affirment, et surtout qu'on ne peut nier sans opérer une contradiction performative et sans saper les fondements de tout l'édifice de la connaissance.

Je suis d'accord également que l'univers observable n'est pas le tout de la réalité. Je t'avais dit mon accord avec ta réflexion sur le néant. On peut même y ajouter une raison a priori : Soit il existe quelque chose qui transcende l'expérience, soit il n'existe rien qui transcende l'expérience. Toutefois, il n'y a qu'une seule manière dont il peut ne rien n'exister qui transcende l'expérience, tandis qu'il y a une infinité de façons dont il peut exister quelque chose qui transcende l'expérience. Par conséquent, il est infiniment peu probable qu'il n'existe rien qui transcende l'expérience.

Voyons maintenant où nos opinions commencent à diverger :

- Ma certitude concernant la structure rationnelle de l'Univers est d'ordre pragmatique ou pratique, tandis que tu y vois une certitude absolue ce me semble. En pratique justement, cela revient au même. Je n'y vois donc pas une divergence suffisament fondamentale pour juger utile de s'y attarder.

- Tu étends sans vergogne cette rationnalité à la réalité dans son ensemble (aspect inobservable y compris) alors qu'il me semble, en toute rigueur, qu'il est suffisant de la restreindre à l'univers observable. Je ne suis pas sûr néanmoins que cette divergence soit si fondamentale non plus. Un peu plus que la précédente, peut-être. Mais comme je t'ai dit, je veux bien te concéder que c'est la réalité dans son ensemble, et non pas seulement la réalité observable, qui obéit à ce Logos. Question d'esthétique disons. Mais il serait tout aussi esthétique de supposer qu'il existe du supra-rationnel, comme il existe du supra-sensible. Ainsi, il y aurait trois niveau : le sensible, qui est en même temps rationnel ; le supra-sensible rationnel ; et le supra-sensible supra-rationnel.

Je vais bientôt en venir à nos points de désaccord plus profonds, après un bref récapitulatif de nos points d'accord :

Donc nous sommes d'accord qu'existe une réalité qui transcende en partie l'expérience et dont la structure est rationnelle (au moins en partie), d'une rationnalité qui fait échos à la rationnalité de l'esprit humain. "Et voilà, ainsi sont les choses", serais-je tenter de conclure, avant de passer à un autre chapitre. Mais visiblement, cela ne te satisfait pas, il reste des interrogations qui ne te paraissent pas résolues. Tu te demandes pourquoi le réel possède cette structure et surtout pourquoi, bizarrement, elle coincide si bien avec la structure de l'esprit humain. A la limite, que ta soif de compréhension ne se trouve pas étanchée par la considération de cette hypothèse métaphysique sur laquelle nous arrivons à peu près à nous entendre, je peux bien l'admettre. Là où je ne te suis plus, c'est lorsque tu prétends, non seulement qu'admettre l'existence de Dieu éclaire tout cela, mais encore que c'est la seule manière de l'éclairer !... et là je te renvois sur ce que j'ai écris concernant l'abduction. Mais je vais également te proposer une hypothèse alternative beaucoup plus simple.

Ce qui t'étonne visiblement le plus, c'est que l'on soit en présence de deux réalités : l'univers et l'esprit humain, dont la structure se trouve, "extraordinairement" selon toi, correspondre. Pour expliquer cette coincidence, tu ne peux envisager qu'une troisième réalité, Dieu, différente des deux autres, et les ayant calibrés de manière à ce qu'elles coincident. La rationnalité de l'univers et celle de l'esprit humain trouveraient donc leur source et leur modèle dans la rationnalité divine qui viendrait résoudre ce dualisme jugé par toi problématique en un monisme enfin satisfaisant pour l'esprit humain. Ce n'est pas de manière fortuite que ce dernier se trouve être en adéquation avec la rationnalité propre de l'univers, c'est Dieu, créateur de toutes choses, qui en a décidé ainsi.

Seulement voilà, mon cher Matthieu, tu oublies une donnée fondamentale du problème : ce dualisme n'est pas problématique... puisqu'il n'existe pas ! L'esprit humain appartient pleinement à l'univers et a été produit (avec ou sans l'aide de Dieu) par ce dernier. Or, comme les chiens ne font pas des chats, il n'est pas si étonnant que l'univers (qui est rationnel) produise un être dont le fonctionnement général se trouve lui être similaire (donc qui est rationnel lui aussi et d'une rationnalité semblable). C'est l'inverse qui serait plus étonnant !

