Citations sur le naturalisme

Publié le par Miky

"Ainsi, détruire le hasard, ce n'est pas prouver l'existence d'un Etre supême, puisqu'il peut y avoir autre chose qui ne serait ni hasard, ni Dieu, je veux dire la Nature, dont l'étude par conséquent ne peut faire que des incrédules... Le poids de l'univers n'ébranle donc pas un véritable athée" (La Mettrie)


 

 "Ainsi, ce n'est qu'a posteriori, ou en cherchant à démêler l'âme comme au travers les organes du corps, qu'on peut, je ne dis pas découvrir avec évidence la nature même de l'homme, mais atteindre le plus grand degré de probabilité possible sur ce sujet" (La Mettrie)


 

 "Si la science ne réussissait pas, elle ne pourrait servir de règle d'action ; d'où tirerait-elle sa valeur ? De ce qu'elle est « vécue », c'est-à-dire de ce que nous l'aimons et que nous croyons en elle ? Les alchimistes avaient des recettes pour faire de l'or, ils les aimaient et avaient foi en elles, et pourtant ce sont nos recettes qui sont les bonnes, bien que notre foi soit moins vive, parce qu'elles réussissent.

Il n'y a pas moyen d'échapper à ce dilemme ; ou bien la science ne permet pas de prévoir, et alors elle est sans valeur comme règle d'action ; ou bien elle permet de prévoir d'une façon plus ou moins imparfaite, et alors elle n'est pas sans valeur comme moyen de connaissance." (Henri Poincaré, La valeur de la Science, p. 220, Flammarion, édition définitive)"


 

 "Les gens du monde sont frappés de voir combien les théories scientifiques sont éphémères. Après quelques années de prospérité, ils les voient successivement abandonnées ; ils voient les ruines s'accumuler sur les ruines ; ils prévoient que les théories aujourd'hui à la mode devront succomber à leur tour à bref délai et ils en concluent qu'elles sont absolument vaines. C'est ce qu'ils appellent la faillite de la science.

Leur scepticisme est superficiel ; ils ne se rendent nul compte du but et du rôle des théories scientifiques, sans cela ils comprendraient que les ruines peuvent être encore bonnes à quelque chose.

Nulle théorie ne semblait plus solide que celle de Fresnel qui attribuait la lumière aux mouvements de l'éther. Cependant, on lui préfère maintenant celle de Maxwell. Cela veut-il dire que l'oeuvre de Fresnel a été vaine ? Non, car le but de Fresnel n'était pas de savoir s'il y a réellement un éther, s'il est ou non formé d'atomes, si ces atomes se meuvent réellement dans tel ou tel sens ; c'était de prévoir les phénomènes optiques.

Or, cela, la théorie de Fresnel le permet toujours, aujourd'hui aussi bien qu'avant Maxwell. Les équations différentielles sont toujours vraies ; on peut toujours les intégrer par les mêmes procédés et les résultats de cette intégration conservent toujours toute leur valeur.

Et qu'on ne dise pas que nous réduisons ainsi les théories physiques au rôle de simples recettes pratiques ; ces équations expriment des rapports et, si les équations restent vraies, c'est que ces rapports conservent leur réalité. Elles nous apprennent, après comme avant, qu'il y a tel rapports entre quelque chose et quelque autre chose ; seulement, ce quelque chose nous l'appelions autrefois mouvement, nous l'appelons maintenant courant électrique. Mais ces appellations n'étaient que des images substituées aux objets réels que la nature nous cachera éternellement. Les rapports véritables entre ces objets réels sont la seule réalité que nous puissions atteindre, et la seule condition, c'est qu'il y ait les mêmes rapports entre ces objets qu'entre les images que nous sommes forcés de mettre à leur place. Si ces rapports nous sont connus, qu'importe si nous jugeons commode de remplacer une image par une autre." (Henri Poincaré, La Science et l'Hypothèse, pp. 173-174, Flammarion, 1968)


 

 "Dire que la science ne peut avoir de valeur objective parce qu'elle ne nous fait connaître que des rapports, c'est raisonner à rebours, puisque précisément ce sont les rapports seuls qui peuvent être regardés comme objectifs.

