Je suis né en 1978 d'une mère protestante croyante et moyennement pratiquante, et d'un père catholique croyant mais peu pratiquant, ayant néanmoins fait le catéchisme, la communion, etc. A son mariage, il s'est converti au protestantisme dont il appréciait l'ouverture d'esprit et la simplicité. Ses idées religieuses, toutefois, ne sont pas très conventionnelles. Il se qualifie lui-même de "libre-penseur chrétien", ce qui devrait résumer à peu près ses positions.
Tout petit j'ai donc été immergé dans cette ambiance religieuse riche et assez contrastée : ma mère a toujours eu des idées plus traditionnelles en matière de morale, tandis que mon père est plus humaniste.
Période protestant traditionnaliste (vers 10-14 ans) :
Vers mes 10 ans, j'ai commencé le catéchisme protestant et à 14 ans j'ai fait ma confirmation. Je garde un bon souvenir de cette période sur un plan religieux. J'embrassais alors pleinement la Foi de ma mère. Je pense que l'on peut dire que j'étais véritablement un "pieux protestant". Ma mère me le disait parfois et m'en complimentait. J'étais limite intransigeant parfois. Me refusant par exemple à sortir avec les filles car je considérais que c'était une faiblesse, du conformisme, de la nian-nianterie, que c'était sale, malsain, inconvenant, immoral.
Période protestant libéral (vers 14-17 ans) :
Pendant au moins 3 ou 4 ans encore, j'ai continué d'être un vrai protestant très croyant. Je cherchais même des arguments pour convaincre mes petits camarades peu ou pas croyants que Dieu existait et qu'il y avait une vie après la mort. Je me suis cependant assoupli au niveau de la morale et de la Foi. J'acceptais (avec quelques hésitations) mon attirance pour les filles, et j'admettais que le protestantisme n'était peut-être pas le détenteur de la Vérité Vraie avec un grand V. Je m'ouvris à d'autres façons de penser : catholicisme, évangélisme, mormonisme, athéisme, spiritisme (la théorie, pas la pratique), etc. J'ai eu la chance d'avoir autour de moi des gens de toutes ces religions ou philosophies ou de lire des ouvrages en parlant. A cette période, j'étais en pleine effervescence spirituelle. Je voulais découvrir et connaître les diverses religions, pour m'enrichir spirituellement. Je voulais les comparer entre elles et en évaluer la pertinence avec mon esprit critique naissant.
Période déiste (vers 17-20 ans) :
Puis ce fut l'époque des doutes. De "ma religion n'est pas la seule vraie" je suis passé à "y en a-t-il une seule qui est vraie ?". Je me suis mis à relativiser le fait religieux. S'il y avait qqch de vrai dans toutes les religions, ce devait être ce qui est commun à toutes : le "divin" et l'immortalité de l'âme. Il devait y avoir moyen de retrouver cela en se basant exclusivement sur la raison et l'expérience. Je suis devenu déiste. Le doute s'installa plus fortement suite à une accumulation répétée de "râteaux" avec des filles qui me plaisaient. Je priais Dieu pour que telle ou telle fille soit sensible à mon charme et accepte - non pas de m'aimer car on ne peut forcer l'amour - mais au moins de sortir avec moi pour qu'elle se rende compte du gars bien que je pensais être derrière ma carapace de timidité et de désespoir. Mes prières ne furent malheureusement pas entendue. Je me mis à sombrer dans un désespoir profond. Qui plus est, mes études (biologie) m'angoissaient énormément, car elles paraissaient réduire les plus hautes sphères de la spiritualité, de la liberté et de l'amour humain à un mécanisme physico-chimique déterministe. En même temps, elles commençaient à me faire ouvrir les yeux d'une autre manière sur la religion : et si tout cela n'était qu'une vaste fumisterie ? si tous les soi-disants mystiques n'étaient que des victimes de troubles mentaux ? Ma Foi ne tenait plus qu'à un fil. Je priais Dieu pour qu'il me l'affermisse, qu'il m'apporte une preuve de son existence et de son amour, mais c'était le silence total... En même temps, je pris conscience de la souffrance du monde, d'autrui, de la maladie, du chomage, de la vieillesse, de la mort... Tout cela était une preuve accablante que j'avais eu tort jusque là. Il me fallait désormais une preuve absolue, que même les plus radicaux des sceptiques n'auraient pu révoquer en doute. Je me mis alors à rechercher, tel Descartes, un fondement absolu en moi-même, quelque chose d'indubitable, sur lequel j'aurais pu fonder nécessairement ma Foi. Mes efforts furent vains.
Perte de la Foi (vers 20-21 ans) :
Alors, vers 20-21 ans, dans un utlime élan de rage, je décidai de lancer un ultimatum au "Bon Dieu". Il y avait à cette époque une jeune fille qui me fascinait. Je m'apprétais à tenter une approche. Je me suis dit, et ai dit à "Dieu" : "Si tu existes et que tu m'aimes, fais en sorte qu'elle accepte de sortir avec moi, sinon je renierai ma Foi." Cela peut paraître sacrilège, mais il faut comprendre dans quel état de désespoir psychologique j'étais. Je venais en plus de rater de peu mes examens de juin de licence, et j'étais en pleine remise en question au sujet de mon orientation première. Dieu n'a pas eu la miséricorde de soutenir son enfant. Je l'ai donc rayé de ma vie. Je n'ai pas tout de suite nié catégoriquement son existence. J'ai d'abord considéré qu'il y avait sans doute, puis seulement peut-être, une certaine forme de puissance supérieure, mais froide et indifférente, voire maléfique.
Période athée militant (vers 21-25 ans) :
Ensuite, en poursuivant mes études (finalement, je me suis orienté ensuite vers les sciences cognitives), mon esprit critique s'est davantage aiguisé. J'ai également fait connaissance du mouvement sceptique et zététique, de divers organismes de libre-penseurs, d'athées, d'humanistes, d'agnostiques. J'avais trouvé tout cela d'abord assez intriguant et inquiétant, mais finalement, je suis devenu "plus royaliste que le roi" comme on dit, cherchant à "ouvrir les yeux" des croyants en démontant rationnellement leurs croyances. Je suis devenu très anti-clérical et anti-religions. Pour moi, Dieu n'était que le Père Noël des adultes, et la religion, l'opium du peuple.
Période agnostique "mystique" (depuis mes 25 ans jusqu'à aujourd'hui) :
Puis je me suis calmé. Le fait de me lancer dans un doctorat en philosophie et de rencontrer ma copine y fût pour quelque chose je pense. J'étais plus serein, alors que je revenais des bas-fonds. Et le développement poursuivi de mon esprit critique eu paradoxalement pour effet de me faire considérer avec plus de réserve certaines de mes anciennes critiques contre la religion. Je me rendis compte aussi que la croyance était quelque chose qui aidait certaines personnes, et que casser gratuitement leurs croyances sans proposer autre chose à la place n'était pas une attitude très morale. Enfin, je découvris avec plaisir l'existence de chrétiens humanistes, libéraux, ni opposés à la contraception, ni opposés au mariage des prêtres ou à l'ordination de femmes, ouverts à la laïcité, à la libre-pensée, au doute, etc., ne voyant pas forcément la main du diable dans tout ce qui sort de la norme en matière notamment de sexualité.
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