Ajoutons à cela que du point de vue de l'évolution, il est beaucoup plus adaptatif d'avoir un système cognitif dont les règles de fonctionnement viennent comme calquer celles de l'univers (puisque cela permet de le connaître et donc d'agir sur lui), et donc que les êtres dont le système cognitif viendrait à s'écarter de trop de ces règles seraient trop désavantagés pour pouvoir tirer leur épingle du jeu, et tu as tout ce qu'il faut, me semble-t-il, pour résoudre ton "mystère".

Peut-être me feras-tu remarquer, cependant, que la capacité qu'à l'esprit humain de comprendre son environnement dépasse de loin les aspects de la réalité qui opèrent à une pression sélective sur les individus. En quoi les aspects subtils de la mécanique quantique, par exemple, peuvent bien être pertinents sur la vie des personnes ? Sauf que rien ne garantit que la mécanique quantique soit vraie... outre son adéquation éventuelle aux résultats de l'expérience ! On reste donc bien, quoique de manière indirecte, ancré à la réalité sensible.

D'ailleurs, peut-être qu'une autre théorie partant de présupposés différents pourrait tout aussi bien décrire le monde physique que la mécanique quantique et être tout aussi rationnelle. Par conséquent, que l'esprit humain soit capable de concevoir la mécanique quantique n'a rien de particulièrement mystérieux.

Tu me diras peut-être : que cela soit la mécanique quantique ou une autre théorie X concurrente, on reste bien, dans les deux cas, dans le registre de théories rationnelles. Une théorie irrationnelle ne pourrait-elle pas aussi bien décrire la réalité sensible ? Eh bien non : si le réel sensible est (nous sommes d'accord) rationnel, alors il va de soi qu'une théorie irrationnelle ne pourra pas aussi bien le décrire qu'une théorié rationnelle...

Si cela ne suffit pas à te convaincre, alors laisse-moi en rajouter une couche : nous sommes d'accord, je l'espère, que la présence des aspects de l'intelligence qui sont les plus utilitaires peuvent forts bien s'expliquer par un processus néo-darwinien. Le doute reste sur la composante plus réflexive de l'intelligence. Mais même à supposer que la sélection naturelle n'ait pas de prise sur elle, il se pourrait que cette composante réflexive de l'intelligence soit un effet secondaire de l'intelligence utilitaire dont elle constituerait une sorte de perfectionnement possible, une conséquence naturelle et/ou nécessaire. Ces deux intelligences seraient constitutives d'une troisième qui constituerait l'archétype génomique de toute intelligence possible se développant d'une manière ou d'une autre en fonction de l'environnement. Il n'y aurait donc pas l'intelligence utilitaire d'un côté et l'intelligence réflexive de l'autre. Il y aurait l'intelligence en général. Et les contraintes adaptatives sélectionnerait cette dernière dans son expression utilitaire. Elle permettrait ensuite le développement possible de la réflexion pure.

Bien amicalement,

Miky

publié dans : Epistémologie et Philosophie des Sciences par Miky communauté : Les philosophes épars
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Jeudi 3 janvier 2008

Chers amis lecteurs,

Cet article est une réponse à un court article de Christian MICHEL, « Dieu et la connaissance scientifique. », publié sur son site Liberalia, et que l'auteur m'avait signalé au détour d'un forum de discussion Internet.

J'avais affirmé qu' « une connaissance de la transcendance par les seules lumières de la raison naturelle n'est pas entièrement exclue, si c'est à partir de l'expérience d'une intrusion de cette transcendance dans le monde sensible. Toutefois, de telles expériences, à supposer qu'elles se produisent de temps à autre, ne sont ni vérifiables ni contrôlables. Elles ne peuvent donc faire l'objet d'un savoir objectif admissible par tous, mais seulement par la ou les personne(s) qui en ont été les témoins directs. »

Christian me répliqua : 

« Je ne suis pas entièrement d’accord. La transcendance, comme vous dites, ne se découvre pas seulement lorsqu’elle fait "intrusion dans notre monde sensible". Nous pouvons la chercher. Le rôle des églises, justement, et de la pratique qu’elles exigent de nous, consiste à créer les conditions de cette découverte de la transcendance.

