Hier matin, de passage à Nancy avec mon épouse, celle-ci souhaitait aller à la Cathédrale. Puisque, d'après ses comptes, je lui devais trois messes, je l'ai accompagné en maugréant. Puisque nous étions en avance, je saluai cordialement le père Boichot (bizarrement, je m'entends en général à merveille avec les hommes d'Eglise, malgré mes idées bien peu chrétiennes...). C'était un réel plaisir de le revoir, et en général, c'est la seule raison qui me décide, malgré tout, à aller à la Cathédrale (exception faite, aussi, de l'architecture du lieu, mais y'a pas photo, je préfère St Epvre sous ce rapport).
Après quelques échanges d'amabilités, j'apprends de la bouche du prêtre que Monsieur l'Official (je ne sais pas trop bien de qui il s'agit, mais bon...) souhaiterait s'entretenir avec moi, car un paroissien (dont ni le père ni moi ne connaissons l'identité) se serait plaint à l'Evêché des propos peu aimables que je tiens au sujet de l'Eglise catholique sur mon blog. Bigre ! On va donc me sermoner pour délit d'opinion, pensai-je. Après réflexion, après la messe, je retourne voir le père Boichot, lui expliquant que je soupçonne deux commentateurs (je pense à Yves et à Ziboum), que je ne connais pas plus que ça, sinon par leur pseudonyme, et qui avaient contestés vertement la validité canonique de mon mariage, à cause de ma conception assez élastique de la fidélité conjugale. Le prêtre me précise alors que c'était bien de ça qu'il s'agissait.
Voici donc ma réponse, cher lecteur anonyme, réponse qui fut en substance celle que j'ai donné au père Boichot, afin qu'il la transmette à Monsieur l'Official :
Je suis tout disposé à rencontrer Monsieur l'Official pour répondre à ses questions, mais à condition que la personne ayant fait part de ses récriminations se fasse connaître (nom, prénom, lieu de résidence, etc.) et soit présente le jour J. Je n'ai pas envie, en effet, d'être accusé par des anonymes, mais par des gens qui ont le courage de leurs opinions comme j'ai le courage des miennes. Que cette personne sache également que puisque je ne suis pas catholique, je pourrais tout aussi bien décliner cette demande, sans problème de conscience. Si je prends le temps de revenir sur Nancy et de répondre à Monsieur l'Official pour satisfaire aux demandes de ce paroissien, que ce dernier prenne donc bien conscience que c'est une faveur que je lui offre.
La suite ne fait pas partie de ma réponse à l'Official, mais la complète utilement. Quatre-vingt dix pourcent des dits catholiques se fichent visiblement de la validité canonique de leur mariage, puisqu'ils sont prêts, éventuellement, à divorcer et à se remarier (en contradiction avec le pilier "indissolubilité" et le pilier "fidélité"), à utiliser des préservatifs ou la pilule pour pouvoir faire l'amour quand bon leur semble, sans risque de grossesse indésirable (en contradiction avec le pilier "fécondité"). Enfin, ils se marient le plus souvent uniquement parce qu'ils sont amoureux l'un de l'autre, donc en proie à une passion, et non pas pour un motif raisonnable choisi librement (en contradiction avec le pilier "liberté"). Moi, au moins, même si j'ai des conceptions de la fidélité conjugale qui diffèrent quelque peu de la conception catholique (encore que j'ai évolué sur ce point depuis mon mariage, mais j'en parlerai plus tard), je me suis engagé - dans les faits - à la respecter. Ce qui n'est pas le cas de ces couples dits catholiques qui, donc, non seulement trouvent les positions catholiques en matière de mariage erronées, mais qui en plus, envisagent sérieusement de les bafouer dès que l'occasion se présentera. Le plus souvent, sans même avoir conscience que cela contredit leurs engagements et que cela mine la validité de leur mariage.