Les objets extérieurs, par exemple, pour lesquels le mot objet a été inventé, sont justement des objets et non des apparences fuyantes et insaisissables parce que ce ne sont pas seulement des groupes de sensations, mais des rapports cimentés par un lien constant. C'est ce lien, et ce lien seul qui est objet en eux, et ce lien c'est un rapport.

[...]

[N]on seulement la science ne peut nous faire connaître la nature des choses ; mais rien n'est capable de nous la faire connaître, et si quelque dieu la connaissait, il ne pourrait trouver de mots pour l'exprimer." (Henri Poincaré, La Science et l'Hypothèse, pp. 265-267, Flammarion, 1968)


 

 "Pour aller plus loin, observons d’abord que le matérialisme moderne s’est développé en grande partie en réaction aux dogmes religieux. En particulier à deux idées que la religion a propagées : 1. L’homme est au centre de l’univers, le sommet de la création. 2. Il existe des mystères inaccessibles à la raison humaine ; celle-ci doit s’effacer devant la foi ou devant la parole du clergé. Il n’échappera à personne qu’il y a comme une tension entre ces deux idées : si Dieu a fait une telle place à l’homme, pourquoi n’a-t-il pas rendu sa raison un peu plus puissante ? Nouveau mystère. Malheureusement, la réaction scientifique-matérialiste prend souvent le contre-pied des deux thèses à la fois : 1’. Loin d’être le centre de l’univers, l’homme est, métaphoriquement parlant, un peu de moisissure perdue sur une planète quelque part dans l’univers (Galilée), et que la pression de la sélection naturelle a muni d’un cerveau (Darwin). 2’. Il n’y a pas de mystères pour la raison humaine. De nouveau, il y a une tension entre ces deux thèses : si l’homme est un être naturel, pourquoi sa raison, produite par un organe particulier, le cerveau, n’est-elle pas limitée dans ses capacités comme le sont ses autres organes ainsi que les cerveaux des autres animaux ? Et pourquoi n’appellerait-on pas mystères les problèmes que la raison est incapable de résoudre ? On rencontre parfois des matérialistes qui ont de curieuses angoisses : ils n’aiment pas le Big Bang parce que cela ressemble trop au récit de la Genèse. Parfois, ils ont du mal à accepter l’indéterminisme quantique. D’autres veulent nier la spécificité de la conscience parce qu’ils craignent que celle-ci ne soit pas " réductible " à de la matière. D’autres enfin redoutent que, si quelque aspect de notre nature ne s’explique pas par la sélection naturelle, alors on risque de devoir invoquer l’action d’une divinité. Mais tous ces problèmes, à supposer qu’ils soient réels, peuvent simplement refléter les limites de notre capacité à comprendre le monde. La peur d’admettre qu’il existe des limites à la raison est facile à comprendre ; très souvent le discours religieux procède de la façon suivante : on part de problèmes qui ne sont pas résolus par la science, mettons l’origine de la conscience ou les fondements de la mécanique quantique et on en " déduit " qu’il y a du transcendant. C’est ce que les anglo-saxons appellent le " dieu des trous ". Il y des trous dans nos connaissances, donc il y a du divin. Mais c’est justement ce saut qu’il faut refuser, plutôt que de tenter de nier notre ignorance. La démarche religieuse revient à réifier l’ignorance. Une fois que cette démarche est mise au clair, son illogisme est flagrant. Les chiens, pour prendre un autre animal que l’homme, ne comprennent pas les lois de la mécanique céleste. Mais ça ne prouve nullement qu’il y a une transcendance. Le discours religieux ne doit pas s’appuyer seulement sur les " limites de la science ", mais sur des arguments qui le justifient." (Jean Bricmont, Qu'est-ce que le matérialisme scientifique ?)

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