Si vous ne pratiquez pas, vous êtes comme ces gens qui trouveront une pépite d’or au détour d’un chemin. Autant dire qu’ils sont rares. Les vrais chercheurs d’or se donnent les moyens qu’il faut. Orpailleurs ou mineurs, ils creusent et filtrent et retournent la terre, et avec plus ou moins de chance, ils trouvent.

Il peut y avoir des gens, bien sûr, qui doutent de l’existence même de l’or sans avoir pris la peine de le chercher. Mais alors ils font un acte de foi tout aussi spéculatif et peu scientifique que celui qu’ils reprochent à ceux qui cherchent sans avoir encore trouvé.  »


Puis il me signala son article.

Voici la réponse que je lui fis :

« Cher Christian,

[...]

J'ai lu votre article. Ce que vous dites est intéressant et, figurez-vous que je serais presque d'accord avec vous. Presque, car j'ai quelques petits bémols à apporter :

L'idée suivant laquelle il existerait certaines conditions favorisant la découverte de la transcendance, et dans lesquels une certaine pratique spirituelle serait susceptible de nous placer est tout à fait admissible en soi. Seulement voilà, comme vous semblez l'admettre vous-même, cela facilite peut-être la découverte de la transcendance, mais cela ne la garantit pas (j'ai pratiqué le christianisme pendant plusieurs années, cela ne m'a pas gardé chrétien, alors que je ne crois pas avoir notablement échoué dans ma pratique). C'est logique d'ailleurs. La transcendance obéit à d'autres règles, elle est peut-être habitée par des entités douées de libre-arbitre (Dieu, anges, démons, esprits divers et variés, etc.) qui ne vont pas mécaniquement se manifester dès lors que l'on aura fait les bons gestes. Il y a donc une part irréductible et probablement importante de non-contrôlable. Partant, les mêmes causes de notre point de vue n'engendreront pas forcément les mêmes effets. Peut-on alors parler de véritable "science du transcendant" comme on parlerait de sciences économiques, de sciences physiques, de sciences de la vie et de la Terre ? Je ne suis pas sûr. Même une science réputée inexacte comme la sociologie peut établir des modèles statistiquement valables. Il y a de l'erreur certes, mais on peut la prédire, la calculer. Je ne crois pas que celà puisse être le cas pour la transcendance. Peut-on dire que quelqu'un qui pratique la religion catholique a, mettons, 50% de chance de rencontrer Dieu ? Dieu, de son côté, ne peut-il pas changer les règles du jeu à notre insu et, par exemple, ne plus se manifester à personne, ou au contraire se manifester à tout le monde ? Pour dire les choses autrement, ce n'est pas parce que l'on va se fabriquer des radio-opérateurs, que des vivres vont tomber du ciel (je fais référence ici au cas très intéressant du
"Culte du cargo").

Ensuite, qu'une certaine pratique puisse disposer favorablement à la découverte de pans habituellement ignorés de la réalité est une chose. Qu'il faille oublier ce qu'aucune pratique particulière nous permet de découvrir en est une autre. Or, je veux bien qu'une certaine pratique spirituelle puisque conduire à affirmer : "il existe un démiurge, je l'ai rencontré en procédant de telle façon", "il existe un Grand Horloger, je l'ai rencontré en procédant de telle façon", "Poséidon existe, je l'ai rencontré en procédant de telle façon", etc. Mais affirmer : "il existe un Dieu tout-puissant et bon, je l'ai rencontré en procédant de telle façon" c'est également affirmer quelque chose à propos de la réalité de tous les jours que chacun peut expérimenter sans de longues heures d'ascèses. [C'est affirmer que tout va bien dans l'Univers, qu'il n'y a ni souffrance ni mal, or] je pense que cette affirmation ne se vérifie pas dans notre vie quotidienne, alors qu'elle le devrait, et donc qu'un Dieu tout-puissant et bon n'existe pas. Ce qui ne veut pas forcément dire que l'expérience spirituelle à l'origine de cette affirmation est totalement nulle et non avenue, mais qu'elle doit être relativisée à la lumière de cette expérience bien matérielle du mal.