Donc déclarons la nullité de mon mariage pour ce motif si vous le souhaitez, mais alors, que cela ne soit pas sans un examen semblable de 90% des mariages célébrés par l'Eglise, afin de déclarer également leur nullité. Car au moins, moi :
- je ne suis pas pour le divorce, et encore moins pour le remariage, surtout s'il y a des enfants (on voit bien comment cela se passe dans les familles recomposées...) ;
- je n'ai pas épousé ma femme uniquement parce qu'elle me plaisait, mais aussi parce que rationnellement, j'estimais qu'elle serait une bonne mère pour nos enfants, que je serais un bon mari pour elle et elle une bonne épouse pour moi, et que notre différence serait enrichissante ; je l'ai épousé parce que c'était avant tout une amie avec qui j'aimais partager, avant d'être une amante avec qui j'aimais m'envoyer en l'air ;
- depuis que je suis plutôt contre l'avortement (sauf risque vital pour la mère), et ça remonte à avant mon mariage, je suis également fortement dubitatif au sujet des moyens de contraception : pas assez fiables vu l'enjeu, risques abortifs ou contragestifs pour certains d'entre eux, problèmes sanitaires pour la femme (une amie médecin a attrapé une tumeur au cerveau dont l'origine semble être son utilisation de la pilule : elle ne voulait pas s'embêter avec les règles...).
Maintenant, il est vrai que je n'avais pas clairement conscience que le contrat du mariage, je ne l'engageais pas uniquement avec ma femme, mais aussi avec l'Eglise catholique. Peu importe : signer un contrat sans l'avoir bien lu ou compris ne veut pas dire qu'on ne l'a pas signé librement (on n'était pas menacé par un fusil en le signant, c'est juste qu'on a été idiot), mais simplement qu'on ne l'a pas signé rationnellement. Mais il engage quand même, sinon ça serait trop facile.
Par contre, il est tout aussi vrai qu'un contrat n'engage que ce qui est écrit explicitement dessus. Si l'Eglise catholique n'a pas précisé dans ses quatres piliers que respecter la fidélité conjugale, ça veut dire aussi s'abstenir de jeter un oeil concupiscent sur les jolies filles qui passent dans les rues en mini-jupe l'été, alors c'est elle qui a été idiote de ne pas l'avoir précisé. Je sais bien que c'est ce qu'elle entend aussi par là, mais désolé, ce n'était pas explicitement écrit sur les documents que l'on m'a soumis pour nous présenter les quatres piliers, donc libre à moi de les interpréter différement. D'ailleurs, quand on nous a demandé de rédiger notre déclaration d'intention, on nous a fait comprendre qu'il s'agissait d'y présenter la manière dont nous comptions les appliquer dans notre vie, la signification personnelle que nous donnions à ces quatres piliers, etc. Cela laissait clairement la place pour un degré de liberté dans l'inteprétation. Alors, si ce que l'Eglise catholique demande, c'est d'appliquer précisément ceci ou cela, et d'adopter précisément telle signification objective des quatre piliers, eh bien que ne le dit-elle pas précisément et clairement au lieu d'utiliser une formulation qui laisse entendre le contraire ?
Mais peut-être cela n'est-il pas la faute de l'Eglise catholique mais de certains de ses représentants alors. Certains intervenants sur mon blog, tel Yves par exemple, critiquent beaucoup les représentants de l'Eglise en France, jugeant qu'ils font oeuvre de néo-gallicanisme plus ou moins clairement affiché. Moi qui ne suis même pas catholique, ce n'est quand même pas à moi de dire à l'Eglise catholique de France comment elle doit se comporter. Je ne fais pas d'ingérance, hein. Je me contente d'essayer de me frayer un chemin dans les méandres des contradictions de l'existence. Si les documents qu'on me demande de signer peuvent laisser être inteprétés en un sens qui fait davantage mon affaire compte tenu de mes positions, je ne vais quand même pas demander à ce qu'on en précise davantage le sens d'une manière qui contrecarrerait plus nettement mes positions. Je ne suis pas masochiste.
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