Enfin, comment expliquer que des gens ayant des pratiques spirituelles parfois proches sinon identiques puissent ne pas se mettre d'accord sur la nature de la transcendance ? En sciences, les conflits portent souvent sur les théories, rarement sur les faits. Lorsqu'ils portent sur les faits, il est possible de suspecter un biais dans le protocole expérimental. Mais comment juger d'un biais dans un "protocole religieux" ? Les catholiques pensent naturellement que la bonne méthode est la méthode catholique et que tout ce qui en divergera introduira des biais. Mais qu'en savent-ils ? Pourquoi ne serait-ce pas la méthode othodoxe ou la méthode protestante qui serait la bonne ? On pourrait se dire : les différentes méthodes et pratiques spirituelles donnent chacune un éclairage valable sur la transcendance et il faut les penser en complémentarité, ne pas les opposer. Parfois, c'est possible. Mais pas tout le temps. Certaines divergences théologiques sont irréductibles. Donc à moins de renoncer à toute cohérence du monde surnaturel, je ne vois pas comment on peut les admettre toutes d'emblée. Par exemple vous, Christian, comment pouvez-vous être sûr que l'âme individuelle ne fusionne pas dans l'âme du monde à l'issu de plusieurs réincarnations ainsi que l'enseigne l'hindouisme ? Si vous vous basez sur votre expérience de la pratique catholique uniquement pour en juger, vous passez peut-être à côté de quelque chose. Il vous faut également pratiquer l'hindouisme pour comprendre ce qu'expérimentent les hindous dans leur pratique et qui les convaint de la métempsycose et de la dissolution d'Atman dans Brahman. Si, donc, il n'est pas possible de superposer toutes les traditions religieuses, alors il reste comme deuxième stratégie de les interséquer, de manière à ne garder comme valable que ce qui est commune à toutes. Mais je crains alors que la transcendance ne se réduise finalement à bien peu de chose. Qu'y a-t-il en effet de commun à toutes les grandes sagesses religieuses du monde ? Quelques grands préceptes moraux peut-être, une vague idée du divin, une certaine notion d'immortalité, et c'est à peu près tout...

Bien à vous,
Mikaël  »

J'ignore si j'ai réussi à convaincre Christian, mais toujours est-il qu'à l'heure actuelle, ma critique est restée sans réponse de sa part.
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Lundi 31 décembre 2007

Chers amis lecteurs,

Je viens de finir de mettre au point un article de 44 pages (ouf !) qui reprend, corrige et approfondi mes trois articles "Inférence à la meilleure explication... ou à l'explication favorite ?", et répond à certaines des objections (notamment celles de François de Monneron relatives au principe de simplicité) qu'ils avaient soulevés.

Comme mes faibles revenus et la réalisation de divers projets d'ordre personnel font que j'ai besoin d'argent, que j'ai pris beaucoup de temps (vous vous en doutez...) sur cet article (dont un certain temps que j'aurais pu utiliser pour préparer mes concours), que j'ambitionne de le publier dans une revue spécialisée en philosophie, et que j'ai essayé de faire de mon mieux pour en soigner la qualité tant stylistique qu'argumentative et syntaxique (même s'il demeure des imperfections), j'ai décidé (après mûre réflexion) de demander une petite contribution financière à toute personne désireuse d'en prendre connaissance. Pour cela, j'utilise le système Allopass, qui est d'une grande souplesse pour les webmasteurs mais aussi pour leurs usagers.

L'article est disponible à l'adresse suivante :

http://mugneret.club.fr/allopass/IME.htm

Une fois que vous aurez suivi les instructions indiquées, vous recevrez un code valable une fois. 

Attention : votre navigateur doit accepter les cookies. Merci.


Ne croyez pas que je suis en train de devenir bassement mercantile. Si j'occupais une chaire de chercheur ou d'enseignant-chercheur titulaire, je n'aurais évidemment pas besoin de faire payer mes articles. Mais le système veut que tel n'est pas le cas... Donc merci pour votre indulgence.

Pour ne pas vous laisser entièrement sur votre faim, voici gratuitement l'introduction, deux extraits du développement, la conclusion et la bibliographie de l'article :

http://mugneret.club.fr/allopass/IMEextraits.pdf 

Merci pour les commentaires (du signalement des simples coquilles aux critiques de fond) que vous voudrez bien me laisser et susceptible d'améliorer cet article, donc d'augmenter les chances qu'il soit publié, donc d'augmenter les chances que j'obtienne un jour un poste dans l'enseignement supérieur et/ou la recherche, donc que je puisse proposer gratuitement mes articles les plus aboutis (dont celui-ci) :-)

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Vendredi 17 août 2007

Admettons que les arguments de théologie naturelle soient valables, que montreraient-ils au mieux ? Que Dieu existe ? Cela dépend de ce qu'on entend par Dieu. En fait, si on tient à ce que l'Univers ait une cause première et nécessaire de son existence et de ses propriétés, si on tient à ce que l'ordre et la finalité dans la nature aient une cause transcendant la nature, alors pourquoi ne pas simplement souscrire à la philosophie de l'Inconnaissable (Spencer) ou de l'Inconditionné (Hamilton) ?

Agnosticisme relativiste vs agnosticisme réaliste :

L'agnosticisme métaphysique a en effet deux variantes principales :

- Une position défendant un complet relativisme en matière religieuse et métaphysique et que l'on pourrait appeler "agnosticisme relativiste" : selon cette position, aucune affirmation de nature métaphysique n'a une valeur intrinsèquement supérieure à une autre. Au mieux, les opinions les plus répandus sont les plus véraces. A la question : "Dieu existe-t-il ?", cet agnosticisme répondrait : "Si tu as besoin d'y croire, alors il existe pour toi. Si tu n'en as pas besoin, alors il n'existe pas pour toi." Je peux comprendre le caractère déroutant d'une telle position, par rapport à notre conception logique de l'existence et de la non-existence, qui semble déjà être indépendante de nos croyances et autres états d'âmes, et qui plus est, semble fonctionner sur le mode du "tout ou rien".

- C'est pourquoi une autre position peut être plus séduisante. C'est celle que l'on appelle : l'agnosticisme réaliste. L'agnosticisme réaliste affirme l'existence d'un certain domaine de la réalité qui transcende notre expérience sensible, mais affirme simultanément que, pour cette raison, ce domaine est inconnaissable. C'est précisément la philosophie de Spencer et Hamilton. Dieu, si l'on veut, est identifié à l'Inconditionné, et cet Inconditionné est réputé Inconnaissable (car on ne peut connaître que dans la relation, donc dans le conditionnement). Cette position est très proche d'une certaine conception agnostique qui a existé, depuis longtemps, au sein même de la théologie apophatique (ou négative). L'absolu existe, mais on ne peut rien en connaître.

Endossons à présent cet agnosticisme réaliste et voyons où il nous mène. L'univers existe, et il est tel qu'il est. Comment cela se fait-il ? C'est simple, c'est l'Inconnaissable qui l'a engendré ! L'Univers est harmonieux et ordonné. C'est l'Inconnaissable ! Même les "miracles" peuvent lui être attribués. En effet, les "miracles" ont une cause inconnue. Or l'Inconnaissable est inconnu, donc l'Inconnaissable peut bien être la cause efficiente des "miracles". Ouf ! Le principe de causalité est sauf ! On a bien une cause possible à tous ces phénomènes que l'on arrive pas à expliquer, pour le cas où on n'arriverait toujours pas à les expliquer, et pour ceux qui sont définitivement hors de portée de nos sens...

L'agnosticisme réaliste est métaphysiquement suffisant :

On m'objectera peut-être que je suis de mauvaise foi, que c'est "un peu facile tout ça", ou que je cherche à tout prix à me débarasser du bon Dieu. Point du tout. Ce que je veux montrer, c'est que prétendre qu'un Dieu qui est comme çi et comme ça a créé le monde, ou que c'est un monstre de spagetthi volant qui a créé le monde, ou que c'est [écrit ici le nom de ton personnage imaginaire tout puissant préféré] qui a créé le monde, cela revient à peu près au même, cela n'ajoute pas de pouvoir explicatif supplémentaire, et cela revient à dire qu'un être, ou mieux, que de l'être inconnu et inconnaissable a créé le monde.

La preuve ? Je convie tous mes détracteurs habituels à me démontrer que ce n'est pas ou que ça ne peut pas être l'Inconnaissable qui a créé le monde, l'ordre, la beauté, etc. et qui est responsable de tous les "miracles" et de tout ces trucs étonnants que nous ne nous expliquons pas pour le moment (mais qui sont très certainement aussi étonnant qu'on le prétend, n'est-ce pas, puisqu'ils sont au moins aussi étayés que les apparitions de la Vierge à Fatima, que reconnaît officiellement l'Eglise catholique romaine et apostolique) : les OVNIs, les auto-stoppeuses fantômes, le visage sur Mars, le pouvoir des magnétiseurs, les fées, la construction des statues de l'île de Pâque, la télékinésie, les souvenirs de vies antérieures, etc. D'ailleurs, l'Inconnaissable est aussi certainement impliqué dans la foudre en boule, qu'on ne parvient pas encore complétement à expliquer, et la plupart des phénomènes physiques, biologiques, psychologiques, sociologiques, où le pouvoir explicatif des théories existantes laisse éhonteusement de côté les moindres fluctuations aléatoires. Eh bien oui, si je lance un dé, la théorie me dit que j'ai une chance sur 6 d'avoir un 1, une chance sur 6 d'avoir un 2, une chance sur 6 d'avoir un 3, une chance sur 6 d'avoir un 4, une chance sur 6 d'avoir un 5 et enfin une chance sur 6 d'avoir un 6. Mais si je lance mon dé, et que je fais un 4, la théorie ne me dit pas pourquoi j'ai fait un 4 ce coup-ci et pas autre chose ! Alors que c'est quand même improbable d'avoir un 4 (une chance sur 6, je le répête). Il y a donc de profondes lacunes dans la théorie. Heureusement, grâce à la philosophie de l'Inconnaissable, je sais pourquoi j'ai eu un 4, c'est l'Inconnaissable, pour des raisons inconnues... et inconnaissables, qui a causé son obtention. Me voici pleinement satisfait !

Au fond, Dieu, ou l'Inconnaissable, ce ne sont jamais (dans la perspective de la théologie naturelle), que des manières commodes de donner du sens au particulier (l'Univers, tel ou tel "miracle", etc.) à moindre coût (parce que l'on tient beaucoup au principe de causalité), alors que toute explication scientifique est une explication du général, et n'a pas la prétention d'expliquer le particulier (peut-être parce qu'elle le réduit à une conjonction particulière... de propriétés générales).

L'Inconnaissable existe, on peut le montrer :

Pour expliquer scientifiquement le particulier, il faudrait tenir compte d'un nombre exhorbitant de paramètres, et de lois... et parmi ces paramètres, il y aurait possiblement l'énoncé même de cette explication scientifique, ce qui rendrait la tâche impossible.

Imaginons, en effet, que nous disposions d'un ordinateur à la capacité et à la puissance illimitée, qui serait capable de réaliser un calcul sur tous les paramètres de l'Univers... tous ? Eh bien non, ce n'est déjà pas possible, car il ne pourrait pas, pendant qu'il traiterait toutes ces données, traiter également sa manière de les traiter, ainsi que sa manière de traiter ce traitement, et ainsi de suite. Mais supposons même que cela soit possible. Le simple fait que l'ordinateur nous communique un résultat modifierait les conditions initiales, rendant approximatif ce résultat. Par exemple, supposons que l'ordinateur me dise : "Demain, en prenant votre voiture, vous aurez un accident". Connaissant cette information, et puisque je tiens à la vie, je ne prendrai pas ma voiture le lendemain, donnant ainsi tort à l'ordinateur.

L'on voit ainsi, également, que certaines choses arrivent, ou arriveront, bien que l'on ne puisse pas le savoir, ce qui en passant donne du poids à l'agnosticisme réaliste : il existe de l'inconnaissable, en effet. Et cet inconnaissable concerne au premier chef les êtres particuliers. Or l'Univers est un être particulier, donc l'Univers a probablement comme cause l'Inconnaissable.

Du théisme chrétien au déisme.

Comprenons encore ceci : que Dieu soit trine, omniscient, infiniment bon, etc. Tout cela est rigoureusement inutile pour rendre compte métaphysiquement de l'existence du monde, des "miracles", des expériences mystiques, etc. (à supposer qu'il faille absolument rendre compte métaphysiquement de tout cela). Il faut et il suffit qu'il soit très puissant (il n'y a même pas besoin qu'il soit tout-puissant), c'est-à-dire qu'il puisse agir, et que son action ne soit pas trop entravée par quoi que ce soit. Une volonté, une puissance d'action, un motif quel qu'il soit (qu'est-ce qui nous assure que Dieu n'est pas une sorte de super-laborantin qui de temps en temps déclenche quelque chose d'imprévu pour tester nos réactions ?), cela suffit amplement à tout expliquer. Cela explique en effet davantage de choses et encore mieux même que le théisme chrétien. En effet, envolé le problème du Mal, puisque Dieu n'est pas supposé bon. Et un tel Dieu explique aussi bien ce qui relève traditionnellement du domaine religieux (miracles, apparitions, mystiques, etc.) que ce qui relève d'autres domaines du surnaturel et du paranormal (OVNIs, télékinésie, etc.). Au rasoir d'Occam, ce Dieu débarassé de tous les oripeaux traditionnels (et qui est celui d'un certain déisme particulièrement épuré) s'en sort donc bien mieux que celui du Christianisme.

Du déisme à l'agnosticisme réaliste :

Mais une étape supplémentaire peut être franchie. Pour le moment, nous avons encore un Dieu qui est personnel : il a une volonté et des motifs d'agir. Toutefois, même si on peut essayer de vouloir deviner quelle est cette volonté et quels sont ces motifs, il faut concéder qu'ils sont inconnus et même inconnaissable. Pour connaître la volonté et les motifs d'action de quelqu'un, il faut partir d'une théorie de l'esprit que l'on fonde à partir de notre expérience sociale. On ne dispose évidemment pas d'une telle théorie pour Dieu, et tous les signes qu'il nous laisserait peut être sujets à interprétations variées. A-t-il un projet pour nous ? Est-il un scientifique-ingénieur qui étudie les propriétés de sa création ? Est-il juste en train de s'amuser avec nous ? Je ne vois pas comment il serait possible de trancher. Il est même possible de supposer qu'en fait, Dieu agit sans motif, comme certaines personnes. Plus qu'une personne consciente de ses intentions, cela pourrait être tout aussi bien un être vivant doué d'une certaine spontanéité naturelle et non guidée, une sorte d'impulsivité. Cela pourrait être simplement une sorte de force aveugle, qui , poussé par sa propre nature, par endroits et par moments se stabilise dans une certaine structure (relativement) cohérente (comme notre Univers), et à d'autres endroits ou d'autres moments se déchaîne chaotiquement. Cet être inconnu, nous savons qu'il existe : nous avons montré les limites de la connaissance du réel tout à l'heure, et il est possible que certains phénomènes que nous n'arrivons pas à expliquer aient une explication réelle qui excède les limites de notre capacité à connaître le réel. Le Dieu du déisme, bien que plus probable que celui du théisme chrétien, demeure hypothétique, et ses caractéristiques spécifiques sont inconnues, inconnaissables, et en tout cas il semble qu'on peut en faire l'économie, sans que cela rende moins compte, sur un plan métaphysique, de l'existence et des propriétés de l'Univers, des "miracles", des apparitions, des expériences mystiques et autres phénomènes prétendument surnaturels ou paranormaux.

Conclusion :

Nul n'est obligé de faire de la métaphysique, ainsi que le reconnaît lui-même le philosophe chrétien Paul Clavier (Qu'est-ce que la théologie naturelle ?, Vrin, 2004). Admettons que l'on veuille faire malgré tout de la métaphysique, on se rend compte que la philosophie de l'Inconnaissable et de l'Inconditionné défendue par l'agnosticisme réaliste suffit amplement, de manière plus économique et bien meilleure à rendre compte de l'existence et des propriétés de l'Univers, ainsi que des divers phénomènes qui semblent scientifiquement inexplicables que l'on peut rencontrer, qu'ils soient traditionnellement rattachés au domaine religieux, surnaturel au sens large ou paranormal. Du reste, alors que l'existence des divers dieux et entités surnaturelles est hypothétique, la démonstration de l'existence de l'Inconnaissable peut être faite à partir de l'observation du monde et des deux seuls principes que sont : le principe d'identité (qui affirme que ce qui est, est) et le principe de causalité (qui affirme que tout phénomène [qui commence à exister] à une ou des causes suffisantes à son existence), et même à partir du seul premier.

publié dans : Epistémologie et Philosophie des Sciences par Miky
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